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cratie avaient succédé les manifestations presque révolutionnaires de la noblesse inférieure, et celle-ci se trouvait maintenant dépassée à son tour par une multitude fanatique, qui s'autorisait faussement de l'assentiment des confédérés '.
Ce déchaînement de la populace contre les temples et les emblèmes du catholicisme éclata avec une fureur croissante dans les villes oii les religionnaires étaient presque dominants par leur nombre, comme Anvers et Tournai.
Le 18 août était la fête patronale des Anversois. Dans ce moment d'effervescence, le magistrat devait redouter l'approche d'une solennité qui allait attirer dans la ville un grand concours d'étrangers et provoquer peut-être des rixes entre les catholiques et les sectaires. Aussi s'était-il efforcé de retenir le prince d'Orange, que des ordres réitérés de la régente appelaient à Bruxelles pour le 18, à l'effet d'y délibérer, avec les autres chevaliers de la Toison d'or, sur la dernière requête des confédérés. Le prince, se rendant aux instances du magistrat, informa la gouvernante qu'il ne quitterait Anvers que le lendemain de la fête ; en même temps, il insista fortement pour que, pendant son absence, il fût suppléé parle comte de Hornesou par le comte deHooghstraeten, et qu'Antoine de Straelen, ancien bourgmestre d'Anvers, lui fût adjoint comme lieutenant. Mais la régente , prenant ombrage de ces dernières propositions , qui avaient été suggérées par les quartiers-maîtres et les doyens des métiers, refusa formellement de les accueillir, sous prétexte que le magistrat sufBsait pour maintenir la tranquillité dans la ville '.
La présence de Guillaume de Nassau contint l'effervescence des sectaires pendant le parcours de la grande procession en
' Les sectaires avaient répandu le bruit (faux et calomnieux) que la dévastation des églises se faisait « par charge expresse des confédérés. » * Correspondance rie Guillaume le Taciturne, t. II, pp. -182 et suiv.
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l'honneur de la Vierge. Cependant quelques-uns d entre eux se hasardèrent à rire de cette cérémonie et poussèrent l'audace jusqu'à faire des révérences bouffonnes à l'image vénérée et ù l'apostropher publiquement par des paroles insolentes : «i Marion charpentière, s'écriaient-ils. c'est aujourd'hui ton dernier jour d'honneur ! )> Le prince, Anne de Saxe , sa femme , et le comte Louis , son frère , étaient aux fenêtres de Thôtel de ville, regardant passer la procession. Ils n'ouïrent rien des propos tenus par quelques hommes isolés , et le prince n'en fut même pas averti. Le lendemain, il partit pour Bruxelles, laissant Anvers dans un calme apparent. Mais la populace hérétique trouva bientôt l'occasion qu'elle cherchait pour donner un libre cours à ses mauvaises passions. Selon un usage constant, la statue de la Vierge, après avoir été portée dans la procession, restait encore, pendant huit jours, exposée à la vénération des fidèles, au milieu de l'église do Notre-Dame. Mais , en ces circonstances , le magistrat jugea convenable de ne point suivre l'usage et de faire, dès le 49, réintégrer la statue dans la chapelle qui lui était réservée. Les sectaires virent dans cette précaution un indice de crainte. Quelques-uns des plus hardis s'approchèrent de l'autel de la Vierge et demandèrent par moquerie « si Marion avait peur, qu'elle se retirait si matin en son nid. » Un jeune artisan monta en chaire et, contrefaisant le prédicateur , tint d'autres propos qui égayaient ses compagnons. Des bourgeois catholiques avaient vainement essayé de lui imposer silence et de le faire descendre, lorsqu'un robuste matelot monta les degrés , saisit l'artisan au collet et le jeta de haut en bas. Mais aussitôt le matelot fut également assailli par les autres sectaires , blessé au bras d'un coup de pistolet, et obligé de prendre la fuite. Les gardiens de l'église réussirent néanmoins à en faire sortir le peuple, de sorte que ce jour-là il n'y eut pas d'autre incident. Déjà le magistrat s'était empressé d'envoyer le pensionnaire Wesenbeke à Bruxelles