Est-il constant qu'il a existé un complot et unu
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CONVEimOH HATEOKALE »
conspiration tendant à allumer la guerre civile dans Oct. n», l'intérieur de la république?
4. Marie-Antoinette d'Autriche, veuvede Louis Capet, est-elle convaincue d'avoir participé à ce complot et à cette conspiration 7
Le 16 octobre, versdeuK heures du matin, les jurés ^J!^"^ firent connaître leur réponse : elle était unanime et '^'HUflî!'' affirmative sur toutes les questions. Marie-Antoineite fut rappelée à l'audience, et condamnée à mort : elle entendit prononcer la sentence avec une noble résignation, et fut ramenée dans son cachot pour y attendre lo supplice. Là, à son tour, elle écrivit son testament, ou Au moins la lettre louchante qui devait en tonir lieu, et qui renfennait l'expression de ses dernières pensées : «Que mon fils, y disait-elle, n'oublie jamais les der- «niers mots de son père, que je lui répète expresséa ment : Qu'il ne diercke jamais à venger notre mort. » Us peu plus loin, elle ajoutait : a Je meurs dans la a religion catholique, apostolique, romaine, dans celle ce de mes pères, dans celle où j'ai été élevée, et que j'ai a toujours professée. N'ayant aucune consolation spiria tuelle à attendre ; ne sachant pas s'il existe encore ici « des prêtres de cette religion, et même le lieu où je « suis les exposerait trop s'ilsy entraient une fois; je « demande sincèrement pardon à Dieu de tontes les « fautes que j'ai pu commettre depuis que j'existe. ' a J'e^ère que, dans sa bonté, il voudra bien recevoir a mes derniers vœux, ainsi que ceux que je fais depuis « longtemps pour qu'il veuille bien recevoir mon âme' « dans sa miséricorde... »
Un moment avant l'heure du supplice, on ût entrer
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14 RftVOlimON FRANÇAISE.
oet. ji(s. n» prélfe constitutionnel dans le cachot de la reine. Durement invitée à confesser tous ses crimes, Marie- Ânloinetle répondit : « Je ne vous ai point attendu pour « demander à Dieu pardon de mes fautes. Quant k des « crimes, je n'en commis jamais. » Fuis elle cessa de parler ou de répondre à cet homme. Le prêtre apostat étant sorti, on fil entrer un gendarme, qui ne cessa de surveiller Ma rie- Antoinette ave^; une rigoureuse brutalité. La reine quitta ses vêtements de deuil, et revêtit un déshabillé blanc qui lui servait de robe do matin : elle voulait couper elle-même ses cheveux, pour s'épargner l'ignoble toilette de l'échafaud, qui avait fait frémir Louis XVI; mais celte consolation lui fut refusée, et le bourreau s'acquitta de cet office : ensuite il lui attacha avec violence les mains derrière te dos, et la princesse retint à peine les larmes que semblaient lui Fvp^iee arracher la souffrance et l'opprobre. A onze heures, on
ibii»anioi- la fit monter dans la charrette réservée aux criminels vulgaires, et l'on plaça auprès d'elle le prêtre schifflnatique dont la présence était pour l'auguste condamnée un tourment de plus. La reine, les mains liées, rudement secouée par la charrette, tremblait de froid, et montrait néanmoins une contenance calme et courageuse : elle regardait la multitude avec un œil serein, et ne répondait que par le silence et la douceur aux abominables cris de joie que des hommes ivres poussaient sur son passage. La marche, que les bourreaux semblaient volontairement ralentir, dura près de deux heures. Fendant ce long trajet, la reine semblait considérer d'un œil distrait les banderoles tricolores dont beaucoup de fenêb^ étaient pavoisées. Devant te Palais-
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GOmEKTIOK NATIONALE. 13
Royal, elle soupira et détourna ta vue. £n face de l'église ôâTÏTsH* Saint-Roch, le comédien Grammont, qui commandait la cavalerie, lil arrêter le corlége, aQn que la populace entassée sur les marches du perron pût à son aise voir et outrager la victime, et, de toutes parts, on n'entendit que CCS mots : Médim! Me$$alinel Frédégonde!... Il était midi et demi lorsque la charrelte s'arrêta au pied de l'écliafaud, d'où la GUc des Césars contempla sans obstacle ce beau palais des Tuileries qui lui rappelait tant de souvenirs. A cette vue, son visage se couvrit d'une vive rougeur. Quand on lui fit monter les degrés de la gnillotine, Marie-Antoinette heurta, sans le vouloir, le pied de l'aide du bourreau ; elle demanda pardon k cet homme de lui avoir fait mal; puis, arrivée sur la plate-forme, elle leva les yeux au ciel, et se livra anx exécuteurs : un moment après, sa tâle tomba sous le couteau ; et ses restes, portés au cimetière de la Madeleine, près des ossements de Louis XVI, furent recouverts de chaux vive.
Elle périt, h l'âge de Irenle-sept ans. Au souvenir d'une si grande infortune, l'âme s'épouvante, et l'on se tait. Aucune parole de pitié ne semblerait digne de celte fin tragique, aucune malédictioif ne paraîtrait assez forte contre les bourreaux ; et nous gardons le silence autant par impuissance de le rompre dignement qac par pudeur pour notre patrie, qui fut témoin du supplice, et n'osa l'empêcher.
Le jour même oii Harie-Antoinelte expirait sur BjnnaiiM l'échafaud, la cohue de pillards et d'anarchistes qui »i>i«* s'intitulait armée révoliUionnaire procédait, dans les s™»-»»*.. tombes royales de Saint-Denis, à la dévastation sacrilège
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RtVOUITIOIt FRASÇAISE.
