LIVRE XII (lyfifi
Depuis quelques mois, Philippe II avait établi sa résidencenu bois de Ségovie pour les couches de la reine. Malj^ré une fièvre tierce dont il fut atteint, il ne cessa de se livrer aux soins du gouvernement, examinant lui-même, selon sa coutume, les dépf^ches de la duchesse de Parme et les autres pièces importantes concernant les affaires des Pays-Bas. Il les annotait de sa main, renvoyait les points difficiles à l'examen du conseil d'État, et, après de nouvelles réflexions, prenait enfin des décisions, qui étaient presque toujours tardives ' .
Si Marguerite de Parme navait cédé qu'à la dernière extrémité aux demandes des confédérés , c'est parce qu'elle savait trop bien que Philippe II ne plierait point devant ses sujets, ni surtout devant l'hérésie. Et, en effet, avant même qu'il connût le saccagement des églises, Philippe avait transmis à la régente des dépêches datées du 24 et du 30 août. Par la première, il répondait aux informations que Marguerite lui avait envoyées sur l'entrevue de Duflfel et l'assemblée des chevaliers de la Toison d'or, qui devait avoir eu lieu à Bruxelles, le 18. Il l'avertissait qu'il ne voulait point donner aux confédérés d'acte public d'assurance, ni en son nom, ni au nom des chevaliers de l'Ordre, soit à titre provisoire ou autrement, ses intentions relativement
écrivait de lui et de .ses amis, le prince d'Orange et le comte d'Egmont, jusqu'à ce qu'ils eussent été entendus. Il exposait que la défaveur que l'on cherchait à jeter sur eux provenait de ce que le peuple des Pays-Bas avait une grande méfiance de la régente et de beaucoup de seigneurs, tandis qu'il montrait de la confiance en lui et en ses deux amis. Voilà ce qui le? faisait tenir pour suspects, comme s'ils avaient cherché depuis longtemps à entretenir cette bonne entente avec le peuple, tandis qu'il n"en était rien, leur conduite ayant été déterminée par les circonstances. Supplément à Strada, 1. 1", pp. 467 et 470.
' Mémorial de Hopperls, 4<" partie, chap. V. — Voir aussi Epistolœ ab Ilispania, p. 103.
à l'amnistie devant leur suffire. Il maintenait ensuite ses décisions antérieures, quant à la convocation des états généraux, qu'il ne voulait point autoriser pendant son absence, d'autant plus, disait-il, qu'il était à la veille de partir pour les Pays-Bas. Les autres dépêches étaient relatives aux levées qu'il avait déjà prescrites en Allemagne, dès le mois de juillet, dans le but de s'opposer par la force aux entreprises des sectaires. Philippe informait aussi sa sœur des démarches qu'il avait faites auprès de l'empereur et d'autres princes allemands pour renverser les espérances que les confédérés fondaient sur les promesses et les démarches de quelques capitaines, qui leur étaient dévoués. Du reste, il défendait absolument qu'on accordât aux protestants des lieux particuliers pour y faire leurs prêches , et chargeait la gouvernante de veiller à ce qu'on ne délivrât plus les prisonniers obstinés (hérétiques). Il voulait, enfin, que l'on continuât à faire processions, jeûnes, aumônes, sermons, exhortations et toutes choses saintes, afin que Dieu eût pitié de son peuple et lui ouvrît les yeux '.
Enfin parvinrent à Ségovie les dépêches qui annonçaient le saccagement des églises et les fureurs des iconoclastes. Ces terribles nouvellesbouleverserentPhilippeII.il se tira la barbe, jurant, par l'âme de son père, qu'il on coûterait cher '. Le conseil dÉtat fut
1 Correspondance de Marguerite de Parme, pièces XXXIII à XXXVII.
^ Lettre de Morillon au cardinal de Granvelle, dans les Archives de la maison d'Orange-Nassau (Supplément, p. 36). Cette indignation passionnée du roi eut pour témoin Montigny. Il écrivit au prince d'Orange, le 4 octobre : « Sa Majesté a fort ressenti les susdits saccagements d'églises et cloîtres, même le peu de résistance ou contradiction qui s'en est fait partout... » Il avait éprouvé le même sentiment en ce qui concernait les prêches. Cette lettre tendait, au surplus, à exciter les seigneurs à mettre vigoureusement un terme aux pillages des églises, aux prêches, etc., et à prévenir le renouvellement de tous excès. Elle respirait les sentiments les
LivHK XII (1500). 257
consulté, et, après des délibérations où l'on exposa les avantages et les inconvénients du départ du roi, qui était d'ailleurs unanimement considéré comme le remède suprême , Philippe II ordonna d'adresser à la duchesse de Parme les instructions qu'elle attendait si impatiemment.
