AU PEUPLE DE PARIS
A LA «AROE HATIONALE
Citoyens,
Assez de militarisme, plus d’élals-majors galonnés et dorés sur toutes les coutures !
Place au peuple, aux combattants, aux bras nust L'beure de la guerre révolutionnaire a sonné.
Le peuple ne connaît rien aux manœuvres savantes, mais quand il a on fusil à la main, du pavé sous les pieds, il ne craint pas tous les slratégistes de l’école monarchiste.
Aux armes! citoyens, aux armes! Il s'agit, vous le savez, de vaincre ou de tomber dans les mains impiloyaMes des rc<actlonnaires et des cléricaux de Versailles, de ces misérables qui ont, de parti pris, livré la Fiance aux Prussiens et qui nous font payer la rançon de leurs trahisons I
Si vous voulez que le sang généreux qui a coulé comme de l’eau depuis six semaines ne soit pas inrécond, si vous voulez vivre libres dans la France libre cl égalitaire, si vous voulez épargner à vos enfants cl vos douleurs ci vos misères, vous vous lèverez comme un seul homme, et devant votre formidable résistance, rcnnrmi, qui se flatte de vous remettre au joug, eu sera pour la honte des crimes inutiles dont il s’est souillé depuis deux mois.
Citoyens, vos mandataires combalirnnl et mourront avec vous, s’il le faut. Mais au nom de cette glorieuse France, more de toutes les révolutions populaires, foyer permanent des idées de jusiiee et de solidarité qui doivent être et seront les lois du monde, mai chez à l’ennemi, cl que votre énergie révolutionnaire lui montre qu’un peut vendre Paris, mais qu’on ne peut ni le livrer ni le vaincre !
La Commuuc compte sur vous, comptez sur la Commune t
Le délégué ch-il à la guerre.
Le Comité de ealut public. Delescuze.
De très-bonne heure dans la matinée, les membres de la Commune se réunirent à riIôlel-de-Ville. Dans celte courte séance, qui fut la dernière, le cit. Félix Pyal, cunslalant que la siluatiuu militaire était désespérée, que la résistance ne pouvait plus avoir aucune chance de réussite, déclara que, suivant lui, la Commune devait immédiatement « traiter. » Ce mot ne fut relevé par aucun des membres de la Commune; cette proposition ne souleva pas même de discussion, et fut accueillie avec une indifférence mélangée de consternation et de stupeur.
Relativement à la défense dans Paris, on décida que le Comité * de salut public avait pleins pouvoirs à cet effet, et il fut convenu que les membres de la Commune se rendraient dans leurs arrondissements respectifs, pour y activer la construction des barricades et la mise en défense des quartiers. Aucun plan général ne fut arrêté dans ce but; on ne parla ni de s’entendre, ni de se concerter pour ordonner une résistance méthodique.
L’organisation de la défense fut abandonnée à l’initiative, à l’énergie, à la spontanéité de chacun. Aucune direction supérieure ne fut imprimée; chacun agit à sa guise, suivant son inspiration.
Il en résulta qu’au lieu d’une résistance organisée, militairement
conduite, qui aurait pu êlrc excessivement meurtrière pour l’assiégeant et de très-longue durée, il ii’y eut que des luttes partielles sans importance sérieuse et sans grande gravité.
Dans l’après-midi, le Comité de salut public fit placarder un appel aux armes ainsi conçu :
Que tous les bons citoyens sc lovent !
Aux barricades 1 renuemi est dons nos murs.
Pas d’bésitalion 1
En avant! pour la République, pour la Commune et pour la liberté!
Aux armes !
Paris, le 22 mai 1871.
Le Comité de salut publie,
Ant. AnnACo, niLLioB.\v, Etoes, F. Gambon, R.vsvir.a.
Les barricades commencées dans la nuit s’achevaient; on en élevait d’autres. Partout les fédérés Iravaillaicul avec une activité fiévreuse à l’installation de ces relrancbcmenls qui sc construisaient aux bruits stridents de la lutte, presque sous le feu de l’armée versaillaisc. Les femmes, les enfants parlicipuienl, avec beaucoup d’ardeur, à ces travaux improvisés auxquels les passants étaient requis de contribuer pendant quelques instants.
