LIVRE CINQUIÈME
Depuis le jour où Louis XVI avait péri sous les yeui '^^~\^ de son peuple et de ta main du bourreau, sa famille, ,^ -consumée par les angoisses, était restée prisonnière. ^i'^emp'E Durant les premiers mois, soit oubli, soit dédain, on n^avait point ajouté aux rigueurs de sa captivité; on s'était borné à expulser le fidèle Cléry de la tour du Temple, et à le remplacer, dans son service auprès des princesses, par un nommé Tison, misérable espion, soldé parla commune. La reine évitait de descendre au jardin, pour ne point passer devant l'ancien appartement de Louis XVI : vers la fm de février, elle avait obtenu la permission de monter sur le donjon avec ses
«iVM. MÀXf. — coït. ItT. lU 1 i
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s nÈVOLllT[OH FRAKÇUSE.
.fin. deux enfants, donl la santé rëcUmait un air moins impur que celui des chambres basses. A l'époque de la fuile de Dumourîez, le conseil général crut devoir redoubler de surveillance : par ses ordres, on éleva dans le jardin un mur qui contribuait encore à séparer du monde les infortunés otages de la république. La commune statua, en outre, que Marie-Antoinette et ses enfants ne pourraient se promener sur la plate-forme de la lour que surveillés de près par trois commissaires, assistés du commandant du poste; enfin, elle fît murer des fenêtres et des créneaux à travers lesquels les prisonniers pouvaient encore entrevoir Paris. Là ne ae bornèrent pas les persécutions : on enjoignit aux officiers municipaux de faire fouiller les princesses et le jeune fils de Louis XVI, et ils s'acquittèrent fréquemment de cette mission avec une honteuse sévérité. La famille royale ne pouvait se procurer ni linge, ni vêtements de deuil, ni remèdes, sans en demander la permission à la commune, et ces réclamations étaient disculées avec une odieuse parcimonie ; parfois même on refusait d'envoyer à la tour du Temple les officiers de santé dont la présence était nécessaire, et.lcjeuneprince é(ant tombé gravement malade, la commune ne consentit qu'après de longs délais à le faire visiter par le médecin ordinaire des prisons. On se garda bien de désigner celui qui donnait autrefois des soins àla famille royale, de peur de blesser l'égalité en usant de pareils égards envers te petit Capet^. Depuis celte époque la santé du fils de Lonîs XVI commença & s'altérer, et
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COrtTENTEON KATIO!tAlE. 5
les progrès du mal suivireot une marche lente, mais oci. «». continoe.
Les précautions n'étaient point si rigoureuses, que la îf"""» fidélité, plusbabileencorequeia haine, nelrouTèt moyen ■'•i»"'^ d'offrir à la triste famille quelques rares et touchantes consolations : Marie- Antoinette eut connaissance de t'insurreciion lyonnaise et des victoires de la Vendée; elle sutqu'aii dehors un petit nombre d'amis Iravailtaient à sa délivrance ; jusque dans le sein même de la commune du 10 août, parmi les persécuteurs, il se trouva des hommes que la vue de tant d'Infortunes rendit accessibles à la piliû : que dis-je? il se rencontra de généreux courtisans et des martyrs. Parmi eux l'histoire reconnaissante retiendra le nom du jeune Toulan : un plan d'évasion fut concerté entre lui et le baron de Ba(z, cl l'on se crut à la veille de le faire réussir; mais il était impossible de rendre  la liberté, en une seule nuit, les quatre captifs du Temple : la reine, craignant d'attirer sur ses enfants et sur madame Elisabeth la colère de ses ennemis, refusa de fuir seule, et on dut renoncer h faciliter sa délivrance. Plus tard, la commune acquit la preuve de cette généreuse tentative, et iUn coûta la vie à Tonlan.
Les oOiciersmunicipauXid'ailleursen si petit nombre, qui se dévouaient pour le snlut de la reine, réussirent quelquefois à faire passer jusqu'aux princes émigrés les lettres et les touchantes marques de souvenir de la famille captive. On savait (et la haine des républicains n'en devenait que plus vive) que la mère et la tante de l'héritier de Louis XVI lui témoignaient la déférence re^wctueuse due au légitime chef de ta race capé-
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4 RÊV OLimO» FIUKCilSB.