Deux dépêches furent écrites : l'une ostensible; l'autre secrète. Dans la première, le roi disait que la reine , sa compagne, ayant été heureusement délivrée ', il quittait le Bois de Ségovie pour retourner à Madrid, afin d'ordonner les préparatifs de son départ pour les Pays-Bas. La convocation des états généraux, ajoutaitil, ne lui paraissait pas le prompt et vrai remède contre les sectes, notamment en son absence; ce serait au contraire une chose trèsdangereuse, qui aboutirait à la liberté de religion et à la confusion de la république. Le vrai remède, selon lui, consistait dans la répression énergique des entreprises séditieuses. Il ne doutait point que ce devoir ne s'accomplît, dans des provinces oii il se trouvait tant de personnages principaux et autres, très-affectionnés au service de Dieu et au bien de l'État. Dans la lettre secrète , Philippe répétait que la régente ne devait en aucune manière consentir à la réunion des états généraux. S'il arrivait que l'impudence allât si loin que les états s'assemblassent de leur propre autorité, comme ils en avaient fait la menace, il lui envoyait, pour ce cas, des lettres qu'elle leur ferait tenir, afin de mettre opposition à cette réunion illégale. Il lui recommandait, du reste, le plus grand secret à l'égard de ces lettres. Il importe, disait-il, qu'on ne sache pas qu'il a été obligé de recourir à une pareille mesure, si elle peut s'éviter '.
plus vifs de loyauté et de fidélité. Voir Archives de la maison d'Orange- Nassau, t. Il, pp. 3S9-366.
' L'infante Isabelle Claire Eugénie était née au Bois de Ségovie, le jour de Sainte-Claire.
^ Voir ces lettres du 3 octobre, dans le Supplément a Strada, t. II, pp. i'^G n. 17
Plus Philippe IT réfléchissait nux événements des Pays-Bas, plus son irritation augmentait. Le jour oii il arriva h Madrid , il déclara, dit-on, en ]irésence du duc d'Albe et de Ruy Gomez : «c Qu'il savait qu'en ce qui setait passé dans les Pays-Bas, il y «( allait non-seulement de sa réputation, mais aussi du service «t de Dieu, et qu'il s'en ressentirait tant qu'il hasarderait plutôt <i le reste de ses États que de faiUir à faire un châtiment exem- « plaire, et en vue de toute la chrétienté, de cette rébellion '. » En annonçant aussi énergiquement ses projets de vengeance, le roi laissait apercevoir que, entre les deux partis qui depuis I008 se disputaient sa confiance et dont les chefs étaient alors à ses côtés, il donnerait la préférence à celui qui n'avait cessé de préconiser les mesures les plus violentes et les plus inflexibles. Le duc d'Albc allait supplanter, dans cette occasion , son ancien et constant rival, Ruy Gomez de Silva, prince d'Eboli '. N'ignorant
et 459. Conf. Correspondance de Philippe II , t. I<t, p. 463. — Marguerite répondit, le -18 novembre, qu'elle .'^e conformerait en tout point aux intentions du roi, et, dans le cas où les états se réuniraient sans son autorisaion, après avoir tout tenté pour s'y opposer, elle ferait usage des lettres qui lui avaient été envoyées, et qu'elle gardait avec tout le secret possible. Ibid., t. 1er, p. 481.
• Grande chronique de Hollande, t. II, pp. ■! 26-1 28. — Philippe II écrivait à Granvolle, le 26 novembre : « Je ne pourrais vous exprimer à quel a point m'ont affligé les dévastations et pillages des églises en Flandre. « Aucune perte que je ferais personnellement ne pourrait me donner plus « de peine que la moindre offense et irrévérence faite à Notre-Seigneur et « à ses images, ayant à cœur son service et son honneur, par-dessus toutes « les choses de ce monde. » Correspondance de Philippe 11, t. 1", p 489.
