‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe IIChapitre 13 sur 159 · II · texte numérisé non relu

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pareille proposition vint de lui, qui avait refusé naguère dénommer la personne de qui il tenait des renseignements sur la Confédération.

Le conseil d'État, ayant été assemblé le .soir, Marguerite demanda de nouveau si l'on ne devait pas exiger des confédérés qu'ils ajoutassent chacun leur nom à la requête qui n'avait d'autre suscription que « suppliant les très-humbles vassaulx de Vostre Majesté. » La majorité fut d'avis qu'il ne fallait pas exiger les noms et signatures des pétitionnaires , pour beaucoup de considérations et, entre autres , parce que si on leur demandait cette suscription , ils fixeraient vraisemblablement un jour pour en délibérer , puis qu'ils reviendraient en tel nombre qu'on serait fâché de les revoir. Ils faisaient aussi remarquer qu'on avait vu ceux qui étaient présents. La régente, après mûre délibération du conseil, arrêta ensuite la réponse écrite qu'elle ferait à la requête de Bréderode '.

Le lendemain, 6 avril, dans l'après-midi, les députés de la noblesse revinrent au palais en plus grand nombre ; car ils avaient été rejoints par le comte de Culembourg et le comte Van den Berg, beau-frère du prince d'Orange, arrivés en poste avec plusieurs de leurs adhérents. Marguerite rendit la requête qui lui avait été présentée la veille , avec cette apostille écrite en marge -.

«I Son Altesse, ayant entendu le vœu exprimé dans la requête, « est bien résolue d'envoyer vers Sa Majesté pour lui repré- « senter les demandes des remontrants et faire auprès d'Elle « toutes les démarches qui i)ourront l'engager à condescendre à «< la réquisition desdits remontrants, lesquels ne doivent espérer <t que chose digne et conforme à la bénignité native et ordi-

i Stkada, liv. V. — SupplrmoH à Slra'Ia , t. II, p. 338. — Notules du conseil d'État.

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« naire du roi. Déjà Son Altesse avait , avant la venue desdits « remontrants, par l'avis des gouverneurs des provinces, cheva- « liers de l'Ordre et ceux des conseils d'Etat et privé, travaillé à '1 établir un projet de modération des placards sur le fait de la •< religion, pour le soumettre au roi. Son Altesse espère que ce •' projet sera trouvé tel qu'il donnera à chacun raisonnable con- <■• tentement. Puisque l'autorité de Son Altesse ne s'étend si « avant que de suspendre l'inquisition et les placards, et qu'il ne « convient de laisser le pays sans loi en ce qui concerne la reli- « gion , Son Altesse espère que les remontrants se contenteront « de la démarche qu'elle se propose de faire auprès de Sa Majesté; «1 et, en attendant sa réponse, Son Altesse veillera à ce que, tant « par les inquisiteurs que par les officiers, il soit procédé discrè- <i tement et modestement en leurs charges, de sorte qu'ils ne «1 donnent pas sujet de plainte. Mais elle compte aussi que , de " leur côté, les remontrants se conduiront de façon qu'il ne sera « besoin d'en user autrement. 11 y a lieu d'espérer que par les «1 bons offices de Son Altesse le roi consentira à supprimer l'in- «I quisition dans les provinces où elle est en exercice. Son Altesse « se montre d'autant plus disposée à faire auprès du roi les « démarches nécessaires à cet effet que les remontrants ont « l'intention arrêtée de ne rien innover à l'égard de la religion, <i mais au contraire de la maintenir et conserver de tout leur <i pouvoir '. »

Cette réponse ne satisfit point entièrement les députés de la noblesse; ils auraient désiré que la duchesse se fût expliquée d'une manière plus précise sur la suspension de l'inquisition et sur la modification des édits. Ils quittèrent le palais assez mécon-

