RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
Liberté, Égalité, Fraternité.
Seul texte eutbentitiuo de la couventiou «ignée par le« maire* et adjoints, lea représentants de la Seine présents à la séance, et mm. Ranvier et 6. Arnold, délégués du Comité eentral de In garde nationale i
Les dépotés de Paris, les maires et les adjoints élus réintégrés dans les mairies de leurs arrondissements, et les membres du Comité central fédéral de la garde nationale, convaincus que, pour éviter la guerre civile, l’effusion du sang à Paris, et pour affermir la République, il faut procéder i des élections immédiates, convoquent les électeurs demain dimanche, dans leurs collèges électoraux.
Le scrutin sera ouvert à huit heures du matin et fermé à minuit.
Les habitants de Paris comprendront que, dans les circonstances actuelles, ils doivent tous prendre part au vote, afin que ce vote ait le caractère sérieux qui seul peut assurer la paix dans la cité.
Les maires et adjoints de Paris ;
Les représentants de la Seine présents à Paris ;
Les délégués du Comité central de la garde nationale.
Aussitôt que Paris fut informé de la transaction intervenue, la plus grande satisfaction se répandit parmi la population. On était heureux, dans les deux camps, d’avoir pu éviter la guerre civile. Les gardes nationaux rassemblés dans les et IP arrondissements fraternisaient avec les gardes nationaux de la Fédération.
La méfiance s’était évanouie ; au lieu de s’entretucr sottement et cruellement, on se serrait fraternellement les mains. Tous les bons sentiments de ce peuple de Paris, si excellent, se manifestaient.
Avant de connaître ces événements et en prévision du vote, fl\é par lè Comité au dimanche 26, les délégués à l’intérieur avaient inséré au Journal officiel du 25, une note qui a, comme toutes les précédentes qu? nous avons reproduites, l’avantage de bien faire connaître au lecteur et de préciser comment ceux-là même qui dirigeaient le mouvement le comprenaient, et quelle portée ils lui assignaient.
ClTOTEKS,
Demain aura lieu l'clcclion de l’Assemblée communale, demain la population de Paris viendra conOrmer de son vote revpression de sa volonté, si ouvertement manifestée le 18 mars par l'expulsion d'un pouvoir provocateur qui semblait n'avoir d’autre but que d’achever l'œuvre de scs prédécesseurs et de consommer ainsi par la destruction de la République la ruine du pays.
Par cette révolution sans précédents dans l’histoire, et dont la grandeur apparaît chaque jour davantage, Paris a fait un éclatant elTort de justice. Il a affirmé l'union, indissolublcdans son esprit, des idées d’ordre et de liberté, seuls fondements de la République.
A ceux quo nos désastres avaient rendus maîtres do nos destinées et qni s’étalent donné pour tâche d'annuler sa vie politique cl sociale, Paris a répondu par l'afArmation du droit imprescriptible de toute cité, comme de tout pays, de s’administrer soi-môme, de diriger les faits de sa vie intérieure, municipale, laissant au gouvernement central l’administration générale, la direction politique du pays.
Il n'y a pas de pays libre là où l’individu et la cité no sont pas libres ; il n’y aurait pas de République en France si la capitale du pays n'avait pas le droit de s’administrer elle-même.
C'est ce droit, qu'on n’oserait contester aux plus modestes bourgades, que l’on ne veut pas reconnaître à Paris, parce que l'on craint son amour de la liberté, sa volonté inébranlable de maintenir la République que la révolution communale du 18 mars a affirmée et que vous confirmerez par votre vole de demain.
Huit jours se sont écoulés depuis que Paris s’est délivré, depuis que la grande cité est maîtresse d'clle-mémc, et huit jours de liberté sans contrainte ont montré à tout juge impartial de quel côté était l'amour de l’ordre, la conscience du droit.
Né delà revendication de justice qui a produit la révolution du 18 mars, le Comité central a été installé à l'Hdiel-de-Ville, non comme gouvernement, mais comme la sentinelle du peuple, comme le Comité de vigilance et d’organisation, tenu de veiller à ce qu’on n’enlevât pas au peuple, par surprise ou intrigue, le fruit de sa victoire, chargé d'organiser la manifestation définitive de la volonté populaire, c’est-à-dire l’élection libre
(l’une assemblée qui représente, non pas seulement les idées, mais ousii les intérêts de la population parisienne.
Le Jour même où l’Assemblée communale sera installée, lejour où les résultats du scrutin seront proclamés, le Comité central déposera ses pouvoirs, et il pourra se retirer, lier d'avoir rempli son devoir, heureux d’avoir terminé sa mission.
Quant à Paris, il sera vraiment l’arbitre de scs destinées; Il aura trouvé dans son assemblée communale l’ergam; nécessaire pour représenter ses intérêts et les délendre en lace des intérêts des autres parties du pays,^ devant le pouvoir national central.
Il pourra résoudre lui-même, après enquêtes et débats contradictoires, sans immixtions injustes et violentes, où les notions de droit et de justice sont impudemment violées au profit des factions monarchiques, ces questions si complexes d’intérêts communaux et privés, devenues plus complexes et plus délicates encore après la longue épreuve qu’il vient do subir si courageusement pour sauver le pays.
Il pourra entin décider lui-même quelles sont les mesures qui permettront au plus têt, sans froissements et sans secousses, d’amener la reprise des ulTaircs et du travail,
La République ne vit ni de fantaisies administratives coûteuses, ni de spéculations ruineuses, mais de liberté, d’économie, de travail et d'ordre. La République doit établir l’barmonic des intérêts, et non les sacrifier les uns aux autres. Les questions d’échéances, de loyers, ne peuvent être réglées que par les représentants de la ville, soutenus par leurs concitoyens toujours ap|ielés, toujours entendus. Pas plus que tout ce qui regarde les intérêts de la cité, elles ne peuvent être abandonnées aux caprices d’un pouvoir qui n’obéit le pins souvent qu’à l'esprit de parti.
