‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe IIChapitre 27 sur 159 · II. U · texte numérisé non relu

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listes obstinés et les relaps, de même que pour ceux que l'on proposait d'exécuter par l'épée ou de bannir sans confiscation de biens, il ne convenait pas qu'ils en disposassent dans le pays, ni qu'ils jouissent des droits de douaire, usufruit, traité de mariage et autres semblables. Il était nécessaire aussi de prescrire la dénonciation contre les hérétiques, d'assurer une récompense aux dénonciateurs, et de punir ceux qui les cachaient. En résumé, il consentait que la régente apportât quelque tempérament aux anciens édits contre les hérétiques ; mais il voulait avoir connaissance de l'ordonnance et l'approuver avant qu'elle fût publiée dans les Pays-Bas. En ce qui concernait le pardon général, Philippe disait qu'il n'avait jamais eu d'autre inclination que de traiter ses vassaux et ses sujets avec toute la clémence possible, ne haïssant rien tant que la voie de rigueur, quand les choses pouvaient s arranger autrement. Il consentait donc, pourvu que les troubles cessassent, que la régente publiât une amnistie soit pour les confédérés seuls, soit aussi pour les conventiculaires, hérétiques et tous ceux qui avaient contrevenu aux placards, mais pour le passé seulement et en faveur de ceux qui ne seraient pas condamnés par sentence à la date de la publication dudit pardon, et pourvu que les ligues et les confédérations prissent fin. Après avoir exprimé le regret que plusieurs difficultés Tempêchaient de se rendre dans les Pays-Bas avant l'hiver, comme il le désirerait, il annonçait son arrivée pour le printemps prochain. Il songeait à envoyer du renfort à la régente, et il traitait pour lever des troupes en Allemagne ; il [tromettait aussi de lui faire parvenir 300,000 écus par le prochain courrier. Cette lettre si importante contenait un post-scriptum dans lequel le roi commandait à la duchesse de Parme de ne souffrir, d'une façon quelconque, l'assemblée des états généraux '.

' Correspondance rie Marguerite de Parme, pièce XVI'-, pp. 96 à 105.

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Des lettres officielles étaient adressées en même temps aux gouverneurs des provinces, chefs des bandes d'ordonnances, gouverneurs des frontières et magistrats des villes. Le roi chargeait expressément les gouverneurs des provinces de prêter assistance à la duchesse de Parme et d'empêcher,. par tous les moyens, les conventicules , assemblées et prêches. Ils devaient éviter que les choses allassent si loin qu'il n'y eût plus d'autre remède que la force, « ce qui serait, disait le roi, le plus grand regret qui pourrait m'advenir dans ce monde. » Il était enjoint aux chefs des bandes d'ordonnances de se mettre entièrement avec leurs compagnies à la disposition de la duchesse de Parme et d'obéir à tous ses commandements. Les gouverneurs des villes frontières étaient invités â redoubler de surveillance. Les magistrats des villes principales devaient se garantir de toute surprise et empêcher également les conventicules , assemblées et prêches. Enfin, le roi s'adressait au conseil de Frise pour témoigner sa satisfaction de la fidélité de quelques nobles frisons qui avaient refusé d'entrer dans la ligue des confédérés ' .

Philippe II voulut aussi rassurer les seigneurs qui avaient montré de la défiance et encourager ceux qui s'étaient signalés par leur fidélité. Il écrivit de sa main, le l^'^août, au prince d'Orange, au comte d'Egmont, au comte de Meghem et au comte de Mansfeld. Le prince croyait à tort, disait-il, qu'il n'avait pas toute confiance en lui ; il devait s'en rapporter à cet égard aux lettres qu'il lui avait écrites et à ses propres œuvres ; il ne pouvait lui accorder la démission de ses charges dans l'état où se trouvaient les Pays-Bas ; il lui exprimait sa satisfaction de la mission qu'il avait acceptée à Anvers ; mais il l'entretenait franchement des bruits qui couraient sur le comte Louis, son frère, et l'engageait à Aoir s'il ne faudrait pas l'éloigner pour quelque

' Correspondance de Marguerite de Parme, pièces XVII à XXII.

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temps. Il mandait au comte d'Egmont qu'il avait la confiance qu'il s'emploierait à faire cesser les troubles, avant qu'ils allassent si loin, qu'il fallût employer la force, moyen qu'il abhorrait, surtout envers ses vassaux des Pays-Bas. Il remerciait enfin les comtes de Meghem et de Mansfeld de leur bonne volonté pour le service de Dieu et pour le sien ' .

