‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 5)Chapitre 53 sur 131 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

venaient de perdre la principale rade de la Zélande et une forteresse qui leur avait permis jusqu'alors de communiquer librement avec Middelbourg.

Le duc d'AIbe, ayant appris la reddition de Rammekens, enjoignit, le 11 août, à Beauvoir, alors stationné avec la flotte espagnole devant Breskens , de secourir Middelbourg et Arnemuiden, dut-il combattre l'ennemi. Beauvoir , informé que le château de Rammekens était bloqué, s'était hâté d'entrer dans le Hont pour délivrer le boulevard de la Zélande. Mais il était déjà trop tard. Passant avec un vent favorable devant Flessingue, il avait vainement provoqué les Zélandais : ceux-ci, plus prudents que d'habitude, ne voulaient accepter la bataille que sous la protection du château de Rammekens. L'amiral royaliste resta deux jours à l'ancre, dans la persuasion que Middelbourg et Arnemuiden étaient également perdus ; lorsqu'il eut été détrompé, il fut obligé de tourner l'île en passant devant West-Kapelle et Domburg. Le 14, il jeta l'ancre à Sainte-Marie-Polder, à une lieu de la Vere. Il y fit décharger à la hâte ses navires et placer les munitions et les vivres sur des chariots qui, sous l'escorte du régiment de Mondragon, atteignirent Middelbourg. Le vieux et brave Mondragon, nommé gouverneur de cette importante place, y demeura avec deux mille quatre cents soldats wallons, quatre-vingt-quinze quintaux de poudre, vingt et un quintaux de salpêtre et des vivres pour plus de deux mois ^ Le 26, la flotte espagnole rentra en mer comme si elle eût voulu se diriger vers l'Écluse ; mais elle tourna voile et, ayant le vent et la marée propices, elle prit la direction d'Anvers. En passant devant Flessingue, elle échangea quelques coups de canon avec la ville ;

de Philippe II, t. II, p. 403.) — Confér. Bor., 6^ liv., fol. 329 yo, Le Tetit t. II, p. 257, et Van Meteren, fol. 92 vo.

' Beauvoir au duc d'AIbe, 30 août 1573. {Correspondance de Philippe 11 t. II, p. 408.)

les petits navires zélandais se mirent à sa poursuite et jetèrent le désordre dans son arrière-garde.

Le prince d'Orange, prévoyant que les Espagnols feraient bientôt de nouvelles tentatives pour secourir Middelbourg, résolut d'augmenter la garnison de Flessingue et de placer la gendarmerie sous le commandement du seigneur de Poyet. Mais ce gentilhomme, avant de se rendre à son poste, voulut surprendre la ville de Gertruidenberg, oii il avait des intelligences. Il rassembla quelques bâtiments à Dordrecht et à Workum, s'embarqua avec une troupe d'élite, et le :28 août, de grand matin, escalada les murailles de Gertruidenberg, près de la porte de Breda. Les Wallons, qui formaient la garnison, coururent aux armes lorsque lœ soldats du Taciturne étaient déjà dans la ville : ils furent cernés et passés, pour la plupart, au fil de l'épée. En apprenant les résultats de cette audacieuse entreprise, le duc d'Albe enjoignit à Bernardino de Mendoça de se rendre avec sa cavalerie à Breda pour mieux garder cette ville et s'opposer aux incursions de la nouvelle garnison de Gertruidenberg. Le prince d'Orange, heureux d'avoir recouvré une ville qui faisait partie de son domaine patrimonial, en confia le commandement à Jérôme de Tseraerts, rétabli des blessures qu'il avait reçues devant Harlem. Ce brave et zélé capitaine ne fut pas plus heureux à Gertruidenberg qu'à Flessingue. Ayant voulu empêcher la dévastation des églises, il fut massacré par ses propres soldats. Le prince d'Orange fit punir de mort les auteurs du crime et licencier la compagnie à laquelle ils appartenaient ^ Jérôme de Tseraerts était peu capable sans doute de lutter contre les d'Avila et les Mondragon ; mais il rachetait ses défauts par un noble dévoûment et un sincère patriotisme.

La flotte d'Enkhuizen ne tourmentait pas moins le duc d'Albe

' IJon, C<' liv., fol. 338, et Le Petit, t. H, p. 2G(J.

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