‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe IIChapitre 38 sur 159 · II. U · texte numérisé non relu

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villes de ces provinces, et que ce ministre prêterait préalablement, entre les mains du piince d'Orange dm du magistrat d'Anvers, le serment d'obéissance et de fidélité; que les réformés s'abstiendraient, dans leurs assemblées, du port d'armes défendues; qu'ils observeraient les ordonnances du magistrat en matière politique, et qu'ils payeraient les impôts de la ville comme les autres habitants ' .

Le prince d'Orange, à l'exemple de ses alliés d'Allemagne, avait alors une grande ré[)ugnance pour les calvinistes, tandisque les souvenirs de son enfance et ses sympathies le poussaient vers les luthériens , au nombre desquels on le rangeait même avec Anne de Saxe, sa femme, et Louis de ?>assau, son frère. A la vérité, Guillaume faisait encore, à cette époque, profession extérieure du catholicisme ; mais on doutait si peu de ses sentiments que, dans le mois de septembre, une consultation fut rédigée en Allemagne sur la question de savoir s'il devait embrasser ouvertement la confession d'Augsbourg \ Il n'aurait donc pu refuser aux luthériens ou martinistes d Anvers les concessions qu'il venait de faire aux sectateurs de Calvin. D'ailleurs, depuis le 28 août, les bourgeois résidants (]ui professaient la confession d'Augsbourg avaient réclamé instamment une église ou place commode en la ville pour y tenir leurs prêches. Ils renouvelèrent leur demande après l'accord conclu avec les calvinistes, et il fallut y accéder : trois endroits leur furent assignés dans l'intérieur de la ville, aux conditions déjà imposées aux calvinistes. Une nouvelle ordonnance du magistrat, publiée le 3 septembre, enjoignit ensuite aux habitants de se conformer à ce double accord. Le prince d'Orange, ayant convoqué le lendemain les marchands étrangers chez lui, voulut lui-même, en présence du magistrat,

J Correspondance de Guillaume le TacUurne, t. II, p. lvii et p. 215. * Archives de la maison d'Orange-Nassau, t. II, p. ;]38.

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leur expliquer l'arrangement conclu avec ceux de ia rcliiiion, dans l'intérêt de la tranquillité publique et de la sécurité nécessaire au commerce. 11 les engagea à se rassurer entièrement et à faire revenir leurs facteurs et leurs marchandises pour trafiquer en toute liberté, comme avant les derniers troubles. Les marchands déclarèrent unanimement que Taccord conclu était le seul remède pour rétablir la tranquillité dans la ville '.

Guillaume s'attacha ensuite à expliquer à la gouvernante la nécessité et l'urgence des graves mesures qu'il avait ratifiées. Il commençait par' faire remarquer qu'il n'avait nullement voulu excéder les termes de l'accord conclu le 23 août entre les seigneurs et les gentilshommes confédérés. Il exposait ou plutôt il rappelait à la duchesse de Parme les raisons pour lesquelles il était préférable de laisser prêcher les dissidents dans la ville même. Elle ne devait pas perdre de vue que les prêches, à l'extérieur, attiraient communément dix-huit à vingt mille personnes qui sortaient par diverses portes. Or, ces assemblées, déjà si nombreuses, auraient pu attirer, en outre, une infinité de vagabonds de la Flandre, et ces bandits se seraient proposé, comme on en avait reçu l'avertissement, de tenter un coup de main sur Anvers et de saccager cette métropole commerciale. Le prince démontrait aussi que, en tout cas, une exception était nécessaire en faveur d'une ville aussi importante et oîi le nombre des dissidents religieux était plus coiisidérable que partout ailleurs ^

La prudence la plus vulgaire commandait, en effet, de trèsgrands ménagements à l'égard de la cité la plus opulente et la plus influente des Pays-Bas. D'après des renseignements sûrs, le

' Le prince d'Orange à la duchesse de Parme, d'Anvers, le 5 septembre, dans la Correspondance de Guillaume le Tacittirne, t. II, p. Lixet p. 222.

' Le prince d'Orange à la duche.^se de Parme, 4 .septembre, ibid., pp. 213 et 220.

tiers de la population d'Anvers appartenait alors à la confession d'Augsbonrg; les Allemands, en grand nombre, et presque tous les Hanséates étaient luthériens, et on signalait à leur tête, comme il a été dit, le prince d'Orange lui-même ainsi que son frère, Louis de Nassau. Le bourgmestre Antoine de Stralen et le pensionnaire Wesenbeke étaient aussi dénoncés comme martinistes et confession! stes . D'autre part, on rangeait parmi les calvinistes la plupart des Français et des Anglais résidant dans la ville ainsi que "la plus grande partie des citoyens des métiers. » Au nombre des bourgeois notables qui étaient classés parmi les sectateurs de Calvin, on signalait l'échevin Jean Rubens et l'imprimeur Christophe Plantin '.

