LIVRE XV (1568). 51 h
s'éloigner, mirent le feu aux abbayes de Saint-Gilles et de Saint- Laurent et saccagèrent aussi une partie des faubourgs '. Les bourgeois catholiques exaspérés s'élancèrent bientôt à la poursuite des gueux, massacrant les traînards ou les précipitant dans les fosses à houille, sans même excepter les blessés. Plus de quatre cents hommes furent ainsi tués par les Liégeois, qui prirent aussi plus de cent chariots de bagages \ lis ne gardaient pas de prisonniers : beaucoup de huguenots, qui tombèrent entre leurs mains, furent conduits en ville et pendus, sans forme de procès, à une potence élevée sur le marché. L'exaspération des catholiques était extrême. Pendant qu'on massacrait deux prédicants de l'armée du prince d'Orange, un artisan, ayant laissé échapper quelques paroles sympathiques, fut tué sur place par un noble qui les entendit. On dut promettre aussi de faire justice des traîtres qui avaient voulu livrer la ville à l'ennemi.
La retraite de Guillaume de Nassau s'effectua sans autre désastre. Le ÎS novembre, à Quesnoy-le-Comte , il fit même volteface contre l'avant-garde des Espagnols et la mit en pleine déroute^. « Il avait résolu, dit un document contemporain, de <( servir à la gloire de Dieu en France, puisqu'il n'avait plu à <! Dieu de bénir son labeur dans les Pays-Bas, pour lequel il <t~ n'avait trouvé aide ni faveur de personne... et ce, en atten- « dant que Dieu donnât quelque autre moyen d'achever sa prête mière entreprise 4. »
Quant aux exilés liégeois qui avaient participé à l'expédition du prince dOrangc, ils cherchèrent un refuge à Sedan, oîi ré-
' L'évêque de Liège au duc d'Albe, 5 novembre 1568, dans la Correspondance de Guillaume le Taciturne, t IH, p. 3G6. 2' Relation de Courtewille, ibid., t. III, p. 33.5. ^ Van Meteren, fol. 62 v».
* Archives de la maison cl' Orange-Nassau , t. III, p. 311.
gnait un prince de la maison de La Marck qui avait embrassé la réforme. Quelques-uns des fugitifs réussirent à se mettre en sûreté ; mais Eourlette et d'autres, tombés au pouvoir des troupes royales, furent livrés à l'évêque de Liège et allèrent augmenter le nombre des victimes de la réaction provoquée par l'entreprise et l'insuccès de Guillaume de Nassau '.
Le duc d'Albe, s'imaginant qu'il avait vaincu tous ses ennemis, revint à Bruxelles oîi, le 20 décembre, il fit une entrée pompeuse et triomphale. Il licencia même une partie de sa cavalerie allemande et de son infanterie wallonne, et dissémina le reste de ses troupes en différentes villes des Pays-Bas.
i M. Gachard donne les noms de quatorze individus condamnés, ainsi que l'indication de leur supplice , d'après le registre des Sentences criminelles , conservé au dépôt des archives de l'Étal à Liège [Correspondance de Guillaume le Taciturne, t. III, p. VI). — André Eourlette fut condamné, par les prévôt et cour souveraine de Bouillon, le 7 juillet 1369, à avoir la tête tranchée, son corps mis en quatre quartiers, pour être pendus à quatre fourches et la tête élevée sur une potence. — Son gendre, Jean de Somme, dont les rapports avec les exilés liégeois avaient été dénoncés au duc d'Albe, fut décapité , le 1 2 novembre de la même année , devant le château neuf d'Anvers. M. Borgnet fournit, sur les derniers moments de cet infortuné, des détails pleins d'intérêt, qui ont été puisés dans une chronique flamande contemporaine, et qui concordent a,vec la note du maître des hautes-œuvres, insérée par M. de Bavay dans son discours historique sur la Justice criminelle du duc d'Albe, p. 31 .