‹ Histoire de la révolution du 18 marsChapitre 31 sur 60 · L.1 Commune · texte numérisé non relu

L.1 Commune

Décrété : ’ . .

Art, 4". — Un Comité de salut public sera immédiatement organisé.

Arl. 3. — Il sera composé de cinq membres nommés par la Commune au scrutin individuel. ' .

Arl. 3 — Ixs pouvoirs les plus étendus sur toutes les commiMions sont donnés à ce comité, qui ne sera responsable qu’à la Commune

I.ÆS révolutionnaires, surtout les vieux débris de 48, voulaient constituer une dictatnre. Selon eux, la dictature pouvait seule - sauver la Commune. En fait, cotte institution ne devait avoir pour résultat que d’annuler son autorité, puisque la Commune abdiquait compléteiueut en remettant pleiAs pouvoirs, même contre eUe- , même, au Comilé de salut public projeté. >i i i.

Peu de jours auparavant, la Commission exécutive avait été modifiée. Sans s’attaquer ouvertement à elle, on cherchait maintenant à l’annihiler. Pourquoi? Elle ne paraissait pas assez violente; ses mesures n’étaient pas trouvées assez radicales

' L'exaltation des révolutionnaires croissait avec le péril; plus la situation devenait difficile, inextricable, plus ils devenaient furieux, insensés. Et, conformément à leur tempérament, ils croyaient alors que les actes les plus violents, les plus odieux pourraient améliorer l’état des choses.

Plusieurs membres de la Commune protestèrent très-vivement contre le projet de décret du cit. J. Miot. Cependant il fut pris en considération d’urgence; mais sa discussion, commencée immédiatement, fut renvoyée à la prochaine séance sur les instances des cit. Vaillant et Longuet.

L’impression de M. Thiers sur les démarches conciliatrices qui avaient été tentées auprès de lui était enfin pleinement connue par la population parisienne. Après avoir donné l’assurance qu’il ne cherchait point à renverser la République, après avoir déclaré que ce reproche ne pouvait pas plus être adressé au gouvernement qu’à l’Assemblée nationale, qu’il qualifia de • très-libérale », M. Thiers parut disposé à ne poursuivre, de tous les citoyens ayant participé à la révolution parisienne, que les meurtriers des généraux Clément Thomas et Lecomte. Cette clémence du chef du pouvoir exécutif était la seule concession qu’il était décidé à faire aux Parisiens s’ils consentaient à mettre immédiatement bas les armes.

En présence des déclarations de M. Thiers, il était évident qu’il ne restait à Paris que deux partis à prendre : soutenir jusqu’à la dernière extrémité une lutte dont les chances devenaient chaque jour plus inégales, ou bien se rendre purement et simplement à la discrétion de M. Thiers.

En rejetant brusquement toutes les propositions des conciliateurs, en les traitant de criminels, le gouvernement se rendait 'jusqu’à certain point responsable de la prolongation de la lutte.

Dans sa dernière séance, la Ligue de F Union républicaine avait ' invité tous les représentants de Paris à vouloir bien lui fixer un jour pour venir se mettre en relation avec elle afin de juger par eux-mèmes du véritable état des esprits, de la vraie situation de la capitale. Cette proposition ne rencontra pas à Versailles un

accueil très-sympathique; nos députés ne crurent pas devoir déférer à l’invitation de la Ligue.

Préoccupés de reformer l’alliance entre la province et Paris, les quelques députés de la capitale encore présents à Versailles envoyèrent le 28 avril au Conseil municipal de Mâcon, en réponse à une adresse qu’il avait transmise à l’Assemblée nationale, une déclaration qui manifestait l’intention et l’espoir de faire intervenir la France pour amener la cessation des hostilités.

L’Assemblée nationale adopta, le 28 avril, un projet de loi déléguant pour un délai de trois mois au chef du pouvoir exécutif le droit de déclarer l’état de siège dans les départements autres que celui où elle résidait.

Le gouvernement adressa de Versailles, le 28 avril, à toutes les autorités de la province, une dépêche dont nous extrayons le passage suivant :

Venailles, 28 avril 1871, 12 h. 30 m.

