‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 5)Chapitre 43 sur 131 · LIVRE m · texte numérisé non relu

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On rapporte que, pendant cette sédition, dix ou douze soldats espagnols, déguisés en marchands, étaient venus, au nom des mutinés, trouver le prince d'Orange à Leyde, et lui avaient demandé une entrevue secrète. Introduits dans sa chambre et devant le lit sur lequel il reposait, ils lui déclarèrent qu'ils étaient Espagnols et qu'ils avaient grande compassion de sa situation; que, voulant montrer leur bon vouloir à son égard, ils étaient venus pour livrer Harlem entre ses mains s'il pouvait leur compter 40,000 florins en une fois. Ils lui révélèrent ensuite les moyens certains qu'ils avaient de réaliser cette promesse. Le prince, ne pouvant trouver l'argent demandé par les émissaires des mutinés, fut contraint de refuser leur offre et de les remercier *.

Loin de pouvoir racheter Harlem aux soldats rebelles du duc d'Albe, le prince d'Orange craignait une sédition parmi ses propres troupes. Il écrivait à Louis de Nassau : « Dieu veuille « que nos soldats, qui sont çà et là dans les villes, ne suivent <i l'exemple des Espagnols, d'autant que les moyens pour les <' satisfaire s'amoindrissent ici de jour en jour ; plusieurs « habitants ont réussi à transporter leurs biens hors du « pays ; le zèle des autres s'est refroidi, et le pauvre peuple <t est tellement pillé et mangé qu'il ne lui reste plus aucun « moyen de fournir aux frais et aux dépenses de cette guerre '^ » Le duc d'Albe remplaça les vieilles bandes espagnoles qui s'étaient mutinées, par cinq enseignes d'Allemands qu'il mit sous les ordres du baron de Licques, nommé, le 19 août, gouverneur et capitaine de Harlem. H chargea de la police quelques bons catholiques auxquels il ordonna de ne rien faire sans l'avis de

' Van Meteren-, fol. 91.

- De Dordrecbt, 10 août 1373. [Archives de la maison d'Oratnje-Nassau, t. IV, p. 180.)

208 SOULÈVEMENT UliS PAYS-BAS.

l'évoque et du curé de la grande église. Le 21, il fit publier le pardon signé un mois auparavant. Il s'était permis, écrivit-il au Roi, de donner pardon non à la ville, mais aux habitants de Harlem , afin d'exciter les autres villes rebelles à se soumettre. 11 avait toutefois excepté de ce pardon une quarantaine qui étaient détenus, et cinq ou six des plus factieux auxquels il avait fait couper la tête ^ Les cinquantesept bourgeois, exceptés du pardon par l'acte du 27 juillet , devaient répondre de la bonne conduite des habitants ramenés sous le joug et servir de caution à l'entier payement de la somme stipulée pour racheter la ville du pillage "^ Ces cinquante-sept otages, réduits à cinquante et un par la décapitation de six d'entre eux, étaient les anciens membres du magistrat et les capitaines de la bourgeoisie. Us furent conduits à Amsterdam, oti ils eurent sans cesse à trembler pour leur vie. Mais après que le comte de Boussu eut été fait prisonnier à la bataille navale d'Enkhuizen, il intervint, de peur de représailles, en faveur des chefs de Harlem; ceux qui n'étaient pas morts en prison furent alors ramenés dans leur ville et délivrés ''. Ils ne cessèrent d'être honorés par leurs concitoyens.

De nos jours encore, le souvenir des vaillants hommes qui défendirent, en 1573, Harlem contre les bandes du duc d'Albe, est toujours vivant dans la cité pour laquelle ils se dévouèrent

■■ Le duc d'Albe au Roi, 28 juillet el 30 août 'Ia73. [Correspondance de Philippe y/, l. Il, pp. 391 el 40'2.)

- On trouve, aux Archives de Harlem, sous la c>ate du 2S août -1573, une procuralioD de certains habitants délivrée à deux de leurs concitoyens pour conclure un emprunt de '150,000 florins destiné à venir en déduction de la somme promise pour le rachat du pillage.

' Bon, 6'- liv., fol. 323, donne la liste des cinquante-sept exceptés du pardon.

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