II
sait toujours la bataille que lui offrait le prince d'Orange. Celui-ci tint alors un conseil, et, de l'avis de Louis de Nassau, du comte de Hooghstraeten, de Genlis et de Lumey, on résolut de retourner vers Liège, d'y entrer de gré ou de force, et de s'y fortifier pour y passer l'hiver. 11 devenait d'ailleurs impossible, si l'on voulait rentrer en Allemagne, de traverser encore la Meuse à gué, à cause de la crue des eaux. En apprenant la détermination de ses adversaires, le duc d'Albe se mit de nouveau en campagne pour les suivre et les harceler.
Un émigré liégeois, Evrard Spierinck, qui avait pénétré dans sa ville natale pour en observer les dispositions, assurait qu'un grand parti se prononcerait en faveur du prince d'Orange, mais qu'il fallait une attaque vive et prompte. Le prince hésitait, au contraire, à donner le signal d'une agression qui pouvait allumer la guerre civile dans Liège. Gérard de Groisbeck eut ainsi 1(> temps de mettre sa capitale à l'abri d'une surprise. A sa demande, le duc d'Albe y envoya le colonel Mondragon avec quelques compagnies wallonnes , et lui-même s'avança avec son armée. Le 2 novembre, jour des morts, le prince d'Orange vint enfin camper devant Liège. Le 3, il somma le prince-évéque de lui livrer passage ; sur le refus réitéré de l'évéque et du chapitre, les gueux attaquèrent la ville, mais avec une mollesse qui dénotait le découragement et les indécisions de leur chef. Gérard de Groisbeck était sur les remparts et donnait l'exemple de la vigilance et de l'énergie. Le 5 novembre, au matm, le prince d'Orange, ayant appris que l'armée espagnole n'était plus qu'à deux lieues de son camp, donna le signal de la retraite. Mais, au lieu de se diriger vers l'Allemagne, il se proposait de gagner les frontières de la France par la Hesbaye, le comté de Namur, le Hainaut et le Canibrésis. Tourmentés par la faim et furieux de n'avoir encore reçu qu'un mois de solde, excités en outre par le mauvais exemple des huguenots français, les gueux, avant de