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du prince d'Orange, des comtes d'Egmont et de Homes, du S^'de Hachicourt et du conseiller Christo|ihc d'Assonleville, délégués à cet effet par la gouvernante '.
' A la suite de cet engagement solennel, la duchesce de Parme souscrivit la déclaration suivante : « Savoir faisons que loules les choses susdites « considérées et suivant le consentement et la volonté de Sadite Majesté, « le pouvoir que nous avons d'icelle, nous, au nom et en vertu du pouvoir « que dessus, avons promis et promettons que pour la cause de ladite « requête et compromis susdit, et de ce qui s'en est suivi jusqu'à présent, « il ne sera imputé aux gentilshommes par Sadite Majesté et nous aucune « chose, moyennant le serment qu'ils ont fait, tant pour eux que pour les o autres confédérés, conformément aux articles ci-dessus couchés et dont « ils donneront obligation. De la part de Sa Majesté, nous ordonnons a <■< tous gouverneurs, chevaliers de l'Ordre et gens du conseil d'État, chefa président et gens du conseil privé, et à tous autres justiciers et officiers « que la chose concerne que cette présente assurance ils observent et fas- » sent observer inviolablement et à toujours, et que, de tout le contenu n en cesdites présentes, ils fassent, souffrent, et laissent jouir lesdits gen- <■ tilshomm.es et confédérés, sans leur faire, mettre ou donner, souffrir être <• fait, mis ou donné, maintenant ni à l'avenir, directement ou indirecte- « ment, aucun trouble ou empêchement au contraire ni aussi attenter « aucune chose contre lesdits suppliants, à la cause que dessus, en manière « quelconque. En témoin de ce, nous avons signé les présentes de notre « main et y fait appendre notre scel. » Donné en la ville de Bruxelles, le 23^ jour d'août -1566. — Les députés des confédérés s'obligèrent non moins formellement en souscrivant et en remettant à la gouvernante des Pays-Bas les lettres de renversailles dont la teneur suit : « Nous : Louis, « comte de Nassau ; Eustache de Fiennes, seigneur d'Esquerdes; Charles « le Revel, S"- d'Audrignies ; Bernard de Mérode, S"- de Rumen; Charles « Vander Noot, S'' de Risoir ; George de Montigny, S"- de Noyelles ; Martin « de T'Serclaes, S»- de Tilly ; Philippe Vander Meere, S' de Sterbeke; « Philippe de Marbais, S' de Louverval ; Jean de Montigny, S»- de Villers ; « Charles de Lievin, S' de Famars ; François Van Haeften, S"- dudit lieu ; « Jean le Sauvage, S-- d'Escaubecque, et Jean de Casenbroot, S'' de Backer- « zeele, tant en nos noms privés que comme députés et délégués, par tous « les autres seigneurs et gentilshommes confédérés ayant présenté la
Le 26, la régente avertit les gouverneurs des provinces, les conseils provinciaux et les magistrats des villes de l'accord fait avec les confédérés; elle leur enjoignait en conséquence d'em-
» requête à Sa Majesté au mois d'avril dernier, sur le fait de l'inquisition « et des placards concernant l'hérésie. Comme cejourd'hui nous avons reçu « de très-haute et très-excellente princesse, madame la duchesse de Parme » et de Plaisance, régente et gouvernante pour le roi en ses pays de par « deçà, certaines lettres patentes de Son Altesse, à ce autorisée du roi notre « seigneur souverain et prince naturel. Savoir faisons que, suivant lesdites « lettres d'assurance, nous avons promis et promettons, par notre foi « solennelle et en paroles de gentilshommes, vrais et loyaux vassaux et <■ sujets de Sa Majesté, que nous entretiendrons, observerons et accompli- « rons tous les points et articles stipulés dans ces lettres, tant pour nous « que pour et au nom do (eus les autres, dont nous sommes députés, et « avons pouvoir et commission, autorité et mandement, pour lesquels « nous nous faisons forts, et les ferons observer, entretenir et accomplir par « iceux nos confédérés. Et, à cet effet, nous tenons notredit compromis « 7ml, cassé et aboli, tant et si longtemps que ladite sûreté promise par « Son Altesse, au nom de Sa Majesté, tiendra. » Fait à Bruxelles, le 2oe jour d'août 1.566. (Ces actes sont insérés dans la Grande Chronique de Hollande, t. II, pp. 1-20-122.) — Dans le Suppléntcnt a Strada., t. II, p. 364, on trouve un extrait de la commission donnée par Marguerite de Parme aux trois seigneurs sur l'assurance des prêches. Cet acte, qui est du 23 août (et non du 3, comme l'indique par erreur l'ouvraçe cité), est conçu en ces termes : « Moyennant les choses contenues es lettres d'assurance, et « considéré la force et nécessité inévitable présentement régnante, Son « Altesse sera contente que ces seigneurs traictans accord avec ces genu tilshonimes leur dieut que en mettant jus les armes par le peuple es lieux i- où de faict se font les presches et se contenant sans faire scandale ou " désordre, on n'usera de force ni de voie de faict contre eulx èsdits lieux, « ny en allant ny en venant, tant que par Sa Majesté, à l'advis des estats " généraulx, sera autrement ordonné. Et par telle condition qu'ils n'em- " pescheront aulcunement en manière que ce soit la religion catholicque, u ny l'exercice d'icelle, ains laisseront librement user les catholicques de » leurs églises en la forme et manière que du pa.ssé... » Le 3 septembie, le comte d'Egmont communiqua au con.seil d'État une
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ployei' tous leurs efforts pour contenir le peuple et empocher de nouveaux désordres, jusqu'à l'arrivée du roi, qui devait être prochaine. Elle leur adressait en même temps une ordonnance par laquelle l'inquisition et les anciens placards étaient suspendus, mais qui prescrivait, d'autre part, de faire punition exemplaire, en corps et en biens , des briseurs d'images, boute-feux, pillards et perturbateurs du repos public, sous peine de privation des privilèges, contre ceux qui refuseraient de remplir leur devoir; en outre, le port d'armes aux prêches était expressément interdit.
Les concessions si grandes qui avaient été arrachées à Marguerite de Parme lui pesaient comme un remords. Rien, écrivitelle au roi, ne lui avait causé autant de douleur et d'afïliction que l'obligation où elle s'était trouvée de faire ces concessions. Elle ne les avait octroyées que par contrainte et parce qu'on lui disait que son refus entraînerait le massacre de tous les prêtres, de tous les religieux, de tous les catholiques de Bruxelles et, en outre, la destruction de tout le pays '.Elle en appelait au témoignage de Mansfeld, d'Arenberg, de Berlaymont, de Noircarmes, du président Viglius et de tous ceux qui voudraient dire la vérité. Elle avait protesté, devant Dieu et devant eux, qu'elle cédait à
lettre qui lui avait été adressée par Louis de Nassau, et par laquelle celui-ci requérait, de par toute la compaignie des gentilzhommes confédérés, que tous les chevaliers de l'Ordre leur donnassent aussi asseurance, pour confirmer et garantir pleinement les lettres octroyées par la duchesse de Parme. Mais le conseil fut unanimement d'avis que ces lettres devaient suffire, puisqu'elles enjoignaient aux seigneurs chevaliers de l'Ordre, et à tous gouverneurs, etc., d'observer l'accord conclu. On faisait d'ailleurs remarquer qu'il « appartenoit au roy seul, et point à ses vassaulx et subjectz, de bailler asseurance, comme chose estant de son authorité et de sa haulteur royale. « [Notules du conseil d'État, séance du 3 septembre 1566.) ' C'est ce qu'elle écrivit également à l'évèque de Liège le 26 août. Analectes belijiques, p. 178.
