‹ Histoire de la révolution du 18 marsChapitre 52 sur 60 · LUTTE DANS PARIS · texte numérisé non relu

LUTTE DANS PARIS

Dliuancbe S l mal 1871

Le Journal officiel du 21 mai publia un décret ainsi conçu :

La Commune de Paris,

Conformémeni aux principes établis par la première République, et déterminés par la loi du i l germinal an II,

Décrèie :

Les théâtres relèvent de la délégation à renseignement.

Toute subvention ou mnnopidc des tlieàlros sont supprimés.

La délégation est chargée de faire cesser, pour les théâtres, le régime de l’exploitation par un directeur ou une société, et d'y substituer, dans le plus bref délai, le régime de l'association.

Le même journal contenait dans sa partie officielle la note suivante, dont on remarquera la réduction incorrecte :

Les habitants de Paris sont invités de se rendre à leur domicile sous quarante-huit heurei; passé ce delai, leurs litres de rente et grand-livre seront brûlés.

Pour U Comité central,

Gaèlieu.

Cet avis, émané du Comité central, était absolument incompréhensible.

Répondait-il à nne intention du Comité, au nom duquel il était formulé 1 se rattachait-il à un ensemble de mesures adoptées dans les conciliabules secrets de ce Comité central, dont l’influence devenait chaque jour plus néfaste? On ne sait que présumer à cet

égard. Quoi qu’il en soit, cette note absurde fut réprouvée avec Indignation par les membres de la Commune, qui assistèrent à la séance du 21 mai. Le citoyen Langcvin et le citoyen Jourde, délégué aux finances, l’ayant qualifié « d’insensée » et de « dangereuse », demandèrent que celte note incroyable fût publiquement démentie par une insertion au Journal ofjiciel. Le citoyen Lefrançais déclara que le signataire de cet avis, qui était de nature à produire un trouble regrettable, devait être immédiatement arrêté; puis, abandonnant toute considération de pénalité, il soumit à l’assemblée cet ordre du jour, qui fut adopté ;

La Commune, s’en rapportant au Comité de salut public pour prendre toutes mesures de répression contre le citoyen Grélier cl «es complices, passe à l’ordre du Jour.

L’ordre du jour portait l’examen contradictoire des accusations qui avaient déterminé l’arrestation du général Cluseret.

La commission chargée de celte enquête donna lecture de son rapport; il n’articulait aucun grief précis, aucune charge véritable contre l’accusé ; dès lors, il n’élail pas surprenant qu’il ne formulât aucunes conclusions. L’ex-commission exécutive qui avait ordonné l’arrestation, ne justifia pas cette mesure par un acte d’accusation en règle ; quelques-uns de ses membres se bornèrent à présenter des observations verbales sur l'évacuation du fort d’Issy, sur les intrigues de Cluseret avec Versailles, sur l’offre d’un million qui lui aurait été faite, sur ses relations avec les d’Orléans; ces dernières allégations ne semblèrent pas bien fondées à la plupart des membres de la Commune.

Cluseret fut ensuite entendu. Il prouva, sur le seul point grave de l’accusation, l’abandon du fort d’Issy, qu’il n’en était point responsable; qu’il avait d’ailleurs repris le fort immédiatement, que le fort était resté tenable, puisqu’il avait résisté encore pendant neuf jours après son arrestation. Il ajouta que, s’il n’avait point été arrêté, le fort tiendrait encore, et qu’on pouvait le faire sauter au lieu de l’abandonner.

Là Commune, après avoir entendu le développement de ces conclusions, écarta une demande, signée de trois membres, réclamant la détention du général Cluseret jusqu’à la ûn de la guerre,, et ordonna immédiatement sa mise en liberté.

Dans la nuit du 20 au 21 mai, les Versaillais, massés dans le bois de Boulogne, avaient eiTectué une reconnaissance offensive du côté de Passy. Quoique conduite avec beaucoup de vigueur, elle fut repoussée par les fédérés, qui firent preuve d’un très-grand courage.

De la Seine à Neuilly, leur situation devenait chaque jour plus difficile, plus périlleuse; la porte du Point-du-Jour et celle d’Auteuil, étaient complètement démolies; leurs décombres avaient presque comblé le fossé, peu large en cet endroit, qui en protégeait l’accès.

