‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe IIChapitre 39 sur 159 · LIVRE XII (i0()fi · texte numérisé non relu

LIVRE XII (i0()fi

n'emploierait pas la force, mais quo l'on userait de moyens de douceur. On craignait d'exaspérer les pillards |)ar- une résistance impuissante, parce quïl se trouvait dans la ville de grandes richesses apportées d'Anvers et d'autres lieux. Les i)ortes de la commune, d'abord tenues fermées, ayant été rouvertes, la plupart des pillards s'empressèrent de se mettre en sûreté avec leur butin, et le calme se rétablit peu à peu dans la ville.

Le comte de Hooghstraeten arriva le 24, à trois heures de l'après-midi. Avant de quitter Bruxelles, il avait prié très-instamment la régente de le munir d'une instruction précise d'après laquelle il devrait se régler; mais, par suite des embarras du moment, il n'avait rien pu obtenir qu'une missive par laquelle Marguerite « requéroit et, de par Sa Majesté, ordonnoit à ceux •1 de Malines de ne rien omettre de ce qui pourroit servir pour «t leur conservation et pour la sauvegarde des églises et la con- •; tinuation du service divin. '• Hooghstraeten s'empressa de communiquer cette commission aux commune-maîtres réunis à la maison de ville. Faisant ensuite assembler le peuple sur le marché, il lui donna connaissance de l'accord conclu la veille avec les gentilshommes confédérés, ajoutant, à la prière du magistrat et dans le but de |)révenir de nouvelles tentatives contre les maisons ecclésiastiques, que les auteurs des désordres commis les jours précédents ne seraient pas inquiétés, pourvu qu'ils se tinssent désormais tranquilles ' .

En accédant à la prière formelle du uiagislrat, Hooghstraeten était loin de supposer que l'on pût l'accuser un jour d'avoir outre-passé ses pouvoirs ; il était persuadé au contraire qu il réalisait les intentions de la gouvernante, puisque, par la publication de la promesse d'amnistie, il obtenait les résultats désirés à la cour :

• Im Vefi'nsc de messirc Antoine de Lalaing, etc., p. xii et p. 78.

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la cossation des dévastations d'églises, la tranquillité de la ville, la reprise du service divin ■ .

Hooghstraeten, que ses adversaires même rangeaient parmi les catholiques ', se transporta, accompagné des magistrats, à l'église métropolitaine de Saint-Rombaut, où il rendit des actions de grâces à Dieu ; il alla visiter ensuite le couvent des Cordeliers, pour reconnaître les dégâts qui y avaient été faits, et consoler les religieux. Le lendemain, dimanche, la messe fut célébrée, sans aucun empêchement, dans la plupart des églises de Mali nés.

Les catholiques, cependant, épiaient l'occasion de se rendre maîtres des briseurs d'images. Quatre de ces derniers, qui étaient sortis de la ville le 23, furent arrêtés par les gardes des portes au moment oîi ils .se disposaient à les franchir. Bien qu'ils alléguassent la publication faite au nom du comte de Hooghstraeten et du magistrat et que leurs protestations fussent appuyées par un rassemblement populaire, ils ne furent point relâchés. Douze autres pillards furent encore arrêtés de la même manière. On les conduisit à la maison de ville, où le comte de Hooghstraeten les interrogea lui-même pour découvrir quels avaient été leurs instigateurs et leurs complices : un de ceux-ci fut également mis en prison. Le magistrat ne se borna point à ces arrestations • les prêches publics et privés furent interdits sur le territoire de Malines. Les religionnaires éludèrent cette défense en continuant de suivre les prédications qui avaient lieu au village de Sempst et dans d'autres localités brabançonnes , voisines de la ville. Mais, à Malines même, ils ne firent plus aucun progrès : le catholicisme y avait repris son ancienne prédominance : des prédicateurs étaient appelés pour combattre les doctrines héréti-

' La Défense, etc., p. 79.

' Archives de la maison d'Oranije-Aassaii, (. Il, p. .'Î^S.