Nos troupes poursuivent leurs travaux d'approche sur le fort d’Issy. Les batteries de gauche ont agi puissamment sur le parc d'Issy, qui n'csi plus habitable pour ceux qui l’occupaient. Le fort d'Issy ne tire presque plus

Samedi *» avril 1S«1

Le fort d’Issy, malgré son état de délabrement, continuait à soutenir la lutte. Ce fort et celui de Vanves subirent pendant la nuit du 29 avril un bombardement effroyable, causé par les batteries versaillaises de Breteuil et de Meudon.

Les locomotives blindées circulant sur le viaduc du Point-du- Jour, à Autcuil, les canonnières abritées sous les arches du pont, et les bastions 76 et 77, soutinrent avec beaucoup de vigueur le feu des forts.

Sur la ligne de Neuilly à Clichy, la situation resta la meme ; il n’y eut que des engagements de tirailleurs sans importance.

La manifestation pacifique projetée par la franc-maçonnerie, qui devait aller arborer ses bannières sur les remparts de Paris, eut lieu le 29 avril.

Après avoir été reçus solennellement à l’IIôtel-de-Ville par la Commune, les francs-maçons se dirigèrent vers l’avenue des Champs-Élysces et se massèrent à la hauteur de l’Arc-de-Triomphe. Plusieurs obus tombèrent en cet endroit, chaque fois la maçonnerie entière les salua des cris de : « Vive la République vive la Commune! »

Une délégation, composée environ d’une centaine de maçons, alla vers le rempart, le franchit et s’avança jusqu’aux premiers travaux de défense établis par les fédérés. Là, trois parlementaires

furent délégués au quartier général versaillais. Jusqu’à leur retour, jusqu’u rachèvemenl de leu:- mission, le feu devait cesser des deux côtés.

Vers quatre heures, le feu ayant cessé, tous les frères en bour> geois montèrent sur les remparts et arborèrent les bannières maçonniques ; ceux qui portaient l’uniforme de la garde nationale s'abstinrent de paraître aOn d'éviter tout malheur.

A la tombée du jour, la garde des bannières étant assurée, la manifestation de la franc-maçonnerie quitta le rempart et sedispersa après avoir laissé à rétablissement Dourlans une commission qui devait s’y tenir en permanence jusqu’au retour des délégués envoyés en parlementaires.

Le cit. Dombrowski, qui commandait en chef à Neuilly, accepta la trêve qui était intervenue et en profila pour faire évacuer Neuilly par les habitants qui y séjournaient encore, afin de n’êire plus entravé dans ses opérations militaires ultérieures par des considérations d’humanité. Le délégué à la guerre n’avait pas été consulté sur la suspension d'hostilités; lorsqu’il en fut informé, il manifesta à la Commission exécutive son mécontentement de voir un général sous ses ordres se permettre de a traiter avec les Versaillais » sans avoir obtenu son consentement.

La Ligue de l'Union républicaine reçut, le 29 avril, les délégués envoyés par la ville de Bordeaux à M. Thiers, dans un but conciliateur. Ils rendirent compte à la Ligue de l'entrevue qu’ils avaient eue avec le chef du pouvoir exécutif, qui s’était tenu dans le cercle de ses déclarations précédentes.

Le programme de conciliation récemment présenté par le journal le Temps avait obtenu l’adhésion d’un grand nombre de journaux parisiens ; malheureusement l’Assemblée nationale ne voulait pas entendre parler d’armistice. Loin de chercher à pacifier les esprits, à lès amener à une entente si désirable, elle s’obstinait à vouloir vaincre par les armes l’insurrection parisienne.

Au début de la séance du 29 avril, l’Assemblée nationale vota la prise en considération d’urgence d’uu projet de loi présenté par M. Dufaure, déclarant inaliénables les propriétés publiques ou privées, mobilières ou immobilières, qui auraient etc soustraites, détenues ou séquestrées par les ordres du Comité central ou de la Commune de Paris depuis le 18 mars. Ces propriétés pouvaient être saisissables pendant dix années, sans que leurs détenteurs illé-

gaux puissent se faire tenir compte du prix d’achat qu’ils avaient payé.

