‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 5)Chapitre 122 sur 131 · LIVRE VU · texte numérisé non relu

LIVRE VU

11 était huit heures du matin lorsque Boisot, avec l'avanlgarde, entra dans Leyde par le canal intérieur. Adrien Willemsz, le brave amiral de Zierickzee, le suivit avec le reste de la flotte. Les pauvres habitants de Leyde, exténués par la faim, bordaient les quais. Il ne leur restait plus rien, dit un ancien annaliste, « qu'à se manger Tun l'autre, n Requesens, de son côté, écrivit au Roi que la ville n'aurait pu tenir quatre jours de plus. Par l'ordre de Boisot, les matelots jetaient des harengs et du pain de côté et d'autre du canal. « C'était chose pitoyable, rapporte un témoin oculaire, à voir ces pauvres gens allâmes dévorer les harengs tout crus ; quant au pain, ils le mangeaient d'une telle voracité qu'il semblait que jamais ils ne s'en pourraient rassasier; cela fut cause que quelques-uns moururent incontinent après en avoir mangé et grand nombre peu de temps après, pour n'avoir su garder mesure \ »

Boisot s'avança jusqu'au Rapenburg, le plus beau canal de Leyde, et s'arrêta, selon la tradition, presque en face de l'ancien cloître de Sainte-Barbe, qui devait être un peu plus tard transformé en université protestante, en commémoration de ce siège à jamais célèbre.

Amiraux, chefs de l'armée, suivis des soldats et des matelots, avec les magistrats de Leyde, suivis du peuple, allèrent ensuite tous dans la grande église (celle de Saint-Pierre) pour remercier Dieu de cette miraculeuse délivrance. On pouvait l'appeler miraculeuse en effet ; car, le lendemain, le vent changea et fil refluer les eaux qui avaient porté la flotte sous les murailles.

Dès son entrée dans Leyde, Boisot avait expédié un nouveau messager au prince d'Orange. 11 arriva à Delft, le 3 octobre, vers deux heures de l'après-midi. Guillaume assistait au prêche dans l'assemblée française. Quelques heures auparavant, il avait

^ [discours du siège de Leyde, etc.

reçu les informations par lesquelles Boisot se disait arrêté devant le fort de Lammen; aussi se trouva-t-il comme ravi d'un changement si grand, si soudain et si inespéré. Le prêche fini, il fit passer la lettre de Boisot au ministre , et celui-ci en donna lecture à l'assemblée. Dieu « qui abaisse le puissant et élève le faible », fut loué et remercié. Des actions de grâce plus solennelles eurent lieu aussitôt après dans le principal temple de la ville de Delft , et le prince d'Orange s'y trouva avec toute la noblesse et la plus grande partie du peuple. On fit aussi des prières publiques dans toutes les autres villes de la Hollande et de la Zélande qui n'obéissaient plus à l'Espagne.

C'était un grand succès. Leyde n'était pas seulement délivrée et l'Espagnol n'avait pas seulement abandonné le fort de Lammen, mais encore les troupes de Valdès avaient fui en désordre et en se mutinant vers la Haye, abandonnant vingt-deux autres forts qui avaient été construits partie autour de Leyde, partie à deux ou trois lieues aux environs.

L'amiral Boisot avait envoyé à Delft quatre galères pour conduire et escorter le prince d'Orange, qui voulait se rendre lui-même à Leyde afin de remercier les assiégés de leur constance. Le 4 octobre, avant de partir, le prince informa Jean de Nassau que Leyde avait été délivrée et ravitaillée la veille à neuf heures du matin ; et il ajoutait que six ou huit mille personnes avaient été moissonnées par la maladie ou la famine \ Le Taciturne arriva dans Leyde vers le soir et descendit chez Thierry de Montfoort, un des notables qui avaient pris part à la défense de la ville. Il fut accueilli par les acclamations du peuple. Il remercia avec effusion les bourgeois de s'être comportés si vaillamment, sans assistance de gens de guerre, pendant un siège si difficile, et promit qu'on se souviendrait long-

' Archives de la maison d'Orange-Nassau, t. V, p. 75.

Page 1