‹ Histoire de la révolution des Pays Bas sous Philippe IIChapitre 51 sur 159 · LIVRE XIII (156G · texte numérisé non relu

LIVRE XIII (156G

gucritc de Parme et le prince d'Orange augmentait de jour en jour. Celui-ci, invoquant le traité conclu avec 1rs chefs de la confédération , voulait que les protestants en recueillissent tout le fruit possible ; de son côté, la régente, quoiqu'elle n'osAt violei' ouvertement la parole donnée, manifestait clairement son désir, sa volonté môme, que les proches cessassent au dehors aussi bien que dans l'enceinte des villes. Elle manda au prince, le 5 décembre, que, s'il pouvait obtenir la cessation des prêches, il rendrait non-seulement un service signalé à Dieu, à la religion catholique et à la patrie, mais qu'il ferait aussi une <i chose merveilleusement agréable au roi ' » . C'était trop attendre du prince d'Orange et mal apprécier les forces et les dispositions des réformés. Guillaume résolut de ne point se conformer à ces nouvelles instructions, dont l'exécution aurait d'ailleurs pu compromettre la sûreté d'Amsterdam. Il exprima le désir qu'un autre que lui fût chargé de cette difficile commission. Alors la régente, sachant bien que, dans les circonstances présentes, le prince d'Orange seul serait obéi à Amsterdam, n'insista plus sur la cessation absolue des prêches. Elle borna ses prétentions à l'exécution stricte de l'accord conclu avec les confédérés. Pour mettre un terme t'i l'agitation dos esprits, le prince finit par assigner aux religionnaires, dans la ville même , et jusqu'à ce que la saison leur permît de s'établir au dehors, des locaux provisoires pour y tenir leurs prêches. Mais il n'étendit point cette faveur jusqu'à l'exercice de la nouvelle religion, c'est-à-dire à la célébration, selon le rite calviniste ou luthérien, des mariages, baptêmes et sépultures. Malgré les réclamations de plusieurs villes importantes, Guillaume n'osa point aller si loin ; il laissa ce pomt épineux à la décision de la régente. Or, Marguerite, qui venait de rejeter la requête des religionnaires de Delft, déclara que nulle part elle

1 Correspondance de Gvillanme le Tacihirne, t. II, p. 294.

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n'autorisCTait l'oxercice libre du nouveau culte. Encouragée ensuite par le succès croissant de ses mesures répressives, elle finit par abroger l'arrangement conclu avec le prince d'Orange, s'opposant formellement à ce que les sectaires d'Amsterdam continuassent à tenir leurs pn^ches dans la ville '.

Pendant que Guillaume de Nassau s efforçait de transiger avec les protestants hollandais , le comte de Hooghstraeten , qui le remplaçait à Anvers, continuait, dans cette ville, sa politique conciliante. Il avait d'ailleurs réclamé de la gouvernante l'assurance que, en imitant, à Anvers, la conduite tenue par le prince d'Orange, il ne ferait rien contre le service de Dieu et du roi, ni contre l'accord conclu avec les gentilshommes confédérés '. Peu de jours après son arrivée , le bruit fut répandu qu'un placard allait être publié pour interdire les prêches à Anvers, comme on l'avait fait à Bruxelles. Cette rumeur avait déjc^ excité une fermentation assez violente lorsque vint la nouvelle que les religionnaires s'étaient entièrement rendus maîtres de Bois-le-Duc, d'où ils avaient chassé les prêtres et les religieux , ainsi que les officiers de justice. Le 17 octobre, dans l'après midi, des rassemblements se formèrent devant l'église de Notre-Dame. ITooghstraeten y accourut aussitôt, avec le margrave et If s bourgmestres, pour retenir cette foule exaspérée. Cependant, vers le soir, elle revint à la charge, força l'entrée du temple et recommença les dévastations sacrilèges du mois d'août. Hooghstraeten accourut de nouveau avec des forces suffisantes et cerna les pillards. On arrêta tous ceux qui ne réussirent point à se sauver par les fenêtres de l'église. Ils furent appliqués immédiatement à la tor-

• Correspondance de Guillaume le Taciturne, t. Il, pp. 310, .331 et suiv. — La régente avait déclaré au conseil d'État qu'elle n'était point tenue « à l'admission des exercices «> de la nouvelle religion et qu'elle entendait les empêcher. {Notules du conseil d'État, séance du -12 novembre -1566.]

^ La défense de messire Antoine de Lalaing, etc., pp. xvi, 70, 92 et 95.

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turc et condamnés presque sans forme de procès. Dès le lendemain, six d'entre eux furent pendus sur le marché et plusieurs autres fustigés, pour l'exemple '.

Cette sédition, désavouée par les principaux des confédérés, ne modifia point l'état de choses résultant de l'accord conclu le 2 septembre, entre le prince d'Orange d'une part, les luthériens et les calvinistes de l'autre. Ceux-ci continuèrent d'exercer leur religion aussi librement que les catholiques '. Le 23 novembre, les calvinistes célébrèrent une cène solennelle, où se rendirent de différents endroits un grand nombre de leurs coreligionnaires. Mais cette tolérance provisoire ne les satisfaisait plus : ils voyaient d'ailleurs avec inquiétude les dispositions nouvelles de la gouvernante et les armements ordonnés par le roi. Une démarche singulière fut tentée avec le concours, sinon avec l'approbation, des comtes de Hooghstraeten et de Tlornes. Le premier transmit à la régente une requête que les représentants des calvinistes et ceux des adhérents de la confession d'Augsbourg réunis l'avaient prié de faire parvenir au roi. Cette supplique, rédigée et propagée, de concert avec les chefs de la confédération , avait pour objet d'offrir à Philippe II une somme de trois millions de florins si,

' Histoire des Pays-Bas, par Van Meteken, fol. 46. — Défense de messire Antoine de Lalaing, pp. xviii-xix. — Correspondance de l'hilippe II, t. I", p. 479. — Le ministre protestant, auteur de la Vraye narration des choses passées aux Pays-Bas, etc., soutient, p. 92, que parmi les six pillards qui furent pendus « il y avait quatre papistes, et entre iceux un gentilhomme bien connu, qui avait ému les autres. » Nous ne saurions garantir l'exactitude de cette allégation.

^ Dans sa Défense, le comte de Hooghstraeten disait que, fort de l'assurance de la gouvernante, il avait respecté l'accord du 2 septembre, mais en ayant toujours l'œil au point principal de sa charge, « à sçavoir de maintenir le repos et tranquillité de ladite ville. » C'est ce qu'il obtint d'une manière efficace, ajoute-t-il, par la répression prompte et énergique de l'émeute du M octobre.

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