Ort. no3. tienne : ainsi était maintenu le dogme fondamental de l'ancienne monarchie; ainsi se manifestait, sous la Toûle d'un cachot, mieux encore que dans te camp de l'émigration, la douloureuse et innocente roifaaté de Louis XVII.
)<■'!«- La conrention ne larda pas à mellre un terme à ces
attrfurt» dernières consolations : par un décret rendu le 3 juillet, elle ordonna que Louii-Charlei Capet serait séparé de sa mère, et renfermé dans la chambre la plus sûre du donjon. La scène déchirante qui se passa alors dans la prison du Temple est du nomhrede celles qu'il faut renoncera redire : mais les ofBciers municipaux furent sourds aux cris du désespoir; ils menacèrent de tuer le jeune prince sous les yeux de sa mère, si on ne consentaitàrabandonnerenlre leurs mains; et la reine, vaincue par la terreur, se résigna à obéir. Càf^^** Ujeune prince fut con6é à la garde d'un saTeder,
LMtoini. officier municipal, nommé Simon, celui de tous les bourreaux révolutionnaires dont le nom restera entaché du plus exécrable souvenir. Marie-Antoinette, plongée dans les plus vivesangoisses, supplia vainement la commune d'apporter quelque adoucissement à ses douleurs ; vainement elle offrit de se borner à voir son fils en présence de témoins, pendant qu'il serait à lable, $ant l'en^atser ni lui parler : les magistrats républicains, exagérant la tyrannie jusqu'aux dernières limites, passèrent froidement à l'ordre du jour. Cependant l'infâme Simon se mit promptement i l'œuvre, et, pour remplir dignement la mission que lui avait confiée ta commune, il entreprit, à l'aide des plus affreux traitements, d'abrutir jusqu'à la stupidité le (ils de soixante
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GOHVEKTIOH NATIONALE. S
rois. Dès le premier jour, il lui fit quitter ses habits de oci. 1193. deuil ponr le coiffer d'un bonnet rouge; puis il le réduisit à la misérable condition d'apprenti bottier. Plus cruel encore, à force de coups il le conlraigni t à répéter . des blasphèmes, h chanter des couplets obscènes dont le pauvre enfant ne comprenait pas le sens, mais qu'i^ avait en horreur, parce que souvent ils étaient dirigés contre sa propre mère.
Lesprincesses demeurèrent ensuite, nuit et jour, sous unIm les verrous. Trois fois par jour on les fouillait, et l'on ' s'assurait de la solidité des barreaux de leurs fenêtres. Elles n'avaient personne pour les servir ; elles faisaient elles>mémes leurs lits. Pour tout bonheur, elles obtenaient encore de monter sur la plate-forme, et la reine entrevoyait de loin son fils par la fente d'une porte : elle restait des heures entières à cette place, épiant le moment de cette triste joie. On ne larda pas à l'en priver. Le2 août, vers deux heures du matin, des agents de la commune vinrent éveiller l'auguste fille de Marie- Thérèse, pour lui lire le décret de la convention en vertu duquel elle devait être renfermée à la Conciergerie jusqu'à l'issue de son procès : elle entendit la lecture de cet ordre sans s'émouvoir et sans prononcer une parole. Madame Elisabeth et Madame Itoyalc supplièrent les ofBciers municipaux d'associer leur sort h celui de la reine; maison refusa de leur accorder cette grâce. Pendant que Mane-An toi nette faisait elle-mêrue le paquet de ses hardes, les commissaires ne la quittaient pas ; elle fut obligée de s'habiller devant eux ; puis ils fouillèrent ses poches, et ne lui laissèrent qu'un mouchoir et un flacon. An moment de partir, la reine se jeta dans
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« RÉVOLUTION {''RANÇAtSE.