Od. 1799. qu'un décret de la convenUon avait naguère ordonnée. Commencés le 5 août, les travaux entrepris pour la ruine des sépultures de nos anciens rois furent activement poursuivis jusqu'à la fin d'octobre. T^ plupart des monuments que le marteau populaire brisait ainsi étaient des œuvres d'art fort remarquables ; et certes si les Barbares du Nord eussent envahi noire pairie, jamais ils n'auraient eu la pensée criminelle d'y porter atteinte : la faction des cordeliers, stimulée par Hébert, Ronsin, Vincent, Momoro, et encouragée par la convention elle-même, voulut poursuivre la monarchie jusque dans le silence du sépulcre ; elle ne fut point épouvantée par le respect dû à la cendre des morts : pour de tels hommes, les rois étaient en dehors de l'humanité. On se mit donc h briser les tombes, h démolir les profonds caveaux, à ouvrir les cercueils de plomb, à jeter pêle-mêle, dans une fosse commune, les ossements de tant de rois et de tant de reines, successeurs de Clovis et' de Hugues Gapet. La plupart de ces cadavres étaient réduits en poussière; d'autres, à l'état de putréfaction ; et, malgré de nombreuses précautions sanitaires, plusieurs ouvriers employés à ces destructions impies ne purent poursuivre impunément leur travail. La multitude présente h ces profanations les considérait avec une brutale curiosité, et parfois elle s'elTrayait d'un tel spectacle. Henri tV, lorsque son tombeau fut ouvert, apparut comme si sa mort ne datait que de la veille ; on reconnut Louis XIII à sa figure exactement conservée et encore parée de ses moustaches ; les traits de Louis XIV n'avaient point été déformés par le temps, mais la face du grand roi était
«ntièremânt noire. Les tombes de Daguesclîa et de oct. ii93 Tarenne furent également brisées el souillées. La reconnaissance était morte dans tous les cœurs, aussi bien que le sentiment de la honte : la vengeance des révolutions ne distinguait point entre ceux qui avaient jadis sauvé la France au prix de leur sang, et ceux qui 4'avaient opprimée par l'exaction ou l'injustice : elle remontait jusqu'à Dagobert et jusqu'à sainte Balbilde jpour y retrouver encore des occasions de régicide.
A Paris, la mort était en permanence ; et l'attention rr*ci> publique, h peine émue partant d'événements, suivait Einodiiu. avec interét les débats du procès intenté aux députés grondins devant le tribunal criminel. On ne s'était point encore habitué à voir figurer sur le banc des accusés un si grand nombœ d'hommes, parmi lesquels il s'en trouvait plusieurs d'illustres, et qui tous avaient été mêlés activement au drame de la révolution. L'affaire avait commencé le 24 octobre, et les prévenus, au nombre de vingt et un, étaient : firissot, Vergniaud, 4jensonné, Duperret, Carra, Gardien, Dufriche-Valaxé, Daprat , Sïllery, Fauchet , Ducos , Boyer-Fonfrède, Lasource, Beauvais, Duchastel, Uainvtelle, Lacaze, Lehardy, Boileau, Anliboul etVigée. L'acte d'accusation fonçait toutes les charges quedepuis un an les jacobins et les montagnards dirigeaient contre la faction modérée : on y rappelait le passé des girondins ; on leur imputait à crime d'avoir voulu prolonger le pouvoir et 4e règne de ce roi que la plupart d'entre eux , lâchement et contre leur conscience, avaient envoyé à la mort. On oMifoiKliit dans le même réquisitoire les accusés présents dont nous avons donné la liste, et leurs complices
Mtm. ntnç. — ttnt. ut. n. S
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M RtTOUmCHI FRABÇ&KE.
éct. 1793. absents, tels que Rolaad, ClaTière, La^jninais, Lonvet, Barbaroux, Pélbion, Rabaud Samt-Etienne, Buzot, Guadet, Gondorcet, Grangeneuve, Biroteau, et les aulres. L'accusateur public les représentait tous comme les complices de la Fayette et de Dumouriez, comme tes anciens protecteurs du ministre-Narbonne ; il les montrait transigeant en secret avec Louis XVI, tandis que le peuple se préparait à renverser le trône ; il leur reprochait d'avoir voulu sauver le roi au 10 août et de s'être opposés à la déchéance de ce prince dans le sein de l'assemblée législative. Venaient ensuite les griefs parti< culiers à chacun des accusés : les uns avaient été journalistes aux gages de madame Roland ; les aulres s'étaient rendus à l'Angleterre ou à la Prusse, pour livrer la France au duc d'Vorck ou au prince de Brunswick ; la plupart avaient calomnié la Montagne et la convention ; presque tous, durant le procès du roi, avaient été cause de mille lenteurs calculées pour soustraire ce prince à la mort ; tous, enfin, étaioit signalés comme les auteurs ou les complices d'un vaste complot tendant à établir le gouvernement fédéraliste, h dissoudre la convention et à avilir le peuple de Paris. On pense bien qu'il était question des poursuites intentées à Marat, l'ami du peuple, et qu'on énumérail longuement les attentats de la commission des Douse, l'arrestation d'Hébert, les menaces d'Isnard contre Paris, l'insurrection du Calvados et de l'Eure, la guerre civile suscitée par le fédéralisme dans tous les départements du Midi, à Lyon, à Toulon, à Blarseilte, à Toulouse, i Bordeaux, partout. L'assassinat de Harat par Charlotte Cordaj formait l'un des chefs d'accusation les plus
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C(KtTE!niO!i KATIOIiiLE. 10'
graves; la inôrtdeLepellelier était en outre impolie oct. nés. . aux gîroodins : enûn, on voyait en eux les mslruinenis dePitt et l'avant-garde des armées étrangères. Étrange drame judiciaire, danslequelil était moins question de justice que de force I Aux yeux de leurs ennemis, les girondins étaient surtout coupables d'être vaincus, élit ne s'agissait que de colorer d'an semblant de légalité la décision qui les enverrait à la mort.