^ 11 résulte de la relation d'Antoine Tiepolo que Philippe consultait à part les deux rivaux (en l'absence l'un de l'autre) ; il prenait ensuite la décision qui lui paraissait la plus utile à ses intérêts. Gachard, Relations inédites des ambassadeurs vénitiens sous Charles Y ei sous Philippe II, p. 158. Voir aussi MiGNET, Antonio Pcrez et Philippe 11, chap. 1^^.
Mvui: XII (15GG). 2î)9
pas CCS luttes d'influence et prévoyant l'action dcsastrcusi- que le triomphe du duc d'Albe exercerait sur la destinée de leur patrie, le marquis de Berghes et le baron de Montigny s'efibrcèrent de dessiller les yeux de Philippe II. Ils lui proposèrent formellement d'envoyer dans les Pays-Bas le prince d'Eboli et signalèrent les avantages de ce choix dans un Mémoire que , à la demande de Philippe, ils lui remirent le 15 novembre. Il fallait, disaientils, chercher les moyens de rétablir les afïïures des Pays-Bas sans recourir à l'extrême remède de la force. Or, le prince d'Eboli avait toutes les vertus et toutes les qualités voulues pour réussir dans cette glorieuse mission. Connu et aimé des grands et du peuple des Pays-Bas, il encouragerait par sa présence et stimulerait les sujets fidèles, tandis que, voyant un tel personnage comme le précurseur du souverain , les mauvais s'étonneraient et reviendraient à de meilleurs sentiments'. Mais Philippe II avait irrévocablement pris la résolution fatale qui devait avoir de si funestes, de si terribles conséquences. C'était par le fer et le feu qu'il se proposait de mettre un terme à l'agitation des Pays- Bas : il choisit en conséquence le duc d'Albe, comme celui qui saurait exécuter ses desseins avec le plus de rigueur et d'inflexibilité.
Personne n'avait besoin de lui indiquer cet inexorable capitaine. Cependant il fut proposé à Philippe par tous ceux qui voulaient flatter ses penchants pour le despotisme et son aversion pour les sectaires. Dès le 4 juillet, Alonso del Canto lui conseillait d'envoyer le duc d'Albe dans les Pays-Bas, s'il ne pouvait
' « ... Ouy, disaient Montigny et Berghes, oserions presques asseurer « Votre Majesté plusieurs des mauvais et des principaulx , voiant ledit « prince de Heboh', se viendront réconcilier à luy, et le supplier avoir, par « son moien, faveur veis Votre M;ijesté. Et cent mil aullres biens espérons « que en adviendront, qui ne se peuvent escripre, y aiant dangier d'aucun « mal... •! Corrcspoudance de Philippe II, t. le, p. 5-19.
y venir lui-môme '. Cette recommandation fut vivement appuyée par ie président de Castille, Diego de Espinosa, que le roi consultait fréquemment sur les affaires des Pays-Bas; elle obtint aussi l'approbation du cardinal de Granvelle '. Quant aux conseillers belges, employés auprès delà personne du souverain, ils ne furent pas consultés et ne participèrent en rien à cette déplorable mesure. Les promoteurs de l'envoi du duc d'Albe, avec une armée d'Espagnols, dissimulaient à peine les espérances qu'ils fondaient sur cette expédition : ils se flattaient que Philippe II se ferait roi absolu dans les Pays-Bas, y rétablirait la religion catholique et les vengerait de leurs ennemis ^.
Philippe II ordonna immédiatement de grands préparatifs militaires. Il fut enjoint à don Garcia de Tolède, capitaine général de la mer, de transporter en Lombardie les vieilles bandes espagnoles qui étaient dans les royaumes de Naples, de Sicile et de Sardaigne. Les compagnies de chevau-légers de Lombardie' durent être portées à cent hommes , au lieu de cinquante , en même temps qu'on recruterait, dans cette province, deux compagnies d'arquebusiers à cheval. Le colonel Albéric de Lodron fut chargé de lever un régiment de soldats dans la Haute-Allemagne, et le baron de Vergy, gouverneur de la Franche-Comté , reçut l'ordre de rassembler trois cents lances de hauts Bourguignons,
' Correspondance de Philippe 11, t. I", p. 4/1 7,
2 Granvelle écrivit à Philippe II (de Rome, H mars i567) . « Le choix du duc d'Albe est le meilleur que le roi pût faire : l'envoi du prince Ruy Gomez (proposé par le marquis de Berghes et le baron de Montigny) eijt été de peu d'effet; il n'eût servi qu'à endormir le roi; peut-être même ne le proposaient-ils, comme le roi l'écrit, que dans le but d'aller avec le prince, tandis qu'il ne convient en aucune manière qu'en ce moment ils soient en Flandre. ■' Correspondance de Philippe II, t. I*^"", p. 519.
