‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 4)Chapitre 40 sur 103 · LIVRE x(157C · texte numérisé non relu

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que lui aussi avait toute l'intolérance espagnole. Certes, il était partisan de la paix ; mais il aurait voulu l'imposer aux insurgés, sans faire une concession à ceux-là qui, depuis si longtemps, combattaient avec tant de vaillance pour leur religion. On imputait donc à Requesens la prolongation de la guerre; on le rendait aussi responsable des excès commis par les vieilles bandes de Castille. Enfin, toutes les lettres qui venaient des Pays-Bas ne parlaient que de misère, de soldats mutinés, de manque de moyens pour les payer, et du peu de progrès du siège deZierikzee ^

Requesens, voyant qu'il ne pouvait prendre Zierikzee de vive force, était revenu désespéré à Anvers. Il ne lui restait pas, écrivit-il à Philippe IH, de quoi acheter une once de poudre, ni même la vaisselle nécessaire pour sa table, car toute son argenterie avait été livrée au payeur général de l'armée, et elle était déjà fondue. <t Je serais heureux, ajoutait-il, de mourir bientôt, pour que d'autres apprennent au Roi la perte des Pays-Bas. Ils n'auront pas été conquis par les ennemis, mais on les leur aura donnés, en ne prenant pas à temps les mesures nécessaires. !>

Un étrange incident vint encore augmenter les chagrins cuisants du gouverneur des Pays-Bas. Philippe II, s'autorisant d'une dispense du Pape, avait, le 1" septembre 1575, rendu un décret par lequel il révoquait, sous prétexte que ces marchés étaient usuraires, tous les contrats et engagements qu'il avait faits avec les marchands, aussi bien en Espagne qu'ailleurs, depuis 1560. Une pareille décision, si préjudiciable aux marchands

' Le cardinal de Granvelle au Roi, Rome, 23 mars 4576. [Correspondance dp. Philippe 11, t. IV, p. 4-3.) — Mémoires des choses passées aux Pays- Tas, de 1570 à -1580, cités dans les Gedenkstukken tôt ophcldering der I^cderlandschegescMedenis (Leide, 1842), p. 308. — Bentivoclio, liv. IX. — BoR, 8Miv., fol. 133.

^ Requesens au Roi, d'Anvers, 30 janvier 1576. [Correspondance de Philippe 11, t. III, p. 424.)

du pays, consterna Requesens ; il en avait, disait-il, le cœur navré. On assure même qu'il n'eut plus jamais de santé depuis la publication de ce décret honteux pour le Roi catholique '.

Requesens, se sentant indisposé, partit d'Anvers le 13 février, pour revenir à Bruxelles. Mais il s'arrêta quelques jours à Malines, à l'effet de gagner le jubilé papal. Enfin, le samedi, 18 février, il rentra dans le palais de Bruxelles, quelques jours avant que la dépouille mortelle de Chiappin Vitelli, marquis de Cetone, général de l'infanterie, fût conduite à Anvers. Ce chef de guerre était aussi renommé pour sa corpulence que pour ses talents. Comme il visitait les digues, dans l'ile de Schouwen, il tomba de son coche et fut grièvement blessé. On le mit dans un bateau pour le ramener à Anvers; mais il mourut en chemin *.

L'état du grand commandeur s'aggravait. Le surlendemain de son arrivée à Bruxelles, il lui était venu un bouton, en manière de clou, sur le bras, presque à la jointure de l'épaule. Ce bouton, en augmentant, devint un petit charbon très-dur au toucher et occasionna au malade une fièvre continuelle. En présence de Roda, les médecins firent une consultation dont le résultat fut que le grand commandeur n'irait pas jusqu'au 5 mars. Cette prédiction s'accomplit presque littéralement. Requesens mourut le 5, à quatre heures du matin, et le vulgaire crut qu'il avait été emporté par la peste '.

• Geronimo de Roda au Roi. [Correspondance de Philippe 11, I. III, p. 452.) — Van Meteren, fol. Mo v».

^ lÎRANTÔME, Capitaines étrangers, t. II. — Van Meteren, fol. MO v", racontant la fin de Vilclli, dit qu'il mourut dans le bateau comme un liomme impie ; — que c'était un m.oqueur effronté de toute sorte de religion.

' Geronimo de Roda au Roi, 4 et 5 mars i576. [Correspondance de Philippe II, t. m, pp. 449 et 450.) — Cf. Van Meteren, fol. 116, et Grande chronique de Hollande, t. II, p. 309.

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