Les accusés se défendaient sans beaucoup de dignité, niant leur passé, dissimulant les actes dont iU s'étaient autrefois faitgloire, désavouant pour la plupart les traits de généroâté ouïes remords dont on leur faisait autant decrimes: plusieurs, tels que Brissot, Ducos, Fonfrède et Guadel, montraient assez de présence d'esprit et d'assurance; Vergniaud, que la peur avait poussé au régicide, laissait voir quelque émotion; Gardien était pusillanime, et Botleau cherchait un refuge dans la lâcheté inutile de ses désaveux. Le plus courageux de tous élait Valazé, et l'on allait bientôt voir quelle résolution fatale l'encourageait en secret à braver ses juges. Qaant à ces derniers, ils se déshonoraient d'avance par la dureté de leur attitude et ta perfidie de leurs interprétations. Toutes les notions ordinaires de la justice et du droit étant changées, les crimes des accusés ne pouvaient être révoqués en doale : nonobstant leurs explications ou leurs réticences, il était évident qu'ils avaient successivement montré un peu de pitié pour' Louis XVI et beaucoup d'aversion pour la Montagne ; ils ne parvenai^it point à établir leur complicité morale avec les jacobins, ils ne pouvaient point contester rarreslatioo d'Hébert, et tout le mépris par eux naguère
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Oet. 1^93. déversé contre Marat : dans la grande bataille qu'on appelait la révolution, ils avaient d'abord obteno des succès d'un moment, que, défaits et prisonniers, ils devaient cruellement expier. D'ailleurs, tout en niant . * le fédéralisme comme théorie politique, ils y avaient CQ recours pour se faire des départements autant d'appuis contre Paris ; et leurs discours, leurs écrits, leurs démarches, tout, jusqu'aux insurrections provoquées par leurs amis en fuite, ne leur permettaient pas de se soustraire i cette accusation, la plus dangereuse de celles que formulaient les individus appelés contre eux en témoignage. Parmi cesderniersâguraientChaumette, Hébert et le député Chabot, qui dans de longues harangues résumèrent, avec astuce et méchanceté, jusqu'au moindre des griefs que depuis deux ans la polémique de la presse avait articulés contre la Gironde. Le ministre des finances, Destournelles, étant venu déposer à son tour, le président lui demanda son nom. « Est-il indispensable, répliqua le témoin, que je dise le prénom qui me fut donné à ma naissance? » La réponse ayant été affirmative, Destournelles affecta stupidement la honte ou la confusion, puis il avoua qu'il se nommait loui$ : le reste de sa déposition fut digne de ces ftrémisses. Camille DesmouHns était présent k l'audience. Un pamphlet plein de haine et de fiel, que peu de mois auparavant il avait publié sous ce titre, Brùtot dévoilé, était comme l'arsenal oi^ l'accusation puisait à pleines mains. Cependant les girondins, habitués aux luttes du barreau et de la tribune, discutaient les charges amoncelées contre eux : les débats se prolongeaient et menaçaientde dorer encore, et le peuple, préoccupé de oe
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GOSTEKnON NATIOHALE.
spectacle, commençait k manifester des dispositions Oct. I79s. favorables aux girondins. Inquiets et troublés, Fouquier- Tinville et tes jacobins obtinrent de la convention un décret destiné à accélérer les procédures criminelles lorsqu'elles paraissaient traîner en longueur. En vertu de cette loi, lesjnrésdu tribunal révolutionnaire étaient autorisés h se déclarer sufGsamment instruits, du moment où les débats auraient déjà duré trois jours. Dès que ce décret inique eut été rendu, le président du tribunal en Gt donner lecture et il invita les jurés à faire connaitre s'ils ne se trouvaient pas déjà convaincus : les jurés, cédant à la pudeur, demandèrent que les débals fussent encore continués, et l'on entendit plusieurs autres témoins. Le lendemain, par l'organe de leur chef, l'ex-marquis Antoneile, ardent montagnard, ils dédarèrenl qu'ils étaient en mesure de prononcer en connaissance de cause; et le procès fut violemment terminé, sans qu'il eût été permis aux accusés de faire entendre leurs plaidoiries.
Le 50 octobre, deux heures avant minuit, les jurés u* rentrèrent dans la salle. Sur toutes les questions qui "™J^ venaient de leur être soumises, ils répondirent alTirma-' ' •—^ tivement, et Ira vingt et un accusés girondins furent condamnés à mort. Quand leur sentence eut été signi< fiée, il se passa une scène de trouble et de confusion qai glaça de stupeur l'auditoire et les juges. Brissot, comme frappé de consternation, pencha sa tête sur sa poitrine; Gensonné demanda h parler sur l'application de la loi, et personne ne lit attention à ses paroles; Boileau, élevant son chapeau, s'écria : « Je suis innocentl 9 et plasieurs autres condamnés l'iraitèriHit ;
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M AÉvourrtOR française.
