‹ Histoire de la révolution du 18 marsChapitre 7 sur 60 · ABT · texte numérisé non relu

ABT

Il sera délivré à chaque délégué, membre de l’Assemblée générale, une carte personnelle qui lui servira d'entrée à scs réunions.

Tous les gardes nationaux sont solidaires, et les délégués de la Fédération sont placés sous la sauvegarde immédiate et directe de la garde nationale tout entière.

On décida rapplication immédiate de ces statuts, qui eut pour effet de constituer définitivement le Comité central, Jusque-là provisoire.

Sur la proposition du citoyen Varliu, la réunion vota, à ruoanimitê, La résolution suivante : •> La garde nationale entend reren-

« (tiquer le droit absolu de nommer tous ses chefs et de les ré> « Toquer dès qu’ils ont perdu la conflance de ceux qni les ont élus ;

X Et pour afflrmer par un acte cette revendication, l’Assemblée « décide que les chefs de tous grades devront être soumis immé* « diatement à une nouvelle réélection. »

Puis le citoyen Boursier engagea les délégués à proposer à l’étude de leurs cercles respectifs une motion ainsi conçue : « Dans « le cas où, comme certains bruits tendent à le faire croire, le « siège du gouvernement viendrait à être transporté ailleurs qu’à « Paris, la ville de Paris devrait se constituer immédiatement en « République indépendante. » Il annonça l’intention de soumettre cette motion à la prochaine réunion.

Lors de la séance suivante (au Waux-Hall, 13 mars), toutes les élections avaient été faites régulièrement dans les bataillons adhérents à la Fédération. Chaque délégation d’arrondissement se présenta avec les procès-verbaux en règle; les pouvoirs étaient, en majeure partie, légalisés par la signature du sergent-major des compagnies. La Fédération et le Comité central se trouvaient constitués définitivement : 215 bataillons environ y avaient adhéré.

Dans cette réunion, là fusion des deux sociétés fut compléteinent opérée ; on s’occupa de préparer les moyens d’action de la Fédération : Garibaldi fut acclamé général en chef; le citoyen Ch. Lullier fut nommé colonel d’artillerie; les citoyens Jaclard et Faltot, chefs de légion. Ces citoyens composaient une Commission d’exécution, formée dans le but de se préparer à toutes les éventualités qui pourraient survenir.

L’organisation que nous venons de décrire avait, — est-il besoin de l’ajouter, — une intention politique non dissimulée : « prévenir « toute tentative qui aurait pour but le renversement de la Répu- « blique, » qui, d’après la déclaration préalable des statuts, « ne peut être subordonnée au suffrage universel. » Et, pour réaliser ces intentions, on devait s’efforcer de retirer insensiblement toute influence aux chefs de bataillon actuellement en dissidence avec le Comité central, de façon à ce que celui-ci eût seul l’autorité directrice.

La Fédération de la garde nationale, c’était, en définitive, le corps électoral armé, mettant, au besoin, sa force au service -de son droit pour le faire prévaloir si l’on y portait atteinte.

Lorsque le gouvernement parlera , par la suite , du Comité central, il le qualifiera dédaigneusement « d’organisation occulte, »

formée, « d’une façon inconnue, d’éléments obscurs ». Cependant toutes les réunions qui ont constitué le Comité central ont été publiquement annoncées ; leur compte rendu a été publié par la voie de la presse. Aucune création n’a donc moins cherché à se dissimuler; aucune société n’a moins caché son objet, ses tendances, son but.

Il est vrai qu’aucune personne étrangère à ces réunions n’y était admise; et des précautions prudentes furent prises pour qu’aucun agent de police n’y assistât.

La feinte ignorance manifestée plus tard par le gouvernement ne sera pas plus excusable que celle du public. Quoi qu’il en ait dit, le gouvernement était informé de la constitution de la Fédération de la garde nationale. Au commencement du mois de mars, l’un des membres de ce Comité central si inconnu, eut même l’occasion d’entrer en rapports avec le ministre de l’intérieur, à propos de l’action du Comité. Quelques jours après leur entrevue, le citoyen Courty adressait à M. Picard une lettre rendue publique.

Le gouvernement fera donc preuve de peu de mémoire ou de peu de bonne foi lorsqu’il déclarera ignorer l’existence du Comité central.

