‹ Histoire de la révolution du 18 marsChapitre 59 sur 60 · I ... A L’ASSEMBLÉE NATIONALE · texte numérisé non relu

I ... A L’ASSEMBLÉE NATIONALE

i' ET ’ ’ r-

A LA COMMUNE DE PARIS ‘

I Citoyens, ' • '• ”

Délégués du conseil municipal de Lyon, nous n’avons pu voir, sans une profonde douleur, se prolonger ta lutte sanglante entre Paris cl l'Assemblée do Venaiilcs. , .

Nous sommes accourus sur le champ de bataille pour tenter un eiïorl' suprême do conciliation entre les belligérants.

Où est l’ennemi? Pour noiis, Il n'y a parmi les combattants que des' Français. Nom iMcrvonons entre eux an nom d’un principe sacré : la fraternité. Noos trouvons en présence deux pouvoirs’rivanix qui se dispulent les destinées de . la France : d'un côté, l’Assemblée nationale dans laquelle nous respeaous le principe du suffrage universel ; de l'aàtre, la Commune, qui personnitte un droit inoonicstable, celui qu’ont les villes de s’administrer cilcs-mémes. Nous venons leur rappeler, à tous deux,» une chose plus sainte encore, le devoir d'épargner la France et. la République. , ■ . , . . . . .

A l'Assemblée nationale, nous dirons : Voici di^ trop longtemps que TOUS dirigez contre Paris des attaques meurtrières, que vous loi faites une guerre sans trêve. Le sang coule à Ilots. Après le siège des Prussiens, dont vous avez prêt la place, le blocus des Français contre les Français l...»

Qu'espérez-voM! Votre dessein est-il d’eotover Paris d'assaut? vous n’y entrerezi dans tous las cis, que sur des monceaux de cadavres et deruines fumaniri, poursuivis par Im inalédicfions des veuves et des orphelins. Vous ne trouveriez devant vous qu’un 'spectre de ville. Et 'le lendemain-d’une telle victoire, quelle serait votre autorité morale -dans le pays? Ouvrez les yeux, il en est temps encore, reconnaissez qo'une ville qui se défend avec cet héroïsme contre toute une armée française est animée par quelque clioso de plus sérieux qu’une vaine passion et une aveugle turbulence. Elle protège un droit, clic proclame une vérité.

Ne vous retranchez pas derrière une analogie qui n’est que spécieuse.

Uaiis la gücrrc civile qui a désole la grande République américaine, le Sud comballait pour le maintien de l'esclavage; Paris, au contraire, s'est soulevé au nom de la liberté. Si vous voulez emprunter des leçons à l'histoire, souvenez-vous plutôt des hommes d'Étal de la Pjusse qui, au lendemain des désastres d'Iéna, donnèrent à leur pays meurtri et humilie les m&Ics consolations de la liberté qui relève et régénère les peuples.

A la Commune, nous dirons : Prenez y garde; en sortant du cercle de vos attributions, vous vous aliénez les esprits sincères cl justes. Rentrez dans la limite des revendications municipales. Sur ce terrain, vous avez pour vous le droit cl la raison. N'employez pas, pour défendre la liberté, des armes qu'elle désavoue. Plus de suppressions de journaux! Ce ne sont pas les critiqnes, ce sont vos propres fautes que vous devez redouter. — Plus d'arrestations arbitraires! Plus d'enrôlements forcés! Contraindre à la guerre civile, c'est violenter la conscience. Songez, du reste, aux dangers imminents cl terribles que la prolongation d'une lutte fratricide fait courir h la République, .\sscz de sang répandu! Vous avez le droit de sacrifier votre vie et votre mémoire; <ous u’avez pas le droit d'exposer la démocratie à une défaite irréparable.

Notre mission, on le voit, est toute pacifique. Aux uns et aux autres nous crions : Trêve! déposez les armes; faites taire la voix du canon et écoulez celle de la justice!

