LIVRE X
« saux de Sa Majesté, sommes dominés par ce sentiment de telle » sorte que, jour et nuit, nous nous tenons prêts pour, de corps <i et biens, lui faire très-humble service. Or, voyant en quels «t termes sont les affaires actuelles, nous avons plutôt aimé <i d'assumer quelque mécontentement que de celer à Votre Al- <i tesse chose qui par la suite pourrait tourner au détriment de «c Sa Majesté et en même temps troubler le repos et la félicité de >' ses pays. Nous espérons que l'effet montrera avec le temps «1 qu'entre tous les services que jamais nous aurions pu rendre «1 au roi, celui-ci doit être rangé parmi les plus notables et les <i plus opportuns. Nous ne doutons pas que les premières ordon- «1 nances de Sa Majesté, touchant l'inquisition et lelroite obser- *i vation des placards , sur le fait de la religion , n'aient eu « quelque fondement, vu qu'elles tendaient à continuer tout ce « que feu l'empereur Charles, de très-haute mémoire, avait avec « bonne intention arrêté. Cependant nous voyons que la diffétt renced'un temps avec l'autre, doit amener diversité de remèdes; « que, déjà, depuis quelques années, les placards, quoiqu'ils «i n'aient été exécutés en toute rigueur, ont néanmoins donné « occasion à plusieurs graves inconvénients; enfin que la der- « nière résolution de Sa Majesté, par laquelle non-seulement elle « défend de modérer aucunement les placards, mais commande «1 expressément que l'inquisition soit observée et les placards <t exécutés en toute rigueur, que cette résolution nous fournit « une assez juste occasion de craindre que par là non-seulement «t lesdits inconvénients ne viennent à augmenter, mais qu'il « s'ensuive finalement une sédition générale, qui amènerait la « misérable ruine de tout le pays, comme l'indique manifesteti ment l'exaspération du peuple. Connaissant l'évidence et la « grandeur du danger qui nous menace, nous avions jusques à «I présent espéré que, soit par les seigneurs, soit par les états <i du pays, il serait fait remontrance en temps et heure à Votre
G% r.KS PAYS-BAS sous PHlI.IPPi; II.
" Altesse afin d'y remédier en ôtant la cause et l'origine du mal. « Mais après avoir vu qu'ils n'ont pas pris l'initiative pour des « raisons à nous inconnues et que cependant le mal augmente « de jour en jour, si bien que le danger do révolte générale est « imminent, nous avons estimé qu'il était de notre devoir, sui- « vant notre serment de fidélité et d'hommage, et comme l'exige <• notre dévouement au Roi et à la patrie, de ne plus attendre, '1 mais bien de nous avancer les premiers. Nous sommes d'au- <i tant plus portés à cela que nous avons plus de raison d'es- « pérer que Sa Majesté prendra notre avertissement de très- « bonne part, voyant que l'affaire nous touche de plus près <i qu'à nuls autres, car nous sommes plus exposés aux calait mités qui ordinairement proviennent de semblables accidents, t( ayant pour la plupart nos maisons et biens situés aux champs. « Nous avons à considérer aussi que , suivant la teneur desdits « jilacards, tels qu'ils doivent être exécutés selon le comman- <i dément de Sa Majesté , il n'y aura personne d'entre nous, «( voire de tout le pays , qui ne sera exposé à la confiscation <i de corps et de biens, et en butte aux dénonciations calom- « nieuses du premier envieux , n'ayant d'autre refuge que la Il discrétion de l'officier, à la merci duquel sa vie et ses biens 'I seront totalement remis. C'est pourquoi nous supplions très- «< humblement Votre Altesse, par la présente requête, d'y vouloir <i donner bon ordre, et le plus tôt possible envoyer vers Sa Ma- « jesté une personne convenable pour l'en avertir et la supplier <t très-humblement, de notre part, qu'il lui jilaise y pourvoir tant <( pour le présent que pour l'avenir. Or, comme cela ne pourra «1 jamais se faire, en laissant lesdits placards en vigueur (car ils •1 sont la source de ces inconvénients), qu'il plaise à Sa Majesté «1 d'ordonner leur abolition. Et pour qu'elle n'ait sujet de penser '1 que nous , (pii ne prétendons lui rendre que très-humble <( obéissance, voulions lui imposer la loi, comme nos adversaires