D'autre part, Philippe II refusa de laisser partir le baron de Montigny, même après qu'il eut fait connaître ses résolutions à la régente des Pays-Bas. Le marquis de Berghcs n'était pas encore arrivé à la cour le 2 août. Il avait même voulu rebrousser chemin ; mais le roi, désirant également s'assurer de ce personnage, lui avait écrit pour que, en tout cas, il vînt jusqu'à Madrid \

La conduite de Philippe II, en ces graves circonstances, fut dépourvue de toute franchise : la plus profonde duplicité masquait ses projets ultérieurs. Dans une lettre secrète du 2 août, il ordonnait itérativement à Marguerite de Parme de ne pas consentir à la convocation des états généraux, et déclarait qu'il n'y consentirait pas non plus. « Mais il ne convient pas, ajoutait-il, qu'on sache aux Pays-Bas qu'elle a cet ordre de lui. Il faut qu'on croie que ce n'est que pour le moment qu'il lui a défendu de convoquer les états, et qu'elle s'attend à en recevoir l'autorisation plus tard, afin qu'on ne désespère pas d'obtenir cette assemblée, quoiqu'il soit résolu à s'y opposer, sachant fort bien ce qu'on prétend par là, et n'ayant pas voulu par ce motif le permettre auparavant ^. »

Toutes les concessions consignées dans la dépêche ostensible du 31 juillet furent, au surplus, révoquées dans une autre

' Correspondance de Philippe II , t. h^, p. 437. — Correspondance de Guillaume le Taciturne, t. II, p. 170.

2 Correspondance de Philippe II, t. I^^, p. 439.

3 Ibid.

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lettre autographe et confidentielle que Philippe II adressa, le 12 août, à don Luis de Requesens, grand commandeur de Castille et son ambassadeur à Rome, pour qu'il rendît compte au pape du véritable caractère de ses dernières résolutions.

L'abolition de l'inquisition, à laquelle il avait consenti, ne peut avoir de force, disait-il ' , qu'autant qu'elle soit approuvée par le pape qui a établi celle-ci. Quant à la modération des placards, si le châtiment des mauvais devait, par les articles du projet qu'on soumettrait au roi, être affaibli le moins du monde, il ne les approuverait en aucune manière. Sa Sainteté ne devait pas non plus se scandaliser du pardon général, Philippe n'étant décidé à l'accorder qu'en ce qui le touchait. Du reste, il avait déjà mis sa conscience en repos en faisant passer un instrument, le 9 août, au bois de Ségovie, par-devant un notaire, en présence du duc d'Albe, du licencié Francisco de Menchucha et du docteur Martin de Vclasco. Philippe déclarait dans cet acte que, quoiqu'il eût autorisé la duchesse de Parme, à raison des circonstances , à accorder le pardon à tous ceux qui s'étaient compromis durant les troubles des Pays-Bas, comme il ne l'avait pas fait librement et spontanément, il n'entendait point être lié par cette autorisation, mais au contraire il se réservait de punir les coupables, et principalement ceux qui avaient été les auteurs et fauteurs des séditions.

«c Ainsi, disait Philippe II en terminant sa lettre à Requesens, vous pouvez assurer à Sa Sainteté que, avant de souffrir la moindre chose qui porte préjudice à la religion et au service de Dieu, je perdrai tous mes États, et perdrais même cent vies, si je les avais, car je ne crois pas être ni neveux devenir seigneur d'hérétiques. Vous l'assurerez aussi que je tâcherai d'arranger les choses de la religion, aux Pays-Bas, si c'est possible, sans recourir

1 Correspondance rie Philippe II, t. !«'■, pp. 443-446.

à la force, parce que ce moyen entraînera la totale destruction du pays ; mais que je suis déterminé à l'employer cependant, si je ne puis d'une autre manière régler le tout comme je le désire ; et, en ce cas, je veux moi-même être l'exécuteur de mes intentions, sans que ni le péril que je puis courir, ni la ruine de ces provinces, ni celle des autres États qui me restent, puissent m'empécher d'accomplir ce qu'un prince chrétien et craignant Dieu est tenu de faire pour son saint service, le maintien de sa foi catholique, l'autorité et l'honneur du saint-siége!... »

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