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la violence. Elle se plaignait de n'avoir pu, malgré ses concessions , obtenir des confédérés la promesse d'être catholiques , parce qu'une partie d'entre eux était infectée d'hérésie. Elle signalait également le refus qu'ils avaient fait de lui remettre loriginal de leur Compromis pour le casser et déchirer. Provoquant un acte de déloyauté de la part de Philippe II, elle disait que, n'ayant pas le pouvoir de l'obliger, il restait le maître de révoquer, quand le temps serait venu, ce qu'elle avait accordé par contrainte. Elle l'engageait aussi à se servir du duc Éric de Brunswick ', et elle le suppliait, s'il ne voulait voir l'extirpation de la religion catholique dans les Pays-Bas et l'entière destruction de ces provinces, d'y venir promptement à main armée pour les reconquérir, ou d'y envoyer des forces suffisantes, pour qu'elle pût le faire en son absence. Exaspérée contre les seigneurs qu'elle soupçonnait d'avoir favorisé les confédérés, elle dirigeait contre eux les imputations les plus violentes. Elle accusait Orange, Egmont, Hornes et Hooghstraeten de s'être déclarés, en paroles et en faits , contre Dieu et le Roi. On l'avait assurée , ajoutaitelle, que le dessein du prince d'Orange était de se rendre maître de l'État et de partager les villes avec les autres seigneurs. Elle prétendait aussi que le prince, de concert avec Egmont, faisait une levée de chevaux en Allemagne; que ce dernier s'était déclaré ouvertement pour les gueuco et que sa fille aînée était huguenote. Enfin, s'appuyant sur des dénonciations du S"^ de Noircarmes, elle informait le roi que, le :26, Hornes, Hooghstraeten, Backerzeele et d'Esquerdes, avaient été en conférence avec Egmont, et que Hornes et d'Esquerdes avaient opiné pour que, dans les six jours , les confédérés et les sectaires fissent
1 11 se trouvait alors au château de Lvsfelt, vis-à-vis Schoonhoven : Bréderode avait proposé à L. de Nassau de l'y surprendre. Archives de la maison d'Orange-Nassau , t. II, p. 233.
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main basse sur tous les jjrôtres et les religieux du pays, si l'on ne leur donnait la satisfaction qu'ils demandaient , ou si l'on mettait les armes aux mains des trois seigneurs de l'autre parti, Mansfeld, Arenberg et Berlaymont; on devait ensuite agir de même à l'égard de tous ceux qui voudraient prendre la défense du roi '.
Dans ces graves et périlleuses circonstances , les confédérés auraient pu sans doute soulever les Pays-Bas, avec l'aide des protestants français. On assure que, pendant qu'ils négociaient avec la régente , le prince de Condé , l'amiral de Coligny et d'autres chefs huguenots envoyèrent secrètement un personnage avec des lettres vers les principaux pour leur conseiller de ne point entrer en accord avec la duchesse de Parme, parce qu'ils seraient trompés, et pour leur offrir, en cas de besoin, un mois après qu'ils en seraient requis, l'aide de quatre mille gentilshommes qui se rendraient dans les Pays-Bas à leurs frais. Mais les offres des protestants français ne furent point acceptées : les confédérés voulaient tenir loyalement l'engagement solennel qu'ils venaient de contracter ^
Us usèrent, en effet, de toute leur influence }iOur empêcher le saccagement des églises de Bruxelles ; ils prirent également des mesures pour éloigner les briseurs d'images des abbayes d'Afïlighem, de Tongerloo et des autres monastères. Louis de Nassau avait aussi envoyé à Gand Gilles Leclerc, pour inviter les ministres et les chefs des sectaires ti s'opposer aux désordres de la
' Lettre secrète de la duchesse de Parme au roi du il août, clans la Correspondance de Philippe 11, t. I^^ pp. 4o2-4o4.
* Voir, sur ces négociations avec les huguenots, Grande chronique de Hollande, t. Il, p. 122. Du reste, la duchesse de Parme était avertie des rassemblements de troupes qui avaient lieu en France et les signalait au roi dans sa lettre française du 29 août. Correspondance de Maryuerile de Parme, etc., p. 199.
