‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 5)Chapitre 38 sur 131 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

midi, les soldais tentèrent de jeter un pont sur le fossé ; mais les arquebuses des assiégés et une violente tempête rendirent vains tous les efforts ^ Ce même jour, les assiégés avaient hissé sur la tour de la grande église un drapeau noir pour faire connaître leur détresse aux vaisseaux du prince d'Orange ^. En ce moment même, Marnix écrivait à Jean de Nassau que Harlem était à toute extrémité et qu'il n'y avait aucun moyen de secourir cette importante place. Il annonçait l'arrivée du seigneur de Lorges avec un renfort de Français et d'Anglais. « Mais, Harlem perdu, ajoutait-il, cela ne nous aidera guère; si nous avions seulement sept ou huit cents hommes de cavalerie, nous pourrions faire tête à l'ennemi ^ » Le 3, les pourparlers recommencèrent vainement avec les Espagnols. Le lendemain, le lugubre drapeau noir fut de nouveau hissé sur la grande tour de Harlem. Un pigeon apporta une lettre dans laquelle le prince d'Orange annonçait aux assiégés que, la nuit suivante, il viendrait à leur secours. Les soldats ne quittèrent point leurs armes ; ils firent même une sortie -. mais rien ne vint. Les pourparlers entre les députés de la ville et ceux des Espagnols furent repris le 5, toujours sans succès. Les défenseurs de Harlem demandaient opiniâtrement qu'on les laissât sortir avec armes, étendards, artillerie ; qu'ils pussent amener les barques qui leur appartenaient, et qu'on leur donnât une escorte jusqu'à l'une des villes qu'occupait le prince d'Orange. Les Espagnols voulaient, de leur côté, que les assiégés se rendissent à discrétion. « S'ils se rendent à la miséricorde de Votre Majesté, écrivait le duc d'Albe au Roi,

' Grande chronique de Hollande, t. II, p. 2o4. — Correspondance de Philippe II, t. II, pp. 372 et suiv.

^ Korte hislorische aantekeningen , etc., p. 78.

^ Marnix de Sainte-AIdegonde au comte Jean de Nassau, 2 juillet 1573. [Archives delà maison d'Orançje-iSassau, t. IV, p. 160.)

je les recevrai, et encore de manière qu'ils ne puissent aller se mettre ailleurs *. »

Le même jour, les navires du prince se montrèrent enfin à la vue des assiégés : ceux-ci, bien joyeux , sortirent en grand nombre pour les aller seconder. Mais aussitôt les Espagnols donnèrent l'alarme aux remparts, et les soldats de Harlem revinrent pour les défendre. Les Espagnols tirèrent alors les huit derniers coups des dix mille deux cents qu'ils avaient, durant le siège, dirigés contre la ville. Berty avait donc raison de dire que Harlem ne serait pas pris sans qu'il en coûtât aux Espagnols et poudre et gens. Le 6, les assiégés firent connaître au prince d'Orange qu'ils ne pouvaient endurer plus longtemps la famine qui les torturait et les décimait. Guillaume leur répondit le lendemain de patienter encore un jour ou deux, qu'il se disposait à marcher contre les Espagnols. Le 8, un pigeon apporta une nouvelle lettre annonçant que le prince viendrait au secours de Harlem la nuit suivante ; que ses navires feraient une fausse attaque sur le Fuyck, tandis que toute son armée s'avancerait du côté du bois ^.

Le prince d'Orange était, en effet, résolu, selon l'énergique expression de Marnix, « à mettre le tout pour le tout, en prenant Dieu pour son aide. » 11 avait confié ses forces réunies au camp de Sassem à Guillaume de Bronckhorst, et l'avait chargé de secourir et de ravitailler la ville assiégée. Il s'agissait d'aller attaquer, avec des bourgeois pour la plupart, les vieilles bandes espagnoles et wallonnes, qui étaient à la veille de pénétrer dans Harlem. Cette entreprise paraissait très-hasardeuse au ])rince, et

■• Correspondance de Philippe II, t. II, pp. 372 et suiv. — Grande chronique de Hollande, t. II, p. 254. — Korte historische aankkeningen, etc., p. 79.

^ Grande chronique de Hollande, t. H, p. '254. — Korte historische aantekeninrjen, etc., p. 80.

LivuE III (1373). i<)5

il lavait môme désapprouvée : il fallut céder aux instances pressantes des états et du peuple K Lorsqu'elle eut été résolue, le Taciturne voulut y participer ; mais les étals de Hollande s'opposèrent à son dessein héroïque -. Lui perdu, tout eut été perdu.

Depuis la fin du mois de janvier précédent, Guillaume de Bronckhorst était lieutenant du prince d'Orange en Hollande, oii il avait remplacé le comte de La Marck. Ce noble liégeois •', en s emparant de la Brielle, avait certainement hâté le soulèvement des provinces du Nord, et rendu un service mémorable à la cause nationale. Le prince d'Orange, qui appréciait sa vaillance, lui avait conféré de grands pouvoirs ; mais redoutant la haine frénétique que le chef des gueux de mer portait aux catholiques, il lui avait expressément recommandé la modération et la tolérance;, afin d'assurer le succès de la révolution par l'union de tous les habitants des Pays-Bas. Cette recommandation avait été réitérée dans les instructions communiquées à la fameuse assemblée de Dordrecht Mais les sages conseils du prince demeurèrent stériles. Excité et appuyé par ses terribles gueux de mer, La Marck avait été impitoyable pour les prêtres et les moines; en faisant torturer et pendre les papistes, il prétendait d'ailleurs venger la mort de l'infortuné comte d'Egmont. Un nouvel acte de férocité porta au comble l'exaspération des catholiques et le mécontentement du Taciturne. Celui-ci avait une grande affection pour Corneille Musius, prêtre septuagénaire et depuis longtemps directeur du couvent de Sainte-Agathe à Delft. Ce n'était pas seulement un

' Le prince d'Orange à Louis de Nassau, Delft, 22 juillet 1573. [Archives de la maison cT Orange- Nassau, l. IV, p. -175.)

2 BoR, 6» liv., p. 322.

^ Il s'intitulait Guillaume, comte de La Marck, franc seigneur de Lumey, Seraing, Borsset, Minderleyt, seigneur héréditaire de Franchimont, etc.

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