Le 22 mai les Versaillais étaient parvenus : sur la rive droite, jusqu’aux Balignoiles, à la gare Saint-Lazare, au Palais de l’industrie; — sur la rive gauche, jusqu’au ministère des affaires étrangères. Ils s'étendaient dans tout Vaugirard jusqu’à la gare Montparnasse.
Conformément au plan adopté dans le cours de cet ouvrage, nous ne ferons, pas plus que nous ne l’avons fait pour les combats sous Paris, un récit détaillé des faits militaires qui signalèrent les sept jours de la lutte lamentable dans l'intérieur de la capitale. Nous nous bornerons à enregistrer, comme par le passé, les résultats principaux acquis à la fin de chaque journée.
, Les efforts effectués le lundi 22 mai par l’armée versaillaisc, n’eurent de résultats effectifs que dans la matinée du lendemain.
Les batteries versailluiscs de Bécon envoyèrent sur Montmartre une véritable pluie d’obus dont la plupart, n’ayant pas une portée assez longue, n’atteignaient pas le but visé et tombaient sur les quartiers avoisinant la butte, où ils causèrent des dégâts considérables. Ce bombardement continua durant toute la nuit.
Pendant ces temps de crise et de luttes suprêmes, la Ligue d' Union républicaine pour les Droits de Paris, qui resta en permanence au siège ordinaire de ses délibérations, rue Béranger, eut, avec le Comité central et avec la Commune, des rapports qui produisirent quelquefois d’heureux résultats et qu’il importe de faire connaître.
Dans la soirée du dimanche 21 mai, les délégués du Congrès de Lyon, à leur retour de Versailles, furent reçus par la Ligue. Avant de quitter Paris, ils désiraient tenter une dernière fois de faire cesser la lutte. Dans ce but, ces délégués exposèrent à la Ligue leur intention de voir le Comité de salut public, afin de savoir si la Commune serait disposée à eonclure un arrangement sur cette base : l’Assemblée nationale cl la Commune donneraient en même temps leur démission.
Le lendemain, c’est-à-dire le lundi 22 mai, les délégués du Congrès de Lyon reçurent de la C mmune une « déclaration « signée Paschal Groussel, par laquelle cclle-ci déclarait ne pouvoir adhérer à la demande qu’ils avaient formulée.
Après avoir cherché à traiter le 20 mai, la Commune repoussait le 22 la proposition conciliatrice dont les délégués du congrès de Lyon avaient pris l’initiative. Cette tergiversation, cette contradiction dans la conduite se produisit probablement à l’insu de certains membres de la Commune qui, loin d’être déconcertés par la brusque entrée des Versaillais dans Paris, s’en réjouissaient presque, parce qu’ils étaient persuadés que celle irruption dans la capitale serait très-préjudiciable aux troupes de l’Assemblée. D’après l’opinion de ces membres do la commune, les Versaillais ne devaient pas tarder à être complètement enveloppés, et leur anéantissement, résultat de celte inana'uvre, ne faisait pas question pour eux. Celle éventualité se serait peut-être réalisée si, dès le dimanche 21 mai, la résistance à l’intérieur de Paris avait été militairement organisée et savamment eonduite. Mais, — nous avons déjà eu l’occasion de le remarquer, — il n’en fut point ainsi.
Dès lors, la mission des délégués envoyés par le Congrès do Lyon se trouvait accomplie sans avoir pu réussir, d’ailleurs. A Versailles comme à Paris, ils avaient rencontré dans les pouvoirs constitués la même obstination funeste. Leur présence n’étant plus nécessaire dans la capitale, ils décidèrent de retourner immé-
diatcmcnt en province. Deux membres de la Ligue les accompagnèrent jusqu’en dehors de l’enceinte.