Mais, quelque impérieuses que fussent les raisons qui avaient motivé la résolution du prince d'Orange, il s'empressa de s'en faire un mérite près des souverains de l'Allemagne, tout en prenant la précaution de s'adresser aux princes catholiques comme aux protestants. Avant même que l'accord avec les dissidents eût été formellement conclu, il annonça cette grande concession à Henri, duc de Brunswick, à Philippe et Guillaume, landgraves de Hesse, au duc de Clèves et au comte Gunther de Schwartzbourg '.

En même temps, il recherchait Thomas Gresham, le facteur de la reine Elisabeth à Anvers, et employait habilement divers moyens i)Our flatter son amour-propre et savoir de lui les dispositions de la reine et des ministres anglais à l'égard du parti révolutionnaire dans les Pays-Bas. Du reste, il ne cachait point à Gresham ses inquiétudes et ses appréhensions au sujet des sentiments du roi ; il craignait même déjà pour sa propre sûreté ^

' Note contemporaine sur la situation d'Anvers au mois de septembre 1366 dans les Archivesdc la maison d'Orange-Nassau, t. II, pp. 328-338. ^ Archives de la maison d'Orange-Nassan. t. II, p. 261. ^ Le 4 septembre, le prince d'Orange avait invité Thomas Gresham à sa

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Cependant la cour de Bruxelles s'émut vivement de la convention faite par Guillaume de Nassau avec les protestants d'Anvers. Tandis que cet accord se négociait, la duchesse de Parme avait déjà écrit au prince pour lui enjoindre de ne permettre, en aucune façon, que les prêches jiussent se faire dans l'intérieur de la ville ', Mais cette injonction vint trop tard. L'arrangement était conclu et envoyé à Bruxelles. Alors Marguerite, tout en dissimulant son irritation, tout en rendant justice aux efforts du prince pour ramener le calme à Anvers, lui déclara formellement (le 6 septembre) qu'elle ne pouvait approuver deux des articles de la convention, à savoir : la permission de tenir des prêches dans la ville et d'exercer librement la nouvelle religion. Elle déclarait que ces concessions outre-passaient celles qui avaient été faites aux confédérés. Elle s'effrayait surtout, disait-elle, des conséquences de cette mesure, car toutes les autres villes, où se trou-

table, et, le 8, l'agent anglais reiidit compte à son gouvernement des rapports qu'il avait eus avec ce personnage : « .... In ail his talk « écrivait Gresham, « he said unto me, — I know this will nothing content the king : and at dinner he carvid me, himseif, ail the dmner time ; and in the midst of dinner, hedranka carouse to theQueene'sMajestie, which carousethePrincess his wief, and withal the borde, did the like. And since tbat time, hère is by me, one Giles Hoffman (who the Queene's Majestie owith a good pièce of monny), who had great discourse with me about this business ; who is a Protestant for his life, and askid me... « — « How thinke you, Mr. Gresham; forasmuch as the Queene's Majestie and her reaime is of this religion, — thinke you that she giveth aid to our noblemen, as she did in France for the religion's sake? » To that I answerid, and askid him whether the noblemen had demaudid any helpe of her Majestie ? — lie said he colde not tell. « Then » 1 made answer, « I was no counselor, nor never dealt with such great matters... >' The life ami times of sir Thomas Gresham, t. II, p. 162.

' Lettre du 3 .septembre, dans la Correspondance 'le Guillaume le Tacilurne, t. Il, p. 211.

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valent des sectaires, voudraient se régler d'apiès l'exemple d'Anvers, comme elles l'avaient ouvertement déclaié. Mais les considérations exposées par le prince méritant aussi une grande attention, la duchesse ajoutait qu'elle avait résolu, do l'avis du conseil, d'exposer l'affaire au roi pour qu'il décidât et qu'il consentît enfin à la convocation des étals généraux. Eu attendant, Marguerite recommandait itérativement au prmce de ne point souffrir les prêches dans la ville, et de ne permettre à l'extérieur aucun autre exercice religieux que les prédications '.

Guillaume de Nassau ne voulut point admettre qu il eût outre-passé ses pouvoirs, excédé les concessions octroyées aux confédérés, conclu enfin un accord qui méritât le moindre blâme. Il maintint que les prêches offraient moms de danger à l'intérieur de la ville qu'à l'extérieur ; il promettait d'ailleurs de faire en sorte que les dissidents se comportassent modestement dans l'exercice de leur religion ; mais quant à empêcher cet exercice, il n'y fallait pas songer, à cause du nombre si grand des religionnaires : aucun bourgeois, disait-il, ne voudrait prendre les armes contre eux. Du reste, il se réjouissait que l'attention du roi allait