Od. 1193. Vergniaud affecla une altitude calme, mais une douleur iotérieure' contractait les musdes de son visage ; Sillery laissa tomber ses béquilles et dit à haute voix : « Voilà le plus beau jour de ma vie ! » Boyer-Fonfrède se jeta dans les bras du jeune Ducos, son beau-frère, et lui demanda pardon d'âlre la cause de sa mort ; Duchastel semblait résigné ; la figure de Carra était froide vt sombre; Fauchet levait les yeux au ciel et semblait demander panlon à Dieu. Soudain l'un des condamnes chancela et tomba sur son banc : « Tu as penr, Valazé? lui cria son plus proche voisin. — Non, répondit Valazé, je meurs I » !« malheureux s'était poignardé et rendait le dernier soupir.
Le peuple manifestait une émolion mal contenue par la crainfe. Hennann, qui s'en aperçut, ordonna aux gendarmes d'emmener les condamnés hors de la salle ; et les girondins se retirèrent en criant : Vive la répxibiùftiel nous mouron$ innocents I On assure qu'ils jetèrent dans les tribunes publiques des assignats, que la foule se disputa à coups de poings. Restait étendu sur les bancs le cadavre de Valazé : sur le réquisitoire de Fouquier-Tinville, le tribunal décida que ce corps sanglant serait conduit, sur une charrette, au lieu du supplice, pour être ensuite inhumé avec les autres victimes.
teo^vii On rapporte que Ducos, à peine Agé de vlngl-dnq E''^"'''^- ans, cherchait encore i égayer ses compagnons par des jeux de mots et des chansons : il conservait un visage riant, tout préoccupé, comme les anciens gladiateurs, de mourir avec grflce et d'obtrair les applaudissements du peuple. Les autres girondins, on rentrant à la Coa-
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CONTBiniOK RATIOIlALE.
eiergerte, taisaient retentir les corridors du chant de la oct; 1709. Manetilaite. Des écrivaiiis modernes affirment que, pendant lesheures de nuitqui leur restaient encore, ils demandèrent à faire ensemble un dernier repas, les agapes de l'athéisme. S'il faut en croire ces récits ' romanesques, les girondins, près de paraître devant Dieu et de lui rendre compte de la part qu'ils avaient prise aux luttes et aux passions humaines, cherchèrent à s'étourdir, en improvisant une comédie funéraire dont le sujet était {a Descente det girondiru aux enfert. Danscedrame, il était question de l'effroi de Proserpinc à la vue de tant de têtes coupées ; et, pour dénoftmenl, on y voyait Fouquier-Tinville à son tour traduit devant Uinos et condamné aux plus affreux tourments du Tartare. Celte anecdote étrange, que l'histoire, la poésie et la peinture ont si souvent rendue populaire, n'est rien moins que prouvée. Nous ne la mentionnons ici qu'en . la déclarant imaginaire autant qu'invraisemblable'. Quoi qu'il en soit, tandis que la plupart des girondins, trop bien d'accord avec leur parâé, allaient donner à la France le lamentable spectacle d'une mort païenne, deux d'entre eux laissaient à l'bistoire un souvenir plus consolant et plus digne des autresdestinéesde l'homme. Fanchet, depuis son incarcération, s'était rappelé qu'il était prêtre; et il avait témoigné son repentir en abjurant lecaractère d'ér^ue apostat, que lui avaient con-
■ Le fiEMDX bampul da Girondiiu ■ Mé imagini par H. Cbailes Modier. Avjoordliui on a ceasé d'ajouter foi ï eetle nipeidierie hirtorîquo dont trè*4<niglaDipt le public a été dupe. Cgnaulter, pour connaitre les demiera momeDU dea Gtnndiiti, le» méaMÎrs» de RiouOe. Le reste cat
« RfeTOLtmOH FRADÇAISE.
oct. 17B. téré les électeurs du CaWados. Par ses exhortations, il avait ensuite ramené Sillery à la crainte de Dieu ; et, tandis que leurs compagnons oubliaient dans le délire les menaces redoutables de la religion, tous deux ' s'étaient disposés à mourir, en recourant au sacremepL de pénileuce.
