‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe IIChapitre 47 sur 159 · LIVRE xit (I5CG). 2Î · texte numérisé non relu

LIVRE xit (I5CG). 2Î

disait que, selon ses informations, les députés de Flandre arriveraient à Bruxelles sous trois jours, pour lui faire des remontrances sur l'état du jîays : elle croyait que, sous le mémo prétexte , les autres provinces enverraient aussi les leurs et que, lorsqu'ils s'y trouveraient tous , ils pourraient j)rendre quelque grave résolution. Elle n'était pas sans soupçon que tout cela avait été concerté dans l'assemblée de Termonde, d'autant plus que, depuis son retour de celle-ci, le comte d'Egmont, en proie à l'inquiétude et à la crainte, avait sans cesse dans la bouche que le seul moyen d'apaiser les troubles était l'assemblée générale des états '.

Le comte de Hornes arriva à Bruxelles, le î 6, et rendit compte à la régente de tout ce qu'il avait fait à Tournai pour le service du roi et du pays. Il se plaignit très-vivement, en plein conseil d'État et en présence de Marguerite, de n'avoir nulle réponse du roi à tant de lettres qu'il lui avait écrites, et de ce que son frère, le S'' de Montigny, lui eût mandé que ce prince était mécontent de la mission qu'il avait remplie à Touinai. Il s'écria que les affaires du pays étaient entièrement perdues, et il ajouta que, n'ayant plus le moyen de servir, parce que le roi ne lui faisait aucune récompense, après qu'il avait vendu et engagé tout son bien,

ou non. « In medio ego quidem relinquo, » dit-il. De son côté, le savant éditeur des Archives de la maison d'Orange-Nassau s'est attaché à prouver (t. III, pp. Lxvi et suiv.) l'authenticité de ces dépêches. Les dénégations formelles de la duchesse de Parme, dans sa correspondance secrète avec le roi, ont rendu plus difficile encore la solution de ce problème, car il faut également rejeter l'opinion que ces dépèches sinistres auraient été forgées par le prince d'Orange.

' Correspondance de Philippe II, t. l", p. 475. — » Egmont est devenu blancq et viel... Il ne dort, s'il n'a ses armes et pistolets devant son lit » (Morillon à Granvelle, novembre 1566). Archives de la maison d'Oranrje- Nassau, supplément, p. 35.

il avait pris la résolution de retourner en sa maison. Il ne tarda point, en effet, à se retirer dans son château de Weert, après avoir remisa la gouvernante un Mémoire justificatif sur tout ce qu'il avait fait à Tournai et dans le Tournaisis. Dans une lettre adressée directement au roi, il s'attacha de même à justifier sa conduite, ajoutant qu'il n'avait pas voulu entrer en débat avec la duchesse de Parme sur ce qui s'était passé à Tournai, « ne lui semblant pas, disait-il, devoir traiter affaires d'honneur avec dames.» Il renouvelait ensuite ses plaintes habituelles sur sa pénurie, provenant des dépenses qu'il avait faites pour le service du souverain : il avait aliéné et engagé son bien pour plus de 300,000 écus, disait-il, et, encore en dernier lieu à Bruxelles, il avait vendu une partie de sa vaisselle. Cette pénurie l'obligeait à se retirer en sa maison de "Weert jusqu'à ce qu'il eût reçu une réponse du roi. Du reste, s'il avait été quelquefois trop véhément dans ses remontrances, cela avait procédé , déclarait-il , de son ardent désir d'accroître les hauteurs du souverain. Il écrivit pareillement au S'' deMontigny, se plaignant que l'on mît sa fidélité en doute, et ajoutant qu'il estimait son ivhveheureux d'être en Espagne, loin de ces troubles et disgrâces '.

• Correspondance de Philippe II, t. I<t, pp. 483 et 486. La duchesse de Parme pria le roi de pardonner le langage inconvenant que le comte de Hornes avait tenu en plein conseil d'État, eu considération de l'humeur qu'il lui connaissait. Voir aussi Grande chronique de Hollande, t. II, p. 130. Les sentiments du comte de Hornes sont exprimés avec une entière franchise dans la lettre qu'il adressa à son secrétaire Alonso de Laloo , qu'il avait envoyé à Madrid. Après lui avoir fait le récit de ce qui s'était passé à Tournai, il ajoutait : « ... 11 me desplait le service que fay et ay toujours « faict, estre tousjours mal interprété, qui me cause rien désirer en ce » monde que de me veoir hors des' négoces, aiant par trop cognu n'estre « ma vocation estre en court, aussi qu'il est temps que je pregne mon re- « pos, sans me vouloir consumer pour les affaires... «> S'adressanten même temps au duc de Clèves, il le priait de .suspendre son jugement sur ce qu'on

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