Nous avons dit que le Comité central eut une grande influence sur la conduite de la garde nationale lors de l’occupation de Paris par les Prussiens. Dans la nuit qui précéda leur entrée, il fit aussi preuve de bon sens et de patriotisme.

La nouvelle se répandit soudainement dans Paris que des canons appartenant à la garde nationale se trouvaient à Neuilly et avenue de Wagram, emplacements qui devaient être occupés le lendemain par les Prussiens. On n’avait pas songé à les en retirer.

Par les soins du Comité central, le tocsin est sonné. Aussitôt, dans tous les quartiers, la garde nationale s’émeut. On n’a qu’une pensée : soustraire ces canons aux Prussiens qui, certainement, s’en empareraient. Les bataillons, réunis à la hâte, se dirigent vers les points indiqués. Chacun d’eux s’efforce de ramener, en lieu sûr, • le plus de canons qu’il est possible.

Cette œuvre, accomplie avec une extrême précipitation, s’effectua dans un assez grand désordre. Les canons furent transportés un peu partout, mais spécialement place des Vosges, à Belleville, aux Buttes-Chaumont, à Charonne, à La Villette et à Montmartre. Ce sont les habitants de ce quartier qui en avaient emporté le plus grand nombre.

Nous no nous occuperons que de ceux qui furent transportés en cet endroit, puisque ce sont eux seuls qui donnèrent lieu au mouvement dont noos entreprenons le récit.

Les canons rapportés par les bataillons de Montmartre furent d’abord placés boulevard Ornano, où l'on forma un parc. Chaque bataillon établit un service pour leur garde.

C’est alors que survint la loi sur les échéances, dont l’application devait ruiner un si grand nombre do commerçants ; c’est au même moment que s’accrédita le bruit de suppression de la solde attribuée à la garde nationale. La loi sur les loyers, impatiemment désirée, n’avait pas même encore été proposée à l’Assemblée nationale.

Dans ces conditions, Paris et la population de Montmartre, que nous avons surtout en vue maintenant, étaient très-irrités.

Une réunion, qui eut lieu salle Robert, près du boulevard Rochecbouart, rassembla les hommes énergiques et entreprenants du quartier. On y décida que la population de Montmartre placerait de suite les canons sur les hauteurs, afin d’intimider les partisans des idées monarchiques, s’ils tentaient d'imposer à Paris un système politique contraire à ses aspirations. On forma immédiatement, en dehor» de la Fédération et de l'influence du Comité central, un comité que l’on chargea de la défense de l’arrondissement. Il était présidé par le cit. Landowski ; les cit. Brun et Grollard en étaient membres. Le cit. Dardelles, ex-commandant des cavaliers de la République, fût nommé commandant en chef des forces.

Ce Comité, institué salle Robert, siégea rue des Rosiers, 6, et entra immédiatement en fonctions. Le concours des artilleurs de la garde nationale et celui du génie auxiliaire furent acceptés. Par les soins de ce dernier corps, des tranchées furent creusées sur les huttes.

Avant que ce Comité d’exécution n’eût été nommé, une réunion provoquée par des personnes qui n’étaient pas d’avis que Montmartre dût entrer immédiatement dans une voie aussi révolutionnaire, avait eu lieu salle Robert. Dans cette séance, à laquelle assistait une délégation du 61* bataillon (de Montmartre), avait été rédigée une note, par laquelie on déclarait qu’on devait rendre les canons au gouvernement. Ce document fut rendu public par son insertion dans le journal le Rappel.

Lorsqu’on) en eut connaissance à Montmartre, le 61* Imtaillon et ses délégués furent unanimement blâmés. On leur fit observer

qu’un bataillon n’avait pas le droit d’agir, d’engager les autres, sans leur assentiment.

Sur ces entrefaites, le général Vinoy ordonna la suppression de plusieurs journaux; le Figaro publia des articles qui provoquaient le gouvernement à une action violente, qui surexcitaient incessamment la réaction et menaçaient des dernières rigueurs les habitants des buttes.

Tout ceci contribua, naturellement, à augmenter l’irritation de la population de Montmartre.