Leat . Le lendemain Si octobre, vers midi, tous les girondins furent conduits à l'échafaud. Hs occupaient quatrechavrettes : une cinquième portait le cadavre livide de. Vatasé. Sur toute la route, la plupart des condamnéschantèrent la Marseillaise et répondirent aux huées de la multitude par leurs cris accoutumés de vive la république I vive la liberté t Hélas I les deux idoles qu'ils invoquaient se plaisent aux hécatombes humaines. Quand ils arrivèrent au pied de l'échafaud, ils s'embrassèrenb pour la dernière fois et s'abandonnèrent l'un aprèsl'autre au bourreau. Sillery, le premier qui fut exécuté,, saluaà droite et à gauche le peuple et garda le silence; les autres prononcèrent des phrases que la hache interrompit vingt fois. Vigée mourut le dernier. jngiMnnii Âiusi ils périfont tous à la lleur de l'âge ; ainsi ils- ^■'■'^- furent arradiés au pays dont ils auraient pu être 1» gloire et qu'ils ne surent ni aimer ni servir : le char delà révolution, auquel ils s'étaient imprudemment attelés, les écrasa dans une ornière. Jeunesse, talent, dé~ vouement, esprit, éloquence, ou patriotisme (nous oedisons pas vertu), rien ne trouva grâce. Beaucoup sont, venus qui ont ramassé les ossements de ces morts et s'en sont fait des armes politiqoes : mais, si les crime»' qui furent imputés aux girondins, et pour lesquels on les supplicia, furent loin d'être prouvés ; si leurs accu-
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COHVEKTIOIi KATIORALE. B
saleurs et leurs bourreaux se déshonorèrent à jamais Oet. iim. par leur implacable inimitié, gardons-DOus bii-n d'alK soudre le coupable à cause de l'opprobre du juge ; sou- Tenons-nous, au besoin, qu'avant d'être victimes les girondins avaient choisi le rdle de persécuteurs. Ambitieux, pleins de vanité, ils entreprirent de confisquer la révolution au profit de leur gloire personnelle : entre la république et la royauté, ils ne choisirent que le pouvoir, et l'avidité qu'ils mirent à vouloir gouverner rendit leurs conviclions molles et incertaines. Leur premier soin fut de prodiguer au roi faible et sans appui des outrages et des avanies, dont l'impunité les encouragea à ce point, qu'ils méditèrent et accomplirent les honteuses saturnales du 20 juin. Surpris par la victoire populaire du iO août, ils travaillèrent à eu ravir le prix A la Montagne. Lflches en présence des assassins de septembre, ils se bornèrent au rôle facile de les répudier après le meurtre. Ils eurent horreur du régicide, et presque tous participèrent à l'attentat du 31 janvier, tuant par peur ou par calcul l'homme que d'autres égorgeaient par fanatisme. S'ils ne furent pas complices des projets de Dumouriet, jusqu'au dernier jour ils refusèrent de les prévoir ou d'y croire. Quand la guerre entreprise contre l'Europe ne pouvait réussir qu'à force d'unité, de dévouement, de sacrifices, ils cherchèrent i résoudre les difficultés militaires par des combinaisons diplomatiques et par des négociations mal conçues ; et ce lut alors qu'ils méritèrent ce surnom dérisoire d'hommetffÉtat,qni, s'il ne prouvait pas leur trahison, n'en désignait pas moins leur fausse politique et leurs aberrations comme chefs de parti. Quand on leurlm-
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nfivoumoH fbahçaise.
Oct. 1799. puta le crime de fédâ^lisme, ils le nièrent avec une sincère indignation ; et bientôt, étant vaincus, ils eurent d'eux-mêmes recours au fédéralisme pour reconquérir leur position perdue et chasser leurs ennemis du pouvoir. Alors qu'il fallait combattre, ils ne surent que parler; quand l'énergie semblait être la seule ressource de la république, ils cherchèrent dans les ambages de la loi des occasions de relard et des moyens dilatoires. En toutes choses ils se montrèrent des obstacles, et la -révolution les considéra comme tels. C'est \k ce qui explique pourquoi ils furent vaincus : et, si maintenant nous rappelions ce que leur politique eut de tendances corruptricesi si nous les montrions apôtres du matérialisme et de l'incrédulité, provoquant les premiers des lois de sang contre les prêtres, poursuivant la religion sous toutes ses faces, disant au peuple, par leurs exemples, qu'une société peut se constituer en dehors de Dieu, alors nous ferions voir pourquoi ils furent punis ft pourquoi les haines sanglantes de leurs juges ne furent que les instruments aveugles à l'aide desquels s'accomplit le châtiment providentiel.
Ce jugement serait trop sévère, si nous n'en excep* tions plusieurs girondins morts sous le couteau du 31 octobre, et quelques autres encore réduits à la misérable condition de fugitifs. Aussi aimons-nous à soustraire à cet anaUième le courageux Duchastel, qui périt victime de son vote dans le procès de Louis XVI; et Lanjuinais, qui, par bonheur, trouva dans le fond de la Bretagne un asile contre l'échafaud ; et Rabaud Saint-Étienne, qui se trouva l'un des premiers Ita de M portiùn de tifrannie ; et Roland, malgré l'indignilé
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CONÏESTIOS ^AT10SA1JJ. il
de sa conduite envers Louis XVI, parce que, du moins, Mot. i7bs. il crut de bonne foi à la liberté, parce qu'il eut horreur de l'anarchie et du meurtre; et madame Botand (le supplice l'aiteodait), quoique le souvenir de ses fautes d&t lui être amer, et que, du fond de son cachot, elle eût trop souvent à reconnaître ses inspirations et ses conseils dans les attentats contemporains. D'ailleurs le cri du peuple se trompe rarement tout entier, et le peuple a voulu que les girondins Fussent absous par l'excès de leur infortune; et les regrets dont il entoure leur échafaud se prolongent depuis plus d'un demisiècle, en dépit des griefs de la royauté et de la logique des jacobins.