En outre, il n’était plus possible, pour les fédérés, ainsi que nous l’avons déjà constate, de se maintenir aux abords du rempart, incessamment balayé sur tout le périmètre de Vaugirard à Neuilly, par les batteries versaillaises établies à Issy, Meudon, Breteuil, Montretout ci dans le bois de Boulogne. Leur intense bombardement avait contraint les fédérés à se replier sur la rive droite de la Seine, en deçà du viaduc du chemin de fer de ceinture, sous la protection duquel ils étaient parvenus à élever, à quelques cents mètres du rempart, dans le Point-du-Jour et dans Auteuil, ainsi qu’il a été dit, des barricades formant une seconde ligne de retranchements.

Dans la matinée du 21, on avait concentré à Passy une grande masse de gardes nationaux, dans le but de faire échec à l’attaque définitive, à l’assaut qui, d’après toutes les suppositions, devait avoir lieu bientôt de ce côté. Un incident survenu dans la journée, vers trois heures, rendit l’assaut inutile. Dans le dessein des généraux, il ne devait se donner que le mardi suivant.

Au moment où le feu des batteries versaillaises était dirigé avec la plus grande énergie sur la porte de l’enceinte voisine de la porte de Saint-Cloud, un homme apparut tout à coup auprès de cette porte, sur le bastion 6i; il agitait un mouchoir blanc en guise de drapeau parlementaire. Ce citoyen, dont le nom, Jules Ducatel, fut plus tard rendu public, venait informer les troupes versaillaises que les fédérés avaient dû abandonner cette partie du rempart, et qu’il était possible de pénétrer dans la ville sans avoir à faire brèche et à donner l’assaut.

Le signal fait par M. Ducatel fut aperçu des avant-postes versailluis, qui étaient très-rapprochés. Un instant» on se demanda,» dit un rapport officiel, « si l’on n’avait pas à redouter une de ces

«trahisons, dont on avait déjà eu plusieurs fois à souffrir; mais

« bientôt le commandant des troupes établies sur ce point, le capi- « taine de frégate Trêve, après avoir défendu à ses soldats de le « suivre, se précipite seul en avant, et reconnaît immédiatement « qu’il est en présence d'un homme qui s'est dévoué pour le « pays. »

Après avoir reçu les indications de M. Ducatel, après s’ètre assuré par lui-même de leur absolue véracité, le capitaine de frégate Trêve revient vers les tranchées versaillaises et ordonne aussitôt à sa compagnie de les abandonner pour aller en avant. Celte compagnie entre alors dans Paris, et prend possession, sans résistance, de la porte de Saint Cloud et des deux bastions voisins.

« Averti par le télégraphe, » — nous continuons la citation du rapport officiel, — « le général Douay put accourir, s’emparer de « l’espace compris entre les fortifications et le viaduc, et faire « ouvrir la porte d’Auteuil, après un combat assez vif. »

Les fédérés, retranchés derrière les barricades, engagèrent etToclivemeul l’action dans Âuteuil, mais ils furent bientôt contraints, par le feu nourri des Versaillais et leur tactique, de se replier. En même temps, de fortes colonnes d’infanterie se portaient rapidement de la porte de Saint-Cloud, eu suivant le viaduc du Point-du-Jour, vers les portes du Sud, et les ouvraient au général de Cissey. De telle sorte que, dans l’après-midi du dimanche 21 mai, les corps des généraux Douay, de Cissey, Ladmiraull et Vinoy avaient pénétré dans Paris.

La concentration des troupes versaillaises était suffisante pour permettre la marche en avant.