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qucs ; le service divin continuait sans recevoir d'atteinte ; enfin le 29 septonibro, jour de Saint-Michel, on fit, sans obstacle, une procession .générale du saint sacrement. Toutefois, le comte de Hooghstraeten n'était pas insensible aux plaintes du peu[)le et d'une partie de la bourgeoisie qui, invoquant la promesse d'amnistie faite publiquement, protestai(^nt contre la détention des briseurs d'images. En cette circonstance, il avait dû suivre l'impulsion du magistrat, et il n'osait prendre sur lui de relâcher les prisonniers. Mais en présence de l'agitation croissante des esprits qui se manifestait par des rassemblements fréquents, il ne voulut pas qu'on pût lui imjiuter d'être la cause de nouveaux troubles : il fit plusieurs démarches auprès de la régente jiour qu'elle autorisât l'élargissement des détenus'. Le silence le plus significatif et le plus blessant fut opposé à ces représentations.

Les confédérés, a|)rès avoir conclu leur accord avec la duchesse de Parme, avaient envoyé à Tournai les S" d'Esquerdes et de Villers pour qu'ils usassent de leur influence sur les religionnaires afin d'empêcher de nouveaux désordres. Ces délégués se gardèient bien toutefois de s'opposer aux progrès des réformés : Villers passait même pour aj'partenir à la nouvelle religion. Les églises et les maisons ecclésiastiques furent, à la vérité, soustraites dès lors à la fureur sacrilège des briseurs d'images : mais on n'empêcha point les protestants d'établir leurs prêches dans l'enceinte de la ville et jusque dans les églises paroissiales. Le S'' de Moulbais, lieutenant-gouverneur du château et du bailliage de Tournai-Tournaisis, s'était relire dans la forteresse et se bornait à de vaines menaces ; quant aux compagnies bourgeoises, il était inutile de réclamer leur concours ; elles eussent formellement refusé de tourner leurs armes coiitrp les religionnaires.

' 1.(1 Drfcnse, etc., pp. xiii el xiv, pp. 7!) et S(i.

Le premier prêche dans lintérieiir de la ville se tint au Marché aux Vaches, dont les avenues étaient gardées par des sentinelles et protégées par des fauconneaux ; les assistants étaient également armés, dans la crainte d'une surprise de la part des troupes du château. Le son des cloches appela ensuite le peuple aux prêches qui se tinrent, le 27 et le 29 août, dans les églises de Saint-Brice, de Saint- Jacques et de Saint-Nicaise '. La veille, c'est-à-dire le 28, les consaux s'étaient réunis pour entendre la proposition qu'avaient à leur faire les S" d'Esquerdes et de Vil- 1ers, qui se disaient députés par la cour. Invités à produire leur commission, ces gentilshommes répondirent que la duchesse de Parme n'avait pas voulu toucher aux pouvoirs des gouverneurs du pays ; mais que, si le magistrat voulait prendre des informations à Bruxelles, il recevrait la plus entière satisfaction. Ils déclarèrent ensuite que les ministres de la nouvelle religion étaient prêts à remettre au magistrat les trésors trouvés dans la cathédrale, pourvu que les images d'or et d'argent, dont ils se composaient principalement, fussent employées aux besoins du pauvre peuple ; que, sinon, rien ne se ferait ^

Marguerite de Parme avait pensé que le comte de Hornes était, dans ces circonstances, le plus propre à rétablir la paix à Tournai; car le baron de Montigny , frère de ce seigneur, avait laissé dans son gouvernement les souvenirs les plus popuhiires. Mais quelque heureux que fût le choix du comte de Hornes, la régente ne l'avait pourtant ratifié qu'avec le plus grand regret, et sa défiance s'était manifestée par un acte significatif : le commissaire du roi devait être suivi à Tournai par Philippe de Lannoy,

' Chotin, Histoire de Tournai, t. II. On y trouve des détails curieux, puisés dans le nianii.scrit de Renom de France.

■■^ Extraits des registres des con.'^aux de Tournai, insérés par M. Gachard dans les Bulletins rie la commission royale d'histoire, t. XI, '2'' partie, p. ■H-l.

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