‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 5)Chapitre 69 sur 131 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

des Pays-Bas à Madrid, demandait respectueusement au Roi s'il ne serait pas expédient, vu la haine qu'on portait au duc d'Albe, d'insérer, dans le placard du pardon général à octroyer, que le gouverneur serait libre de se démettre entre les mains du duc de Medina-Celi, Piiilippe garda le silence sur ce point ^

Quelles que fussent les arrière-pensées du Roi, il avait commis une très-grande faute. S'il n'approuvait plus la conduite du duc d'Albe, il aurait dii rappeler immédiatement ce dernier et remettre ouvertement l'autorité entre les mains du duc de Médina. Il ne fit ni l'un ni l'autre. Le duc de Médina, venu dans les Pays-Bas sans pouvoirs déterminés, se fatigua bientôt de ce rôle équivoque; et le duc d'Albe, tout en conservant l'autorité effective, s'irritait d'avoir à ses côtés un censeur qui encourageait les mécontents. « Plût à Dieu, écrivait secrètement le secrc- « taire Albornoz au secrétaire Gayas ^, plût à Dieu que le Roi ne <i l'eût jamais nommé et qu'il ne fût jamais venu aux Pays-Bas «I ou bien qu'il y fût venu aussitôt après sa nomination ; car du « jour où celle-ci fut connue commencèrent les intrigues entre « les conseillers et naquirent tous les embarras où l'on se trouve ; >i jusque-là, il suflQsait d'ordonner pour être obéi. » Non-seulement le duc de Médina était un seigneur d'une politesse et d'une amabilité exquises, mais il affichait des sentiments contraires à la politique qui n'avait cessé de prévaloir. Il donnait à entendre qu'il ne suivrait point les errements du duc d'Albe et parlait mal de son administration afin de gagner la confiance du pays ^. Dans les conseils auxquels il assistait, il se mettait ouvertement en opposition avec le gouverneur en réclamant une amnistie immédiate et générale. Au lieu de s'entourer d'Espagnols, comme

■■ Lettres de Hopperus (MS de la bibliothèque de Bourgogne, n° 16093). ^ De Nimègue, 8 mars 4573. {Correspondance de Philippe U, t. II, p. 317.) ^ Le même au même, d'Amsterdam, 23 octobre 1573. [Ibid, t. II, p. 426.)

le duc d'Albe, il voyait plus volontiers leurs nouveaux antagonistes, tels que le duc d'Arschot et Frédéric de Champagney qui, en 1571, avait succédé à son frère, Thomas deChantonay, dans le gouvernement d'Anvers.

Le duc de Médina finit, comme on l'a vu, par se lasser de son inactivité. Il était très-irrité contre le duc d'Albe, lorsqu'il le quitta à Nimègue, et se plaignait de la durée de la guerre non moins que de la nonchalance de don Fadrique ^ Lui-même écrivit au Roi qu'il resterait à Bois-le-Duc, attendant ce que ferait le duc d'Albe, « pour le suivre à l'armée, s'il s'y rendait, ou, s'il allait à Bruxelles ou à Anvers, pour se transporter dans quelque lieu des alentours '. » Il indiquait clairement ainsi sa désapprobation de la conduite du gouverneur.

Mais déjà le bruit était répandu que le duc de Médina devait passer à Naples et que le duc d'Albe restait aux Pays-Bas. Cette nouvelle attristait tout le monde, et les « bons, » c'est-à-dire les catholiques, qui jusqu'alors étaient demeurés fidèles au fils de Charles-Quint, parlaient d'abandonner aussi leur patrie ^.

Cependant le séjour du duc de Médina dans les Pays-Bas se prolongea encore pendant quelques mois. De Bois-le-Duc, il se rendit à Maestricht et se mit en rapport avec les principaux des Liégeois, tâchant de leur persuader par douces paroles d'accepter la protection du Roi Catholique. Mais les Liégeois résistèrent à ces avances comme ils avaient résisté aux menaces du duc d'Albe ; ils ne voulaient pour rien au monde, disait l'ambassadeur de Charles IX, tomber sous la main de l'Espagnol *.

' Mondoucet à Charles IX, de Bruxelles, 2 décembre '1572.

2 Le duc de Medina-Celi au Roi, de Bois-le-Duc, 8 janvier lo73. {Correspondance de Phifippe II, t. II, p. 304.)

^ Ces détails sont empruntés à une lettre du 14 décembre 1572. Voir MS de la bibliothèque de Bourgogne, n» 12391.

* Moudoucet à Charles IX, d'Utrecht, 26 juillet 1573.

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