Il M. Ducatel fil part au général Douay, d’après le rapport déjà « cité, de la possibilité qu’il y aurait d’aller Jusqu’au Trocadéro; « il servit de guide au colonel Piquemal, chef d’étal-major de la « division Verger. On arriva ainsi à la barricade qui barrait le « quai de Grenelle »

Les fédérés n’opposèrent pas une longue résistance aux efforts de la troupe qui en prit facilement possession. Ainsi fut rendue possible l’approche et la prise du Trocadéro. Cette opération, qui livrait à l’armée versaillaise un point stratégique important, s’effectua pendant la nuit. Les fédérés, surpris par l’arrivée des Versaillais, n’essayèrent même pas de résister. Il en fut presque de même à l’Arc-de-Triomphe où des travaux importants avaient été cependant effectués. Aussitôt les premières balles échangées.

le^ gardes nationaux se mettent en mesure d’entraîner leurs canons ét descendent au pas de course les Champs-Elysées. Immédiatement les Versaillais installent des batteries à l’Arc-de- Triomphe et visent sur la terrasse des Tuileries, qui riposte vigoureusement. Au Trocadcro les Versaillais ont également ouvert le feu.

Sur la rive gauche, les troupes aux ordres du général de Cissey se répandent dans Grenelle et dans Vaugirard ; à l’aube, elles s’emparent de l’École militaire et du Champ-de-Mars. Les fédérés qui s’y trouvaient en grand nombre, n’essayent même point d’ébaucher une résistance ; ils s’enfuient, pris de panique et affolés, criant à la trahison.

Les troupes versaillaises qui opèrent sur les deux rives de la Seine se trouvent maintenant solidement reliées.

L’entrée des Versaillais dans Paris ne fut connue de la masse de la population que très-tard dans la soirée, et ceux dont le sommeil, en raison de l’habitude donnée par les événements des derniers temps, n’était troublé ni parla détonation du canon, ni par le bruit du tocsin, n’en furent informés que dans la matinée du lendemain.

Les habitants des quartiers du centre apprirent cette nouvelle par les fédérés qui y affluèrent en désordre, en déroute, durant toute la nuit. Cet événement se produisit d’une façon si soudaine et si imprévue, quoique pressentie, que beaucoup ne pouvaient tout d’abord y ajouter foi. Cette incrédulité fut partagée, pendant quelque temps, par le délégué à la guerre qui rédigea, sous son influence, l’incroyable dépêche que nous reproduisons, laquelle fut publiée le lendemain par le Cri du Peuple :

L'observatoire de l'Arc-dc-Triomphc nie l'entrée des Versaillais ; du moins, il ne voit rien qui y ressemble. Le commandant Renard, de la section, vient de quitter mon cabinet, et affirme qu’il n’y a eu qu’une panique, et que la porte d'Auteuil n'a pas été forcée ; que si quelques Versaillais se sont présentés, ils ont été repoussés. J’ai envoyé chercher onze bataillons de renfort, par autant d'officiers d’état-major, qui ne doivent les quitter qu’aprés les avoir conduits au poste qu’ils doivent occuper.

Deuscldze.

Le bruit du tocsin et les sonneries désespérées de la générale retentirent durant toute la nuit, avec un fracas lugubre, dans les

quartiers qui n’étaient pas encore au pouvoir de l’armée envahissante.

Les fédérés y élevèrent à la hâte de nombreuses barricades.

Déconcertés par l’entrée subite des Versaillais, résultat, non d’une lutte, mais d’une surprise, les fédérés, en proie à une sorte de panique, n’avaient pas utilisé les retranchements établis par eux du côté d’Auteuil, de Passy et de Neuilly, et constituant une seconde ligne de défense. Pris à l’improviste par cette soudaine irruption de troupes, le commandement et le sang-froid leur firent défaut. Les gardes nationaux revenus de ce premier moment de frayeur, paraissaient maintenant résolus à une résistance plus sérieuse. Elle ne pouvait être efficace que si elle était dirigée par une impulsion unique, suivant un plan d’ensemble militairement exécuté. Comme on le verra par la suite, il n’en fut pas ainsi.

liundl mal 1891

Le Journal officiel du 22 mai contenait un arrêté du délégué à la guerre, prononçant la dissolution du 7® bataillon de la garde nationale (IX® arrondissement), qui avait « refusé son concours à « la défense de la République et de la Commune. »

Un arreté du délégué à l’enseignement instituait « une Com- « mission pour organiser et surveiller l’enseignement dans les « écoles de filles. » Elle était composée des citoyennes André Léo, Jaclard, Périer, Reclus, Sapia.

La proclamation suivante, insérée au Journal officiel, était placardée dans la matinée :

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