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Enrôlements à Anvers. — Expédition dirigée contre Hle de Walchereii par Jean de Marnix. — Il revient à Austruweel. — Philippe de Lannoy, S' de Beauvoir, envoyé contre lui. — Combat d'Austruwcel ; défaite des gueux et mort de Jean de Marnix. — Furieuse insurrection des calvinistes à Anvers; dangers que court le prince d Orange; tous les autres partis se coalisent contre les calvinistes pour empêcher le pillage et la ruine de la ville. — La régente blâme l'accord conclu avec les calvinistes.
— Siège et prise de Valenciennes. — Progrès de la réforme dans les villes de la principauté de Liège, principalement à Maestricht. — Les troupes du S' de Noircarmes envoyées contre cette ville. — Marguerite de Parme ordonne aux Auversois de recevoir garnison et d'expulser immédiatement les ministres et les prédicauts. — Départ des ministres.
— Guillaume de Nassau refuse de prêter le serment exigé des gouverneurs et des chefs des bandes d'ordonnances. — Le secrétaire d'État Berty est envoyé auprès de lui pour le faire changer de résolution ; Guillaume persiste dans son refus et annonce l'intention de s'éloigner du pays. — Entrevue du prince d"Orange, à Willebroeck, avec les comtes de Mansfeld et d'Egmont, accompagnés du secrétaire Berty; dernier entretien de Guillaume de Nassau avec le comte d'Egmont. — Le prince se rend à Breda. — Hooghstraeten rappelé d'Anvers. — Le comte de Hornes prête le serment et revient au conseil. — Le S"- de Noircarmes entre dans Maestricht. — Soumission de Bois-le-Duc. — Départ du prince d'Orange pour l'Allemagne. — Émigrations. — Le comte de Mansfeld conduit les troupes royales à Anvers. — Entrée triomphale de Marguerite dans cette ville. — Incidents du séjour de Bréderode à Amsterdam : il est enfin obligé de quitter cette ville; il s'embarque pour Emden. — Dispersion de ses partisans. — Gentilshommes confédérés trahis sur le Zuyderzée et obligés de se rendre. — Éric de Brunswick entre dans Vianen. — Marguerite de Parme expose au roi qu'il n'est plus nécessaire d'envoyer des troupes espagnoles dans les Pays-Bas et demande d'être déchargée du gouvernement. — Apologie des réformés. — Ambassade envoyée par les princes protestants en faveur des adhérents de la confession d'Augsbourg; insuccès de cette démarche tardive. — Exécutions des prédicants pris à Valenciennes et d'un grand nombre de séditieux et de briseurs d'images ; les temples des réformés sont abattus. — Nouvelle.'^ insti'uctions adressées par Philippe II à Margueiite de Parme pour qu'elle dépouille les villes de leurs privilèges, construise des citadelles, etc. ; il
refuse d'accepter sa démission. — Marguerite consent à rester jusqu'à l'arrivée du roi , toujours promise et annoncée.
Le prince d'Orange, après avoir fait reconnaître le comte de Hooghstraeten comme son lieutenant à Anvers , était parti de cette ville pour ses gouvernements de Hollande, de Zélande et d'Utrecht. Quoique très-hostile au système de Philippe II et vivement blessé des procédés de la duchesse de Parme à son égard, il n'osait pas encore rompre ouvertement avec la cour. Il s'attachait à modérer la réaction, en s'efforçant de ne point sortir des voies légales, mais en favorisant sous main les nobles qui niéditaient des entreprises plus énergiques. La conduite du prince d'Orange, pleine de contradictions et d'ambiguïté, était le résultat d'une position fausse. Aux perfidies de Philippe II et aux ruses de Marguerite de Parme , Guillaume de Nassau opposait une dissimulation également blâmable '. Adversaire de la prépondérance espagnole , ennemi de l'oppression religieuse, devait-il attendre la dissolution et la ruine de son parti pour jeter le masque, pour se dévouer à la défense des Pays-Bas et de la liberté de conscience? En se plaçant franchement à la tète des confédérés, peut-être eùt-il prévenu de grandes infortunes et empêché de grands désastres. La gloire, qu'il sut acquérir plus tard, comme le libérateur des Pays-Bas, eût été sans doute plus éclatante encore.
