LIVRE XII (1576). i7b
diatement convoqués, sous peine de grosse amende, afin de délibérer sur les demandes des commissaires hollandais. Plusieurs députés étaient d'avis qu'il ne fallait pas recevoir don Juan d'Autriche. On pouvait les regarder ou comme des partisans dévoués de Taciturne ou comme des approbateurs de ces patriotes indépendants qui, depuis le commencement des troubles, disaient à chaque crise : ^ Pourquoi ne pourrions-nous parvenir, en ces pays, en la liberté dont les Suisses jouissent? " Toutefois personne n'osait encore soutenir publiquement qu'il fallait interdire à don Juan d'Autriche l'entrée des Pays-Bas. La plupart des membres déclaraient, au contraire, qu'il convenait de le recevoir, attendu qu'on ne pouvait alléguer de justes raisons pour ne pas l'admettre; mais son admission devait pourtant être subordonnée à certaines conditions. En premier lieu, don Juan de^Tait approuver tout ce qui avait été fait ou se ferait encore par les états jusqu'au moment où le gouvernement lui serait remis. En outre, il devrait lui-même, avant sa réception, coopérer à l'expulsion des Espagnols et autres soldats étrangers, et jurer, lorsqu'il prendrait le gouvernement au nom du Roi, que jamais il n'appellerait des soldats étrangers dans les Pays-Bas, sans le consentement exprès des états des dix-sept provinces. Il devrait également promettre de gouverner la patrie avec le seul concours des nationaux, et à l'exclusion absolue des étrangers. Les états généraux pourraient se réunir une ou deux fois par an sans avoir besoin de l'assentiment royal, et il leur serait permis d'avoir leurs orateurs et ambassadeurs près du pape et de l'empereur, près du roi de France, près de la reine d'Angleterre et près des autres potentats. Certains députés voulaient aussi que le nouveau gouverneur jurât de démoUr et de raser tous les lieux fortifiés et tous les châteaux qui avaient été construits dans les villes <t emmurées. )> Enfin, tous étaient d'accord qu'il fallait empêcher le roi d'Espagne de faire retomber
ne SOULÈVEMENT DES PAYS-BAS.
en servitude ces provinces autrefois renommées pour leurs libertés et leur splendeur *.
Un tel esprit d'indépendance prévalant dans l'assemblée, il était difficile que celle-ci ne répondît pas d'une manière satisfaisante aux deux questions soulevées par les plénipotentiaires hollandais. La réponse, envoyée à Gand, le 28 octobre, fut adoptée à l'unanimité. L'assemblée mandait à ses commissaires que, faisant profession de persister en l'obéissance due au roi, elle ne pouvait rejeter celui qui, de sa part, serait envoyé légitimement pour gouverner les provinces, pourvu que la pacification fût préalablement arrêtée et accomplie, et le pays absolument délivré des Espagnols et autres étrangers. De même, le lieutenant du Roi serait tenu de gouverner les provinces par le conseil, l'avis et l'assistance des seigneurs et personnages <( naturels " , sans pouvoir en introduire d'autres, ni directement ni indirectement, rétablissant et observant les anciens usages, prérogatives, droits et libertés de chacun, tant en général qu'en particulier, et avouant tout ce qui serait accompli, sans pouvoir rechercher personne pour cause de la présente entreprise. Il devrait, en outre, jurer de maintenir et d'observer fous les articles de la pacification et tout ce qui avait été décidé par les états généraux; même il promettrait de se conduire et régler, après la paix, par le bon avis et avec l'assistance du prince d'Orange ainsi que des états de Hollande et de Zélande. L'assemblée écrivait à ses commissaires que les débats avaient été plus a ifs sur la demande qui concernait la suspension de l'exercice de la religion catholique dans les deux provinces où la réforme prédominait. Mais ils avaient enfin abouti à une sorte de transaction. L'assemblée avait décidé que les commissaires pourraient
' Mémoire de Laurent Metsius, qui assistait, comme prélat de Brabant, aux délibérations des états.