Tome I
2 SOULEVEMENT DlvS PAYS-BAS.
débarquant intrépidement dans l'île do Voorn, les gueux de mer avaient commencé raffranchis.';ement de leur patrie.
Le comte de Boiissu, gouverneur de la Hollande, voulut reprendre l'importante position conquise par une poignée d'exilés et de proscrits : les troupes royales furent repoussées et leur retraite se changea en déroute.
La ville de Dordrecht, alléguant qu'elle était fidèle au roi, refusa de recevoir celte soldatesque. Alors Boussu se dirigea vers Rotterdam. On y craignait, comme à Dordrecht, de se mettre l\ la merci des bandes espagnoles. Mais la bourgeoisie n'étant point défavorable au gouverneur, une transaction intervint. Il fut convenu, le 9 avril, que les troupes pourraient traverser Rotterdam, vingt-cinq soldats à la fois, en cinq rangs, ayant tous la mèche éteinte. Cette convention acceptée, survint un capitaine de la milice bourgeoise pour ouvrir la porte, hors de laquelle attendait l'infanterie espagnole, qui tenait cachées les mèches des arquebuses. Quand le premier détachement eut franchi la porte, le capitaine voulut la refermer pour faire observer strictement la convention. Boussu, irrité de cet acte de défiance, mit l'épée à la main et en frappa l'infortuné bourgeois qui tomba laide mort. Les Espagnols, entrés par force dans la ville, firent main basse sur tous ceux qu'ils rencontrèrent, exercèrent des violences odieuses sur les femmes et saccagèrent les maisons. Il était trop tard lorsque Boussu et ses officiers voulurent s'opposer aux fureurs de cette soldatesque déchaînée; déjà trois à quatre cents bourgeois avaient été massacrés *.
' C'est dans les Commentaires de Bernardino de Mendoça et dans uq rapport officiel des bourgmestre et régents de Rotterdam que nous avons puisé les détails de ce triste épisode. Le rapport dont il s'agit est inséré dans le Recueil de M. J. A. Nyiioff [Brjdragen voor vaderlandsche geschiedenis en oudheidkundc, 7" vol., pp. 12-22). Foir aussi BoR, Nederlantscheoorloyhen, etc. (édition do 1()2'1), 6» livre, fol. 267.