Il en est de même de la question dn travail, du travail seule base de la vie publique, seule assise des affaires honnêtes et loyales; les citoyens qu'une guerre engagée et soutenue par des gouvernements sans contrôle a arrachés au travail ne peuvent être plongés, par une brusque suppression de solde, dans la misère et le chômage.
Il y a une période de transition dont on doit tenir compte, une solution qni doit être cherchée de bonne foi, un devoir de crédit au travail, qui arrachera le travailleur à une misère immédiate et lui permettra d’arriver rapidement à son émancipation détiniiive.
Cea questions et bien d'autres devront être résolues par votre Conseil communal, et pour chacune d'elles il ne pourra se décider que suivant les droits do tous, car il ne se prononcera qu'aprês les avoir consultés, car, responsable et révocable, il sera sous la surveillance continuelle des citoyens.
Enfin, il aura à traiter des rapports de la cité arec le gouvernement
ceniral, de façon à assurer et garantir l'indépendance et l’autonomie de la Commune.
Au vote donc, citoyens, que chacun de vous comprenne la grandeur du devoir qui lui incombe, de l'acte qu'il va accomplir, et qu'il sache qu'en jetant dans Turne son bulletin de vote, il fonde à jamais la liberté, la grandeur de Paris, il conserve à la France la République, et fait pour la République ce que naguère il faisait si vaillamment devant l'ennemi : son devoir.
mars 1871.
Les délégué» à l’intérieur,
Ant. ÂRKACD, Ed. 'Vaillart.
L’arrêté suivant, daté du 24 mars, avait confié le pouvoir mili< taire aux cit. Brunei, Eudes et Duval.
Considérant que la situation réclame des mesures rapides :
Que de tous côtés des commandements supérieurs, continuant les errements du passé, ont, par leur inaction, amené l’état de choses actuel ; que la réaction monarchique a empêché jusqu’ici, par l'émeute et le mensonge, les élections qui auraient constitué le seul pouvoir légal de Paris ;
En conséquence, le Comité arrête :
Les pouvoirs militaires de Paris sont remis aux délégués :
Brunei,
Eudes,
Duval.
Ils ont le titre de généraux et agiront de concert, en attendant l’arrivée du général Garibaldi, acclamé comme général en chef.
Du courage encore et toujours, et les traîtres seront déjoués.
Vive la République!
Paris, le 24 mars 1871.
Le Comité central de la garde nationale.
« En attendant l’arrivée de Garibaldi, » porte l’arrêté. On se souvient que Garibaldi avait été acclamé général en chef dans une réunion de la Fédération de la garde nationale dont nous avons parlé, tenue au Waux-Hall, le 13 mars.
Les généraux improvisés adressèrent à la population, aussitôt après leur nomination, cette proclamation :
Citoyens ,
Appelés par le Comité central au poste grand et périlleux de commander provisoirement la garde nationale républicaine, nous jurons de
remplir énergiquemeni celle mission, aBn d'assurer le rétablissement de l'entente sociale entre tous les citoyens.
Nous vonlons l'ordre... mais non celui que patronnent les régimes déchus, en assassinant les factionnaires paisibles cl en autorisant tous les abus.
Ceux qui provoquent à l'émeute n'hésitent pas, pour arriver à leur but de restaurations monarchiques, à se servir de moyens infâmes ; ils n'hésitent pas à affamer la garde nationale en séquestrant la Banque et la Manutention.
Le temps n'est plus au parlementarisme ; il faut agir et punir sévèrement les ennemis de la République.
Tout ce qui n'est pas avec nous est contre nous.
Paris veut être libre. La contre-révolution ne Teffraye pas; mais la grande cité ne permet pas qu’on trouble impunément l'ordre publie.
Vive la République !
Le» généraux commandant»,
Brchel, E. Dl'val, E. Ecdes.
« Tout ce qui n’est pas avec nous est contre nous. » Hélas 1 voilà, entre mille, une preuve qui manifeste l’exaltation à laquelle nous faisions allusion tout à l’heure, et dont beaucoup d’esprits étaient atteints.
La violence, l’exagération des opinions, étaient l’un des caractères de ces jours de fièvre et d’ardeur un peu confuse.
Citons encore cette note du Comité central, publiée par Y Officiel du 25 mars, qui indique avec quelle fermeté, quelle vigilance, il voulait faire respecter les préliminaires de la paix :
Le Comité central apprend que des hommes vêtus d’uniformes de gardes nationaux, et reconnus pour d'anciens gendarmes et sergents de ville, ont tiré sur les lignes prussiennes.
Le comité prévient que si un cas semblable se présentait, il prendrait lui-méme les mesures nécessaires pour s'assurer des coupables, et les ferait immédiatement passer par les armes.
La sécurité de la ville entière exige ces mesures de rigueur.
À Versailles, l’Assemblée nationale était toujours aussi peu disposée à prendre des mesures tendant à apaiser l’effervescence de Paris.
M. Arnaud (de TAriége) retirait la proposition des maires, soumise par lui à l’Assemblée, les événements s’étànt précipités de telle sorte qu’ils la rendaient désormais sans objet. Ce retrait
ùtail accueilli par des » marques d’approbatiou sur un grand « nombre de bancs. »
M. Louis Blanc donna lecture à l’Assemblée de la communication suivante ;
a Messieurs, nous apprenons qu’une affiche signée par la « majorité des maires et adjoints de Paris appelle tous les « citoyens de Paris à prendre part demain aux élections du « conseil municipal. Vous vous rappelez, messieurs, que ces a maires et adjoints sont venus, il y a deux jours, vous demander « l'autorisation de prendre les mesures que leur parait réclamer « l’urgence et l’extrême gravité des circonstances. Dans la « séance d’hier, pour des motifs que le gouvernement a déclarés « d’une importance suprême, mais qu’il n’a pas cru pouvoir nous K faire connaître, la discussion de la proposition des maires a été « écartée. Or, la crise devenant de plus en plus pressante, les « maires, de plus en plus convaincus de la nécessité d’y pourvoir «( sans retard et sous leur responsabilité, ont pensé qu’il n’était « pas possible, sans un danger imminent pour la paix publique, « de laisser plus longtemps Paris privé de conseil municipal, que « toute la population a réclamé pendant tant d’années et qu'elle « demande aujourd’hui avec une incontestable unanimité.