Dans la soirée, le Comité de salut public lança, de l’Hôtel-de- Ville, la proclamation suivante :
Citoyens,
Lî\ porte de Saint-Cloud, assiégée de quatre côtés à la fois par les feux du Slont-Valéricn cl de la butte Muriemarl, des Moulincaux et du fort d’Issy, que la trahison a livré; la porte de Saint-Cloud a été forcée par les Vcrsaillais, qui se sont répandus sur une partie du territoire parisien.
Ce revers, loin de nous abattre, doit être un stimulant énergique. Le peuple qui détrône les rois, qui détruit les bastilles; le peuple de 80 et de 93. le peuple de la Révolution, ne peut perdre en un jour le fruit de l'émancipation du 18 mars.
Parisiens, la lutte engagée ne saurait cire désertée par personne; car c’est la lutte de l’avenir contre le passe, de la liberté contre le despotisme, de l’égalité contre le monopole, do la rraicmilé contre la servitude, de la solidarité des peuples contre Ib goïsme des oppresseurs.
Aux armes!
Donc, aux armes ! Que Paris se hérisse de barricades, et que, derrière ces remparts improvisés, il Jette encore à ses ennemis son cri de guerre, cri d’orgueil, cri de deli, mais aussi cri de victoire; car Paris, avec scs barricades, est inexpugnable.
Que les rues soient toutes dépavées : d’abord, parce que les projectiles ennemis, tombant Mtr la terre, sont moins dangereux ; rnsuitc, parce que ces pavés, nouveaux muyens de defeiisc, devront être accumulés, de distance en distance, sur les balcons des étages supérieurs des maisons.
Que le Paris i évolutionnaire, le Pans des grands jours, fasse son devoir; la Commune cl le Comité, de salut public feront le leur.
Hôtel-de-Ville, le 2 prairial an 79.
Le Comité de talut public.
A la séance de l’Assemblée nationale, M. Thiers, après avoir donné quelques détails sur l’entrée des troupes dans Paris, ajoutait :
s A la résistance que nous rencontrons, nous pensons que bientôt Paris n sera rendu à son vrai souverain, c’cst-èi-dire à la France. (Applaudissea menls.)
« Nous sommes d’honni’tcs gens; c’est par les voies ordinaires que « justice sera faite. Nous n’auroiis recours qu’à la loi, mais la loi sera « appliquée dans toute ta rigueur. C’est par la loi qu’il faut frapper les « misérables qui ont détruit lus propriétés privées, et faisant ce qu'aucun
« peuple saurage n'avait fait, ont icnversé les monuments de la nation.
<1 L'espiation sera complète; elle aura lieu au nom des lois, par les « lois, avec les lois. [Longs applaudissements sur tous les bancs.) »
M. Jules Simon proposait, au nom du président du Conseil, un projet de loi ordonnant la reconstruction de la colonne Vendôme, qui devait « être surmontée de la statue de la France. » Une inscription devait faire connaître la date de la destruction et celle du rétablissement. L’article 4 de ce projet portait que « le monu- « ment expiatoire élevé à la mémoire de Louis XVI serait immédiatement réparé. » L’urgence mise aux voix, était adoptée à l’unanimité, moins une voix, celle de M. Tolain.
Puis, sur la proposition de M. Cochcry, l’.Vssemblée votait avec acclamation la motion suivante : « L’Assemblée nationale déclare « que les troupes de terre et de mer, que le chef du pouvoir exé- « cutif de la République française ont bien mérité de la patrie. »
mardi 1S3 mal 1891
Le Comité de salut public adressa le 23 mai, aux soldats de l’armée de Versailles, la proclamation suivante :
Soldats de l'armée de Versailles,
Le peuple de Paris ne croira jamais que vous poissiez diriger contre lui vos armes quand sa poitrine louchera les vôires; vos mains reculeraient devant un acte qui serait un véritable fratricide.
Comme nous, vous êtes prolétaires; comme nous, vous avez intérêt 1 ne plus laisser aux monarchistes conjurés le droit de boire votre sang comme ils boivent vos sueurs.
Ce que vous avez fait au 18 mars, vous le ferez encore, et le peuple n’aura pas la douleur de combattre des hommes qu’il regarde comme des frères et qu’il voudrait voir s’asseoir avec lui au banquet civique do la liberté et de l’égalité.