» Grande chronique de Hollande, t. II, liv, IX, p. 105. — Archives de la maison d'Orange-Nassau , t. II , p. 84. — Supplément a Slrada, t. II, p. 324.

tents et se séparèrent. Plusieurs parcoururent la ville, en attendant l'heure du souper auquel le comte de Culembourg les avait invités dans son hôtel. On raconte que, voyant passer quelquesuns d'entre eux, le baron de Berlayniont leur appliqua l'épithète dont il s'était déjà servi pour rassurer la gouvernante. « Voilà nos beaux gueux , dit-il au comte d'Arenberg. Regardez, je vous prie, avec quelle bravade ils passent devant nous '. » Ce propos parvint à la connaissance de Bréderode, et il résolut de le faire servir au succès de sa cause.

Le soir, trois cents confédérés se trouvèrent réunis à l'hôtel de Culembourg dans un banquet présidé par Bréderode. Le comte de Hooghslraeten se trouvait à table parmi eux. La gouvernante l'avait envoyé avec le secrétaire Berty vers les alliés pour leur faire agréer l'apostille mise sur leur requête et aussi }X)ur engager le comte Van den Berg à licencier les gens de guerre qu'il avait levés pour la garde d'un de ses châteaux. Par l'avis des autres membres du conseil d'Etat, il s'était chargé de pressentir adroitement les confédérés, sans faire semblant que cela vînt de la duchesse, à l'effet de savoir s'ils entendaient maintenir et conser-^r l'ancienne religion. Tous l'avaient assuré que telle était leur intention, et cet engagement, comme on l'a vu, avait été consigné dans l'apostille '. Cependant les confédérés avaient retenu pour ainsi dire de force le comte de Hooghstraeten à leur banquet. Les conversations ne tardèrent point à s'animer. Comme

' Un contemporain , Jacques de Wesenbeke , attribue formellement ce propos au ])aron de Berlayniont. — Fo/r aussi Fl. Vander Haer, De initiis tumuUuurn helijicorum, etc., lib. II, p. 211.

* Défense de messire Antoine de Lalainrj, comte de Hocslrate, chevalier de la Toison d'or, etc., pu])]iée par M. Gachard, avec de nombreuses pièces justificatives (Mens, 1838, i vol. in-S"), p. 68. — Réponse personnelle du comte de Homes, dans \c Supplément a Strada, t. I«'-, p. ICI. — Letti-e de la duchesse au roi, du 13 avril I.56G, ibid., t. Il, p. 339.

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il était surtout question de donner un nom à la Confédération, Bréderode rapporta l'épithôte offensante dont s'était servi Berlaymont pour désigner les députés de la noblesse -, puis il déclara que, pour lui, il acceptait librement ce nom, malgré la honte qui y était attachée, et que cela lui était égal de devenir en effet gueux et mendiant pour la cause du roi et de la patrie. D'un mouvement spontané et unanime, les autrqg convives résolurent pareillement d'adopter le nom de gueux ^. Ils se levèrent et vidèrent les larges coupes qu'ils tenaient à la main en criant tous ensemble : Vivent les gueux ! Bréderode mit le comble à la surexcitation causée par le vin et les propos de table lorsqu'on le vit tout à coup avec une besace attachée au cou et une écuelle de bois dans la main. Il l'emplit de vin, but à tous en général , et leur dit qu'il les remerciait de la bonne compagnie qu'ils lui avaient faite, et que, s'il en était besoin, il ne doutait pas qu'ils ne fussent tous prêts pour quelque chose qui pût arriver, et que, quant à lui, il était résolu à verser son sang pour chacun d'eux en particulier ^ Alors les acclamations redoublèrent. Après avoir porté l'écuelle à ses lèvres, Bréderode la donna à son voisin, et elle fit le tour de la table. Chaque convive, en la vidant, dévouait sa tête pour le salut de ses compagnons. Tandis que l'enthousiasme des confédérés se manifestait par les clameurs les plus bruyantes, on vit entrer dans la salle le prince d'Orange, accompagné des comtes d'Egmont et de Hornes. Tous les trois avaient diné, à l'hôtel de Nassau, avec le comte de Mansfeld. Ils venaient de quitter la table et se dirigeaient vers le palais de la gouvernante, 011 ils étaient appelés au conseil d'État , lorsque, passant

' De toutes les versions nous adoptons de préférence celle de Strada, parce qu'elle nous paraît la plus vraisemblable. Voir aussi Bor, t. I^', fol. 42.