Cs projet édictait, en outre, des peines contre tout individu qai aurait sciemment concouru aux actes qui précèdent, accompagnent ou suivent d’ordinaire l’enlèvement des objets mobiliers. La répression s’étendait aussi à ceux qui auraient détruit ou détourné des actes d’état civil, des casiers judiciaires, des dépôts et minutes de notaire ou d’autres officiers ministériels. '

Dlmanclkc SO avril 1S91

Les délégués de la franc-maçonnerie revinrent le dimanche matin, vers six. heures, après avoir reçu de M. Thicrs une réponse semblable à celle qu’il avait faite aux délégations qui les avaient précédés. Cette démarche conciliatrice avait été, comme toutes les antres, sans résultat.

Les hostilités recommencèrent immédiatement sur la ligne de Neuilly à Asnières.

Dans la nuit du 29 au 30, les Vcrsaillais s’avancèrent de Clamart et des Moulineaux sur Issy. Après un combat de tirailleurs qui fut d’une extrême violence, surtout aux Moulineaux, les Versaillais occupèrent les carrières, le parc et les tranchées du fort d’issy, abandonnés par les fédérés, qui se replièrent dans le plus granddésordre. Les soldats de l’armée versaillaise s’approchèrent jusqu’à deux cents mètres du fort; là, ils élevèrent rapidement des épaulements en terre qui les mettaient à couvert de son feu.

Le bombardement d’issy cessa vers minuit.

Les gardes nationaux réfugiés dans le fort n’y étaient pas en sécurité. Bombardé depuis seize jours, attaqué chaque nuit, presque cerné, le fort d’issy n’était plus qu’un amas de décombres. Il était impossible de s’avancer sans danger vers les débris du rempart; on était de suite atteint par les balles versaillaises. Au levr r du jour, la garnison, composée, y compris les ouvriers du génie, les artilleurs et quelques marins, de trois cents hommes environ»

aperçut la situation désespérée que lui faisait l’avancement des Versaillais.

Le coni.nandant du fort avait disparu; les gardes nationaux, laissés sans ordres, ue sachant autour de qui se grouper, s'aban* donnèrent peu à peu au désespoir. Quelques officiers essaient de prendre le commandement et de faire exécuter quelques travaux de réparation; on ne les écoute point. Toute la matinée se passe en altercations.

Lu plupart des gardes nationaux, jugeant le fort intenable, voulaient l’évacuer; les plus hardis voulaient rester et tenir jusqu’à la dernière extrémité. Le parti qui penchait pour l’évacuation prit finalement le dessus.

A dix heures, les gardes nationaux se préparent au départ et se rangent à l’abri des décombres de la caserne, car les obus tombaient toujours, pour délibérer une dernière fois. Dans ce moment de suprême angoi.se, les marins enclouent les canons; cet incident décida la garnison. La porte nord du fort fut ouverte, et elle prit le chemin de Paris. r

Informé tardivement de la situation, le délégué à la guerre ^donnait l’ordre d’envoyer immédiatement du renfort à Issy; il ordonnait au colonel Wetzel, qui avait la direction des forts du Sud, d’arrêter l’évacuation, s’il en était temps encore, de s’efforcer .de tenir jusqu’à la nuit; il ajoutait « qu’alors il pouvait peut-être tout réparer ».

Quelques gardes nationaux restés au fort d’Issy avec un jeune homme de dix-neuf ans, nommé Dufour, prennent la résolution de réunir tonte la poudre dans les caves, et il n'en manquait point, et de faire sauter le fort dans le cas où les Versaillais y entreraient.

Un certain nombre de soldats s’étaient avancés jusque sur le glacis du fort; aucun d’eux n’osa gravir jusqu’à la plateforme. Les Versaillais restèrent là plusieurs heures sans faire un mouvement, regardant toujours le fort, qui n’était toujours plus occupé que par quelques citoyens, sans chercher à y pénétrer- , Vers deux heures, le jeune Dufour s’y trouvait seul ; 11 n’avait pas voulu suivre les quelques gardes uationaux^et marins qui, décou- ' ragés de ne voir arriver aucun secours, étaient rentrés à Paris. Les Versaillais, qui avaient vu parfaitement cette scène et qui étaient à même de constater l’état du fort, ne s’avancèrent pas pour s’en emparer; ils n’avaient cependant qu’à vouloir, , qu’à entrer. ■ • ,

Dans la matinée, la garnison d’Issy avait reçu, par un parlementaire versaillais qui fut immédiatement éconduit, sommation de se rendre dans les conditions suivantes :

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