.. nos Ira bras de sa fiile et de sa sœur; elle recommanda h Madame Royale d'obéir aux volontés de son père, et de oe jamais tirer vengeance de tant d'outrages. On lui fit ^ descendre l'escalier de la tour; et, comme elle marcliait absorbée par le sentiment de sa douleur, elle heurta durement sa tête contre les madriers : Vouséte.vota bteaée? lui dit l'un des oDiciers municipaux. Ah ! répondit-elle, dont fétat où je mit rtcii ne patt me faire de mal. Quelques instants après, quarante gendarmesà cheval, le sabre nu, escortaient la voilure qui la transportait jusque sous les guichets de sa nouvelle prison.
Arrivée à la Conciergerie, la fille des rois et des empereurs, celle que naguère poursuivait de son adoralion ou de son envie la multitude dorée des courUsans et des princes, Marie-Antoinette, se vit ccrouée et détenue dans un cachot sombre et humide, haut de sept pieds, large de seize, et dont une partie fut réservée à deux gendarmes chargés de garder nuit et jour sa per- ' sonne, et de surveiller ses moindres actions. Un lit de sangles et son traversin, une cuvette, une petite table grossière, un tabouret d'étofîe ordinaire et deux chaises de paille de la prison composèrent désormais son ameublement. Une femme du peuple fut cliargée des détails subalternes de propreté. Pendant les premiers jours, la reine manqua de linge; cependant on mit fi sa disposition trois chemises, qu'on lui donnait alternativement tous les dix joui-s. Souvent des administrateurs de police, l'accusateur public ou des membres du comité de sûreté générale, venaient eux-mêmes faire dans son cachot et sur sa personne d'outrageantes per-
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COHÏEBTIOB KATIONALB.
quishions. Les soins pieux de Roealie Lamorlière ', o«t. 11». filte de service placée auprès de la reine, conlribuèrenl quelquefois à adoucir l'horreur de cet abandon et de cet emprisonnement infîâme : madame Richard, femme du concierge, s'honora également en osant témoigner h rillusb% détenue autnnt d'égards et de pitié que la crainte de l'échafaud permettait d'en faire paraître.
Pendant plus àa deux mois cette situation affreuse se vm «niait» prolongea, sans autre changement que des recrudcs- mwu«. cences de précaution et de rigueur, sans qu'il fût permis & la reine de se soustraire un seul moment \ la surveillance ignoblement exercée par deux gendarmes. Hais, jusque dans l'horreur des cachols, les espérances de la fidélité s'attachaient encore à sa destinée, et de généreux complots étaient ourdis pour son salut : touché de pilic, M. Michonis, membre de la commune et administrateur de la prison, parvint ù introduire auprès de la reine le marquis de Rougeville, royaliste ardent et dévoué, qui lui remit un billet sur lequel étaient tracés quelques mots relatifs à un plan d'évasion préparé au dehors. Dénoncés par des espions, Hichonis cl ses généreux complices furent arrêtés, livrés au tribunal révolutionnaire; et celte tentative n'eut d'autre résultat que d'accroître les maux de la reine et la défiance de ses persécuteurs. Le concierge Richard et sa femme ' furent destitués et mis en prison ; mais Rosalie, étant demeurée an service du nouveau concierge, ne cessa point de faireparvcnir jusqu'à la reine les témoignages d'une compassion active et respectueuse.
■ Femme do charàrc, iiéo ii Brelcnil, «i Picirdïe.
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8 RËVOLCTION FRANÇAISE.
OcL 1795, La reine conlinuait à se voir refuser les objets tesplus vulgaires, ceux dontla privalion importune davantage : pour réparer sa robe de deuil, déjà usée, elle était réduite à déOler les mailles de ses bas, et encore lui refusait-on des ciseaux et des aiguilles. De son cachot, placé entre la cour de la ptstole, où les femmesavaient leur logement, et la cour du préau, où les. hommes étaient réunis, la reine entendait appeler par* leurs noms les prisonniers qu'on envoyait devant le tribunal i-évotutiotmaire : son oreille était en outre souillée des cris et des chants impudiques dont les femmes. de mauvaise vie, parquées non loin d'elle, faisaient retentir les corridors et les voûtes de la prison. Cependant, à travers les grilles voisines, la reine pouvaitvoir apparaître les visages amis de quelques dames captives,. et deviner la pensée écrite dans beaucoup de regardS' levés au ciel pour sa délivrance.