^ Lettre secrète de la duchesse au roi, du 13 avril 1î)66, Correspondance de Philippe 11, t. b^, p. 409.

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devant l'hôtel deCuIembourg, le prince d'Orange demanda ce que l'on y faisait. On lui répondit que Ton était à table. Il dit alors que lui et ses amis feraient bien de rompre cette assemblée afin que ceux qui y étaient ne s'enivrassent, car, si l'on avait à traiter avec eux, on ne le pourrait pas ; qu'il convenait aussi de leur reprendre le comte de Hooghstraeten, parce qu'il devait faire un rapport au conseil d'État. Ils entrèrent donc dans la salle, mais refusèrent de s'asseoir, malgré les vives instances de Bréderode et de ses amis. lisse tinrent debout pendant quelques minutes; et les confédérés burent à leur santé en criant • «i Vive le roy et les gueux!» Les trois seigneurs leur firent raison, puis se retirèrent , emmenant avec eux le comte de Hooghstraeten. Quoique le nom de gueux eût frappé pour la première fois leurs oreilles, ils parurent n'y attacher aucune importance, ou, du moins, n'en demandèrent pas la signification. Du reste , ils se gardèrent de parler des affaires du moment à cette assemblée tumultueuse '. Quant aux confédérés, ils ne se séparèrent qu'après avoir renouvelé encore plus d'une fois leurs vœux pour le triomphe de leur j)arti qui, en ce jour, avait reçu une consécration nouvelle et une dénomination ineffaçable.

La démarche faite auprès des confédérés par le comte de Hooghstraeten, avec le consentement de la gouvernante, eut de bons résultats. Ces gentilshommes, dont la plupart étaient jeunes et bouillants, manifestèrent moins de méfiance et furent n^oins disposés à se laisser entraîner à des déterminations violentes. Les quatre chefs qu'ils avaient élus (Bréderode, Louis de Nassau, Van den Berg et Culembourg) crurent même néces.saire de témoigner de leur modération et d'éviter par là les défections

• Défense personnelle du comte d'Egmont dans le Supplément a Strada, 1. k>, p. 69. — Défense personnelle du comte do Hornes, ibifl., p. ICI. — l'o/r aussi Procès du comte d'Egmont. p. 129.

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qui auraient pu être provoquées par des esprits timorés. Ils déclaièrent formellement à leurs associés que, malgré tous les bruits que la malveillance pouvait répandre, la Confédération n'avait d'autre but que d'obtenir le redressement des griefs qui se trouvaient mentionnés dans la requête présentée à la gouvernante ; que, du reste, s'ils étaient interpellés, ils répondraient à la duchesse et au conseil d'État que leur intention n'était autre que do supplier bien humblement le roi qu'il lui plût, pour remédier ù l'agitation générale, d'abolir entièrement tous édits, inquisitions et placards, anciens et nouveaux, sur le fait de la religion ; et que, pour eux, ils étaient résolus à se conformer à ce que le roi ordonnerait, par l'avis et le consentement des états généraux assemblés, dans le but de maintenir la religion ancienne, et qu'ils se soumettraient à tel châtiment qui serait décrété par le roi et les états contre les transgresseurs. Non-seulement les confédérés approuvèrent unanimement cette résolution, mais encore ils remirent à leurs chefs une promesse écrite par laquelle ils s'engageaient à ne rien entreprendre contre la religion catholique '.