200 LES PAYS-BAS SOUS l'HlI.lPPE II.
populace, puisque la liberté de la religion allait être garantie. Il s'était adressé, en outre, à Henri de Bréderode pour le prier, au nom des confédérés, de s'interposer afin que les dévastations, commises par les iconoclastes en Flandre et en Brabanl, n'eussent point lieu dans le quartier où il se trouvait. Bréderode déplora ces excès, et en même temps l'aveuglement de la duchesse de Parme, qui n'avait pas voulu, disait-il, se confier au.K confédérés; il craignait qu'on n'eût la plus grande peine à calmer et à contenir le peuple. Cependant il sortit aussitôt de son château près de Harlem, et se rendit, a\ec quarante gentilshommes et cent chevaux, à l'abbaye d'Eginont. dont il empêcha le saccagement '. Partout les confédérés montrèrent qu'ils répudiaient hautement les briseurs d'images : ils étaient les plus empressés à les arrêter et à les châtier. Backerzeele, secrétaire du comte d'Egmont, se signala particulièrement. Le 27 août, Egmout l'envoya à Audenarde pour qu'il restituât aux catholiques les églises dont les sectaires s'étaient emparés. Le 30 , Backerzeele rencontra près de Grammont une bande de briseurs d'images : il les chargea aussitôt avec ses compagnons, en tua douze, et en fit cinquante prisonniers, dont vingt-deux furent immédiatement attachés au gibet, et les autres battus de verges \
Dans la résidence de la cour, les bourgeois restaient sous les armes, et le service divin continuait d'être interrompu, même à Sainte-Gudule. La régente, appuyée en cela par le magistrat, ne voulait tolérer des prêches ni à Bruxelles ni dans les environs. Les bourgeois dissidents, favorisés par Louis de Nassau, continuaient néanmoins à se rendre en foule aux prédications qui
' Correspondance de Marguerite d'Autriche, duchesse de Parme , etc., pièce XLII<-. — Lettre de H. de Bréderode à L. de Nassau, datée d'Egraont l'abbaye, le 27 août 1566, dans les Archives de la maison d'Orange- Nassau, t. II, p. 2o'l.
- VanMeteuen, Histoire des Pays-Bas, fol. 46.
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avaient lieu à Vilvorde. Marguerite s'étant plainte de cette hardiesse, on lui objecta que les bourgeois réformés de Bruxelles n'étaient pas [ilus serfs que ceux d'Anvers et autres lieux, où les prêches se faisaient librement. Sur ces entrefaites, de nouveaux avis vinrent alarmer la régente. On prétendit que certains seigneurs voulaient assembler les états généraux à son insu, et que, lorsqu'ils seraient réunis au palais, le prince d'Orange et le comte d'Egmont la mèneraient, de gré ou de force, dans leur sein, pour entendre leurs propositions, et décider ce qui serait jugé convenable. Ces nouvelles informations, fausses ou exagérées, engagèrent Marguerite à persister dans le projet de se retirer secrètement à Mons, et lui firent prendre aussi la détermination de dissimuler son ressentiment. C'est ainsi qu'elle déclara alors ne pouvoir empêcher les bourgeois de Bruxelles de se rendre à Vilvorde, tout en exprimant le désir que les prêches ne se tinssent pas plus près. Mais l'autorité communale de Bruxelles, moins accommodante, publia qu'elle ne voulait point souffrir que l'on tînt des prêches dans cette ville ou dans les environs, ni que les bourgeois se rendissent à des assemblées hérétiques. Il était à craindre que les deux partis n'en vinssent aux mains, et la régente eût été sans doute très-satisfaite d'une manifestation catholique. Mais l'attitude résolue des reformes, fermement appuyés par les confédérés, empêcha une lutte qui pouvait avoir de graves conséquences. Marguerite, toujours forcée de dissimuler et d'obéir à des influences qu'elle détestait, écrivit au roi qu'elle se mangeait le cœur. Elle insistait, au surplus, pour que Philippe II autorisât la convocation immédiate des états généraux et hâtât son arrivée. C'était, dans son opinion, le seul moyen de tout pacifier. Il ne fallait pas trop compter, ajoutaitelle, sur les levées de gens de guerre qui se faisaient en Allemagne pour le roi et qui avaient déjà répandu l'alarme; car les confédérés, qui avaient aussi leurs gens dans ce pays, prévien-