Paris réclame scs franchises mnnicipalcs : le droit de nommer scs maires, d'organiser sa garde nationale, de pourvoir lui-même à son administration intérieure. Qui peut lui donner tort? Sonl-cc les hommes aujourd'hui au pouvoir, qui n’onl cessé de revendiquer pendant vingt ans le gouvernement du pays par le' pays? '■ * ’■

Que l'Assemblée nationale veuille "bien y rénéchir. Sa résistance se briserait tôt ou lard contre la volonté des citoyens appuyée sur le droit; Car la cause de Paris est celle de tontes les villes de France. Leurs revendications légitimes, étouffées aujourd'hui, éclateraient demain plus irrésistibles. Quand une idée a pris racine dans l'esprit d'un peuple, on ne

l'en arrache point à coup de fusil. , ,

C’est donc au nom de l'ordre, comme au nom de la liberté, que nous adjurons les deux partis belligérants de songer i la responsabilité de leurs actes. Derrière le voile de sang et de fumée qui couvre le terrain de a latte, ne perdons point.de vue deux choses sinistres; la République déchirée de nos propres mains et les Prussiens qui nous observent, la mèche allumée sur leurs canons.

, Darouet, Cresthv, Ferroi'ill.at, Ootiiier, Vallier,

•Il r , ■ C9n*tiUtr$ municipaux de Lyon, délégués.^ . ^

L'iasulTisance de l’Asscmblio xomiuo de la Oomuvuao fui Iclle que, pour ceux du moins qui n’élaionl ni des admiruleurs quand même dU'passé, ni des utopistes rêvant à bref délai des transformations de fond en comble de notre état social et politique, il devint difficile, cortimc nous i’avons dit dans le cours de' cet ouvrage, d’avoir, au fond du cœur, une réelle préférence pour l’une ou l’autre.

Si, en effet, on était d’un côté hostile à un progrès désirable, réclamé par la population parisienne, de l'autre on compromettait sioEulièremcnl la réalisation de ce progrès. i

‘Nous citerons encore les justes réflexions do la Vérité à‘ce

« . . Paris, abandonné à loi-méinc, est tombé au

« pouvoir des sociallsies; qui ftnqw'iei n'ont gnéro maniré de oobésioii « et do pnlasance f|no pour déinrire. De pareils gtiidrs ne pouvaient que « compromettre le progrès Misonnnblc et réofisabic, réclamé par la « revendication des franchises municipales; ils l'ont compromis, en crfcl, « à tel point que le iriumplic définitif des hommes qui nous gouvernent a en ce iiiomeut serait sans doute aussi iuncsle à la liberté que le triomphe « de la réaction vcrsaillaisc. ,

« La guerre civile qui nous désole n'csl au fond qu'un épisode sanglant a do CO vieil antagonisme entre le passé, qui n'accepte aucune réronne « ou qui u'admut que dc^ ctiangcmculs d'ctiqucucs, et l'avenir, qui exigu « le rcnouvcllcmenl graduel, mais radi,cal ci complet de noire étal social. « Que le passé ou que l'avenir triomphe par la force, cet aiiliigonismu « ne cessera pas : il en faudra toujours redouter 1rs explosions iiial- « tendues. » ' . I ' (

' (F^rflédu U mai 1871.) '

« Il ne s’agit pas d'une émeute, comme persiste à le croire la majorité « de Versailles ; il ne s’agit pas d’une palingénésic sociale, accomplie U à bref délai, comme le révent certains exaltés, en dedans ou en dehors a' de la Commune de Paris. Noos sommes i l'aurore d’une révolution, cl « l'histoire nbus apprend par qaclles voies de douleurs, d'épreuves, de « sourrranecs, avancent les révolinloos; à ira vert quels élans incensi- « dérés, quels excès des deux partis, quels mouvements convqlsiti d'action « ot de réaction le progrès accomplit sa marche. » >-

(FérfW du «avril 1871 .y

Kn dehors de l’idée d'autonomie communale, la Révolution de 1871 maniffesta aussi certaines aspirations vers une réforme

sQuiulc, asiMiaiioDH niai oü peu dciiniès, mata bcanmoins tràsniullea. Le lobtcur ailenlif cn> aura remarqué la trace dans un offrlain nombre dos doouments que nous arons reproduits plus haut. ■ ■

81 la quesUon des rapports du capHnl et du travail ne se dressa pas dans toute son énormité, cela lient à ce que la gravité de la situation politique absorbait plus spécialement toutes les préoceupaliou;t. Cependant, sans prendre toute l’extension quelle eût pu avoir au luiliau do ci ixion stances moins terribles, cette question su présenta; et les faits manifestèrent que si les travailleurs ressentaient le besoin d’une réforme, ils no savaient comment la réaliser, comment l’amener.

