‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe IIChapitre 119 sur 159 · LIVRE XVI · texte numérisé non relu

LIVRE XVI

duc d'Albe avait traité dos princes de l'Empire, Maximilien II, qui ménageait alors les luthériens et qui se montrait môme disposé à leur assurer une existence légale dans ses États héréditaires ', résolut d'intervenir de nouveau, et avec plus d'énergie, en faveur des Pays-Bas. Le 22 juillet 1568, il écrivit au duc d'Albe non-seulement pour se plaindre de ses procédés envers l'archevêque de Trêves, ainsi que de la lettre dure et véhémente qu'il avait écrite au duc de Clèves, mais aussi pour l'exhorter à se conduire avec plus de circonspection dans le gouvernement des Pays-Bas. Le 23 août, le baron de Dietrichstein, ambassadeur de Maximilien à Madrid, adressa une copie de cette remontrance à Philippe II. Il lui rappela en même temps ce que lempereur avait toujours craint de la rigueur avec laquelle le duc d'Albe procédait en Flandre : une conspiration redoutable, disait-il, devait s'ensuivre dans toute l'Allemagne, aliénée déjà par les exécutions qui avaient été faites et ))rincipalement par la mort des comtes d'Egmont et de Bornes. L'empereur avait d'autant plus de motifs de se plaindre de la conduite du duc d'Albe qu'il se voyait accusé, en Allemagne, de consentir à la destruction des Pays-Bas. L'ambassadeur demandait donc au roi qu'il donnât des ordres pour qu'on abandonnât la voie de sévérité suivie jusqu'alors dans ces provinces, et pour qu'on ne troublât plus les relations de bon voisinage avec les États de l'Empire. L'ambassadeur demandait aussi, en vertu des ordres exprès de Maximilien II, sollicité à cet égard par tous les pi4nces de l'Empire , que le roi rendit à la comtesse d'Egmont les biens de son mari ^ Le 22 septembre, les électeurs et les autres princes adressèrent à l'empereur un Mé-

' On trouve , dans VHistoire de saint Pie V, par M. de Falloux (t. II, pp. 96 et suiv.), de très-curieux détails sur l'état déplorable du catholicisme en Autriche, à cette époque, et sur les dispositions bienveillantes de l'empereur Maximilien II en faveur des adhérents de la confession d'Augsbourg.

^ Correspondance de Philippe II, t. II, pp. 36-37.

moire dans lequel ils réclamaient, avec des instances encore |)lus vives , son intervention en faveur des Pays-Bas. Ils rappelaient à Maximilien avec quelle rigueur le duc d'Albe, aidé de son armée d'Espagnols, avait traité ces provinces, et avec quelle cruauté il y avait versé le sang chrétien. Ils disaient que, malgré les assurances données par le roi, que le duc d'Albe avait pour mission de châtier ceux qui s'étaient révoltés contre lui aux Pays-Bas et non d'y établir l'Inquisition, celle-ci y avait été mise en vigueur en même temps qu'on imposait à ces provinces les décrets du concile de Trente. Les Pays-Bas se trouvaient donc privés du bénéfice de la paix publique et de religion établie en Allemagne, quoiqu'ils en dussent jouir à cause de leur incorporation à l'Empire. Les électeurs soutenaient de plus que, sous ce rapport, Ja condition de la basse Allemagne ne devait pas être autre que celle de l'Allemagne supérieure. Enfin, ils exhortaient vivement l'empereur , comme chef suprême et seigneur de la nation allemande, à regarder d'un œil bénin les calamités et les afflictions des barons , seigneurs , nobles et autres vassaux et sujets de la basse Allemagne, et à les prendre sous sa protection. Ils se disaient prêts à sacrifier leurs États, leurs fortunes et leurs vies pour que ces provinces fussent remises en leur ancienne prospérité, délivrées des soldats étrangers et affranchies de la tyrannie du duc d'Albe'.

L'empereur répondit le 1 " octobre, en assurant les princes de l'Empire qu'il n'avait cessé de prendre à cœur les choses qui lui étaient représentées, et que, pour en traiter avec le roi, il allait envoyer son propre frère, l'archiduc Charles, en Espagne ^ Il se proposait en outre d'envoyer des députés au duc d'Albe et au prince d'Orange, pour mettre un terme à la guerre civile. Mais le

1 Correspondance de Philippe U, t. Il, pp. 38-39.

2 Ibid., t. II, p. 40.

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