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tiraient sans doute les troupes royales, les hostilités commenceraient, et une réaction terrible éclaterait contre les catholiques '. Forcée de plier devant la nécessité, Marguerite de Parme avait enjoint au prince d'Orange de retourner à Anvers, en même temps que le comte d'Egmont se rendrait en Flandre, le comte de Hornes à Tournai et le comte de Hooghstraeten à Malines , à l'effet d'obtenir la soumission des sectaires, conformément à l'accord du 23 août ". Mais cette transaction éveillait sans cesse ses remords, en lui faisant craindre le mécontentement du roi : pour se rassurer à cet égard, elle voulut témoigner solennellement qu'elle n'avait cédé qu'à la contrainte et aux obsessions des principaux seigneurs de son conseil. Tel fut le but de la protestation qu'elle fit rédiger secrètement par le secrétaire Berty ^ Elle s'attacha , d'autre part, par des dénonciations fréquentes et du caractère le plus grave, à aigrir de plus en plus Philippe II contre les seigneurs principaux qui avaient accordé leur patronage aux confédérés. Tous, disait-elle, devaient être tenus pour suspects, à l'exception de Mansfeld, d'Arenberg, de Berlaymont, de Noircarmes et du duc d'Arschot ; quant à la noblesse , le roi
' Lettres françaises de la duchesse de Parme au roi du 29 août 1 566, daus la Corresjjoiiddiue de Marguerite de Parme, etc., pièces XLII<" et XL1II«. Voir aussi la lettre secrète du 27, dans la Correspondance de Philippe II, t. I", p. 432.
^ C'était le comte de Hornes qui avait suggéré l'idée d'envoyer des chevaliers de rOrdre dans les principales villes pour faire poser les armes, empêcher les violences « et nullement pour empescher les presches. » [Notules du conseil d'État, séance du 22 août.) — Marguerite se crut obligée de confier cette mission aux seigneurs les plus populaires , à ceux qui avaient négocié l'accord conclu avec les confédérés. Philippe II blâma tant de condescendance.
^ Voirie texte de cette protestation, dans la Correspondance de Philippe II, I. Il, p. 588. II e?.t, du reste, à remarquer que la duchesse de Parme attendit jusqu'au 30 septembre pour donner à cet acte une forme définitive.
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ne pouvait réellement compter que sur celle d'Artois, de Ilainaut, de Namur et de Luxembourg. Les seigneurs suspects voulaient de toute manière, prétendait-elle, la réunion des états généraux, et, afin qu'on ne pût leur imputer la convocation de cette assemblée, ils travaillaient sons main pour qu'elle fût accordée aux réclamations des états de chaque province. Du reste, s'ils se montraient disposés à ôter les armes au peuple, c'était pour les faire prendre aux confédérés, avec le prince d'Orange et le comte d'Egmont pour chefs. On avait essayé d'en arriver là au moyen de la requête présentée à la régente ; mais ce but n'ayant pas été atteint, on cherchait maintenant une voie plus sûre On se proposait aussi d'introduire la confession d'Augsbourg , selon les arrangements stipulés avec quelques princes allemands. Enfin on changerait totalement l'esprit et la forme du gouvernement, pour mettre celui-ci entre les mains d'Orange , d'Egmont et de Hornes, de manière à rendre l'autorité du roi complètement illusoire dans les Pays-Bas. Pour chasser de ces provinces les bons catholiques et enlever au monarque son ancien patrimoine, on faisait des levées de troupes en Saxe et dans la Hesse. Tous les princes protestants d'Allemagne étaient d'ailleurs ligués avec les confédérés et voulaient provoquer une révolution générale, détrôner les souverams , ruiner la maison d'Autriche , et faire en sorte finalement que les autres hérétiques agissent de môme, en France, en Angleterre, et partout ailleurs oîi ils seraient les plus forts. Des relations secrètes existaient aussi entre l'amiral de Coligny et Louis de Nassau. Les confédérés s'étaient également alliés avec les Suisses, et ceux-ci avaient promis de s'opposer au passage du roi par la Savoie. On complotait le partage des Pays- Bas, et les bruits les plus faux et les plus étranges étaient répandus pour stimuler les mauvais et décourager les bons. Le comte d'Egmont était venu rapporter à la duchesse qu'on avait abattu des églises à Lisbonne et à Grenade. Telle était enfin sa défiance
à l'égard des seigneurs suspects qu'elle hésitait à mettre entre leurs mains des forces destinées à agir contre les sectaires. Elle avait à craindre, prétendait-elle, que ces soldats ne devinssent ennemis du roi '.