L’opinion publique, à Paris, était généralement que les canons rentreraient promptement en la possession du gouvernement s’il avait recours à des moyens modérés. Ces canons braqués sur la ville, inquiétaient, effrayaient bien la population bourgeoise; mais elle pensait que cet enfantillage ne durerait plus longtemps ; elle était convaincue que les gardiens des canons se fatigueraient bientôt de cette corvée exceptionnelle.

Telle était la situation de Paris et de Montmartre lorsque le gouvernement entreprit, sans avertissement préalable, dans la nuit du 17 au 18 mars, l’attaque des buttes.

Journée du §amedl 18 mars

La proclamation suivante, datée du 17 mars, et qui a dû être rédigée à une heure avancée de la soirée, fut placardée le matin dans Paris :

Habitants de Paris,

Nous nous adressons encore à vous, i votre raison et à votre patrio* tisme, et nous espérons que noua serons écoutés.

Voire grande cité, qui ne peut vivre que par l'ordre, est profondément troublée dans quelques quartiers, et le trouble de ces quartiers, sans se propager dans les autres, suffit cependant pour y empêcher le retour du travail et de l’aisance.

Depuis quelque temps, des hommes malintentionnés, sous prétexte de résister aux Prussiens, qui ne sont plus dans vos murs, se sont constitués les maîtres d’une partie de la ville, y ont élevé des retranchements, y montent la garde, vous forcent i. la monter avec eux, par ordre d’un comité occulte qui prétend commander seul à une partie de la garde nationale, méconnaît ainsi l’autorité du général d'Âurelles, si digne d’étre à votre tète, et veut former un gouvernement en opposition au gouvernement légal, institué par le suffrage universel.

Ces hommes qui vous ont causé déjà tant de mal, que vous avez dispersés vous-mêmes au 31 octobre, affichent la prétention de vous défendre contre les Prussiens, qui n'ont fait que paraître dans vos murs, et dont ces désordres retardent le départ définitif ; braquent des canons qui, s'ils faisaient feu, ne foudroieraient que voS maisons, vos enfants et vousmémes ; enfin, compromettent la République au lieu de la défendre ; car, s'il s’établissait dans l’opinion de la France que la République est la compagne nécessaire du désordre, la République serait perdue. Ne les croyez pas, et écoutez la vérKé que nous vous disons en toute sincérité !

Le gonTerncment, institué par la Nation tout entière, aurait déjà pu reprendre ces canons dérobés à l’État, et qui, en ce moment, ne menacent que vous ; enlever ces retranchements ridicules qui n'arrétent que le commerce, et mettre sous la main de la justice les criminels qui ne craindraient pas de faire succéder la guerre civile à la guerre étrangère; mais il a voulu donner aux hommes trompés le temps du se séparer de ceux qui les trompent.

Cependant le temps qu’on a accordé aux hommes de bonne foi pour se séparer des hommes de mauvai.se foi est pris sur votre repos, sur votre bien-être, sur le bien-être de la France tout entière. Il faut donc ne pas le prolonger indéünimcnt. Tant que dure cet état de choses, le commerce est arrêté, vos boutiques sont désertes, les commandes qui viendraient de toutes parts sont suspendues, vos bras sont oisifs, le crédit ne renaît pas; les capitaux, dont le gouvernement a besoin pour délivrer le territoire de la présence de l'ennemi, hésitent à se présenter. Dans votre intérêt même, dans celui de votre Cité, comme dans celui de la France, le gouvernement est résolu à agir. Les coupables qui ont prétendu inititucr un gouvernement à eux vont être livrés à la justice régulière. Les canons dérobés à l’État vont être rétablis dans les arsenaux, et, pour exécuter cet acte urgent de justice et de raison, le Gouvernement compte sur votre concours. Que les bons citoyens se séparent des mauvais ; qu’ils aident à la force publique au lieu de lui résister. Ils hâteront ainsi le retour de l’aisance dans la Cité, et rendront service à la République elle-même, que le désordre ruinerait dans l’opinion do la France.

Parisiens, nous vous tenons ce langage parce que nous estimons votre bon sens, votre sagesse, votre patriotisme ; mais, cet avertissement >lonné, vous nous approuverez de recourir à la force, car il faut à tout prix, et sans un jour de retard, que l’ordre, condition de votre bien-être, renaisse entier, immédiat, inaltérable.

Paris, le 17 mars 1871.

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