' Correspondance de Giiillaiiine le Taciîurnc, t. II, pp. 223-225. — Le conseil avait délibéré la veille sur l'accord conclu par le prince d'Orange. A cette séance assistaient la régente, Egmont, Mansfeld, Serlaymont, Hachicourt, Vigiius, Philibert de Bruxelles et d'Assonleville. Viglius, tout en rendant justice aux efforts du prince, émit l'avis que la gouvernante ne pouvait l'approuver, parce qu'il était hors des termes de l'accord du 23 août; et, si les circonstances le permettaient, la régente devrait même désavouer la convention tout entière. Derlnyinonl lit remarquer que le prince aurait bien pu en référer à la cour avant de conclure; Hachicourt exprima une opinion analogue ; Mansfeld s'opposait à l'introduction des prêches dans la ville, tout eu engageant la régente à dissimuler et à ne point d^lgoùter le prince; Egmont insista particulièrement sur les inconvénients graves qui résulteraient d'un désaveu formel. Ce fut, en déflnitive, l'opinion de Viglius qui prévalut. • Notules du conseil d'État, séance du 5 septembre.,

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êtie appei(''0 sur sa conduite : on pouvait mal l'interpréter actuellement ; mais on devrait finir par reconnaître, ajoutait-il, qu'il avait réussi à sauver Timportante cité de laquelle dépendait la plus grande partie du bien de tout ce pays '.

Bientôt le prince fut informé que plusieurs membres du conseil et la régente elle-même déclaraient ouvertement que les ordonnances faites à Anvers étaient entièrement contre le service de Dieu et du roi. Il protesta énergiqueraeni contre ces i)i'opos blessants pour son honneur, et , comme preuve qu'il n'avait pas outre-ijassé l'accord du 23 août, il envoya à Marguerite copie de la résolution prise par elle-même, en présence de tous les chevaliei's de l'Ordre et des gouverneurs. Afin d'éviter que sa conduite ne devînt encore l'objet d'imputations malveillantes, il demanda en même temps qu'on lui donnât un successeur à Anvers ^ La régente, obligée de ménager Guillaume de Nassau, s'empressa de démentir les propos qui lui étaient attribués à elle et à ceux de son conseil ; mais conmie la populace hérétique venait de renouveler, dans plusieurs villes de Hollande, les excès qui avaient affligé d'autres provinces des Pays-Bas, et comme les états réclamaient instamment la piésence de leur gouverneur, Marguerite laissa le prince libre d'accéder à cette demande ou de rester encore à Anvers ^ Guilhiume se fût empressé peut-être de se rendre en Hollande, si, d'un autre côté, les instances du magistrat d'Anvers et le désir de se concerter avec les comtes d'Egmont et de Mornes ne l'avaient engagé à différer son départ.

La mission remplie à Malines par le comte de Hooghstraeten

' Lettre du 9 septembre, dans la Cot-respoiidancr de Guillaume le Taciturne, t. n, pp. 226-229.

^ Lettre du M septembre, ibid., l. II, pp. 231-232.

■' Lettre du 13 septembre, ibiil.: i. IL pp. 233-23o. — Mohiles du conseil d'Étal, (séance du 11 septembre.)

eut également un résultat fâcheux pour ramour-])ropre de ce seigneur. Le 22 août, le magistrat avait été informé que des émissaires arriveraient d'Anvers avec l'intention d'exciter le peuple à saccager aussi les églises et les couvents. 11 s'empressa de députer à Bruxelles le pensionnaire Wasteel pour supplier la duchesse de Parme d'envoyer à Malines le comte de Hooghslraeten, comme gouverneur '. Ce seigneur jouissait dans la ville menacée d'une très-grande influence; il la devait surtout aux souvenirs qu'y avait laissés sa famille : les Lalaing, favoris de Marguerite d'Autriche, tante de Charles-Quint, l'avaient suivie à Malines et y avaient élevé un hôtel, qui était encore la principale résidence de leurs descendants ^

La duchesse de Parme, à qui le comte de Hooghstraeten était suspect, ne consentit qu'à regret, et, comme elle le manda au roi, faute d'un autre, à l'envoyer à Malines en qualité de gouverneur temporaire ^ Malheureusement, le comte, retenu au conseil d'État par la négociation qui se poursuivait avec les députés des confédérés, ne put point se rendre, aussitôt qu'il l'aurait voulu, à l'invitation du magistrat de Malines. Ce retard involontaire fiivorisa les désordres que l'on prévoyait depuis quelque temps. Le 23, au matin, la populace envahit le cloUrede Liliendaele, situé hors des portes, et le dévasta ; en même temps, des rassemblements se formèrent à l'intérieur de la ville et allèrent saccager le couvent des Cordeliers, la chapelle des Bogardes et le couvent des Carmes. La veille, il avait été résolu par le magistrat que, si le peuple se soulevait pour jjiller les églises, on

• La Défense de messire Antoine de Lalaing, etc., introduction, pp. x et suiv.

- L"hôtel de Hooghstraeten avait été élevé, en 1 522, par Antoine de Lalaing : il sert aujourd'hui de petit séminaire.

•* Lettre secrète de la duchesse de Parme au roi du 13 septembre 1.o6(5, dans la Correspondance de Philippe II, t. P^ p. 458.

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