Ainsi, en ce qm concerne les idées : m

D’une part, revendication de libertés politiques nellemcul formulée par la population parisienne réclamant rautouoraic communale; en même temps, aspiration vague à une amélioration du sort des classes laborieuses, à une modification sociale;

D’autre port, opposition vive, aoharnèe, à ces revendications, à CCS aspirations, et aussi, une sorte d’antagonisme doQant cuvera ceux qui les manircstcat. ./<• :

Dans les faits, des deux côtés, appel à la force, sc compliquant d’un acharneineiil, d'une violence qui étonnent chez un peuple considéré comme un des grands promoteurs de la civilisation.

’ A'quî incombe la responsabilité, dans l’ensemble du' mouvement?

A l’ignorance générale, qui fait que l’on croit encore à des ttatisformalimis sociales, sc produisant tout d’un coup, par la vertu de certains systèmes tout faits; qui fait aussi, d'autre part, que l’on croit encore à l’enicacité de la force, laquelle are pCut cependant donner que des solutions momentanées et précaires. Les prolétaires surtout, peu éclairés parce qu'ils ont peü les moyens et le temps de s’instruire, donnent volontiers créance à ce qui leur est présenté Comme devant apporter à leur sort des améliorstidns désirables. Ils sentent qu'ils. ont plus particulièrement è souffrir de l'état social actuel, et désirent vivement le modifier; mais ils Ignorent comment pourra sc produire. la réalisalion de leurs désirs. ,

Pour celle réalisalion, il semble qu’ils rie pcuvcnl se i-ésigner à rechercher les enseigopments de l’expérience, qui chemine lentement mais sûrement; ils ont toujours une tendance, en dépit du passé qui aurait dû leur en montrer l’inanité, à s'en remettre aux systèmes socialistes, qui promettent beaucoup mais sont impuissants à tenir.

« Les systèmes socialistes, supprimant l’état présent, ou, « comme ils disent, le liquidant, prétendent établir un régime qui a ne l’ait point pour antécédent. Or, cela est impossible : tout est « gradation, transition, évolution; et l’on ne passera à une condi- « tion meilleure qu’en partant très-exactement de tous les élé- « ments que contient la condition présente (1). »

« Écartant la chimère, l’état social n’est Irans-

« formable que pas à pas et de proche en proche (2). »

Ccci n’est pas compris encore de la masse, dont les désirs sont grands, mais dont le savoir est minime. Aussi tout malaise social, tout besoin d’une modification sc traduit par des secousses violentes en vue d’amener immédiatement l’état idéal que l’on a conçu, comme devant produire la satisfaction, le bonheur de tous. Et, naturellement, plus la souffrance est vivement sentie, plus est violent et pour ainsi dire exaspéré le mouvement tenté pour s'ÿ soustraire. i ' '

Nous appuyons ici plus spécialement sur le côté social des choses, parce qu’à notre seiis, c’est ce cûté qui produisit des deux parts rexccptionnellc énergie et, en certains de ses épisodes, la véritable barbarie de la lutte que nous avons racontée dans cet

Les uns, souffrant et ne sachant comment faire cesser leur souffrance, y cherchent une fin immédiate, impossible à atteindre.

Les autres, plus heureux, voient dans les aspirations et les len-^ talives des premiers une entreprise contre un état de choses dont ils ne sentent pas , également les inconvénients, et qui leur est favorable. • , . . '

Les haines naissent «t s’enveniment des deux côtés ; et, une

(1) ,E. Littré. Préambule à Ce que c'est que le socialisme, par F. Aroux.

(2) E. Littré. Socialisme, dans sa Revue de philosophie positive, vol. IV,'

p. ne. "

occasion d’explosion se présentant, les conséquences sont ce que l’on a vu.