Venez à nous, frères, venez à nous ; nos bras vous sont ouverts I
3 prairial an 79.
Le Comité de salut publie.
L’arrêté suivant était placardé en même temps dans la portion de Paris encore au pouvoir de la Commune.
Le Comité de salut public Arrête ;
Art. 1er. Persiennes ou volets de toutes les fenêtres demeureront ouverts.
Art. 2. — Toute maison de laquelle partira un seul coup de fusil ou une agression quelconque contre la garde nationale sera immédiatement brûlée.
Art. 3. — La garde nationale est ebargee de l’exécution stricte d i préseiU arrêté.
Ilûlel-de-VilIe, le 3 prairial an 79.
Le Comité de tahit public,
M. Thiers adressa le 23, à la province, les dépêches que nous reproduisons, destinées à -la renseigner sur les mouvements de l’armée dans Paris pendant la journée.
Versailles, 23 mai, 1 h. 30, soir.
Les événements suivent la marche que nous avions le droit de prévoir : il y a quatre-vingt-dix mille hommes d.Étis Paris. Le général de Cissey établi de la gare de Msiitparnasse à l’Écolo-Militairc et achève de border la rive gauche de la Seine jusqu’aux Tuileries. Les généraux Douai et Vinoy enveloppent les Tuileries, le Louvre, la place Vendôme, pour se diriger ensuite sur l’Ilôtcl-dc- Ville.
Le général Clinchant, mnîtrc de TOpéra, de la gare Saint-Lazare cl des Dalignollcs. vient d'enlever la harrieailc de Clichy; il est aussi au pied de Montmartre, que le général L.idmimill vient de tourner avec deux divisions. Le général Moutaudon, suivant par le dehors le mouvement du général Ladmiraull, a pris Neuilly, Lcvalloîs-PerrcI, Clichy, et attaqué Saint-Ouen. Il a pris cent quinze bouches à feu et fait une foule de prisonniers.
La résistance des insurgés cède peu à peu, et tout fait espérer que si la lutte ne finit pas aujourd’hui, elle sera terminée demain au plus tar.l et pour longtemps.
Le nombre des prisonniers est de cinq à six mille et sera doublé demain. Quant .lu nombre des morts, il est impossible de le fixer, mais il est considérable.
L’armée, au contraire, n’a fait que des pertes très-peu considérables.
Versailles, 9 h. 30, soir.
Le drapeau tricolore floue sur la butic Monlmarlrc et sur la gare du Nord; ces positions décisives ont été cnlevces par les corps des généraux Clinchant et Ladmiraull; on a fait environ de deux à trois mille prisonniers.
Le général Douay a pris l’église de la Trinité et marche sur la mairie de la rue Drouot ; les généraux de Cissey c' Vinoy se portent sur l'HôlcIdo-Ville et les Tuileries.
Toutes les opérations des diflérénts eorps de l’armée se soutenaient les unes les autres. Effectuées avec beaucoup d’ensemble et de méthode, elles méritèrent l’approbation et l’éloge de tous les hommes spéciaux.
Les chefs faisant preuve, à l’égard de leurs subordonnés, d’une sollicitude qui les honore, évitèrent, autant que possible, d’aborder de front les barricades. Le plus souvent on parvint à les tourner. Lorsque les fédérés s’apercevaient de cette manœuvre, ils s’empressaient ordinairement d'abandonner la barricade, qui tombait ainsi, sans collision très-meurtrière, au pouvoir des Versaillais. La nombreuse artillerie dont ceux-ci disposaient contribuait puissamment à accélérer leur succès, en le rendant pour eux moins pénible.
 la fin de la journée du mardi 23, les troupes de l’Âssemblée s’étaient emparées de positions stratégiques extrêmement importantes. Montmartre, que l’on envahit à la fois du cêté des fortifications et du côté de Paris, la gare du Nord, le nouvel Opéra, et sur la rive gauche, Montrouge, une grande portion du faubourg Saint- Germain, étaient en leur pouvoir. L’armée versaillaise s’avançtdt^ suivant une tactique habile, par quatre grandes voies ; les boulevards extérieurs, le boulevard intérieur et les quais.