Le 8 avril, avant midi, les quatre chefs, avec d'autres gentilshommes, se rendirent de nouveau au palais de la régente, et Bréderode lut une réplique à l'apostille. Elle était conçue en ces ternies : « Madame, ayant vu l'apostille qu'il a plu à Votre Il Altesse nous donner, nous la remercions en premier lieu très- <i humblement de sa prompte expédition ainsi que de la satis- «c faction que Votre Altesse a eue de notre assemblée, laquelle n'a ;

<i été faite à autre intention que pour le service de Sa iMajesté, le \

u bien et la tranquillité du pays. Toutefois, pour assurer davan- «i tage encore le repos du pays, nous eussions bien désiré que

' BoR, t. I", fol. 43. — Archives de la maison d'Orange-Nassau , t. II, p. 91. — J. DE Wesenbeke, pp. 1 34-1 36.

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» l'apostille uùt été plus ample et plus claire. Considérant néan- « moins que Votre Altesse n'a pas le pouvoir que nous luidésin rerions, de quoi nous sommes bien contrariés, nous nous fions «1 à l'assurance que Votre Altesse nous a donnée qu'elle enjoindra ti aux magistrats et aux inquisiteurs de s'abstenir de toutes '< poursuites procédant d'inquisition, édits et placards, tant an- " ciens que nouveaux, sur le fait de la religion, jusqu'à ce que <i Sa Majesté en ait autrement ordonné. De notre part, Madame, <! puisque nous ne désirons autre chose sinon de nous conformer " à tout ce qui sera ordonné par le roi, avec l'avis et le consente- '1 ment des états généraux, pour le maintien de l'ancienne religion, " nous espérons nous gouverner de telle sorte que Votre Altesse <i n'aura aucune occasion de s'en mécontenter. S'il y avait quel- « qu'un qui se rendit coupable d'un acte énorme et séditieux, <' que Votre Altesse et le conseil d'État ordonnent tel châtiment <f que le cas le requerra. Pour nous, nous protestons de nouveau '1 que, si quelque inconvénient advient, il ne pourra nous être <i imputé, attendu que nous avons satisfait à notre devoir. Nous •i supplions bien humblement Votre Altesse de voir de bon œil " notre démarche comme ne tendant qu'au service du roi ; et '1 nous offrons, au suri)lus, de demeurer très-humbles et obéis- « sants serviteurs de Votre Altesse et de mourir à ses pieds pour « son service, toutes les fois qu'il lui plaira nous le commander. <i En outre. Madame, comme il court un bruit duquel nous »! sommes avertis, que quelques-uns de nos calomniateurs ont « déjà fait imprimer des coiiies de notre requête, où ils ont " altéré et changé quelques points afin de donner à entendre que «i notre assemblée serait séditieuse, eti)ar là nous rendre odieux 'i à tout le monde, nous supplions Votre Altesse de permettre à «i l'imprimeur de Sa Majesté d'imprimer ladite requête en la « teneur qu'elle a été présentée par nous ; ce qui nous donnera « un très-grand contenlement et plus grande occasion de conti-

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« nuer le service par nous offert et promis en général et en par- «1 ticulier à Votre Altesse '. >>

Marguerite, après avoir délibéré avec le conseil d'Etat, répondit : " J'ai vu et examiné avec ces seigneurs ce que vous Il m'avez apporté, et, pour réponse, j'espère donner telle direc- » tion aux inquisiteurs et aux magistrats qu'aucun désordre <i ni scandale n'en aviendra; et s'il en avient, ce sera plutôt de "1 votre côté. C'est [)Ourquoi avisez selon vos promesses ici con- « tenues (montrant le papier) qu'aucun scandale ni désordre II n'en résultent, tant entre vous que dans le peuple. Je vous « prie aussi de ne pas pousser plus avant par petites pratiques « secrètes , et de n'attirer plus personne dans votre associa- <i tion \ » Du reste, elle autorisa l'impression de la requête par l'imprimeur du roi.

