‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 5)Chapitre 42 sur 131 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

magistrat, les capitaines de la bourgeoisie et d'autres personnes que le duc d'Albe avait exceptés du pardon signé la veille et tenu secret. C'étaient les bourgmestres, l'écoutète, les échevins et tous les officiers nommés par le prince d'Orange, les bannis, les doyens des confréries et d'autres encore « particulièrement signalés, disait-il, pour s'être montrés ennemis de Dieu et du Roi. » Les Allemands, comme neutres et libres de servir tel prince qui leur plairait, devaient avoir la vie sauve. En conséquence, le régiment de Lazarus Muller, fort de six cents hommes environ, fut conduit hors de la ville sous escorte. Ces Allemands avaient dû préalablement prêter le serment de ne plus servir contre le roi d'Espagne, et on les dirigeait, désarmés, vers leur pays. Lorsqu'ils arrivèrent près de Nieuwerkercke, une troupe de soldats envoyés du Diemerdyk par Sonoy, les arracha à ceux qui les escortaient. Une partie s'arrêta à Enkhuizen , et les autres entrèrent dans Bommel. Les Espagnols , obligés de laisser échapper les Allemands, se dédommagèrent sur les sujets de Charles IX, de la reine Elisabeth et du régent d'Ecosse. Le' 11 août, tous les Écossais et les Anglais, qui s'étaient trouvés parmi les défenseurs de Harlem, furent tués par Tépée. Le 20, pour combler cette mer de sang, comme dit un ancien historien, furent également exécutés par le glaive, devant la porte de l'hôpital, tous les blessés et les malades qui s'y trouvaient. Le capitaine Balfour échappa au massacre sous promesse d'entreprendre quelque chose contre la vie ou la personne du prince d'Orange : mais lui-même déclara bientôt au prince comment il avait pris cet engagement, que les remords de sa conscience ne lui permettaient point de tenir ^ .

' Commentaires de B. de HIendoça, liv. IX. — Korie hîstorischc aantekeningen, etc., pp. 93 et siiiv. — Grande chronique de Hollande, t II, p. 2oo. — y.4N Metei\e.\', fol. !iO v". — Bon. ii- liv., fol. 32i-.

204 SOUM-VICMIiM DES PAYS-BAS.

Le duc crAlbe avait fidèlement tenu la promesse qu'il avait faite à Philippe H. Il lui manda, dès le 28 juillet, que les soldats fiançais, wallons et anglais qui étaient dans la ville, au nombre de deux mille trois cents, avaient tous été exécutés et quelquesuns de leurs chefs avec eux. Il confirma ces renseignements sinistres dans une autre lettre du 30 août : tous les soldats qui étaient dans Harlem, dit-il, ont été exécutés, à l'exception des Allemands ^ Un historien catholique affirme que ce fut un spectacle sans exemple durant ces guerres civiles et qui fit même horreur à plusieurs soldats d'Espagne et d'autres nations. 11 ne loue point cet eflroyable massacre, mais il cherche à justifier le fils du duc d'Albe, en alléguant que les défenseurs de Hariem avaient irrité Dieu et les Espagnols par leurs injures et par leurs calomnies; quïls avaient ignominieusement pendu et cruellement martyrisé durant ie siège plusieurs notables ecclésiastiques et bourgeois catholiques ^. Mais un autre historien catholique objecte que, quelque coupables que fussent les assiégés, on doit » trouver que leurs crimes furent punis avec trop de rigueur et d atrocité ^. En réalité, le duc d'Albe et don Fadrique de Tolède, ces bourreaux à jamais exécrables, s'étaient sui-passés.

Pendant qu'ils faisaient ruisseler le sang des défenseurs de Harlem, les vainqueurs avaient été à la veille de s'entre-déchirer

' Mcndoça dit aussi que le nombre des exécutés s'éleva à plus de deux mille, et ce cliifTre s'accorde avec celui des historiens protestants. 11 y a, sous ce rapport, une triste unanimité. La Noue rapporte que des Français, qui se trouviuent en assez grand nombre dans la ville, il n'en échappa point quatre. Ce siège avait coûté cher aussi aux royalistes. Mendoça évalue à quatre mille hommes de toutes nations le nombre de ceux qui périrent par le fer de Tennemi ou que des maladies emportèrent. D'Kspagnols, ajoute-t-il, un peu moins detiuit cents avaient été tués.

^ lÎF.NON de France, MS, 2^ partie, chap. XXII. — Conf. Cabiieka, Don Filipc scgiiiulo, liv. X, chap. IX.