« Je viens donc, messieurs, au nom de ceux de nos collègues « de la représentation de Paris, qui, depuis huit jours, ont fait « tant d’efforts pour arriver à la pacification de la capitale, vous « conjurer de reconnaître qu’en prenant, en toute connaissance « de cause, le parti que leur imposait la plus alarmante des « situations, les maires et les adjoins de Paris ont agi en bons « citoyens.
a Ont signé : MM. Louis Blanc, Peyrat, Edgar Quinet, Brisson, « Edmond Adam, Langlois, Greppo, Martin Bernard, Tirard, « Minière, Jean Brunet. »
Cette communication concluait à une proposition que l’Assemblée ne pouvait adopter. Reconnaître que les « maires et les « adjoints de Paris avaient agi en bons citoyens » en effectuant une transaction avec le Comité eentral, c’eût été y acquiescer implicitement; c’eût été, par leur intermédiaire, « pactiser avec « l’émeute. »
Le renvoi de cette proposition à la commission des quinze, chargée de se concerter avec le chef du pouvoir exécutif pour les
mesures nécessitées par la situation de Paris, ne fut pas adopté. “Elle fut renvoyé à la commission d’initiative parlementaire, fosse commune de toutes les motions qui ne sont et ne seront pas prises en considération par l’Assemblée.
A Paris, vers quatre heures, le quartier de la Bourse et de la Banque fut abandonné par les gardes nationaux hostiles au Comité central, qui furent remplacés par des bataillons adhérents à la Fédération. L’amiral Saisset donnait aux gardes nationaux qui s’étaient groupés dans le P'' et le IP arrondissement l’autorisation, qu’ils n’avaient pas attendue, de rentrer chez eux à partir de samedi, sept heures du soir.
Déjà les comités électoraux constitués dans chaque arrondissement s’occupaient de former des listes de candidats pour le vpte du lendemain. Le Comité central redoutant même de paraître influencer les élections, s’opposait à ce qu’il fût imprimé à l’Imprimerie nationale des listes formées des noms de ses membres. Tout semblait présager que l’élection du conseil communal, si elle se faisait avec une extrême précipitation, ce qui était fâcheux, aurait au moins l’avantage d'étre faite en pleine liberté.
Le général Chanzy, détenu depuis le 18 mars à la prison de la Santé, et dont l’élargissement avait été plusieurs fois réclamé au Comité, soit par les députés, soit par les maires, fut mis en liberté dans la journée du 25 mars. Cette détention arbitraire d’une semaine est une des graves fautes commises par le Comité central.
Dimanche W mars 1891
Le 26 mars au matin, la proclamation suivante fut affichée sur les murs de Paris :
CiTOÏENS ,
Notre mission est terminée ; nous allons céder la place dans votre Hdtelde-VilIe à vos nouveaux élus, à vos mandataires réguliers.
Aidés par votre patriotisme et votre dévouement, nous avons pu mener à bonne fin l’œuvre difficile entreprise en votre nom. Merci de votre concours persévérant ; la solidarité n’est plus un vain mot : le salut de la République est assuré.
Si nos conseils peuvent avoir quelque poids dans vos résolutions, permettez à vos plus zélés serviteurs de vous faire connaître, avant le scrutin, ce qu’ils attendent du vote aujourd’hui.
CrroYEHs ,
Ne perdez pas de vue que les hommes qui vous serviront le mieux sont ceux que vous choisirez parmi vous, vivant de votre propre vie, souffrant des mêmes maux.
Défiez-vous autant des ambitieux que des parvenus; les uns comme les autres ne consultent que leur propre intérêt, et finissent toujours par se considérer comme indispensables.
Défiez-vous également des parleurs, incapables de passer à l'action ; ils sacrifieront tout à un discours, à un effet oratoire ou à un mot spirituel. — Évitez également ceux que la fortune a trop favorisés, car trop rarement celui qui possède la fortune est disposé é regarder le travailleur comme un frère.
Enfin, cherchez des hommes aux convictions sincères, des hommes du* ]>euple, résolus, actirs, ayant un sens droit et une honnêteté reconnue. — Portez vos préférences sur ceux qui ne brigueront pas vos suffrages ; le véritable mérite est modeste,' et c'est aux électeurs à connaître leurs hommes, el non à ceux-ci de se présenter.
Nous sommes convaincus que, si vous tenez compte de ces observations, vous aurez enfin inauguré la véritable représentation populaire, vous aurez trouvé des mandataires qui ne se considéreront jamais comme vos maîtres.
Hôtel-de-Ville, 25 mars 18T1.
Le Comité central de la garde nationale.
Les conseils quasi-fraternels contenus dans cette adresse aux électeurs, sont encore un des symptômes caractéristiques de la Révolution commencée le 18 mars.
On remarquera comment sont éliminés les ambitieux égoïstes, sans convictions profondes, sans sincérité ; les avocats, ces enfants chéris de la bourgeoisie qui, depuis longtemps, sont considérés par le peuple travailleur comme des flagorneurs, capables de prononcer des discours, mais incapables d’actes virils. C’est parmi eux-mêmes que les travailleurs doivent découvrir des délégués connaissant leurs vrais besoins, puisqu’ils souffrent des mêmes maux. Jusqu’ici la classe prolétaire a fait, à son grand dommage, cause commune avec la bourgeoisie dans les élections. Maintenant, le prolétariat doit enfin s’en séparer et se donner des représentants qui lui appartiennent par l’origine, par les idées, par les tendances.
Un « avis aux électeurs, » placardé dans la Journée, réglait le mode de votation que devaient employer les bataillons de service hors de leur arrondissement.