Les paroles assez sévères de la régente étonnèrent les confédérés. Ils se retirèrent dans la cour du palais pour se concerter, et, après a^'oir pris leur résolution, retournèrent vers la duchesse. Bréderode n'ayant pas le don de l'improvisation, comme s'accordent à le dire des historiens dignes de foi, ce fut un autre confédéré, Eustache de Fiennes, Ss"" d'Esquerdes, qui [)orta la parole ^ : «i Madame, dit-il, il a plu à ces seigneurs et à toute •I cette noble compagnie me commander de remercier, de leur « part, Votre Altesse très-humblement de la réponse qu'il lui a <( plu nous donner aujourd'hui. Cependant, ils eussent été beau- •I coup plus contents et satisfaits, s'il eût plu à Votre Altesse « leur déclarer, en la présence de tous ces seigneurs, qu'elle a « pris de bonne part et pour le service du roi la présente assem-

' Archives de la maison d'Orange-Nassau, t. II, p. 80.

2 Ibid., t. II, p. 88.

' Strada a confondu les deux audiences. Nous avons adopté la reclification indiquée dans les Archives de la maison d'Oraneje-Nassan , f. Il, p. 89.

« blée. Quant ù nous, nous assurons Votre Altesse qu'aucun de ■I cette compagnie ne lui donnera occasion de se mécontenter de •' la conduite qu'il tiendra dorénavant '. »

Marguerite répondit qu'elle croyait aux bonnes intentions des confédérés. D lisquerdes insista pour qu'elle déclarât aussi que leurs démarches avaient pour objet le bien du pays et le service du roi. La gouvernante répliqua qu'elle ne pouvait décider ce point; mais que le temps et leurs œuvres en donneraient témoignage et prouveraient quel était leur véritable but ; que, pour le reste, ils devaient se contenter de la réponse qu'elle leur avait faite ^

Le conseil d'État était en quelque sorte en permanence depuis l'arrivée des confédérés à Bruxelles. Il avait d'abord examiné un projet d'édit pour la modération des placards, préparé par le conseil privé et rédigé par le conseiller d'Assonleville. Le comte d'Egmont et quelques autres seigneurs, même Berlaymont et Viglius, auraient voulu que la publication de l'édit réparateur se fit immédiatement et sans attendre la réponse du roi. Ils craignaient que, si les choses traînaient en longueur, les confédérés ne fissent d'autant plus de progrès, et que même ceux d'entre eux qui poursuivraient un autre but que d'abolir l'inquisition et de modifier les placards, ne tâchassent d'introduire la liberté de la religion. Dans leur opinion, le projet n'aurait eu d'ailleurs que force provisoire, et le roi eût été libre de le révoquer. A cela, on objectait que l'inconvénient serait plus grand si, après avoir publié l'édit, le roi venait à l'abroger ; que, du reste, cette concession ne satisferait point les confédérés, puisqu'ils ne voulaient accepter que les mesures préalablement consenties par les .états

i Archives (le la maison d'Orange-Nassau, t. IF, p. 89. ^ Lcllre (If la duchesse au roi . du 13 avril 15G6, Supplément a Strnda, t. II, p. 33ît.