"1 J^î" l* 1 2 octobre, sur les dix heures du soir, deux raemdg 11 Miw. bfpè ju tribunal révolutionnaire, accompagnés d'ua iospecieur de police et d'un greffier, entrèrent brusquement dans le cachot de la reine : on lui donna-. quelques minutes pour s'habiller, et, au même instant, on lui fit subir un long interrogatoire. Le lendemain, un juge, un greffier et deux huissiers vinrent lui noliûer son acte d'accusation, qu'elle entendit lire jusqu'au^ bout sans proférer une parole. Le juge lui demanda si elle avait fait choix d'un défenseur. «Je n'en connaisaucun, » répondit Harie-Antoi nette : on lui dé^gna alors HM. Tronçon-Ducoudray et Chauveau-Lagardc,. qu'elle accepta. I^e 14 au matin, la reine passa une heure en prières ; puis elle témoigna le désir de faire-
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CONVERTlOIt HATIONAU!. S
Tenir auprès d'elle un confesseur. Comme la commune Oct. 1793. ne voulait envoyer dans son cachot qu'un prêtre schismatique, Marie-Anloinelte s'abstint de recourir au ministère d'un apostat, et elle remit sa cause à Dieu. On a dit que le dévouement généreux de quelques amis avait introduit auprès de la reine un respectable ecclésiastique qui reçut sa dernière confession : on a nommé ce prêtre, et son nom a été entouré d'une vénération profonde. Ces circonstances ne nous ont point paru établies par des preuves positives, et nous n'avons pas cru devoir les admettre comme certaines : nous pensons qu'un tel récit serait plus consolant que vraisemblable t et nous nous almtenons en même temps de le contredire et d'y ajouter foi. D est certain que l'ardente volonté de la reine appelait les secours d'un digne ministre de Dieu : et d'ailleurs son repentir fut consacré par tant d'expiations!...
La reine, cédant aux conseils de ses défenseurs, .^'^'•^ écrivit à la convention pour demander un délai nécessaire h la recherche des preuves qui la justiGaient, et à la réfutation des charges amassées contre elle : aucun sursis ne lui fut accordé, et le procès commença, le 15 octobre, devant le tribunal révolutionnaire. Ce jour-là, Naric-Antoinette, vêtue de noir, comparut à ta même place où s'était assis Marat. Le lieu de l'audience était l'ancienne grand'cbambre du parlement, où de nos jours siège encore la cour de cassation . La séance judiciaire s'ouvrit à huit heures du matin ; Hermann présidait le tribunal; le menuisier Dupleix, bôle et commensal de Robespierre, était le chef du jury.
L'acte d'accusation demeurera comme le témoignage
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10 nËVO[.UTIOI< FRANÇAISE.
. 1793. d'une haine qui ne reculait ni devant l'iniquité ni devant rinfamie. Ia reine, toujours qualifiée du nom de veuve Capel, y était signalée comme la complice ordinaire des prétendus attentais de Louis XVI; depnis l'afTaire du collier jusqu'au combat du 10 août, tous les actes entrepris par la royauté pour résister à ses ennemis lui étaient imputés à crime : meurtres, corruption, dilapidations, trahisons, débauches, on lui imputait tous les forrails, jusqu'à l'inceste. 11 fallait des preuves, et les monstres qui énonçaient de pareils chefs d'accusation ne pouvaient produire aucune pièce écrite; ils se voyaient réduits à faire appel au souvenir du peuple, de ce même peuple que depuis sept ans d'abominables pamphlets avaient disposé h tout croire, et qui, en présence de cette immense infortune, demeurait silencieux et atterré. Cependant de nombreux témoins furent entendus, parmi lesquels figuraient le député Lccointre (de Versailles], montagnard cruel, et deux hommes à jamais détestés, Hébert et Simon. Quelques autres, tels que Manuel, Valazé, Bailly, ta Tour-du-Pin, appartenaient à la Gironde ou h l'ancien parti feuillant; on espérait que la menace permanente de l'échafaud les porterait use joindre aux accusateurs : que justice leur soit rendue! ils refusèrent de s'associer au crime et de tremper leurs mains dans le sang de la reine.