Les municipalités, réintégrées dans leurs mairies respectives, devaient, aux termes de la convention signée la veille, procéder elles-mêmes à l’organisation des élections. Ce soin, d’ailleurs tout matériel, ne leur fut pas laissé. Lorsque la plupart d’entre elles se présentèrent à la maison communale, tout était déjà installé pour le vote.
Ce vote eut lieu avec un ordre, une régularité rares. Dans la matinée, les salles des sections furent généralement désertes; l’affluence ne commença qu’à partir de midi. Dans le quartier Saint-Antoine, des électeurs se rendirent au scrutin par groupes de six à sept cents, précédés d’un drapeau rouge, après avoir préa-
lablement défilé autour de la colonne de Juillet, aux cria de : « Vive la République! Vive la Commune! » Ce fut le seul incident digne de remarque que présenta le vote.
Les listes des candidats émanaient surtout de l’ii«socta(ton internationale des travailleurs ou d’adhérents au Comité central. Cela s’explique facilement, car, depuis six mois, le parti ouvrier n’avait cessé de réclamer des élections municipales.
 voir la foule qui se promenait dans Paris, il ne semblait pas qu’on procédât à un vote. Il y avait afiluence de curieux autour des barricades.
A Versailles, l’Assemblée nationale adopta deux projets de décret : l’un, décidant qu’un monument funèbre serait élevé, aux frais de l’État, aux généraux Clément Thomas et Lecomte ; l’autre, adoptant la famille du général Lecomte et accordant une pension à sa veuve.
Le chef du pouvoir exécutif avait expédié dans la journée, de Versailles, une circulaire aux préfets, etc., dont nous reproduisons seulement ce qui concerne les événements de Paris,
« Versailles, 36 mars, midi 10-
« La France, résolue et indignée, se serre autour du gouverneci ment et de l’Assemblée nationale pour réprimer l’anarchie ; O cette anarchie essaie toujours de dominer Paris.'
« Un accord, auquel le gouvernement est resté étranger, s’est « établi entre la prétendue Commune et les maires pour en appeler (I aux élections; elles se feront aujourd’hui sans liberté et dès lors » sans autorité morale.
« Que le pays ne s’en préoccupe point et ait confiance; l’ordre s sera rétabli à Paris comme ailleurs.
« A. Thiers. »
Au moment où commençait, à Paris, le dépouillement du scrulin qui s’effectua partout avec le plus grand calme et sans donner lieu à aucun incident important, le Comité central prit la décision suivante :
D'après la loi électorale de 1849, un huitième des électeurs inscrits donne une majorité suffisante pour être élu. Le Comité central conserve l'esprit et la lettre de la loi précitée.
Paris, 36 mars, minuit.
Ijundl S9 mars 1S91
La journée du 21 sera brève à raconter : pas d’événements, on attendait le résultat du vote de la veille, — voilà tout.
Xe Journal de Paris ne contenait guère rien à signaler
qu’un article du cit. Ch. Longuet, alors délégué à la direction de ce journal :
A l'heure où nous écrivons, le Comité central aura de droit, sinon de fait, cédé la place à la Commune. Ayant rempli le mandat extraordinaire dont la nécessité l’avait investi, il se réduira de lui-inéme à la fonction spéciale qui fut sa raison d'ètrc, et qui, contestée violemment par le pouvoir, l'obligeait à lutter, à vaincre ou à mourir avec la cité dont il était la représentation armée.
Expression de la liberté municipale, légitimement, juridiquement insurgée contre l'arbitraire gouvernemental, le Comité n'avait d'autre mission que d’empêcher à tout prix qu'on arrachât à Paris le droit primordial qu’il avait triomphalement conquis. Au lendemain du vote, on peut dire que le Comité a fait son devoir.
Quant à la Commune élue, son râle sera tout autre et ses moyens pourront être différents. Avant tout, il lui faudra définir son mandat, délimiter ses attributions. Ce pouvoir constituant qu’on accorde si large, si. indéfini, si confus pour la France à une Assemblée nationale, elle devra l’exercer pour elle-même, c’est -à-dire pour la cité, dont elle n’est que l’expression. ^
Aussi l’œuvre première de nos élus devra être la discussion et la rédac-
tion de la charte, de ccl acte que nos aïeux du moyen âge appelaient leur commune. Ceci fait, il lui faudra aviser aux moyens de faire reconnaître et garantir par le pouvoir central, quel qu’il puisse être, ce statut de l’autonomie municipale. Cette partie de leur lâche ne sera pas la moins ardue si le mouvement, localisé à Paris et dans une ou deux grandes villes, permet à l’Assemblée nationale actuelle d’éterniser un mandat que le bon sens et la force des choses limitaient à la conclusion de la paix, et qui déjà se trouve depuis quelque temps accompli .
A une usurpation de pouvoir, la Commune de Paris n’anra pas à répondre en usurpant elle-même. Fédérée avec les communes de France déjà affranchies, elle devra, en son nom et au nom de Lyon, de Alarseilic et bientét peut-être de dix grandes villes, étudier les clauses du contrat qui devra les relier à la nation, poser l’ultimatum du traité qu'elles entendent signer.
Quel sera cet ultimatum? D’abord il est bien entendu qu’il devra contenir la garantie de l'autonomie, de la souveraineté municipale reconquises. En second lieu, il devra assurer le libre jeu des rapports de la Commune avec les représentants de l'unité nationale.
Entin, il devra imposer à l’Assemblée, si elle accepte de traiter, la promulgation d’une loi électorale telle, que la représentation des villes ne soit plus à l'avenir absorbée et comme noyée dans la représentation des campagnes. Tant qu’une loi électorale conçue dans cet esprit n’aura pas été appliquée, l’unité nationale brisée, l’équilibre social rompu, ne pourraient pas se rétablir.
A ces conditions, et à ces conditions seulement, la ville insurgée redeviendra la ville capitale. Circulant plus libre à travers la France, son esprit sera bientôt l’esprit meme de la nation, esprit d’ordre, de progrès, de justice, c’est-à-dire de révolution.