Délégué par la Ligue d' Union républicaine pour les Droits de Paris auprès de la Commune afin de s’informer si eile n’avait pas résolu de mettre fin à l’atroce lutte qui, depuis trois jours, ensanglantait Paris, le citoyen Bonvalet se rendit le 23 mai à l’Hôtelde-Ville. La Commune n’y siégeait plus. Elle ne siégeait nulle part, d’ailleurs. La plupart de ses membres étaient retenus dans leurs arrondissements, occupés de la défense. Parfois, quelques membres de la Commune vinrent de temps à autre, pendant les derniers jours de la lutte, soit à l’Hôtel-de-Ville, soit, plus tard, à la mairie du XI° arrondissement, s’informer des nouvelles, du progrès de la marche des Versaillais; mais ils ne se rencontrèrent Jamais en assez grand nombre à la fois pour délibérer.
Le 24 mai seulement, une douzaine de membres se trouvèrent réunis et eurent l'occasion de prendre une résolution en commun.
A défaut de la Commune, le citoyen Bonvalet fut reçu à l’Hôtelde-Ville par le Comité central, qui y avait transporté le siège de scs délibérations. Le citoyen Bonvalet fit part à ce comité du
message dont il était chargé concemant la Commune. La plupart de ses membres l’accueillirent assez mal; quelques-uns cependant manifestèrent leur dessein d’entrer en pourparlers, et leur désir de conclure un arrangement avec le gouvernement de Versailles. Ceux-ci demandèrent à l’envoyé de la Ligue d’ Union pour les Droite de Parie, quels étaient les termes du traité à intervenir. M. Bonvalet fit justement remarquer que ce n’était pas à la Ligue à formuler, au nom du Comité central ou de la Commune, les conditions du traité, car ce n’était pas elle qui le proposait. Le citoyen Bonvalet invita le Comité central à faire connaître à la Ligue ses intentions.
Dans la soirée, trois délégués du Comité central, les citoyens Rousseau, Grollard et Grêlier, vinrent en conséquence trouver la Ligue d’ Union pour les Droits de Parie.
Au nom du Comité central, ils réclamèrent, tout d’abord, le changement du gouvernement. Incroyable aberration ! Des hommes qui étaient manifestement vaincus prétendaient vouloir imposer à Versailles, à l’Assemblée, de semblables conditions de paciQcation immédiate. 11 y avait lieu de se demander si l’on n’avait point affaire à des fous, surtout lorsque le citoyen Rousseau ajouta, avec un ton affirmatif, péremptoire ; « Du reste, nous ne a pouvons être vaincus; au besoin, nous aurons recours à des « moyens extrêmes. »
Les délégués du Comité central demandèrent à la Ligue de se charger de porter à Versailles leur proposition, qu’ils jugeaient conciliatrice, de changement gouvernemental. En présence de conditions aussi insensées, aussi inacceptables, la Ligue ne pouvait évidemment pas intervenir; les délégués du Comité central en parurent assez surpris.
La Ligue d' Union pour les Droits de Parie reçut également dans cette même soirée du 23 mai une délégation de l'Alliance républicaine des départements qui venait proposer à la Ligue de se ranger enfin du côté de la Commune, d’y faire une adhésion absolue. '
Ces tentatives diverses manifestent à quel point certains groupes avaient alors perdu la notion des réalités, quelles étranges illusions ils se faisaient alors sur la situation.
Dans la soirée du 23 mai, un incendie formidable éclata au Ministère des finances. Déjà pendant la journée du lundi, de la fumée s’élevait de ce monument, du côté de la rue du Luxem-
bourg. On disait alors que le feu y avait été communiqué par les obus lancés par les batteries versaillaises. Maintenant il ne s’agissait plus d’un incendie localisé ; c’était tout cet immense monument qui était la proie des flammes, et les fédérés étaient cause de cet horrible sinistre.
