‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 4)Chapitre 90 sur 103 · LIVRE XII · texte numérisé non relu

LIVRE XII

Le dommage occasionné par le feu était plus considérable encore. De l'hôtel de ville, célèbre dans le monde entier, il ne restait plus que les murailles; et autour des murs calcinés de ce magnifique palais étaient amoncelés les décombres des hôtels des Serments et des Corporations, les débris de plus de huit cents maisons qui formaient naguère le quartier le plus opulent d'Anvers ^

Sur ces ruines régnait Hieronimo de Roda , se prétendant gouverneur général, au nom de Philippe II. Les principaux magistrats avaient été égorgés; les wykmeesters, centeniers et dizainiers étaient, ou arrêtés, ou menacés; suspects aussi étaient tous les anciens secrétaires, greffiers, messagers. Roda voulut les remplacer. Il délégua donc , pour administrer l'ancienne métropole du commerce, un capitaine de chevau-légers ^!...

Tandis que les états généraux envoyaient leurs troupes à Anvers pour empêcher que cette riche cité ne tombât au pouvoir des Espagnols, ils poursuivaient activement les négociations entamées avec le prince d'Orange. Le 22 octobre, ils pressent les délégués des quatre « membres i> de Flandre réunis

maîtres que l'argent et or moniioyé seul, qui estoit venu au pouvoir des pillards, passoit de deux millions, sans les vaisselles et autres joyaux, meubles et marchandises, qu'emporte plus que toutes les Indes et l'Espagne ne rendent au Roi catholique en quelques années. » Il affirme en outre que, pour sa part, il perdit en meubles, vaisselle, joyaux et argent, pour plus de GO, 000 écus d'or.

^ L'hôtel de ville fut rebâti en 1581 , tel qu'il existe encore aujourd'hui.

^ Mémoire d'aulcuns points qui passent en la ville d'Anvers. [Pièces curieuses touchant les troubles des Pays-Bas, Mss). — D'après le Journal de L'EsToiLE, le sac d'Anvers dura quinze jours. En défalquant les trois jours qui furent d'abord consacrés aux scènes decarnageet de dévastation, on peut donc supposer que le pillage organisé, toléré et dirigé parles chefs, dura encore dix jours au moins.

à Gand de désigner la ville (ju'il convenait de remettre au prince pour son assurance, afin d'aboutir plus vite à cette paix, qui, seule, pouvait prévenir la ruine du pays ^ La paix, la paix immédiate : tel était aussi le vœu ardent du Taciturne. Informé que don Juan d'Autriche traversait alors la France pour venir prendre possession du gouvernement des Pays-Bas, il pressait, de son côté, les commissaires réunis à Gand, de cimenter l'union des dix-sept provinces avant l'arrivée du nou\'eau lieutenant de Philippe II. Mais la conclusion de la paix était encore subordonnée à deux points importants. Les commissaires du prince d'Orange et de la Hollande demandaient si l'assemblée de Bruxelles recevrait, soit don Juan d'Autriche, soit tout autre personnage « armé ou désarmé " que le roi d'Espagne enverrait pour gouverner le pays ; ils voulaient savoir, en outre , si l'assemblée souffrirait que l'exercice de la religion catholique fût suspendu dans les provinces de Hollande et de Zélande jusqu'à l'entière pacification du pays, et la déclaration des états généraux, convoqués et réunis selon les traditions du règne de Charles-Quint.

Ces deux points avaient une importance capitale. Aussi, dès que les lettres de leurs plénipotentiaires eurent été reçues à Bruxelles, les membres des états généraux furent-ils immé-

• Il résulfed'un acte du 23 octobre Ib76, que les députés des états de Brabant, Flandre, Iluinaut, Lille, Douai el Orchies, Namur, Tournai, Tournaisis et Malines avaient pouvoir de résoudre, approuver, recevoir et avouer la pacification « avec le prince d'Oiange et les états de Hollande et do Zélande. » — Les députés d"Artois, de Valenciennes et d'Ulrecbt étaient simplement autorisés ^ pour adviser sur les moyens de ladite pacification , attendant de leurs commettants des pouvoirs plus amples, lesquels ils ont l'espoir de recevoir procbainement. » Recueil de documents inédits sur les troubles de Pays- lias, fol. 62. (Mss. de la Bibliothèque royale.)

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