Le rôle qu’avait à prendre la Commune était là indique d’une façon bien nette. Sa première tâche, ainsi que le faisait remarquer le cit. Longuet, devait être de définir et délimiter ses attributions d’une manière précise; d’autant plus que le vote du 26 qui l’avait constituée s’était effectué sans notions absolument nettes et dans tous les cas sans notions formelles sur ce point important.
Dans l’une des premières séances, quelques membres de la Commune, entre autres les cit. Malon et Theisz, proposèrent de rédiger un manifeste à la France, pour faire connaître au pays ce qu’était le mouvement, d’élaborer un règlement intérieur et de mettre en discussion une sorte de charte telle que celle à laquelle le cit. Longuet faisait allusion dans l’article ci-dessus. Mais cette
proposition n’eut pas d’écho ; et la discussion commencée à ce sujet s’égara promptement sur d’autres matières.
Le desideratum exprimé, d’une loi électorale qui fasse que les votes des grands centres ne se trouvent plus complètement annulés parles votes des campagnes, correspondait sûrement aux aspirations, non-seulement de Paris, mais de toutes les grandes villes du pays. Et, si les termes « imposer à l’Assemblée la promulgation « d’une loi électorale » ont peut-être quelque chose d’un peu absolu, il n’en est pas moins vrai que s’efforcer d’amener le résultat indiqué eût dû être un des soins de la nouvelle administration communale.
On remarquera la rédaction absolument personnelle de l’article que nous venons de citer; il n’est inspiré par qui ou quoi que ce soit^ par nulle autorité : Comité ni Commune. Il en était ainsi depuis le 19 mars : le Journal officiel avait été complètement laissé aux délégués successifs qui avaient eu la mission de s’en occuper. Cet abandon était poussé à un tel point que, dans la suite, certains arrêtés affichés partout ne furent pas reproduits par l’Officiel, pour la simple raison que par un oubli singulier, ils ne furent pas envoyés aux bureaux du quai Voltaire.
A la séance du Comité central, le cit. Billioray ayant proposé de déterminer les attributions du Conseil municipal qui venait d’être élu, le cit. Assi fit remarquer que le Comité n’avait pas compétence pour prononcer sur cette question. La Commune seule pouvait régler elle-même ses attributions. Le Comité se rangea à cet avis.
A Versailles, l’Assemblée adoptait les conclusions de la commission d’initiative, sur la proposition déposée le 2o par le cit. Louis Blanc. La commission « continuant à s’en rapporter à la « sagesse et à la fermeté du Gouvernement sur la conduite à tenir « à l’occasion des événements », était d’avis de ne pas prendre en considération la proposition faite.
Une proposition signée de quatre-vingts membres de la droite, tendant à déclarer nulles et non avenues les élections du 26 mars à Paris, était déposée aux applaudissements de la droite, et renvoyée à la commission d’initiative.
La dépêche suivante, envoyée dans les départements, outrepassait peut-être un peu la vérité; nous ne croyons pas que fussent
nombreux à Paris ceux qui songeaient à y voir rétablir l’ordre par les bataillons de volontaires de province.
Versailles, 27 mars.
Une [lorliun considérablo de In pupulaliun et de In garde nationale de Paris suilicilo lu concours des départements pour lu rétablissement do l’ordre.
Uoruicz et organisez des bataillons du \olüUtaires pour icpondre à cet appel ut à celui du rAsscuibléc nationale.
Signé ; E. Picxau.
— in —
inardl «8 mars 1871.
Un arlicic qui donna naissance à un certain bruit était publié dans le Journal of/icid de Paris, le 28 mars.
Le voici ;
Muas rcpiuduisuns l'arLiclu suivant du citoyen Ed. Vaillant, article qui nous parait répondre d'une raçun satisTuisante à une des dinicultés du moment.
Lu délégué rédacteur un chef du Journal officiel. Cil. LuNUUbT.
Un nous assure, niais lu nuuielle n'a rien d’orticiel, que le duc d'Auinale serait à Versailles. Si cela était vrai, c’est que de llordeaiiY à Versailles le duc d’Auinalc ii’aurait pas rencontré un citoyen.
C’est par des faits scmidabics que l'on voit conibien le sens moral et civique s'csl affaissé. Dans les républiques antiques, lu tyraniiicidc était la loi. Ici, une prétendue morale nomme assassinat cet acte de justice et de nécessité.
Aux corrompus qui sc plaisent dans la pourriture monarchique, aux iulrigunts qui en vivent, s’unit le groupe des niais sentimentaux.
Ceux-ci déclarent que ces pauvres diables de princes ne sont pas responsables des crimes de leurs pères, de leur nom, de leur famille, pas plus que ne le serait le lils de Tropmann.
Ils oublient que le fils du forçat n'est pas condamne par l’opinion publique s’il n’est forçat lui-méme; mais, à juste titre, la déliaiicc s'attache a celui dont lu jeunesse a dû subir l'inlhience de si mauvais exemples, dont l’éducation première a eu un tel directeur.
De même un prince, fils de prince, qui conlinne a s’appeler prince, et
qui, comme le d’Aumale en question, ose venir poser dans la France républicaine la question monarchique el la candidature de sa famille, excite notre colère et appelle notre justice.
Et quand même ces princes qui révent de nous rejeter dans l'oppression auraient été éclairés par le génie de la Révolution, ils devraient alors comprendre qu'ils ne doivent pas devenir des agents de discordes et de guerres civiles, et ils devraient se condamner eux -mêmes à aller expier dans une contrée lointaine le malheur et la honte de leur naissance.
Car il ne sufBt pas qu'ils se prétendent sans ambition, — nous nous rappelons les serments et les prote.«tations de Bonaparte, — fussent-ils sincères, leur nom, leur présence, seraient exploités par ceux que l’ambition, l’intérêt, l'intrigue attachent à leur fortune, et, quelle que fût la volonté du prince, son influence néfaste serait la même.