Moins d’ignorance montrerait : aux uns, que le moyen de pallier sûrement leurs soufflrances n’est pas de vouloir une transformation subite, radicale, mais bien de rechercher patiemment suivant quelles règles, conformément à quelles lois, doivent s’opérer peu à peu les changements sociaux qui peuvent améliorer leur situation ; aux autres, qu’il est de leur devoir comme de leur intérêt de s’associer à cette recherche ; à tous, que « on ne peut « pas plus se passer de science pour perfectionner le régime de la » société, qu’on ne peut s’en passer pour la construction d’une « machine à vapeur ou de tel autre engin compliqué (1). »

« Pour remplir les conditions du problème économique » a dit Proudhon, » il faut que la Révolution, prenant la société telle « qu’elle estj changeant les rapports sans toucher aux intérêts « immédiats et au malërîeT, réfonne lë' sÿstême en le *conti- I» nuânt (2). » ‘ ^

Changer les rapports, réronner le système eu le continuant, ce n’est pas œuvre de violence ou de force, c’est œuvre de patience et de savoir.

Le remède lent, mais sûr et d’ailleurs le seul efficace, à toutes nos misères sociales, c’est l’instruction, c’est la connaissance donnée à tous de ce que les recherches, les travaux des générations antécédentes ont amassé de savoir positif.

‘ L’importance, capitale à noire sens, de ce point de vue, nous oblige à entrer dans quelque détail sur la manière dont nous considérons que cette instruction doit être entendue pour avoir une réelle efficacil6,' une influence salutaire sur la marche de noire développement social. Qu’on nous permette, en terminant, de reproduire ici ce que nous avons déjà dit ailleurs sur ce sujet (Paul CoRRiEz. L' IntirucHon infëÿrrtfe, dans r,A Démocratie du 19 juin 1870) ’ ‘

Il n’y a, à l’heure présente, aucun lien réel entre les diverses intelligences qui constituent notre société, et souvent aucune

(1) E. Littré. Préambnie à Ce qut'c’fst que le socialime, par F. Aroux.

(i) Proodbon. Confeieions (Tim ri^volution^lre, p. 277. Edi Lacroix, VerboeckIwYon, , ,i ,, , ^ (,

cohérence au sein de oes inleliigeaces ]coasidéréei indiriduelle« ment. i

La première partie de celte proposition n'esl que trop justifiée par les expériences dont les événements politiques ont été l’ocea> sion, chaque fols que la foule a été appelée à y jouer un réle réellement actlL Ce qui aurait dû être un commun accord, en yue du plus grand bien général, nous a toujours donné le spectacle d’une lutte entre des intérêts divers, entre des partis opposés, inbshilei à s’entendre, à se comprendre même, parce qu’ils ne recoanalasent aucune donnée commune. . ■ ' i .

Chez les individus, même situation. Qui de nous ne rencontre à tout moment des gens qui, pensant sur tel point selon les données de la science, réservent de propos délibéré aux indications Ihéologiques ou métaphysiques certaines parties de ce qui fait l’objet des connaissances humaines, — scindant ainsi ce qui est un, — pour faire d’une portion le terrain dé ta science, de l’autre le domainQ d’une spéculation soumise à tous les risques de rimagination?

Üe là des conflits intestins, assimilables aux conflits entre individus ou entre partis que présentent les choses sociales, et qui se traduisent dans la conduite par ces fluctuations, ces tergiversations dont nous avons si fréquemment lieu de nous affliger.

Assurément, un tel étal de choses demande à être modifie, et c’est un des plus constants sujets de réflexion des esprits que préoccupe à quelque degré le bien de l’humanité.

Mais je ne suis pas de'ceux (il y en a] qui pensent qu'une semhlable modification peut être opérée à bref délai. L’anarchie sociale, conséquence de l’anarchie intellectuelle, ne pourra cesser que lorsque celle-ci aura pris fin. L'anarchie mentale, à son tour, ne peut être corrigée' que par une égalité d’instruction qui ne saurait se’réaliser d’un jour à l’autre.