On croyait que Marie-Antoinette s'abstiendrait de reconnaître ses juges et de leur répondre. Soit qu'elle craignit de compromettre davantage ses malheureux enfants et sa sœur ; soit qu'elle ne voulût pas condamner par son courageux silence l'exemple que lui avaitdonné liOuis XVI lorsqu'il comparut devant la convention, la
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CONVENTION NATIONALE. fl
reine conseniitâse justifier et à discuter les témoignages Ocunic. invoqués contre elle. Ses réponses furent articulées avec dignité et modération; mais. leur précision étonna les juges, et il ne resta rien ensuite de l'échafaudage élevé péniblement par l'atroce Fouquier-Tin ville. Durant ce long interrogatoire, le beau visage de la reine demeura remarquable par sa pâleur; quelquefois une vive rougeur le colorait subitement, et ce n'était point rcffet de la crainte, mais celui des souvenirs. Lorsque Hanuel fut entendu comme témoin, il eut le courage de montrer envers la reine des sentiments d'humanité que te passé de cet homme semblait contredire. Quand ce fut le tour de Sylvain Baïlly, l'ancien maire de Paris, on fut témoin d'un spectacle plus consolant encore : « Connaissez-vous la femme Capet? lui dit le [irésident. — Oui, répondit le généreux témoin en saluant avec respect, je connais madame. » IjCS débats languissaient, et ks jurés, quoique bien résolus & prononcer un arrêt de mort, s'étonnaient de voir l'accusation ruinée pièce i pièce : alors Hébert eut l'affreux cynisme d'insister sur une déposition qu'il avait déjà faite pendant le cours do l'instruction. Comme, à l'aide de Simon, son complice, il avait fait subir au jeune fils de Louis XVI un long et minutieux interrogatoire, il était parvenu, soit ruse, soit mauvais traitements, à obtenir des réponses dont ce pauvre enfant ne connaissait point le sens, et qui tendaient h imputer àHarie-Antoincttc des crimes d'une nature si révoltante, qu'Âgrippine n'eût point osé en concevoir la pensée. Muni de ces aveux surpris à l'ignorance d'un enfant de huit ans, Hébert osa dérouler de\'ant le tribunal le tableau dos infamies imaginaires
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13 ftËVOLUnON FRANÇAISE.
Oet. 1795. que notre ptiime ne veut point tracer. La reine gardait le silence ; un juré demanda qu'elle fût interpellée sur le fait, et Marie-Antoinette prononça ces paroles : a Si je « n'ai rien dit, c'est que la nature se refuse à répondre « à une pareille accusation dirigée contre une mère. » Puis, élevant la voix et se tournant vers le sinistre auditoire, elle ajouta: «J'en appclleà toutes tes mères!» A ce cri, les bacchantes de la guillotine qui garnissaient les tribunes se sentirent elles-mêmes saisies de pitié; plusieursd'entre elles éclatèrenten sanglots, etl'infàme Hébert se sentit confondu.
Fouquier-Tinville prit la parole, et conclut i la peine de mort : après lui parlèrent les deux défenseurs, HH. Ghauveau-La garde et Tronçon -Ducoudray. On ne permit pas de recueillir leurs plaidoyers; mais la ^aditioD nons apprend qu'ils furent éloquents et dignes. Un moment après, Hermann résuma les débals, et, sous ce prétexte, reconstitua l'accusation, que les avocats de la reine avaient détruite. En terminant, il posa aux jurés les questions suivaDies :
i. Ëst-it constant qu'il ait existé des manœuvres et intelligences avec les puissances étrangères et autresennemis extérieurs de la république, lesditcs manœuvres et intelligences tendant à leur fournir des secours en argent, à leur donner l'entrée du territoire français, et } faciliter les progrès de leurs armes?
2. Marie-Antoinette d'Autriche, veuve de Lonis Gapet, est-eltc convaincue d'avoir coopéré à ces manœuvres et d'avoir entretenu ces intelligences?