De meme que, dans le cours inaltérable des choses, tout élément discordant est éliminé et rien de ce qui est contre l’équilibre ne pourrait prévaloir, de même, dans la société, tout objet de trouble dans l'ordre moral, tout obstacle à la réalisation de l’idéal de justice que poursuit la Révolution doit être brisé.
La société n’a qu’un devoir envers les princes : la mort. Elle n’est tenue qu’à une formalité : la constatation d’identité. Les d’Orléans sont en France ; les Bonaparte veulent revenir : que les bons citoyens avisent.
La presse releva cet article, qui fut porté le jour même à l’Assemblée parM. de la Roche-Thulon.
En présence des commentaires qui se produisaient de toutes parts, l'Officiel du 31 mars fut amené à faire remarquer que l’article en question ne représentait qu’une opinion individuelle, et n’engageait la responsabilité que de ceux qui y avaient joint leurs signatures :
On a fait grand bruii, dans la presse et ailleurs, d’un article sur le Tyrannicide, publié dans le Journal officiel du 27 mars. L’esprit de parti a tenu à exagérer la portée de cette publication.
11 est pourtant bien certain qu’étant signé — ce qui est contraire aux usages du Journal officiel — cet article ne représentait qu’une opinion individuelle, opinion très-soutenable d’ailleurs cl qui a pour elle l’autorité non-seulement de toute l’antiquité, mais encore de modernes tels que Montesquieu, Millon, sir Philip Francis, l’auteur présumé des Lettres de Junius, sans parler des théologiens qui l’ont soutenue au point de vue catholique.
Nous ne ferons qu’une courte réflexion au sujet de cette thèse du tyrannicide, vieille comme le pouvoir. Il est fâcheux, il est
triste qu’elle soit encore en question à l’époque où nous sommes, et que tous n’aient pas compris que la tyrannie ne peut s’étouffer qu’en atteignant, chez le peuple, chez les individus même, les causes qui lui permettent de se produire, et nullement en attend tant à la vie d’un prince quelconque.
Le dépouillement du scrutin du 26 étant achevé, le résultat du vote fut proclamé à rHôtel-de-Ville.
Devant la grande porte d’entrée avait été dressée une estrade sur laquelle prirent place les membres du Comité central et lés nouveaux élus ceints de l’écharpe rouge. Derrière eux était placé un buste de la République, entouré d’un trophée de drapeaux rouges. La garde nationale, en armes, couvrait complètement la place et les rues adjacentes; les musiques faisaient entendre des airs patriotiques. Â quatre heures, lorsque le Comité central et les élus vinrent se placer sur l’estrade, des salves d’artillerie furent tirées sur le quai.
Après une courte allocution du citoyen Assi, un membre du Comité lut les noms des citoyens élus membres de la Commune.
Des discours, interrompus par les cris de : « Vive la Commune I » que poussait la foule, furent prononcés par les citoyens Ranvier et Lavalelte, membres du Comité, et le premier membre aussi de la Commune, après quoi le eitoyen Assi, ayant constaté la régularité des opérations électorales, s’écria : < Au nom du « peuple, la Commune de Paris est déclarée. »
Des salves d’artillerie éclatent de nouveau, et la foule s’agite aux cris de : « Vive la Commune ! » accompagnés des accents de la Marseillaise et du Chant du Départ.
Les bataillons défilent alors au pied de l’estrade, des rubans rouges au bout des baïonnettes, pendant que les nouveaux élus s’assemblent dans la salle Saint-Jean.
Cette fête d’installation de la Commune fut vraiment imposante. La foule était animée d’un grand enthousiasme : beaucoup des citoyens qui assistaient à la proclamation du résultat du vote, se sentaient heureux de voir enfin leur rêve réalisé, de contempler en face d’eux, dans le corps municipal nouvellement élu, les représentants d’une idée d’autonomie qui leur était chère.
Et puis, on oubliait Versailles et tout le reste du monde. On entendait des gens qui se disaient entre eux ; « Maintenant, c’est fini! Nous allons nous remettre au travail avec ardeur et ramener dans nos foyers, dans notre pays, un peu de l’ancien bien-être, a
Et l’on entonnait quelqu’un de ces chants qui sont les souvenirs glorieux du peuple et qui font battre son cœur.
La séance d’installation de la Commune est ouverte par le discours suivant, du cit. Besiay, qui la préside comme doyen d’âge ;
Citoyens ,
Votre présence ici atteste à Paris et à la France que la Commune est faite, et raffranchissement de la Commune de Paris, c'est, nous n’en doutons pas, raffranchissement de toutes les communes de la République.
Depuis cinquante ans, les routiniers de la vieille poliiique nous bernaient avec les grands mots de décentralisation et de gouvernement du pays par le pays. Grandes phrases qui ne nous ont rien donné.
Plus vaillants que vos devanciers, vous avez fait comme le sage qui marchait pour prouver le mouvement, vous avez marché, et l’on [leut compter que la République marchera avec vous!
C'est là, en effet, le couronnement de votro victoire pacifique. Vos adversaires ont dit que vous frappiez la République; nous répondons, nous, que si nous l’avons frappée, c'est comme le pieu que l’on enfonce plus profondément en terre.
Oui, c'est par la liberté complète de la Commune que la République va s’enraciner chez nous. La République n’est plus aujourd'hui ce qu'elle était aux grands jours de notre révolution. La République de 95 était un soldat qui, pour combattre au dehors et au dedans, avait besoin de centraliser sous sa main toutes les forces de la patrie; la République de 1S7I est un travailleur qui a surtout besoin de liberté pour féconder la paix.
Paix et travail! Voilà notre avenir! Voilà la certitude de notre revanche et de notre régénération sociale, et ainsi comprise, la République peut encore faire do la France le soutien des faibles, la protectrice des travailleurs, l'espérance des opprimés dans le monde et le fondement de la République universelle.
L’affranebissement de la Commune est donc, je le répète, l’affranchissement de la République elle-même, chacun des groupes va retrouver sa pleine indépendance et sa complète liberté d’action.
La Commune s’occupera de ce qui est local.