Hélas! ce n’est pas la seule dévastation, ce n’est pas la seule ruine que nous aurons à déplorer ! Eu dehors de toute décision de la Commune, nous ne savons dans quel hideux conventicule, quelques êtres sauvages avaient formé le dessein d’anéantir tous les édifices qui sont la parure de la capitale, et les grandioses témoignages de son passé. Ces modernes barbares n’étaient pas que d’odieux iconoclastes ; ils avaient la prétention insensée de détruire, aussi complètement que possible, toute trace des multiples rapports qui constituent la société civile contemporaine. « Après nous la fin du monde ! » Telle était l’ignoble devise par eux adoptée, ét dont ils poursuivaient la réalisation avec une implacable audace et une impassibilité qui stupéfie. Impacidum ferient ruincel
Dans cette nuit du 23 au 2 1 mai, qui restera si douloureusement célèbre dans notre histoire, Paris apparut comme un immense foyer embrasé. Outre le Ministère des finances, une portion de la rue Royale brûlait, la bibliothèque du Louvre brûlait, les Tuileries brûlaient, le Palais-Royal brûlait. '
Le procureur de la Commune, Raoul Rigault, se présenta dans la soirée à la prison de Sainte-Pélagie, et y fit fusiller Gustave Chaudey et quelques gendarmes considérés comme otages.
Cet acte de cruauté inouïe, ce meurtre inexpiable, fut la dernière action de l’ex-délégué à la préfecture de police.
Mercredi SA mai 199 1
Le Journal officiel du 24 mai, le dernier que la Commune ait fait paraître (il fut imprimé à l’Imprimerie nationale), contenait l’article suivant :
Puiïa, 3 prairial an 79.
L'ennemi s’est introduit dans nos murs idutét par la trahison que par la force; le courage et l'énergie des Parisiens le repousseront.
A l'heure où toutes les grandes communes de la France entière se réveillent pour la revendication de leurs libertés, pour se fédérer entre
elles et avec Paris, Paris la ville sainte, le foyer de la révolution et de la civilisation n’a rien à redouter.
La lutte est rude, soit; mais n'oublions pas que c’est la dernière, que c'est le suprême cITon de nos ennemis.
A ces hommes que rien n’a pu instruire, à ces hommes qui ne tiennent compte ni de la grande Révolution, ni de 1830; — è ces hommes qui ont oublié les luttes de 1848, les hontes de décembre 18S1 et de Sedan; — qui ne savent pas même se souvenir du 4 septembre, des journées du siège et du 18 mars, nous allons donner la grande leçon de prairial de l’an 791
Ouvrons nos rangs à ceux que les Versaillais ont enrêlés de force et qui veulent s'unir à noos pour défendre la Commune, la République, la France. Mais pas de pitié pour les traîtres, pour les complices de Bonaparte, de Favre et de Tbiers.
Tout le monde aux barricades. Tous doivent travailler, de gré ou de force même, à les construire; tous ceux qui peuvent manier un fusil, pointer un canon ou une mitrailleuse, doivent les défendre.
Que les femmes elles-mêmes s'unissent à leurs frères, à leurs pères et è leurs époux.
Celles qui n'auront pas d’armes soigneront les blessés et monteront des pavés dans leurs chambres pour écraser l'envahisseur.
Que le tocsin sonne; mettes en branle toutes les cloches, et faites tonner tous les canons tant qu’il restera un seul ennemi dans nos murs.
C’est la guerre terrible, car l’ennemi est sans pitié : Tbiers veut écraser Paris, fusiller ou transporter tous nos gardes nationaux; aucun d'eux no trouvera grâce devant ce proteripteur souillé par tonte une vie de crimes ut d'attentats à la souveraineté du peuple. Tous les moyens seront bons pour lui et ses complices.
La victoire complète est la seule chance de salut que nous laisse cet ennemi implacable. Par notre accord et notre dévouement, assurons la victoire. Aujourd’hui, que Paris fasse son devoir, demain la France entière l’imitera.
Le Comité central adressa « aux soldats de l’armée de Versailles, » la proclamation suivante :
COMMUNE DE PARIS