Ces accusations, empreintes d'une exagération manifeste, et fondées pour la plupart sur des rumeurs vagues, sur des indiscrétions intéressées du comte de Mansfeld ou sur de méchantes dénonciations de Noircarmes, étaient envoyées à Madrid, dans le moment même oii le prince d'Orange et ses amis s'efforçaient de pacifier les esprits en s'acquittant d'une mission excessivement laborieuse et délicate.
Cependant tout n'était pas mensonger dans les rapports que la duchesse de Parme adressait au roi sur les sentiments des seigneurs et l'attitude des confédérés. Les anciens adversaires de Granvelle avaient proclamé hautement l'urgence d'une assemblée générale des états, et ils ne cessaient de préparer les voies à cette réunion qui, aux yeux du comte d'Egmont du moins, était le moyen le plus efficace et le seul peut-être qui s'offrît pour sauver les Pays-Bas. Le prince d'Orange et les chefs de la confédération étaient allés plus loin : se défiant des Espagnols comme les Espagnols se défiaient d'eux, ils cherchaient l'appui des princes
' Lettres secrètes de la duchesse de Parme au roi du 30 août et du 13 septembre -loGG, dans la Correspondance de Philippe II, t. I", pp. 456 et 4o9. — Dans une lettre du I o octobre, elle donna des détails plus précis sur les projets de partage des Pays-Bas : la Frise et l'Over-Yssel seraient pour le duc Auguste de Saxe ; la Hollande, pour Bréderode ; la Gueldre se partagerait entre le duc de Cièves et le duc de Lorraine ; le Brabant, à ce qu'on présumait, serait pour le prince d'Orange ; la Flandre, l'Artois, le Hainaut, pour le roi de France ; mais, eu ce cas, Marguerite pensait que le comte d'Egmont en voudrait être gouverneur perpétuel. « Tout cela, disait-elle, lui vient de bon lieu, et quoiqu'elle ait peine à y croire, son devoir lui impose l'obligation d'en rendre compte au roi. ^ Ibid., t. J", p. IT-o.
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protestants de l'Empire dans le but de maintenir, avec la liberté de conscience, les antiques privilèges du pays. Louis de Nassau écrivait à son frère que leurs relations avec les princes d'Allemagne et les levées qui s'effectuaient dans ce pays, d'après leur initiative, « feraient mettre au roy ung peu d'eau en son vin '. >• Mais, il y avait encore loin de ces manifestations préventives à une rébellion flagrante contre le souverain 11 fallait aussi tenir compte de la position difficile dans laquelle se trouvaient les confédérés En certains lieux, des menaces étaient publiquement proférées contre eux. « Voyez-vous ce beau seigneur de Bréderode? avait dit publiquement un moine: devant qu'il soit huit jours, il sera pendu par son col et étranglé. » Pour appuyer cette bravade haineuse contre les chefs de la confédération , le président du conseil de justice de Hollande avait fait érigera la Haye un énorme gibet où il avait charge expresse, disait- il, de les faire tous pendre. Du reste, Bréderode crut devoir exprimer à Louis de Nassau ses craintes sur la portée de l'accord conclu le 23 août, dans lequel il entrevoyait la destruction du Compromis et qu'il signalait comme une cause d'anxiété pour les gentilshommes confédérés, 'i Je vois, écrivait-il, à Louis de Nassau, que si les « affaires demeurent en tels termes, sans leur donner autre satis- <! faction, il en pourra résulter un grand malheur, car chacun « avisera pour se mettre hors du danger de la corde, et vont drjà « disant clairement qu'on les mène et qu'ils se voient menés tous
' Lettre écrite de Brada au prince d'Orange, le 2 septembre 1566, dans les Archives de la maison d'Orange-Nassau, t. II, p. 271 . Quelques jours auparavant, le 30 août, Louis de Nassau, agissant au nom des confédérés, avait conclu un accord secret avec le capitaine Westerholt pour une levée de mille chevaux en Allemagne.ro/rcet acte, dans le même recueil, t. \\, p. 257.— Ces levées n'avaient pu être tenues secrètes. Fofr la lettre d'Éric de Brunswick à la duchesse de Paime, dans la Correspondance de Philippe II, t. 1", p. 457.
