LIVRE PREMIEIt
Une si indigne violation de !a foi donnée rendit exécrable dans toute la Hollande le comte deBoussu, dont la modération avait formé jusqu'alors un heureux contraste avec la barbarie du duc d'Albe, Les meurtres et le saccagement de Rotterdam hâtèrent aussi le soulèvement des autres villes.
Avant même qu'il connût la prise de la Briele, le duc d'Albe avait conçu des craintes pour Flessingue, dont la garnison consistait seulen)ent en deux compagnies de Wallons II ordonna que trois compagnies espagnoles, qui étaient à Breda, fussent dirigées, sous le commandement d'Osorio Angolo, vers la ville suspecte. Scipion Hampi, un Italien, fut chargé de faciliter Tin- Iroduction de ces soldats étrangers. Il devait tâcher de se rendre maître de Flessingue, puis faire exécuter les magistrats qui avaient refusé de procéder à la perception du dixième denier. Scipion entra le 28 mars à Flessingue, fit assembler la bourgeoisie et lui déclara que, ayant fort recommandé la ville au duc d'Albe, celui-ci, au nom du Roi, accordait aux habitants une bonne somme de deniers pour les employer aux fortifications Les bourgeois parurent satisfaits et adressèrent des remercîments à Scipion. Profitant de la sécurité du peuple, il fit, sous prétexte de travailler aux fortifications, ouvrir les murailles en cinq endroits, établir un pont sur les fossés en regard d'une de ces brèches, contrefaire les clefs des portes et enclouer secrètement l'artillerie. Le 4 avril, veille de Pâques, il mit double garde partout, avertissant les bourgeois de ne point s'émouvoir s'ils entendaient quelque bruit la nuit. Dix-sept navires, partis de Berg-op-Zoom et chargés d'Espagnols, devaient entrer cette même nuit dans la ville; mais ils trouvèrent un obstacle dans le temps calme et le vent du nord-ouest. L'entreprise fut ajournée au lendemam. Sur ces entrefaites, les fourriers des trois compagnies envoyées de Breda , étant descendus à Arnemuyden , vinrent à Flessingue, firent convoquer le magistrat et l'obli-
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gèrent par leurs menaces à préparer les quartiers des troupes. Le peuple, informé de ce qui se passait, se porta en tumulte vers l'hôtel de ville, criant qu'il aimait mieux mourir que de recevoir les Espagnols. Un des bourgmestres s'écria : « Mais si nous voulions les recevoir, le sauriez-vous empêcher? » Exaspéré, le peuple courut aux murailles pour se saisir de l'artillerie, et, la trouvant enclouée , s'aperçut qu'il était vendu et trahi. Les auteurs de cette trahison se hâtèrent de se glisser hors de la ville, tandis que les marins et les artisans, animés par les exhortations véhémentes de Jean de Kuyk, se déclaraient pour le prince d'Orange, obligeaient les compagnies wallonnes de sortir de Flessingue et prenaient la résolution d'empêcher l'entrée des Espagnols. Les patriotes s'armèrent, déclouèrent l'artillerie et firent feu sur les navires qui n'étaient plus qu'à un trait d'arc du port. Ceux-ci n'osaient plus avancer et ne pouvaient reculer, à cause de la marée et du vent contraire. Un soldat de la flottille, ayant gagné la ville à la nage, supplia les bourgeois de ne plus tirer; il promit que les Espagnols se retireraient au retour de la pleine marée. Les bourgeois , par pitié , accédèrent à cette prière, mais à la condition que si les navires ne prenaient pas le large, ils seraient foudroyés i)ar l'artillerie de la ville. Le bailli de Flessingue se rendit en grande hâte à Middelbourg pour instruire de ce qui se passait Antoine de Bourgogne, seigneur de Wacken et stathouder de la Zélande. Ce seigneur s'empressa d'accourir à Flessingue et se concerta avec les échevins qui étaient restés à l'hôtel de ville II harangua le peuple convoqué sur la place, lui vantant tantôt la douceur et tantôt la puissance du Roi Catholique. Mais il était sans cesse interrompu par les sarcasmes de Jean de Kuyk et de ses adhérents. 11 finit par supplier les habitants de laisser entrer cent soldats espagnols. Cette prière captieuse ayant été également rejetée, il demanda s'ils aimaient mieux des Wallons. « Ni l'un ni l'autre; » tel fut