Le Département s’occupera de ce qui est régional.
Le Gouvernement s’occupera de ce qui est national.
Et, disons-le hautement, la Commune que nous fondons sera la Commune modèle. Qui dit travail, dit ordre, économie, honnêteté, contrôle sévère, et ce n’est pas dans la Commune républicaine que Paris trouvcr.'i des fraudes de millions.
De son côté, ainsi réduit de moitié, le gouvernement ne pourra plii.s
être que le mandataire docile du suffrage universel et le gardien de la République.
Voilà, a mon avis, citoyens, la route à suivre; entrez-y hardiment et résolùmcnt : Ne dépassons pas cette limite lixée par notre programme, et le pays et le gouvernement seront heureux et fiers d’applaudir à cette révolution, si grande et si simple, et qui sera la plus féconde révolution de notre histoire.
Pour moi, citoyens, je regarde comme le plus beau jour de ma vie d'avoir pu assister à cette grande journée, qui est pour nous la journée du salut. Mon âge ne me permettra pas de prendre part à vos travaux comme membre de la Commune de Paris ; mes forces trahiraient trop souvent mon courage, et vous avez besoin de vigoureux athlètes. Dans l'intérét de la propagande, je serai donc obligé do donner ma démission ; mais soyez sûrs qu'à côté de vous comme auprès de vous, je saurai, dans la mesure de mes forces, vous continuer mon concours le plus dévoué, et servir comme vous la sainte cause du travail et de la République.
Vive la République! vive la Commune!
Cil. Beslay.
Nous devons ajouter de suite que le cit. Beslay no maintint pas sa démission. Son discours fixait nettement le programme de la Commune, et tous les partisans sages de l’idée communale ne pouvaient que souhaiter que le nouveau pouvoir municipal ne s’en écartât pas.
La Commune, dans la même séance, déclara que « la garde « nationale et le Comité central avaient bien mérité de la patrie et de la République. »
Le résultat du vote du 26 mars donne 227,300 votants pour environ 490,000 électeurs inscrits. Une certaine différence se fait sentir dans les divers quartiers : ceux du centre ont généralement donné moins de votants que les autres.
On a remarqué — et quelques-uns ont voulu en faire un argument contre la validité des élections qui venaient d’avoir lieu — que le nombre des votants ne représentait pas la moitié des électeurs inscrits. Si nous recherchons les chiffres des précédentes élections municipales, nous trouvons qu’au 5 novembre 1870 228,308 citoyens avaient pris part au vote pour la nomination des maires. Alors non plus le scrutin n’avait pas compris la moitié des électeurs, et l’on voit que la différence dans le nombre des votants, entre le 5 novembre 1870 et le 26 mars 1871, n’est que d’un millier environ.
Nous ferons remarquer que, en prenant pour terme de comparaison le chiffre des votants du 5 novembre, nous nous plaçons dans les conditions les plus favorables à l’argumentation que nous combattons.
Si nous envisagions le nombre des votants pour l’ensemble des municipalités (maires et adjoints] élues en novembre 1870, nous aurions une moyenne à établir entre les 228,000 citoyens qui ont pris part, le 5, au scrutin pour l’élection des maires, et les 153,000 seulement qui ont pris part au vote pour les adjoints, le 7. Nous serions certainement fondés à baser ainsi notre comparaison, et il en résulterait que les membres de la Commune, nommés en mars 1871, représentent un bien plus grand nombre de suffrages que les citoyens composant les municipalités élues en novembre 1870.
Nous pourrions en outre faire valoir que, depuis la capitulation, un bon nombre des électeurs inscrits avaient quitté Paris, — les uns, après la cessation de l’investissement, pour mettre ordre en province à leurs affaires, restées en souffrance depuis de si longs mois, ou pour réparer leur santé ébranlée par les longues souffrances du siège; — les autres, lorsqu’éclata le mouvement du 18 mars, pour se soustraire à de nouvelles misères qu’ils pouvaient alors, à tort ou à raison, considérer comme imminentes.
Mais il nous suffit de constater que l’argument que certains avaient cru devoir produire contre les récentes élections, — sans y réfléchir suffisamment, selon toute apparence, — était privé de toute force par ce fait que, même le vote de novembre pour les maires seuls, c’est-à-dire celui auquel s’était associé le plus grand nombre d’électeurs, n’avait pas non plus réuni la moitié des inscrits et n’avait pourtant été contesté en aucune façon.
Contrairement aux suppositions d’un certain nombre de journaux, qui prédisaient que les membres du Comité central et des municipalités seraient nommés en masse, on ne remarque, parmi les élus, que peu de membres du Comité, moins encore des maires ou adjoints. Un élément autre avait prévalu dans les élections, comprenant quelques anciens hommes de 1848, des journalistes connus pour leurs idées révolutionnaires, et des orateurs de clubs. Lanouvelle municipalité contenait un assez fort parti jacobin; et, parmi les jeunes, quelques fédéralistes. En somme, elle se trouvait formée d’éléments assez hétérogènes, et sa composition ne pou-
vait guère faire rien présager sur ce qu’allaient être son attitude et ses actes.
L’Assemblée de Versailles, comme nous l’avons dit, recevait communication de l’article publié, le matin, dans l’Officiel de Paris.
Lecture y était aussi donnée d’une lettre par laquelle M. Clémenceau adressait sa démission, dans « la conviction qu’il ne « pouvait plus essayer d’ètre utile au pays en continuant à « siéger à l’Assemblée nationale. »
M. Dufaure, garde des sceaux, présentait à l’Assemblée un projet de loi relatif à la question des loyers dans le département de la Seine.
Ce projet proposait d’instituer, pour juger les contestations entre propriétaires et locataires, des commissions arbitrales composées : du juge de paix ou d’un de ses suppléants, président, et de quatre membres choisis par le juge de paix, comme suit :
1° Deux propriétaires de maisons, bâtiments, jardins, emplacements ou dépendances immobilières;
2® Deux locataires ayant, l’un un loyer de 1 ,000 francs ou audessus, l’autre un loyer au-dessous de 1,000 francs.