" les jours à la boucherie, ce qu'ils ne pensent pas avoir mérité <t pour s'être alliés à nous deux, qu'ils ont le désir de servir jus- <■ qu'^ la mort '. )>
Cette méfiance et cette anxiété des confédérés rendaient plus pénible encore la mission confiée au prince d'Orange et à ses amis. On attendait d'eux qu'ils concilieraient leurs obligations envers le roi avec les ménagements qu'ils devaient h un parti puissant, «et qui s'était pareillement confié à leur loyauté.
Dès le 24 août, le prince d'Orange avait envoyé à Anvers Jean de Marnix et Nicolas de Ilammes. Ces délégués exprimèrent au magistrat assemblé le chagrin que causait au prince ce qui s'était passé dans la ville depuis son départ; ils déclarèrent aussi, en son nom, qu'il ne fallait en aucune manière laisser les altérés prêcher dans les églises, comme ils avaient commencé de le faire, mais seulement le leur permettre dans la nouvelle ville \
D'autre part, les protestants, représentés par leurs ministres, avaient adressé, dès le 23, au magistrat une justification par laquelle ils repoussaient la responsabilité des excès commis dans la ville et réclamaient toute sécurité et toute liberté pour l'exercice de leur religion, et même les églises dont les dissidents s'étaient emparés ^
' Lettre de Bréderode à Louis de Nassau du 3 septembre 1566, daus les Archives de la maison d'Orange-Nassau, t. Il, p. 276. Un autre signataire du Compromis, Bernard de Mérode, écrivait de même à Loijis de Nassau, le 8 septembre, qu'il avait reçu nouvelles de quelques gentilshommes confédérés qui trouvaient fort étrange la résolution conclue à Bruxelles et que le peuple se défiait entièrement des gueux à cause de la cassation du Compromis. Ibid., p. 281.
^ Correspondance de Guillaume le Tacilurne, t. II p. lv, d'après la Justification manuscrite du magistrat d'Anvers.
^ « Nous protestons en vérité comme devant Dieu, disaient les ministres, « que ce qui a été fait, quant à l'abolition des images, l'a été sans notre su « et aveu. Quant aux larcins, pillages, ivrogneries et autres di.ssolutions et
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Le magistrat, se conformant à l'avis du prince d'Orange, permit que les sectaires fissent leurs prêches dans la nouvelle ville; et ceux-ci, à la persuasion de Marnix et de Hammes, prirent enfin
« insolences qui en sont résultés, nous les blâmons et les détestons. Aussi « les ministres de la parole (prédicants) exhorteront-ils, comme ils ont déjà « hnl, leurs auditeurs à s'en abstenir entièrement, et à rapporter dans nos « mains ce qui a été pillé et dérobé. Ceux de notre Église sont prêts à s'op- « poser, sous votre commandement, à tous saccagements, violences, vole- « ries et autres insolences. Nous vous reconnaissons établis par le seigneur « en office de magistrat, et, en conséquence, nous sommes obligés de vous « obéir non->eulement par la crainte d'être punis, mais aussi parce qu'ainsi o l'exige notre conscience. Nous devons donc et nous voulons IJdèlemerrt 0 payer tailles, gabelles, subsides, dîmes et autres charges qui nous seront « imposées, ordinaires et extraordinaires. Nous confessons que tout refus « ou toute fraude, à cet égard, est une offense à Dieu et mérite châtiment. « Pour assurer l'exécution de ces promesses, les ministres et autres pré- « posés à la conduite de l'Église sont prêts, s'il en est besoin, à faire sero ment en vos mains de vous être fidèles et obéissants en toutes choses « (sauf contre Dieu et sa parole) pour la conservation de la ville, et d'em- « ployer