‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 5)Chapitre 37 sur 131 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

digues d'Utrecht et de Naarden quatre ou cinq mille hommes, qui construisirent des forts pour intercepter les convois destinés au camp des Espagnols devant Harlem.

Le ducd'Albe écrivit alors à Philippe II «c que, depuis le jour où il naquit, il ne s'était vu en plus grande inquiétude, » — Il fallait, ajoutait-il, lever le siège de Harlem et se rendre les mains croisées ou mourir de faim ; car déjà la disette se faisait sentir à Amsterdam. — Boussu ayant vainement tenté de chasser les insurgés, don Fadrique envoya Noircarmes avec trois cents Espagnols et cinq cents Wallons, tandis que le duc d'Albe faisait partir d'Utrecht d'autres troupes et prendre la même direction aux Espagnols sortis de la Zélande et à cinq des compagnies wallonnes qui étaient à Anvers. 11 pouvait disposer en outre de mille arquebusiers qui arrivaient d'Italie K Maître de ces forces, il espérait qu'aucun des rebelles n'échapperait; mais ceux-ci n'attendirent point les troupes royales et se retirèrent vers Leyde. Le duc d'Albe fit alors mettre de fortes garnisons à Ouderkerk, à Nieuwersluis, à Montfoort et en d'autres villages autour de la digue. De nouveau, il signalait au Roi les difficultés de cette guerre de Hollande, puisque, seulement dans une étendue de cinq lieues, sur la digue d'Amsterdam à Utrecht, il fallait employer quatre mille hommes et autant sur celle de Naarden, ce qui n'avait pas empêché, ajoutait-il, que les rebelles ne les eussent occupées sept fois ^.

Le 17 juin, Tseraerts et un autre capitaine brabançon sortirent de Harlem avec un certain nombre d'arquebusiers et

' L'infanterie venue d'Italie traversa Nimègue le 26 juin. — Berly à Viglius, de Nimègue, 26 juin 4573, dans les Documents historiques, t. XII. (Archives du royaume.)

^ Le comte de Boussu au duc d'Albe, 12 juin, et le duo d'Albe au Roi, de Nimègue, 7 juillet -1573. [Correspondance de Philippe II, t. II, pp. 37 j! et suivi

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pénétrèrent jusqu'au Fuyck, pour informer le prince d'Orange de l'état des assiégés. Ils emportaient avec eux quelques pigeons. Le lendemain, le prince renvoya un de ces rapides messagers "avec une lettre avertissant les bourgeois de Harlem qu'il était à Leyde et que Guillaume de Bronckhorst, son nouveau lieutenant, se trouvait entre Amsterdam et Utrecht pour couper les vivres au camp espagnol ; quant au secours, on l'avançait autant qu'il était possible. Les assiégés, encouragés, achevèrent alors dans l'intérieur de la ville un nouveau rempart depuis le cloître de Sainte-Marguerite jusqu'à la porte de Saint-Jean. Mais la famine était grande : à défaut d'autre viande, on commençait à manger chevaux, chiens, chats et rats, toutes sortes d'herbes et de racines, les feuilles des arbres, les cuirs et même les excréments des bêtes. Cette profonde détresse dura un mois et alla toujours en augmentant, à tel point que plusieurs habitants moururent de faim. Cependant, malgré leurs souffrances, les assiégés défiaient encore l'ennemi du haut de leurs murailles '.

Mais lorsqu'ils virent qu'ils n'avaient plus aucun secours à attendre des vaisseaux du prince d'Orange, ils désespérèrent de prolonger la résistance. Le \" juillet, à l'instigation des royalisles, des pourparlers eurent lieu hors de la ville entre le comte d'Oversteyn, colonel des Allemands au service de Philippe II, et le bourgmestre Jean Van Vliet, accompagné de trois capitaines de Harlem. Ceux-ci voulant imposer des conditions, on ne put s'entendre. Le lendemain, les Espagnols désappointés braquèrent toute leur artillerie contre la ville : une brèche qui pouvait offrir passage à cent hommes de front ayant été pratiquée dans l'après-

■■ BoR, 6e liv., fol. 320. — Van Meterex, fol. 90. — Grande chronique de Hollande, p. 252. — Renon de France, MS, 2^ partie, chap. XXIL — M AiTsi-NGER, De Leone belgico, p. 150.

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