A côté des diversités que légitiment, que nécessitent ies différentes fonctions sociales, il faut qu’un fonds communjde fouuaissanccs abstraites soit donné à chaque individu; c’est à celle condition qu’une sufnsanlo communion d’idées s’établira entre les hmnmesj 11 faut, en putre, que ce fonds commua comprenne tout te qui a été reconnu^ct établi comme réel par les générations antécédentes; c.'csl à cette condition que les idées communes puronl à la fois solidité et efricacilé pour guider vers l’avenir social. ' ■

On le voit, il ne s’agit de rien moins que de donner à tous une

Tue sufflsiibtd dd l’ensemblè des coniMissances homaines. L'ins^ trucüoD primaiPe, dont on parlo beaucoup, est asaurétnonl quelque chose, «~ 'ot ce serait un résultat que nous serions loin de dédai* gner, que d’amener promptement la masse absolument illettrée à savoir lire et écrire, — mais c’est quelque chose surtout en ce sens, que c’est l’échelon Initial qui mène à tout le reste. D’une nation chez qui la majorité saurait lire et écrire, mais ne saurait rien d’autre, nous ne ferions pas un cas beaucoup plus cons'idérablc que de lauètre propre, où une si forte proportion est encore absolument dépourvue de toute culture, même la plus élémentaire. L’inslructioh primaire, je lo répète, est importante en ce qu’elle donne accès aux connaissances plus élevées; mais elle est com-! plétement iusufûsanle à constituer un lien entre les homnaes, elle ne saurait guider leur conduite, individuelle ou collective.

Ce qu’il faut que chacun possède, c’est, suivant l’c.\pression de Molière, « des clartés de tout. » Certes, prétendre épuiser toutes le^ sciences. serait ahsolupieot irréalisable; aussi, n'est-;cc pas là ce dont il est question. Üne distinction bien tranchée sépare ce qui doit devenir l’avoir intellectuel de tous, de ce qui doit demeurer l’objet des spécialités. Aug. Comte l’a établie lous les désignations caractéfistiques de saootV aèsirail et sonotr conorSf.

Le savoir abstrait comprend les sciences pures, lesquelles réu* nissent, sous des catégories peu nombreuses, toutes les lois qui régissent les phénomènes offerts à notre observation; le savoir concret compreod les sciences appliquées, les.' arts, et emprunte ses moyens à la connaissance dés lois définies par le savoir abstrait. ; •• • r.-l . i.-> ■ ■ ;

Du dernier groupe je h’ai rien è dire, puisque je ne m’ocoapè ici que de ce qui doit être le lot de toqtes les inlelligenoes. '

^ Toutes’ les lois dont les phénomènes sont les manifestations (c'est là, nous l’avons vu, le domaine de la scienee abstratte) font l’objet de six sciences qu’il n'est pas indifférent de ranger dans un ordre ou dans un autre. Âug. 'Comte, et c’esl là Un des grands services qu’il' à rendus à la philosophie, en a ètabK làlïiérarcWe à la fois suivant l’ordre de complication croissante et de généralîté décroissante; Un otitre, il a montré que cette classification est conforme à l’ordre suivant lequel ces diverses sciences se sorti constituées. Cela fait l'objet d’une des leçons de son Cour» d&pkilo»»phie poritive, et, dans rimpostlbllité où je suis de donner ici

de grands détails, ]’y renroie mon leclenr : il y trouvera nn profil véritable en même temps qu’une vive satisfaction mentale,

Ces six sciences, rangées suivant la hiérarchie indiquée ci* dessus, sont : ■ , . ' , . ^

La malhémalique, qui s’occupe, du nombre, de l’espace et du temps;

L’astronomie, dont l’objet est l'élude des astres qui cireulenl dans l’espace illimité et des lois qui règlent leurs mouvements;

La phytique, où l’on a en vue les propriétés qui appartiennent à toute matière considérée en masse : pesanteur, chaleur, son, lumière, électricité; ^ ^ ,

La cAimiV, qui étudie les propriétés moléculaires des corps;

La biologie, dont le champ plus restreint comprend l’étude des tissus organisés, où se manifestent les propriétés qui constituent la vie; > .. > '

Enfin la sociologie ou science de la vie des sociétés, dans laquelle est incluse l’histoire. ^ ,• (; ui . i ■

Dans celte classification, chaque science est indépendante de celles qui la suivent, et, au contraire, absolument dépendante de celles qui la précèdent; nul, quelles que soient ses facultés, :iie peut sans dommage aller de l’une à l’autre sans passer par les intermédiaires. . , ‘ ,