tous leurs efforts pour maintenir le peuple dans ces sentiments. « Nous demandons que, sous votre autorité et protection, nous puissions « nous assembler dans quelques temples propres à l'exercice de notre reb'- « gion, et que vous ne preniez de mauvaise part que nous nous en sommes « approprié quelques-uns, en attendant que vous y ayez pourvu. Toute- « fois , nous ne prétendons forcer personne en sa conscience et le con- « traindre à embrasser notre religion ; nous sommes satisfaits et nous « louons Dieu d'avoir moyen de le servir selon notre culte, et nous esti- « mons que vos seigneuries pourvoieront à ce que les uns et les autres « aient matière de contentement. Qu'il vous plaise donc de défendre par « ordonnance que des injures soient proférées de part ou d'autre pour le o fait de la religion >^ — Cette pièce est transcrite dans le manuscrit no 13206 de la Bibliothèque de Bourgogne, d'après l'original, « reposant à la maison commune d'Anvers. » Elle se trouve aussi , avec quelques variantes, dans la Grande chronique de Hollande, t. II, p. -124. — Les ministres qui la signèrent étaient Jean Taffin, Herman Modet et George Silvain, au nom des églises française et tudesque.
208 LES PAYS-BAS SOl'S PHILIPPE M.
l'engagement de ne plus occuper d'églises ni de monastères '. Le prince dOrange revient lui-même à Anvers, le 26 août. Il s'empresse d'écrire à la gouvernante qu'il emploiera tous ses efforts pour que les églises dévastées soient restituées au culte catholique'. Dès le 28, au matin, trois briseurs d'images, un Anglais, un Français ou Liégeois, et le troisième, de Bois-le-Duc, sont conduits sur le marché, puis pendus et étranglés, en présence du prince; trois autres, contre lesquels les charges étaient moins graves, sont bannis. Guillaume avertit la régente que cet exemple sera salutaire, parce qu'il commencera à imprimer la terreur parmi cette tourbe de pillards^. Le magistrat ne s'en tint
' Correspondance de Guillaume le Taciturne, t. II, p. lvi. — Les faits sont exposés autrement dans la sentence rendue contre N. de Hamnies. On lui imputait de s'être trouvé avec Jean de Marnix au collège du magistrat et d'avoir requis que l'église du Bourg fût ouverte pour y tenir les prêches, ou que l'on désignât un autre lieu aux dissidents. Il se serait aussi efforcé » de persuader au magistrat qu'il ne debvoit chastier, ny faire punition du simple bris des images, mais bien de ceulx qui avoient desrobé et saccaigé les biens des églises : aultreraent, qu'il faisoit à doubler que grands personnages et plus grands que l'on ne pensoit s'en mesleroient. »
* Lettre datée d"Anvers , 27 août, Correspondance de Guillaume le Taciturne, t. II, p. 496.
^ Lettre datée d'Anvers, le 28 août, ibid., p. 197. — Quelques jours après, le 2 septembre, il chargeait Louis de Nassau de châtier ceux qui avaient pris part au saccagement des églises de sa ville de Breda. Il désirait que, pour l'exemple et pour éviter le renouvellement de pareils excès, on fit contre les pillards quelques démonstrations sévères. Du reste, il refusait positivement d'accueillir la requête par laquelle les religionnaires de Breda demandaient l'autorisation de tenir les prêches dans la ville. « Ce serait , disait-il , contraire à la loi qu'il tient de son supérieur et d'un exemple fâcheux pour les villes de son gouvernement , qui ne manqueraient pas de se prévaloir de celte autorisation. Mais on pouvait accorder quelque place convenable hors de la ville. » Archii-es de la maison d'Orange-Nassau, t. M, p. 273.