LIVRE VIII
temps, pour eux et leur postérité, d'un si grand service. Il remercia aussi les chefs de la flotte de secours du bon devoir qu'ils avaient fait. Mais il fut sévère pour certains personnages qui n'avaient pas bien secondé ses desseins. Il les reprit aigrement de leur faute, parce'que sachant, après leur première délivrance, que les Espagnols les guettaient, ils ne s'étaient pas mieux pourvus de vivres. Il ajouta qu'ils avaient de grandes obligations aux états de Hollande, qui n'avaient rien épargné et qui n'avaient redouté aucun péril pour venir à leur aide, car ils avaient sacrifié plus d'un million d'or, faisant ce qui n'avait jamais été fait depuis que le pays était endigué. Il leur adressait ces observations, disait-il, afin qu'ils fussent plus sages à l'avenir, qu'ils ne perdissent pas de vue la servitude misérable oti ils eussent été réduits par une fausse économie, et qu'ils tinssent plus fortement encore à leur liberté ^
Le prince prolongea son séjour dans Leyde jusqu'au 15 octobre, prenant toutes les mesures nécessaires pour réparer les maux occasionnés par le siège et pour assurer la sécurité future de la ville. Il ordonna qu'on ferait dans toutes les cités voisines une collecte générale, afin de venir en aide aux pauvres de Leyde. Il mit dans la ville une garnison de quatre enseignes. Il prescrivit aussi de fortifier quelques positions importantes. Le 14, veille de son départ, il changea la loi ou magistrat et, à cette occasion, réduisit l'assemblée de la commune de quarante membres à vingt-huit, savoir : quatre bourgmestres, huit échevins et seize conseillers. 'Vauder Werf, qui se retira comme bourgmestre, resta néanmoins dans le conseil. Quoique l'envie n'eût pas épargné ce vaillant chef, il ne cessa d'çtie honoré par ses concitoyens. Il fut encore, revêtu dix fois des fonctions de bourg-
' Grande chronique de [Jollaiide, t. II, p. 297. — Hexon de France, MS, 2« partie, chap. XXXVI. — Fruytikus, fol. 32.
mestre et quatre fois de celle d'échevin ^ 11 mourut en 1604 et fut enseveli dans l'église dédiée autrefois à saint Pancrace, oii une inscription monumentale rappelle à la postérité le patriotisme et l'énergie du célèbre bourgmestre de Leyde.
Louis de Boisot, La Garde, Noyelles, et tous ces autres vaillants hommes, qui hasardaient avec tant d'insouciance leur vie pour la liberté des Pays-Bas, avaient rivalisé de hardiesse, d'énergie et de persévérance avec les Bronckhorst, les Douza et les Vander Werf. Pour témoigner la reconnaissance de la commune à Boisot et aux autres chefs de la flotte et de l'armée de secours, les représentants de Leyde leur firent présent d'une médaille d'or avec cette inscription : « Ut Sanherib a Jérusalem, sic Hispani aLeida noctu fugerunt. » Les états de Hollande décernèrent en outre à Boisot une riche chaîne d'or ^.
La Hollande et la Zélande, qui n'avaient point craint d'affronter la formidable Espagne et de conquérir leur liberté dans une lutte inégale, allaient maintenant l'affermir par de nouveaux et courageux efforts. Bientôt aussi elles devaient exercer, par leur exemple, une irrésistible influence sur les autres provinces qui formaient les Pays-Bas. Elles allaient bientôt les soulever et les entraîner contre la domination étrangère.
' Te Water, Levensbyzonderheden, etc., p. H3. ^ Grande chronique de Hollande, etc., t. II, p. 297.
FIN DU TOiME PREMIER.