^ Louis Del Rio, qui fut membre du conseil des troubles, disait tenir ces informations du secrétaire même du duc d'Albe. Voir Messager des sciences historiques, t. VI.
LiVHE XII (ioGG). 261
cent arquebusiers à cheval et quatre autres compagnies. L'armée devait être réunie sans retard dans le comté de Bourgogne, pour passer ensuite dans le duché de Luxembourg : on voulait prévenir les gueux et ne pas leur donner le temps de réunir leurs propres forces pour les joindre aux renforts qu'ils attendaient d'Allemagne. Mais l'automne était déjà très-avancé, et bientôt les neiges qui couvraient les montagnes de la Savoie vinrent s'opposer à la jonction des troupes d'Italie avec celles qui étaient attendues d'Allemagne. Pour surmonter cet obstacle, Philippe II se proposa de faire prendre à ses soldats la voie de mer, de les faire débarquer au comté de Fréjus et de les acheminer ensuite p;u- la Provence et le Lyonnais. Mais Charles IX n'accorda point l'autorisation nécessaire à cet effet ; il répondit que la plus grande partie des habitants de ces deux provinces étant huguenots, verraient , avec le plus vif déplaisir, la venue des troupes espagnoles , qu'ils s'insurgeraient et ne leur permettraient point de traverser leur territoire. Philippe II répliqua que ses soldats passeraient aisément , que les habitants le voulussent ou non. Alors Charles IX objecta, pour la seconde fois, qu'il ne pouvait aucunement accorder le passage , et cette résolution obligea le monarque espagnol d'ajourner, jusqu'au printemps, le départ de l'armée, qui était déjà assemblée en Lombardie '.
Cependant, Philippe II tint encore secrète sa résolution d'envoyer le duc d'Albe dans les Pays-Bas. 11 voulait que l'on fût bien persuadé partout qu'il prendrait lui-même le commandement de son armée , et qu'il irait en personne châtier et pacifier les provinces qui inclinaient à la rébellion. II semblait ainsi se conformer à l'avis qui avait prévalu dans le conseil d'Etat d'Espagne. On y avait fait remarquer que tout autre, quelque
' Commentaires mémomb'es de don Bernardino di' MendoQa , liv. l", chap. XI J.
grand qu'il fût, ne serait pas bien obéi par les Allemands et serait odieux aux nationaux ; que son arrivée donnerait naissance à une autre armée, qui prendrait aussi le nom du roi pour le combattre, d'où résulterait une guerre civile et l'entière ruine du i)ays. Le conseil, ayant été consulté sur l'assemblée secrète de Termonde et les événements qui l'avaient précédée, déclara en outre que le roi ne pouvait point entrer en un compromis avec ses vassaux , principalement dans une affaire qui intéressait la religion et l'obéissance due au souverain. On lui conseillait toutefois d'user de clémence envers la multitude et ceux qui s'étaient laissé abuser; mais quant aux promoteurs des troubles, ils devaient être châtiés sans miséricorde, afin de servir d'exemple et d'inspirer de la crainte aux mauvais. En conséquence, le conseil était d'avis que le roi se fit accompagner d'une brave et puissante armée, afin que les rebelles, intimidés, déposassent immédiatement les armes et , pour le cas oii ils voudraient faire résistance, afin que l'inégalité des forces terminât promptement la guerre. Le conseil persistait enfin dans l'opinion que le roi ne devait point différer son voyage; mais les certes de Castille ayant été convoquées pour le I" décembre, et exigeant aussi la présence du souverain , le conseil l'engageait à fixer son départ au mois de février suivant ' .
Philippe II, ayant reçu connaissan<;e , le 22 novembre, des délibérations de son conseil , feignit d'adopter entièrement les avis qu'il avait exprimés. Le 27, il avertit Marguerite de Parme que la multitude et l'importance des affaires donl il était chargé
' Mcmurial ûc Hopperus, /t»^ partie, chap. VII. — Tandis que le conseil d'Espagne délibérait, la duchesse de Parme insistait sur la nécessité de la prompte arrivée du roi « laquelle , au dire de tous les bien pensants, ne peut être différée jusqu'après l'hiver sans un imminent péril. » Lettre secrète du 18 novembre, dans la Curresijondaiice de Philipiw II, t. I'"', p. 481.