Louvet, Kervelegan, Henri Larivière, Lesage, Lare- son vellière-Lépeaux, sauvés par le dévouement d'un ^b""*petit nombre de cœurs amis, attendirent, dans des retraites sûres, la fin de l'orage qui menaçait leur vie. Les autres girondins comme eux fugitifs, et avec eux mis hors la loi, ne parvinrent point à échapper aui: fureurs de la Montagne. Salles, Guadet et Barbaroux, découverts dans les grottes de Saint-Ëmilion, près de Bordeaux, furent traduits devant une commission miiilaire présidée par Lacombe ; mais on se borna à constater leur identité : a Je suis Guadetl s'écria l'un « des proscrits. Bourreaux, faites votre oflice; allez, a ma tête à la main, demander voire salaire aux tyrans « de ma patrie. Us ne la virent jamais sans pâlir ; « en la voyant abattue, ils pâliront encore. » Barbaroux, pour ne pas tomber vivant entre les mains de ses ennemis, s'était tiré un coup de pistolet ; quoique tdessé cruellement, il demeura fermederant ses juges :
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. n». Ions trois furent envoyés à l'éçbaraud. Péthion et Buzot, après avoir erré quelque temps dans la canipagae, terminèrent leur vie par un double suicide, et leurs cadavres furent dévorés par les loups. Gorsas fut guillotiné à Paris ; Manuel eut le même sort, bien que depuis neuf mois il eût renoncéauz fonctions de représentant du peuple. Biroteau, mis hors la loi, périt à Bordeaux, après avoir réussi à se soustraire par la fuite aux juges révolutionnaires installés à Lyon : tel fut» pen de jours après, te sort de Grangeneuve. Condorcet, par l'entremise d'une amie, s'était caché dans les environs de Paris. La convention ayant décrété la peine de mort contrequiconqueoseraitdonner asile à l'un des proscrits, il se mit en devoir de quitter sa retraite : « Ne savez-vous pas, dit-il à la femme généreuse qui « le pressait de demeurer, ne savez-vous pas que je «suis mis hors la toi? — Eh! qu'importe? lui « répondit-elle ; ils ne vous ont pas mis hors de l'huma- « nité. n Cependant il avait fui, déguisé en domestique ; mais, ayant été reconnu à la blancheur de ses mains dans une auberge de Bourg-ta-Reine, il s'était vu conduire en prison. Digne jusqu'au bout de la philosophie matérialiste qui le rangeait au nombre de ses apôtres, il ne se repentit point et s'empoisonna. Après sa mort, on trouva sur lui ces vers qu'il avait composés :
Tb m'ont dit : Chouia d'ètrs oppreMeuroa victime 1 J'embranaî le inilbeur; je lair laijui le crime.
Il oubliait son vote inHline dans le procès du roi et I» longue série de ses enseignements contre Dieu.
Le duc.d'Orléans comparut h son tour devant la tn~ -
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œmrBiiTioii iutioii&u.
Ituna! réTotuUonnaire. Depuis te jouroA, par ordre de «o». n».
la convention nationale, il avait été mis en arrestation Pr«ti
comme complice présumé de Dumouriez, ce parent et ^J^^
cejugedeLouisXVI s'était vu successivement renfermé
à l'abbaye et conduit au fort de Notre-Dame de la
Garde, à Marseille. Pour compagnon d'inroiiune, on
lai avait donné le prince de Bourbon-Gonti, que la
peur avilissait, et qui, reniant le glorieux nom à lui
transmis par ses ancêtres, suppliait la convention de
loi pardonner le malheur d'être issu du sang des rois :
« Je ne puis avoir d'autre tort à vos yeux, écrivait-il
« à l'assemblée, que celui d'être né, il j aura bientôt
a cinquante-neuf ans, de la famille des Bourbons.
« Est-ce ma faute? Non.... les fautes sont person-
a nelles... »
Le duc d'Orléans se montra plus résigné. Dès le 7 mai, il avait subi un interrogatoire à Marseille, et avait répondu aux questions de ses juges par une profession de foi toute républicaine, niant d'ailleurs toute relation intime avec Mirabeau et Dumouriez, toute arrière-pensée de monter au trône. Ramené plus tard à Paris, il manifesta devant le sanguinaire tribunal beaucoup d'assurance et de présence d'esprit. On ne lui adressa que peu de demandes, son arrêt étant résolu d'avance. En face de ses juges, il désavoua toute complicité avec les girondins et avec Dumouriez : « N'avez-vous pas assisté, laî dit le président, à des condliabules tenus chez Péthion 7 — Non, » réponditit. Le président poursuivit : « Gomment avez-vous pu consentir à livrer votre fille entre les mains de ce traître et de la Genlis, femme adroite et perfide, qui
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l^rOLOTIOS FRANÇAISE.
Rot. 1795. d^ois <i émigré? — J'ai, à isTérité, consenti à livrer ma fille à la femme Sillery, qui ne méritait pas ma conûance. — Mais tous ne deviez pas ignorer que In Sillery était une intrigante, une femme immorale 7 — Je l'ignorais absolument. — N'est-ce pas par suite d'une combinaison que vous avez voté la mort du tyran, tandis que Sillery, qui vous était attaché, a voté contre? — Non, j'ai volé en âme et conscience. — Avez-vous en connaissance des manœuvres de Dumouriez avant que sa trahison eût éclaté ? — Non. — Comment pouvez-vous faire croire aux citoyens jurés que vous ignoriez les manœuvres de ce scélérat, lui qui était voire créature; vous dont le ûls commandait sous' ses ordres, et qui a fui avec lui en partageant sa trahison envers le peuple français; vous qui aviez votre fille auprès de lui, et qui entreteniez des correspondances avec lui? — Je n'ai jamais reçu de lui que deux ou trois lettres, qui roulaient sur des choses indifférentes.» Le duc d'Orléans évita avec soin, dans ses réponses, de compromettre les amis qui s'étaient associés h ses esp^nces ; il s'abstint de toute révélation, et ne dénonça personne : il paraissait las de la vie e) des formalités de la procédure. On lui demanda pourquoi, depuis le iO août, il souffrait qu'on l'appelât prince; pourquoi, aus^, durant la révolution, il avait fait au peuple de si grandes largesses. II répondit : « Ceux qui « m'appelaient prince le faisaient malgré moi. J'avais « fait afficher à la porte de ma chambre que ceux qui « ma donneraient ce nom seraient condamnés à nue « amende envers les pauvres. A l'yard d^ largesses, a j'ai été assez heureux pour soulager les indigents, au
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COItTEItnOR RATIOIiALB. »
« milieu d'un hiver rigoureux, en rendant une partie Bot. 1193. « de mes propriétés. »Quandle président Hermann eut prononcé contre lui l'arrêt de mort, le duc ne manifesta aucun trouble ; il se borna à demander qu'on lui épargnât les délais ordinaires, et qu'anlieu de renvoyer l'exéeution au lendemain on le conduisit le jour même au supplice. On remarqua qu'il était condamné comme complice des girondins, pendant que les girondins araienl été condamnés, au moins en partie, comme orléanistes : la révolution se hâtait de tuer ses ennemis, et se mettait peu en peine de quelques contradictions.