Cet ensemble constitue la préparation indispensable à. tout homme, pour connaître le'milieu dans lequel se passe son existence, en même temps que les conditions sous lesquelles il vit, tant comme individu que comme membre de rbnmanité. , Mais, dira-t-on, il n’est pas possible de donner à tous une (elle somme de connaissances : ceux qui sont condamnés au travail manuel, ceux qui accomplissent pour gagner de quoi vivré des fonctions qui absorbent un temps si long, n’ont guère le loisir d’acquérir tout ce bagage de sciences. ‘ ^ ^

A l’heure présente, je le confesse, il est difficile de généraliser comme cela devrait être l’instruclion scientifique; mais un temps iviendra, et tout y tend, où le. travailleur, après avpir. accompli sa fonction quotidienne, aura encore le loisir de cultiver son, Intel; ligençe. , , , , ,

Tout y tend, ai-je dit. En effet, d’un oété les progrès de l’inr

duslrie reDdent chaque jour tQoins pénibles, et moins absorbants les travaux du prolétaire; d’autre part, et ceci p’est pas moins important, le discrédit s’attache de plus en plus à toute existence improductive, parasite, en sorte que le jour se rapproche où il n’y aura plus de ces gens si nombreux encore en ce moment qui consomment plus qu’ils ne produisent ou môme, consomment sans nullement produire.

I Alors, la somme nécessaire de travail étant effectuée par un plus grand nombre, plus de loisir viendra à ceux qui, actuellement, passent leur vie dans un labeur abrutissanU |

ün autre progrès aussi s’accomplit peu à peu ; les méthodes d’enseignement se perfectionnent, et vienne l’instant, peut-être peu éloigné de nous, où paraîtront des ouvrages écrits non plus au point de vue de la spécialité, mais au contraire dans le but de répandre les connaissances générales; alors tout homme désireux de comprendre les choses de chaque jour pourra se donner à lui-même, en un petit nombre d’années, l’instruction scientifique telle que j’ai tenté d’en donner une idée.

Alors s’ouvriront des perspectives nouvelles : plus de savoir amènera plus de moralité, et les conséquences de cela seront plus de justice et de meilleures conditions de vie pour tous et pour chacun. Alors des doctrines solidement assises rendront les esprits vraiment cohérents et incapables des écarts dont chaque jour nous offre le spectacle attristant. Alors enfin, ces doctrines devenues communes seront un lien puissant entre les hommes, et l’état de lutte qui domine la société se changera en une action commune vers le progrès.

M. Littré l’a dit avec une autorité sous laquelle il m’est doux de m’abriter : « Pour quiconque jette un coup d’œil sur les asso- « dations psychologiques, il n’est pas douteux que le développe- « ment moral ne tienne par un lien étroit au développement « scientifique. La science donne à l’esprit rectitude et impar- « tialilé ; rectitude par le vrai qu’on atteint, impartialité pour les « résultats toujours finalement acceptés, bien qu’ils choquent « opinions, préjugés, croyances. Or, la rectitude et l’impartialité « ont une étroite affinité avec la justice qui, en définitive, est la « régulatrice des choses sociales. C’est ainsi que le vrai et le bon,

« le progrès scientifique et le progrès moral se donnent la main, et « que les sociétés acquièrent, dans leurs rapports entre elles et

Digilized by GocJgfe

« atcc' lenrs membres, plus d'équité el plus de bonté (1). »

. < Les terreurs ne sont pas sans fondement qui assaillent parfois « l’homme rcflcchî'el lés foules irréfléchies. En effet, que volt-ort? « des ébrnnicments prolongés, des espérances déçues, des fluctua* « lions sans arrêt, la crainte du retour d’un passé qu’on repousse » et l’incertitude d’un avenir qu’on ne peut définir. En cette Insta- <f ‘ billté, la philosophie rattache toute In stabilité mentale et sociale (' h la stabilité dé la science, qui est le point fixe donné par U « civilisation antécédente (2). » ‘ i

; (I). K. Littnt. Étutle$ iw kl Parbaret «I k JI/(open-JÿK, 309. . .

!it3):E. liiUré. Préface tFMn.cliicipk,Couri ikphiksopbiepoiilive, à'jL,.Cotate.

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