‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 5)Chapitre 50 sur 131 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

Déjà, au mois de février, il y avait plus de cent vingt bateaux autour de Flessingue. Les redoutables gueux de mer ne se bornaient point à surveiller le canal de Middelbourg : on les voyait journellement sur les côtes de la Flandre. Ils avaient brûlé le village de Terneusen, et on avait également aperçu, dans le voisinage de l'Écluse, les nombreuses barques des corsaires de Flessingue. D'Ostendeilss'élançaient jusqu'à Calais, combattant, prenant et pillant tous les navires qui ne pouvaient se soustraire à leur poursuite '. Informés que Sancho d'Avila, châtelain d'Anvers, armait une flotte pour secourir la capitale de la Zélande, les hardis gueux de mer remontèrent l'Escaut, se glissèrent pendant la nuit devant Anv^ers, rompirent les chaînes des vaisseaux qui étaient amarrés au quai et les emmenèrent à Flessingue. D'Avila ne se décourageait pas vite. Le 20 février, il mit à la voile avec cinquante-six bâtiments de différente grandeur ; cette flotte, vigoureusement assaillie par les Zélandais, essuya un grave échec. La plupart des petits navires furent perdus ou tombèrent au pouvoir des insurgés ; les grands eurent beaucoup de peine à regagner Anvers ^.

Une seconde tentative fut faite au mois de mars et ne réussit pas davantage. Il importait toutefois de se hâter ; car Middelbourg était alors réduit à l'extrémité. Une troisième tentative eut donc lieu en avril. Le 17, d'Avila descendit l'Escaut et alla le même soir jeter l'ancre devant Lillo. Le lendemain, la flotte royale poussa jusqu'à la pointe de Verland oii les vaisseaux zélandais étaient en ordre de bataille. Après une légère canonnade, ils se retirèrent vers Tîle de Biervliet. Le 23, la flotte royale parut devant la digue de Flessingue et s'y arrêta pour

"^ Ces particularités sont extraites des lettres adressées au duc d'Alhe par Jean de Croy, comte du Rœulx, et datées de Bruges, le 4 elle 7 février 'I573t ï Fo/rBoR, 6^1iv., fol 317.

donner le temps aux bâtiments chargés de vivres d'entrer dans le canal. Bien que les relations hollandaises et espagnoles ne s'accordent point, il est certain que les vaisseaux royalistes furent attaqués à la vue de Flessingue. D'après les premières, six des plus grands navires furent pris à l'abordage et les Espagnols perdirent plus de cinq cents hommes. Le duc d'Albe avoua qu'un bâtiment fut attaqué, et que, malgré les secours que lui porta le vaisseau amiral, il tomba au pouvoir des rebelles après avoir perdu tout son équipage. Trois autres bâtiments , ayant été poussés sur des bancs de sable, furent abandonnés par les matelots : les ennemis en prirent deux ; le troisième, que la marée poussa à la côte, fut brûlé par les arquebusiers espagnols sortis d'Arnemuiden. Enfin, un cinquième navire passa aux rebelles, avec voiles déployées. Les marins zélandais étaient tellement exaspérés contre les Espagnols qu'ils ne faisaient quartier à personne : et les Espagnols, selon leur habitude, traitaient comme des hérétiques et des traîtres tous ceux qui tombaient en leur pouvoir. Bien que la perte des Espagnols fût plus grande que celle des insurgés , ceux-ci ne purent empêcher d'Avila de ravitailler Middelbourg ^

Mais ce ravitaillement, effectué avec tant de difficultés, ne pourvut aux nécessités de Middelbourg que d'une manière insuffisante et temporaire. Bientôt Antoine de Bourgogne, seigneur de Wackene, amiral de Zélande et gouverneur de l'île de Walcheren pour le Roi, réclama de nouveau des vivres et de la poudre. Ce capitaine, plein d'expérience et de courage, devait être une des plus illustres victimes de la guerre de Zélande. Le 21 juin, en allant attaquer un fort que les défenseurs de Fles-

' Le duc d'Albe au Roi, de Nimègue, 8 mai i^lS. (Correspondance de Philippe II, t. II, p. 3oo.) — Confér. Swalve, De daden dcr Zeemcen gcdurende dcn opstntid tcgen Spanje (Amsterdam, 1846), p. 47.

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