Quand le duc d'Orléans eut été ramené dans sa prison, il demanda un prêtre, et l'on introduisit auprès de lui l'abbé Lothrînger, ecclésiastique allemand : le duc le pria de lui faire connaître s'il était dans les bons principei de la religion, et l'abbé Lothringer répondit qu'après avoir eu le malheur de prêter serment il était rentré dans la doctrine et sous l'obéissance de l'Église. Alors le prince s'agenouilla, et le prêtre reçut le redoutable dépôt de sa confession. On dit que, fréquemment, il interrompait ses aveux en demandant s'il pouvait espérer le pardon ; et que le ministre du Dieu dont le sang efface tous les péchés du monde s'efforçait de le rassurer et lui adressait des paroles de miséricorde. D'après le même récit, le duc d'Orléans aurait ensuite ajouté : « Je leur pardonne ma condam- «nation, quoiqu'ils m'aient imputé des faits faux : « mais j'ai commis un crime qui mérite la mort ; j'ai « contribué à celle d'un innocent, de mon roi ; . . . mais o il était trop bon pour ne pas me pardonner. »
On fit monter avec lui dans la charrette le général
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» RiVOtUTION fRAKÇ.USE.
Ro*. ijg}. GoQStard, aacien député, mis hors la toi, el trois condamnés obscurs, parmi lesquels Ggurait le nommé Labrousse, serrurier de profession, qui se plaiguait d'être confondu avec un si grand coupable. Le prince eut à supporter une longue agonie d'imprécations et d'injures, mais ses traits conservèrenl l'empreinte du calme et de la fierté. Par un raffinement de vengeance» on fil stationner le fatal cortège devantJe Palais-Royal : à la vue de ce monument qui lui rappelait tant de splendeurs et tant de fautes, et sur lequel on avait inscrit ces mois, Propriété naltonafe, le duc d'Orléans parut vivement agité, et sa figure se contracta. Cependant il leva les yeux au ciel et attendit. Vers la nuit close, le tombereau arriva sur la place de la Révolution : .le prince monta d'un pas ferme les marches delà guillotine, et les préparalifs de l'exécution eurent lieu à la lueut- des torches. Comme on perdait du temps à le dépouiller de ses vêtements, le duc d'Orléans dit au valet du bourreau : Attendez un peu; vous débotterez le cadavre... dépéchons-nous. » Un moment après sa tête tomba, aux acclamations cyniques de quelques hommes apostés, et le bourreau la montra au peuple : l'expiation était consommée.
&ipi>ii«i Peu de jours auparavant, le même couteau avait «H»» frappé Olympe de Gouges, accusée d'avoir publié des •d-Adui iBi. écrits contre-révolutionnaires : aucune gloire ne la consola de sa fin prématurée, et le malheur ne la garantit ni du ridicule ni du mépris. Avec elle périt Adam Lux, député de la convention germanique de Hayence; c'était une sentinelle perdue de la Gironde, un jeune enthousiaste, épris d'admiration pour Charlotte Corday
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CONVEimOB NATIONALE. Sa
el qui avait osé demander pour elle une statue ornée Not. iiss. de cette inscription : Plvs grande que BruUis!
Depuis lejour de son incarcération, madame Roland pMdâmuavait prévu le sort qui l'attendait, et elle s'y était pré- ^•j^^"* parée en républicaine des siècles antiques. Renfermée .avec un grand nombre de femmes perdues, le rebut de leur sexe, elle s'était résignée à la solitude d'une cellule, et les chants obscènes parvenaient jusqu'à elle sans la troubler: Soit courage, soit recherche des applaudissements de la postérité (car on savait que, livrée à ellemême, elle se surprenait à pleurer des heures entières), elle ne montrait à ses amis qu'un visage serein et une faumear enjouée. Souvent aussi elle lisait Tacite et Plutarque : ces historiens, dont les pages Oétrissent tant de tyrannies, l'afiennissaient contre l'idée de la mort et l'empêchaient de désespérer de la liberté. On lui attribue des ^^fnoiresdont l'authenticité est loin d'jètre établie, par honneur pour son nom : la lecture de cet écrit peut être utile à l'historien et fournir des docufueots assez importants; mais elle laisse dans l'Ame une impression pénible et douloureuse, à raison du dé- TCi^ndage épicurien et matérialiste dont chaque page portn l'empreinte, et qui épouvante l'âme. Par malheur, si madame Roland n'a pas rédigé ces Mémoires, elle les a pensés, et, à ce titre, ils ne lui appartiennent que trop : d'un bout à l'autre, ils révèlent ta femme qui a ambitionné les travaux, la renommée et le pouvoir ordinairement réservés à l'homme, et qui, pour légitimer h ses propres yeux cette usurpation, a commencé par abdiquer la pudeur chrétienne et le sentiment des vertus modestes.