•' Ce sont les expressions du cai'dinal de Bcntivoglio, liv. VIII.

LivuE III (1575). 20U

également. Ce fut, comme Berty l'écrivait à Yiglius \ une vraie punition divine. Le 16 juillet, don Fadrique avait fait marcher ses vieilles compagnies espagnoles pour surprendre Alkmaar. Mais cette ville ayant reçu à temps une garnison du prince d'Orange, les vétérans, humiliés et mécontents, revinrent dans leur ancien camp devant Harlem ". Les soldats, à qui l'on devait vingt-huit mois de solde, étaient profondément irrités d'avoir été frustrés du pillage de Harlem, et des murmures les vieilles compagnies espagnoles, campées hors de la ville, en vinrent bientôt à une révolte ouverte. Le 29 juillet, à deux heures du matin, elles prirent les armes et marchèrent vers la ville où se trouvait Julian Romero avec douze enseignes des mêmes troupes. Les mutinés avaient, selon la coutume, placé à leur tête un élu, menaçant de le passer par les piques s'il refusait cette dangereuse élévation ; il tâcha néanmoins d'arrêter leur élan et défendit d'entrer dans Harlem. Mais lorsque, abandonnant les siens, il se fut réfugié à Amsterdam, les mutinés élurent un autre chef, s'emparèrent de Harlem et chassèrent les colonels, les capitaines et tous les autres officiers, même le mestre de camp Julian Romero qui fut réduit â se sauver par la brèche. Les mutinés annonçaient le dessein de se saisir également de don Fadrique, disant tout haut qu'ils ne voulaient plus être commandés par un tel chef. En apprenant ce dangereux soulèvement, le duc d'Albe se trouva dans le plus grand embarras : pareille chose, disait-il, ne lui était arrivée depuis quarante ans qu'il commandait des troupes ^ Toutefois il n'avait d'abord nulle envie de se rendre près des mutinés : il craignait de voir

^ D'Amsterdam, 9 août 1573. (Archi''es du royaume. Documents historiques, i. xin.)

2 Archives de la maison d'Orange-Nassau, t. IV, p. 180.

^ Le duc d'Albe au Roi, dT'Ireclil, 2 août '!373. [Correspondance de Philippe II, t. IL p, 397.)

20(1 .soiLÈvi;)u;\T des pays-bas.

son autorité méconnue cl, en outre, que quelque malheureux n'attentât à ses jours. Il envoya auprès des mutinés Chiappin Vitclli, très-aimé des Espagnols. Celui-ci lui fit savoir qu'il était de toute nécessité qu'il vînt lui-même parler aux soldais, mais qu'il ne devait venir qu'avec de l'argent comptant. Le duc se décida et, le 14 août, arriva au camp pour conclure un arrangement. Deux jours auparavant, deux cents arquebusiers étaient sortis de Harlem avec le sergent-major et étaient venus demander que don Fadrique consentît à leur parler : des pourparlers s'engagèrent, et les mutinés se déclarèrent contents sous la promesse de trente écus à chaque soldat. Le duc d'Albe ratifia cet arrangement et le même soir revint à Amsterdam pour chercher de largent, que plusieurs particuliers lui prêtèrent sous sa signature. Le 15, la cathédrale de Harlem, rendue aux catholiques, fut purifiée par Godefroid de Mierloo, évêque de cette ville, et la messe chantée en présence de don Fadrique et de l'élite de ses troupes. Ces vieux soldats, venus dans l'église pour être passés en revue, avaient prêté serment; tout souvenir de leur mutinerie paraissait même oublié. Cependant ils sortirent de la cathédrale avec une sorte de rage et reprirent les armes lorsqu'on leur eut demandé de défalquer des trente écus promis l'à-compte qu'ils avaient reçu pour leur entretien, depuis le commencement de la sédition. Le 16, le duc d'Albe revint au camp et essaya de nouveau de les calmer : il fallut se soumettre à leurs exigences. Mais plus lard, lorsque les liens de la discipline se furent un peu resserrés et que les vieilles bandes eurent été ramenées devant Alkmaar, don Fadrique fit saisir et pendre les auteurs de la seconde rébellion \

' L« duc d'Albe au Roi, d'Utrecht, le 2 août, et d'Amsterdam, le 30 août 1573. [Correspoiidance de Philippe II, t. Il, pp. 397 et 400.) — Mondoiicet à Charles IX, d'Utrechf , 7 août 1573. — Korte historischc aantelccniiKjcn, etc., pp. 97 et siiiv.

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