Ces commissions devaient avoir la faculté d’accorder, selon les circonstances, des délais ne pouvant excéder deux ans, pour le paiement des termes compris entre le l®*" octobre 1870 et le l«f juillet 1871, inclusivement.
Un tel projet n’était pas de nature à satisfaire aux intérêts nombreux qui, depuis si longtemps, attendaient que l’Assemblée voulût bien enfin s’occuper des loyers.
L’urgence fut déclarée. Nous reviendrons sur cette loi au sujet de sa discussion.
Le gouvernement adressait à la province la dépêche suivante, dont nous supprimons ce qui n’est pas relatif à Paris et aux faits dont nous traçons l’histoire :
Versailles, 28 mars, 8 li. 3.3 m.
A Paris, il règne un calme tout matériel.
Les élections, auxquelles une partie des maires s'était résignée, ont été désertées par les citoyens amis de l'ordre.
Là où ils ont pris le parti de voter, ils ont obtenu la majorité, qu'ils obtiendront toujours lorsqu'ils voudront user de leurs droits. On va voir ce qui sortira de ces illégalités accumulées.
En allendant, les commandes qui commençaient à venir dans tous les centres industriels se sont tout à coup arrêtées, et il faut que les bons ouvriers, si nombreux par rapport aux mauvais, sacbent que, si le pain s’éloigne encore une fois de leur bouche, ils le doivent aux adeptes de la garde nationale, qui sont lus tyrans du travail, dont ils se prétendent les libérateurs.
II faut aussi quoies agriculteurs, si pressés de voir l’ennemi s’éloigner de leurs champs, sachent que, si cet ennemi prolonge son séjour au milieu de nous, ils le doivent a ces mêmes perturbateurs devant lesquels l'armée allemande retarde son départ.
La France, déji si malheureuse, leur doit encore ses derniers malheurs et sait bien qu’elle ne les doit qu'à eux. Au reste, si le gouvernement, pour éviter plus longtemps reffusion du sang, a temporisé, il n’est (>as resté inactif, et les moyens de rétablir l’ordre n’en seront que mieux préparés et plus certains.
La situation était toujours tendue. SI, d’un côté, l’entente survenue le 25 entre le Comité central, d’une part, les représentants et les maires d'autre part, faisait concevoir quelque espoir d’une solution autre que la guerre civile, d’un autre côté, les préeautions et les préparatifs militaires se continuaient d’une manière assez inquiétante.
Chaque jour avaient lieu des reconnaissances, même de petites escarmouches commençaient à se produire la nuit. Quelques hommes étaient pris de part et d’autre, et ces prisonniers n’étaient pas échangés. En somme, chacun des partis semblait éviter avec un égal soin de donner naissance à des hostilités ouvertes, formelles. L’horizon offrait place au moins à autant de crainte que d’espérance.
Iffercrrill SB inarM IS91
Le Comité central avait résolu, dans sa séance du 28 mars, de terminer ses fonctions gouvernementales par une proclamation au peuple de Paris. Les citoyens Assi et Géresme avaient été chargés de rédiger cette proclamation, (jui fut affichée dans la journée du 29 : ,
FÉDÉRATION DE LA GARDE NATIONALE CiTOTEÎiS ,
Aujourd’hui, il nous a été donné d’assister au spectacle populaire le plus grandiose qui ait jamais frappé nos yeux, qui ait jamais ému nos âmes ; Paris saluait, acclamait sa Révolution ; Paris ouvrait à une page blanche le livre de l’histoire et y inscrivait son nom puissant.
Deux cent mille hommes libres sont venus affirmer leur liberté et acclamer au bruit du canon l’institution nouvelle. Que les espions de Versailles, qui rôdent autour de nos murs, aillent dire à leurs maîtres quelles sont les vibrations qui sortent de La poitrine d’une population tout entière, comme elles emplissent la cité et franchissent les murailles; que ces espions, glissés dans nos rangs, leur rapportent l'image de ce spectacle grandiose d’un peuple reprenant sa souveraineté, et, sublime et ambitieux, le faisant en criant ces mots :
Mourir pour la pairie!
Citoyens,
Nous venons de remettre en vos mains l’œuvre que vous nous avez chargés d’établir, cl, à ce dernier moment de notre éphémère pouvoir, avant de rentrer délinilivrmonl dans les aitiibutions du Comité de la
garde nationale, attributions d’où les événements nous avaient fait sortir, nous voulons vous dire un mot de remerctment.
Aidés dans notre tâche par votre admirable patriotisme et par votre sagesse, nous avons, sans violence, mais sans faiblesse, accompli les clauses de notre mandat. Entravés dans notre marche par la loyauté qui nous interdisait de faire acte de gouvernement, nous avons néanmoins pu, en nous appuyant sur vous, préparer en huit jours une révolution radicale. Nos actes vous sont connus, et c’est avec l’orgueil du devoir accompli que nous nous soumettons à votre jugement. Alais avant de passer nous-mêmes au tribunal de votre opinion, nous voulons dire que rien n'a été fait en bien que par vous; nous voulons proclamer bien haut que, maître absolu et légitime, vous avez affirmé votre force, surtout par votre générosité, et que, si vous avez réclamé et imposé les revendications, vous n'avez jamais usé de représailles.
La France, ccupable de vingt années de faiblesse, a besoin de se régénérer des tyrannies et des mollesses passées par une liberté calme et par un travail assidu. Votre liberté, les élus d'aujourd'hui la garantiront avec énergie, la consacreront à tout jamais : le travail dépend de vous seuls; les rédemptions sont personnelles. Groupez-vous donc avec confiance autour de votre Commune, facilitez scs travaux en vous prêtant aux réformes indispensables ; frères entre vous, laissez-vous guider par des frères : marchez dans la voie de l'avenir avec fermeté, avec vaillance; prêchez d’exemple en prouvant la valeur de la liberté, et vous arriverez sûrement au but prochain :