» 11 résulte clairement de la correspondance de H. de Bréderode avec L. de Nassau, que les confédérés, tout en tenant compte des didicultés inhérentes à la position officielle du prince d'Orange, avait confiance en ses dispositions à leur égard. Archives de la maison d'Orange-Nassau, t. II, pp. 406, 412, etc.
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Arrive à Gorcum, le prince d'Orange empocha le peuple do cette ville d'abattre les autels et les images; il obtint on outre des réformés la promesse qu'ils se contenteraient de prêcher hors de la ville, laissant aux catholiques leurs églises et leurs monastères. Il se rendit ensuite à Vianen où, le 18 octobre, il eut avec Bréderode une entrevue importante à laquelle assista Louis de Nassau. Loin de s'associer à la réprobation dont Bréderode était l'objet à la cour, le prince s'étudia à le ménager et à le justifier. Méconnaissant les recommandations pressantes de la duchesse de Parme, il n'insista point pour que les prédicants fussent expulsés de Vianen ; il n'exigea pas non plus le licenciement des gens de guerre levés par le chef de la confédération. La conduite de Bréderode lui parut celle d'un bon serviteur du roi, et il n'avait pas, disait-il, outre-passé ses droits de franc-seigneur en levant des soldats pour la garde de sa ville, dans un moment où le duc Éric de Brunswick faisait également des levées aux environs de Vianen '. Un peu plus tard, s'étant rencontré avec le comte de Culembourg , le prince chercha aussi à disculper «t ce bon et doulx seigneur, » rejetant sur ceux qui l'entouraient la faute des sacrilèges commis dans ses domaines. A Utrecht , le premier et le principal soin du prince fut de transiger avec les religionnaires. Ceux-ci prirent l'engagement de ne plus tenir leurs prêches qu'en un seul lieu et hors de la ville, d'y assister sans armes et de s'y comporter paisiblement. Cette convention entraîna la restitution des monastères et des églises au culte catholique, non-seulement dans la ville mais encore dans tout le pays d'Utrecht '. Elle servit aussi de base aux rapports du prince
1 Lettres de H. de Bréderode à la duchesse de Parme el du prince d'Orange a la même , du 22 octobre 1 566 , dans la Correspondance de Guillaume le Taciturne, t. II, pp. 255 et suiv.
2 Le prince d'Orange à la duchesse de Parme, 31 octobre 1566. Correspondance de Guillaume le Taciturne, t. II, pp. 264 et suiv.
d'Orange avec les états de Hollande, qu'il avait fait convoquer à Schoonhoven pour le 2 novembre. Guillaume leur déclara que, suivant les intentions expresses de la régente, les })rt^ches ne pouvaient être tolérés qu'aux lieux où ils avaient été faits publiquement avant l'accord conclu avec la noblesse, et seulement hors des villes ' .
Le 20 décembre, le prince d'Orange arriva enfin à Amsterdam, où les protestants l'attendaient depuis longtemps et comptaient sur son appui ^ Il lui avait été enjoint par la gouvernante de faire réparer le couvent des Cordeliers, dont la dévastation plus récente avait excité particulièrement l'indignation de la cour, de le faire restituer aux religieux et de ne pas permettre que les sectaires tinssent leurs prêches dans la ville. Il devait même examiner si les prêches n'y pourraient être interdits absolument, par la raison que les sectaires, en se rendant coupables de saccagement d'églises , depuis l'accord conclu avec la noblesse, avaient contrevenu directement à cette convention. Une pareille exigence parut excessive au prince, qui allégua la présence de tant d'étrangers venus du Nord et des villes maritimes. Il ne jugeait point possible d'établir les prêches hors de la ville : car, en hiver, il n'y avait, disait-il, autour d'Amsterdam, aucun endroit qui ne fût submergé. Or, on ne pouvait sans doute obliger les religionnaires à prêcher dans les bateaux. Mais ces raisons ne touchèrent point la régente. Elle déclara au prince son intention formelle que les prêches ne fussent plus permis à Ami sterdam, et que, au dehors, ils ne le fussent qu'aux termes de
I l'accord fait avec les confédérés. La mésintelligence entre Mar-
1 Correspondance de GtdUaume le Taciturne, t II, pp. 268 et suiv, ^ C'est ce qui résulte d'une lettre écrite par Bréderode le 22 août. Il y disait que le prince serait secondé à Amsterdam « par une infinité de gens de bien, nos bien bons amis et entièrement à notre dévotion. » Archives de la maison d'Orange-Nnssau, t. II, p. 232.