LIVRE XVI (1S68). S2i
lieutenant de Philippe II fit immédiatement savoir à l'empereur que cette ambassade causerait au roi une grande indignation, et que, quant à lui, il avait ordre exprès de n'admettre ni trêve ni paix. Maximilien répondit, le 22 octobre, qu'il ne pouvait suspendre l'ambassade qu'il avait résolu d'envoyer au roi, ni celles qui étaient destinées au duc lui-même et au prince d'Orange, l'archiduc Charles et tous les autres commissaires désignés s'étant déjà mis en route. Dans cet état de choses, disait-il, s'il révoquait ces ambassades, il serait certainement taxé, dans le monde, d'inconstance et de légèreté, et il encourrait l'indignation des princes de l'Empire '.
Le duc d'Albe ne s'était point trompé sur les dispositions de Philippe II. Ce prince altier fut extrêmement mécontent de la résolution prise par l'empereur. Il annonça au duc que sa réponse serait négative, mais que l'archiduc Charles recevrait à sa cour le traitement et les honneurs qui lui étaient dus *. Du reste, il exprima également son déplaisir et sa surprise à l'empereur lui-même. Comment les princes allemands s'étaient-ils permis de traiter de l'ordre et du mode qu'il doit suivre dans le gouvernement de ses États patrimoniaux, et des moyens qu'il doit y employer ! C'était là une chose nouvelle et indigne, disaitil, envers un prmce de sa qualité, alors surtout qu'il s'agissait d'une détermination qui dépendait de sa libre volonté, et dans laquelle il ne pouvait ni ne devait accepter la loi de personne ^.
Le cardinal de Granvelle, à qui avait été communiquée la première lettre de l'empereur au duc d'Albe, s'efforça d'ailleurs de démontrer au roi qu'il n'était point tenu, dans ses États des Pays-
' Correspondance de Philippe II, 1. 11, p. 43. ^ Le roi au duc d'Albe, 7 novembre 1568. Ibid., t. II, p. 46. * Philippe II à Maximilien II (d'Aranjuez, 22 novembre 1568) Ibid., t. II' p. 48.
Bas, à l'observation des rccez des diètes de l'Empire, et que le traité de Passau ne s'appliquait nullement à ces provinces. Il* exprimait aussi l'avis que si les électeurs du Rhin et d'autres princes allemands, malgré le préjudice que leur avait causé la première expédition du prince d'Orange, persistaient à le favoriser, le roi pourrait occuper leurs Etats jusqu'au Rhin, en les traitant comme rebelles à Dieu et hérétiques '. Il disait encore que l'empereur aurait dû se montrer davantage pour le roi et contre les rebelles ; mais il croyait que Maximilien n'avait pu faire plus '.
Non-seulement Philippe II était fermement résolu à ne tenir aucun compte de l'intervention de l'empereur , mais encore il voulut le mettre en garde contre les suggestions de ses conseillers et les vœux de la noblesse d'Autriche. Il l'adjura de veiller au maintien du catholicisme dans ses États héréditaires, et de rejeter avec indignation la demande qui lui avait été adressée par les barons et les nobles afin de pouvoir user de la confession d'Augsbourg ^.
L'archiduc Charles, arrivé à Madrid le 10 décembre, et reçu avec tous les honneurs dus à sa personne et à son rang, attendit quelques jours avant de remettre à Philippe II une copie de son instruction. Maximilien II y rappelait d'abord les exhortations qu'il avait adressées au roi et au duc d'Albe, à différentes reprises, depuis 1566, sur le système de gouvernement suivi dans les
' Le cardinal de Granvelle au roi, de Rome, 3 novembre 1568, dans la Correspondance de Philippe II, t. II, p. 45. Voir aussi t. 1er, p. clxxxvii.
^ Lettre de Granvelle au roi, écrite de Rome, le 10 janvier 1569, avec l'apostille de Philippe II. Ibid., t. II, p. 54.
^ Lettre autographe du roi à l'empereur Maximilien II , du 22 novembre 4568, dans la Correspondance de Philippe II, t. II, p. 48. Voir aussi, sur le même sujel, deux autres lettres , publiées par M. Gachard, dans les Bulletins de l'Académie royale de Belgique, t. XII, 1^^ partie, pp. UO-ifiO.