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généraux. Il fut enfin résolu de temporiser encore et d'attendre la réponse du roi. Dans lïntervalle, on communiquerait le projet d'ëdit aux conseils provinciaux de justice et aux gouverneurs des provinces, afin qu'ils donnassent leur avis et se concertassent avec ceux qui pourraient exercer le plus d'influence dans une assemblée des états généraux. Le conseil d'Etat avait proposé, en outre, d'envoyer sans retard un de ses membres au roi pour lui faire connaître le véritable état des choses.. Cette mission avait d'abord été offerte au comte d'Egmont. 11 la refusa, par le motif que le roi n'avait pas tenu les promesses qu'il lui avait faites, et proposa à sa place le marquis de Berghes. Celui-ci fit d'abord quelques difficultés ; mais enfin il accepta, tout en disant qu'il n'espérait pas grand fruit de ce voyage. Peu après, il vint déclarer qu'il retirerait son consentement et qu'il ne se rendrait pas en Espagne, s'il n'était accompagné par lebaron de Montigny, frère du comte de Hornes. Montigny acquiesça à ce désir, mais non sans avoir d'abord manifesté aussi la profonde répugnance que lui inspirait cette difficile mission '. L'un et l'autre paraissaient se défier de la cour de Madrid et des rapports secrets qui étaient adressés au roi. Ce n'était pas sans motif. Alonso del Canlo, l'espion de Philippe II aux Pays-Bas, en lui annonçant la détermination prise par les deux seigneurs, les dénonçait comme les instigateurs de tout ce qui était arrivé ' !

• Lettre fiança ise de la duchesse au roi, du -13 avril, Supplément à Strada, t. II, p. 3/i0. Lettre confidentielle de la même date, dans la Correspondance de Philippe II, t. Ie^ p. 407.

^ Correspondance de Philippe II, t. I"-, p. 411, — Au mois de juillet précédent, Granvelle avait adressé au roi une dénonciation plus grave encore et qui avait dû laisser des traces ineffaçables dans la mémoire de Philippe II : il lui mandait que « le serviteur du cardinal de Lorraine lui « avait dit, de la part de son maître, que M. de Montigny, à raison de sa " parenté avec les Cliâlillons, entretenait une correspondance très-suivie

De leur côté, le prince d'Orange et le comte de Homes avaient déclaré en plein conseil que leur intention était de retourner immédiatement en leurs maisons et même de se retirer hors du pays. Le comte d'Egmont lui-même, alléguant le mauvais état de sa santé, manifestait le dessein de se rendre aux bains d'Aix '. Le 9 avril, le conseil d'État étant de nouveau réuni et ces seigneurs présents, Marguerite les pria tous, puisqu'ils voyaient la grandeur et l'importance des affaires, de ne pas l'abandonner dans un temps où leur présence lui était si nécessaire. Elle les conjurait de rester au moins jusqu'au retour du marquis de Berghes et du baron de Montigny, alors qu'on connaîtrait la résolution du roi. Elle protestait que, s'ils l'abandonnaient, ils se rendraient particulièrement responsables de tout le mal qui en aviendrait. Le comte d'Egmont renonça facilement au projet de se rendre à Aix. Le comte de Homes et surtout le prince d'Orange se montrèrent moins accommodants. Le prince se plaignait avec amertume de la défiance que le Roi n'avait cessé de lui montrer et de l'opinion qu'il avait que lui et tous ceux de sa maison étaient hérétiques; c'était chose triste, disait-il, que de servir un prince qui ne se confiait pas à son serviteur. Aussi avait-il écrit déjà à ses parents et amis en Allemagne pour leur demander conseil sur la conduite qu'il aurait à tenir pour conserver son honneur;

H avec eux; qu'il se passait rarement une semaine sans allée ou venue de 0 part ou d'autre; et qu'il s'était déclaré à eux pour très-huguenot, en leur >» faisant entendre qu'il était nécessaire pour le moment qu'il dissimulât, « mais que chaque jour il gagnait du terrain aux Pays-Bas ; que le nombre « de ceux de son opinion ne cessait d'augmenter, et qu'ils se prononce- « raient, ainsi que lui, quand le moment serait venu. » Ibid., t. I", p. 360.

1 Ce fui encore plus tard une charge contre lui. Il objecta, dans sa défense personnelle, qu'il ressentait le soir une enflure des jambes. SuppJémenl à Slraiia. t I'^, p. G8.

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