‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe II (volume 5)Chapitre 70 sur 131 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

Au commencement du mois de septembre 1573, le duc de Médina partit de Maestricht et se rendit à Anvers, afin de joindre le duc d'Albe qui, disait-on, voulait se mettre à la tête de l'armée K Mais le gouverneur, continuant de se faire remplacer par don Fadrique, son fils, le duc de Médina se décida enfin à quitter les Pays-Bas pour retourner en Espagne. Les états de la Flandre wallonne ayant fourni dix mille florins pour son voyage, il partit le 6 octobre. Avant de s'embarquer, il avait déclaré confidentiellement à quelques personnes qu'il reviendrait bientôt, et il avait même laissé sa maison à Bruxelles ^. Pour éclairer Philippe II, il emportait un mémoire dans lequel Champagney avait tracé un tableau véridique de l'administration exécrable du duc d'Albe ^.

Frédéric Perrenot, seigneur de Champagney, le plus jeune frère du cardinal de Granvelle, n'était partisan ni du prince d'Orange ni de la religion nouvelle. C'était même un catholique fervent. Dans une lettre adressée au Roi, le 12 juip 1573, il s'était plaint qu'il n'y eût à Anvers que cinq églises paroissiales pour une population de plus de douze mille chefs de maison , il signalait aussi le manque de prédicateurs. Mais en même temps il attribuait à l'insolence des soldats la dépopulation de la grande métropole commerciale, dépopulation qui chaque jour allait croissant. II demandait d'ailleurs, pour montrer son abnégation, que le Roi lui donnât un successeur dans le gouvernement d'An-

' Le duc de Medina-Celi au Roi, d'Auvers, 5 septembre 1573. [Correspondance de Philippe IJ, t. II, p. 411.)

* Albornoz à Çayas, d'Amsterdam, 23 octobre 1573. (Jbid., t. II, p. 42G.) — Voir aussi Mémoires anonymes sur les troubles des Pays-Bas, t. I<", p. 147.

= Discours sur l'estat des Pays-Bas et son redressement, donné au duc de Medina-Celi, lorsqu'il partit desdits pays vers Espagne, par le seigneur de Champagney. (Bibliothèque de Bourgogne, n" 17382.)

vers ^ Doué d'une intelligence vive et prompte, Champagncy se signalait également par un grand courage. Bourguignon, il préférait les Belges aux Espagnols, détestait l'arrogance de ceux-ci et déplorait avec amertume les maux produits par Je détestable gouvernement du duc d'Albe.

Le mémoire qu'il remit au duc de Médina était d'une hardiesse remarquable. L'auteur s'élevait avec la plus grande énergie contre le conseil des Troubles dans lequel avaient été introduits des étrangers qui ne connaissaient point les lois du pays. 11 disait que ce conseil avait fait perdre au Roi plus de vassaux que n'en avaient moissonné toutes les guerres précédentes contre la France. Il dénonçait les extorsions de ces «i gens du sang » , qui avaient amené la ruine et la désolation dans une infinité de bonnes familles. Il se lamentait sur l'innumérable multitude de veuves, d'orphelins, de pupilles ou de filles à marier qui, ayant hypothèque sur les biens confisqués, n'avaient pu obtenir justice. Il se plaignait aussi que les meilleurs sujets du Roi, ceux qui ne recherchaient que la conservation de l'État, étaient signalés comme des traîtres et des hérétiques. En résumé, il demandait l'abolition du conseil des Troubles, l'exclusion des étrangers de tous les emplois se rattachant au gouvernement du pays, le rétablissement des anciens privilèges et usages, en un mot, la fin de la tyrannie espagnole.

Tous les efforts du duc d'vVlbe tendaient, au contraire, à perpétuer cette tyrannie. Il voulait rendre Philippe II seigneur absolu des Pays-Bas, en éloignant les nationaux du gouvernement et en introduisant des étrangers (Espagnols ou Italiens) dans le conseil d'État et dans le conseil privé. Tout au plus voulait-il leur adjoindre quelques indigènes u d'un caractère facile et sans capacité. » Charles de Tisnacq, chef et président du conseil

' Correspondance de Philippe II, i. II, p. 371.

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