LIVRE XII (lliCG
plus de bornes. Le jour de l'Assomption, ù l'issue d un prêche qui avait eu lieu près de Vilvorde, ceux qui venaient d'y assister exigèrent et obtinrent la délivrance d'un de leurs ministres détenu dans la forteresse. Des prêches auraient eu lieu jusque sous les murs de Bruxelles, si la duchesse de Parme n'avait montré la plus grande énergie, allant jusqu'à dire qu'avec sa personne, sa maison et sa garde, elle s'y opposerait et ferait pendre en sa présence les ministres • .
Les premières nouvelles qui lui vinrent de la Flandre n'abattirent pas encore son courage. Elle convoqua le conseil d'État et s'y rendit, accompagnée du comte d'Egmont, qui était venu lui parler à la messe. Dans le trajet, elle lui exprima son mécontentement sur ce qui venait de se passer en Flandre et lui demanda son assistance pour réprimer des excès aussi scandaleux. Le comte d'Egmont, surpris par le soulèvement presque général de la populace, répondit que la première chose à faire était de conserver l'Etat et que, ensuite, on s'occuperait des choses de la religion. Marguerite répliqua, avec fermeté et non sans indignation, qu'il lui paraissait plus nécessaire de pourvoir d'abord ti ce qu'exigeait le service de Dieu, parce que la ruine de la religion serait un plus grand mal que la perte du pays. Mais Egmont repartit que tous ceux qui avaient quelque chose à perdre ne l'entendaient pas de cette manière ^ La gouvernante
' Lettre de Tomâs Armenteros à Antonio Ferez, dans la Correspondance de Philippe II, t. !«>•, p. 44-7.
^ Dans une conversation avec le comte d'Egmont, tenue au mois d'octobre suivant, Tomâs Armenteros lui parla de ce qui s'était publié, savoir : que, deux heures après son départ d'Ypres, on y avait saccagé les églises ; il répondit que, non deux heures, mais deux jours après qu'il avait quitté cette Yille, la sédition avait éclaté: qu'il n'aurait pu la prévoir; que d'ailleurs il était là seul avec sa maison ; qu'il ne s'en était pas excusé auprès du roi, parce qu'il ne se sentait pas coupable; que c'était à madame la
répéta ses exhortations dans le conseil. Il y fut ordonné à Maximilien de Rassenghien, gouverneur de la Flandre wallonne, de se rendre sans retard à Lille, avec la compagnie d'hommes d'armes de Montigny, et de désarmer la populace qui revenait du pillage des églises , avant de la laisser rentrer dans la ville. Egmont, loin d'approuver cette résolution, déclara que la voie de la force ne lui semblait pas praticable, à moins de se. résoudre à tailler en pièces deux cent mille hommes. Mais la régente persista dans son dessein et répondit qu'il valait mieux réduire cette misérable tourbe à passer en d'autres terres si elle ne voulait point renoncer à l'hérésie, ou Diéme l'exterminer entièrement, que de la souffrir dans les Pays-Bas. Le comte , très-froid pendant le conseil, déclara également que les résolutions prises en dernier lieu par le roi et parvenues à Bruxelles le i 2 août, ne lui paraissaient pouvoir être d'aucun fruit '.
Les événements, dont les Pays-Bas étaient devenus le théâtre, justifiaient ces prévisions. A l'opposition mesurée de l'aristo-
duchesse de Parme de l'excuser; qu'enfin, il s'étonnait beaucoup qu'Armenteros, qui connaissait son zèle pour le service de Dieu et du roi, prêtât l'oreille à de telles calomnies. — Armenteros rappela alors que , lorsque la gouvernante l'envoya en Espagne, Egmont lui demanda qu'il dît et certifiât au roi que, pour le service de Dieu et le sien, et pour la défense de l'ancienne et catholique religion, il exposerait toujours sa vie et sa fortune; que, si son propre fils ou frère faisait quelque chose contre elle, il le jetterait dans le feu, de ses propres mains. Le comte répondit que, quoique les circonstances fussent bien différentes , il était prêt à faire sou devoir dans toutes les occasions qui se présenteraient. Correspondance de Philippe II, t. I". p. 477.
1 Lettre de la duchesse de Parme au roi, du 18 août 1566, dans la Correspondance de Philippe II, t. l", p. 450, et Strada, lib. V, qui complète I les renseignements contenus dans cette dépêche. — Bor , t. l", fol. b7, \ signale la conduite ambiguë du comte d'Egmont en Flandre : elle ne lui valut, dit-il, ni les remercîments de la cour ni ceux des dissidents.