Liviu: XII (15(50). 203
le contraignaient à différer son départ; mais qu'il espérait se mettre en route au mois de février, pour arriver dans les Pays- Bas au printemps. Il indiquait ensuite les raisons qui l'obligelaient à se faire accompagner de forces considérables, au lieu de n'aller (ju'avec sa cour ordinaire , comme il le désirerait. « Ce « n'est pas mon intention, disait-il, de traiter les Pays-Bas ni « mes vassaux et sujets autrement qu'en bon et clément prince, <i ni de les ruiner, ni de les n)ettre en servitude. Mais je suis <( obligé de défendre ces provinces contre toutes invasions et «< violences, tant du dehors que du dedans, de réprimer l'audace « des perturbateurs du repos public, de maintenir lobéissance <i qui m'est due, enfin de remettre les choses dans l'ordre, avec <i l'avis des seigneurs, conseils et états des Pays-Bas, selon que «I je trouverai convenir. » En même temps, il écrivit aux comtes de Meghem , d'Arenberg et de Mansfeld , pour les remercier de leur fidélité et des services qu'ils avaient rendus à la régente; dans ces lettres encore, il annonçait son arrivée pour le printemps '. Enfin, le 30 décen)bre, il informa Marguerite de Parme qu'il allait faire prendre les devants au duc d'Albe, pour rassembler l'armée sur les frontières des Pays-Bas, et qu'il ne tarderait point à arriver lui-même bientôt après. Il faisait la même promesse au baron de Berlaymont, qu'il nommait surintendant des vivres; au comte de Meghem, à qui il confiait la charge de maître et capitaine de l'artillerie ; au comte de Mansfeld, qu'il nommait maréchal des chevaux allemands, et même au conite d'Egmont, à qui il témoignait sa satisfaction et le désir que ce seigneur continuât à le servir comme bon et loyal vassal ".
Philippe II, qui n'eut jamais l'intention sérieuse de se rendre en personne dans les Pays-Bas , se montrait néanmoins vive-
' Correspondance de Marguerile de Parme, etc., pièces XLIV à XLVII. ^ Supplément à Slrada, t. IF, pp. 521 et siiiv.
2G4 Î.KS l'AYS-BAS SOUS PHILIPPE II.
ment blesse lorsqu'on paraissait douter de sa volonté à cet égard . Il s'était même irrité de la persistance de Pie 'V ù lui recommander ce voyage. 11 écrivit au cardinal de Granvelle ' -. » Ceux u qui ont publié et [)ublient que je ne veux sortir d'Espagne, «i verront combien ce bruit et leur opinion sont faux , et ceux « qui y croient, combien ils sont abusés, et ainsi le temps et it mes œuvres donneront à connaître à ceux-là et à tout le « monde combien je désire le vrai remède que requièrent les u choses du service de Dieu et l'établissement de notre sainte u religion dans ces provinces. » Il chargea le grand commandeur de Castille, son ambassadeur à Rome ', de dire au pape que, s'il eût pu suffire de la présence seule du roi pour apaiser les troubles des Pays-Bas, il n'aurait pas hésité à se jeter dans une barque, afin d'y aller exposer sa personne ; mais qu'il avait dû adopter les moyens les plus propres à atteindre le but désiré. Comme il avait informé le pape que son intention formelle était de se rendre dans les Pays-Bas, il avait vu avec déplaisir la mission confiée à l'évoque d'Ascoli, parce qu'elle tendrait à faire croire à toute la chrétienté qu'il était nécessaire de le stimuler pour qu'il fit ce voyage. Cette démarche l'avait offensé, et c'eût été un mauvais moyen de le persuader, si déjà sa détermination n'avait été arrêtée. Il avait vu aussi, avec un très-vif mécontentement, que l'évêque d'Ascoli eût voulu lui imposer les voies de la négociation, au lieu de celles de la force, pour pacifier les Pays-Bas. « Si lui, qui y est le plus intéressé, préfère s'exposer aux chances d'une guerre, disait-il, c'est qu'il avait reconnu qu'un accord serait impossible, sans que l'autorité du saint-siége en soufl'rit. i>
1 Lettre du 27 novembre I3C6, daus la Vuncspondancc de Phiiq)[iv U, l. I«r, p. 489.
2 Lettre du 2b novembre 1566. Ibvl, t. 1", pp. 487-488.