LIVRE X
remarquait plusieurs serviteurs du comte d'Kgmont , Jean de Casenbroot, seigneur de Backerzeele, Christophe de Lcefdael et Maximilien de Blois dit Cock de Leeringhe , un des créateurs de la ligue '. Bréderode et Louis de Nassau marchaient les derniers, comme étant les principaux. En les voyant venir si nombreux, Marguerite se troubla. Le baron deBerlaymont essaya de la rassurer en lui disant que ce n'était qu'un tas de gueux ; le mot était insultant, mais celui qui l'avait proféré pouvait l'expliquer en constatant qu'une partie "de la noblesse était perdue de dettes. Le plus grand nombre des confédérés resta dans la cour du palais, et les plus notables se rendirent seuls dans la chambre du conseil d'État , oti Marguerite les attendait , entourée des membres du conseil, des gouverneurs des provinces et des chevaliers de la Toison d'or.
Après s'être incliné, Bréderode lut les paroles suivantes : « Madame, les gentilshommes réunis en cette ville et d'autres <i de semblable qualité en nombre considérable qui, pour cer- «1 taines considérations, ne sont pas présents, ont résolu, pour le ti service du Roi et pour le bien public des Pays-Bas, de pré- «I senter respectueusement cette remontrance à Votre Altesse. !i Us vous supplient de l'accueillir avec bienveillance et d'y «■ statuer comme vous le jugerez convenir. Nous avons été accu- <! ses devant Votre Altesse et les seigneurs du conseil d'avoir
' Charges contre le comte d'Egmont, dans le Supplément à Strada, t. l", p. 32. On lui flt un crime de n'avoir pas renvoyé de son service le seigneur de Backerzeele. — Maximilien de Blois, chevalier de Malte, S^^ de Eierland, était fils de Jean de Cock de Heeswyck et d'Anne, fille naturelle de Maximilien Van den Berghe, S' de Zevenberghen ; il portait le nom de Elols, parce que sa famille descendait de celle des Chàtillons, comtes de Blois. (Te Water, Historié van het verbond, etc.) Maximilien de Blois assistait avec son frère Robbrecht à la première réunion de l'hôtel de Culembourg, ( Voir ci-dessus, p. 8-9.,
62 m:s pays-bas sous Philippe ii.
u médité cette démarche pour exciter des troubles et des sédi- <i lions ; et, ce qui est plus abominable, nous avons été accusés » de vouloir changer de roi et d'avoir dans ce but ourdi des .1 complots avec des princes et capitaines étrangers , français, « allemands et autres. Nous déclarons que ce projet n'est jamais « venu en notre pensée et est entièrement contraire à notre «i loyauté et à ce que Votre Altesse trouvera dans la remontrance. •1 Nous sup[ilior!S néanmoins Votre Altesse de vouloir nous faire Il connaître ceux qui ont si injustement blâmé une si noble et si «i honorable compagnie. En outre, Madame, parmi les seigneurs « ici présents, il en est quelques-uns qui sont particulièrement «i accusés d'avoir tenu la main au complot dont il s'agit, tant « avec les Français qu'avec d'autres étrangers. Cette accusation « nous pèse grandement. Aussi supplions-nous Votre Altesse de <i nous faire tant de faveur que de nommer les accusateurs et <' les accusés, afin que la méchanceté étant découverte, Votre " Altesse en fasse prompte et exemplaire justice; car nous «1 sommes persuadés que Votre Altesse ne permettra jamais « qu'une si honorable compagnie demeure chargée d'actes si «' funestes et si infâmes '. »
Après avoir adressé ce discours à la gouvernante, Bréderode lui présenta la requête et la pria d'en ordonner la lecture. Elle était conçue en ces termes :
<c Madame, on sait que par toute la chrétienté a toujours été « très-renommée la grande fidélité des peuples des Pays-Bas « envers leurs seigneurs et princes naturels. A cet égard, la no- « blesse a toujours tenu le premier rang, car elle n'a jamais « épargné ni corps ni biens pour la conservation et l'accroisse- « ment de la grandeur des souverains. Nous, très-humbles vas-
i Anhtves de la maison d'Orange-Nassau, t. II, p. 78. — Supplément a Strada, t. II, p. .326. —Grande chronique de Hollande, (. II, liv. IX, p. 10.3.