LIVRE X
On ne trouva point cent cinquante écus dans toute la maison de Requesens. Il fallut même, à cause du manque d'argent, différer de deux ou trois jours l'enterrement du lieutenant de Philippe II. Le 9, seulement, la dépouille mortelle du grand commandeur fut inhumée en l'église du Caudenberg, en présence des membres des divers conseils ^
La veille de sa mort, Requesens, sentant son mal empirer, voulut user des pouvoirs qu'il tenait du Roi. D'après les suggestions de Roda, il déclara verbalement que, s'il advenait que Dieu fit sa volonté de lui, le gou^■ernement intérimaire devait être exercé par les comtes de Rerlaymont et de Mansfeld. Le premier serait chargé de l'administration civile et politique, et l'autre de l3 direction de la guerre. Le lieutenant de Philippe ordonna ensuite que l'on donnât une forme officielle à la volonté qu'il \'enait d'exprimer. Mais le mal dont il était atteint fit de tels progrès, que Requesens ne recouvra plus le jugement nécessaire pour entendre la lecture du décret qui avait été préparé et pour le revêtir de sa signature ^.
La mort si prompte du grand commandeur fut, pour Philippe II, une perte considérable. Elle encourageait, elle fortifiait les adver-
' Correspondance de Philippe II, t. IV', p. 225. — Mémoires anonymes sur les troubles des Pays-Bas, \. If»-^ p. ]S2. — Après avoir reçu la nouvelle de la mort de Requesens, Philippe II donna sa commanderie à son fils. [Correspondance de Philippe H, l. III, p. 474.]
2 B HE Mendoça, Convi entaires, liv. XIVc, chap. III. — Renon de France, Mss, 3e partie, chap. II. — L'acte qui avait été préparé est inséré dans la Correspondance de Ihilippe U, t. III, p. 450. — Le 22 mars 1574, Philippe avait pris une résolution extraordinaire. 11 autorisait Requesens à appeler près de lui don Pedro Fajardo, son gendre ; à le faire entrer dans les conseils d'État et de guerre, et à lui remettre, au besoin, le gouvernement intérimaire. [Correspondance de Philippe II, t. III, p. Ill,) Ce que devint don Pedro Fajardo. nous l'ignorons.
saires de la domination espagnole. Non-seulement elle faisait évanouir l'espoir de reconquérir prochainement la Hollande et la Zélande, mais encore elle fournissait aux autres provinces l'occasion de secouer un joug abhorré.