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Kw. ti93. Quand elle comparut devant ses juges, la citoyeniie Roland montra la contenance calme et assurée qui convient aux accusés dont le sacrifice est fait d'avance. Après avoir refusé les inutiles soins de son défenseur, H. Chauveau-Lagarde, elle discuta elle-même, avec une merveilleuse présence d'esprit, toutes les charges énoncées contre elle ; puis elle entendit, avec un visage serein, le fatal jugement. « Vous me trouvez digne, dit- « elle, de partager le sort des grands hommes que vous a avez assassinés : je tâcherai de porter à l'échafaud le a courage qu'ils ont montré. » Et elle lintpRrole. Fendant qu'on la conduisait, vêtue de blanc et ses longs cheveux noirs flottant sur son cou, elle regardiiiL, avec une douceur mêlée d'enthousiasme et de pitié, l'ignoble foule qui battait des mains à son supplice. On lui avait donné pour compagnon de mort un homme, nommé Liimarcbe, qui tremblait à la seule pensée deTéchafaudj . elle s'efforçait de le rassurer et de le consoler. « Passeï « le premier, lui dit-elle avec grâce, en refusant cette a triste faveur; je veux vous épargner la douleur de « voir couler mon sang. » Et comme le bourreau s'y opposait : « Oh ! s'écria-t-elle en insistant, n'accorderez- « vous pas à une femme sa dernière prière? » Quand OD l'attacha, à son tour, à la planche de la guillotine, elle se tourna vers la statue colossale de la liberté et dit d'une voix forte : « 0 Liberté, que de crimes on « commet en ton nom ' ! n Elle n'eut pas d'autre pensée et ne laissa apparaître ni le repentir ni le remords.
' Ce loDt li, au surplus, de« iléUils que tout les historieni s'accordent h reproduire, en «e ccpiant Us uns les autres, snK qu'au fond l« récit dnunatiqiw, à «ouTent répété, soit d'uaa «tactitnde boonlettoUe.
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GONYEHTION NAnONALE. ZS
Déplorable héroïsme, que beaucoup admirent, et qui Ko». i7or.. nous épouvante.
Roland était alors fugitif et proscrit. Quand la nou- vort velle de la mort de sa femme lui parvint, il se perça le rÙiitr, cœur et fut trouvé mort sur l'une des routes qui conduisent à Rouen. Dans les vêtements de ce vieillard on découvrit le testament qu'il avait tracé de sa main, et cette inscription qui ne fut point obéie : Paaanl, retpede le$ re$tei à'vn homme de bien. Quelques jours après, un autre girondin, l'ex-ministre Glavière, se donna aussi la mort.
Le 11 novembre, la guillotine, encore humide du S^^^ saugr de madame Roland, fut dressée pour Sylvain Bailly, l'ancien maire de Paris et le président du Jeude paume. Bailly fut condamné pour expier le sang versé an champ de Mars, lors de la fusillade du 1 7 juillet 1 79 1 . Son supplice parut cruel à ceux même qui chaque jour insultaient aux victimes. Par une disposition spéciale de l'arrêt de mort, oi^ avait ordonné que l'exécution aurait lieu dans la plaine du champ de M^rs, et que le drapeau rouge, autrefois déploifé par ordre de Bailly et de la Fayette, serait brûlé sur l'écbafaud, avant le supplice. Une pluie fine et glaciale tombait; mais elle n'avait pas empêché la multitude de se porter en fouleanr le passage du cortège et de prodiguer au malheureux Bailly des outrages et des traitements atroces. Bailly gardait le silence, attendant le coup fatal qui viendrait enfin mettre un terme à tant de douloureuses avanies. Hais ce moment fut encore relardé. Le peuple s'indigna de ce qu'on avait osé dresser l'échafand de Bailly sur le champ dé Mars ; il ne voulut pas que cet ancien théâtre
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se RtTOLmON FRAKÇAISB.
TTtoX ^ ^' fédération fût souillé par le sang d'un aussi grand coupable. Cette opinicm fermentant dans toutes les tètes, la multitude fit démonter la guillotine et ta transporta dans l'un des fossés qui avoisincnt la Seine. Ce fut là qu'on dressa l'échafaud, sur un tas de fumier. Pendant ce retard, qui dura une heure, Bailly, les épaules à demi nues, les mains liées derrière le dos, eiptwé sans abri à la pluie et aux coups, attendait la fin de cette poignante agonie. « Tu trembles, Bailly I » lui dit brutalement l'un de ses bourreaux. « Uon ami, répondit-il, c'est de «froid. » Il était quatre heures de l'après-midi lorsque la hache de l'exécuteur mit un terme i de si affreuses angoisses.
^J^ Le 1 5 novembre, le général Brunet, accusé de fédéralisme et de désobéissance, eut la Idte tranchée sur la place de la Révolution; le lendemain, le général Hou* cbard, coupable de n'avoir pas su tirer parti de la victoire d'Hondschoote, périt à son tour de la main du bourreau; avec lui on exécuta le député girondin Cussy, mis hors la loi. Quelques jours après, le couteau de la guillotine frappa l'adjudant général Bois-Guyoo, te journaliste girondin Girey-Dupré, et le général Lamarliére, accusé d'avoir fait preuve d'incapacité dans son commandement de Lille.
luut*. Une plus illustre tête ne tarda pas à tomber : i la . suite de la découverte des papiers renfermés dans l'armoire de fer, Barnave avait été décrété d'accusation et emprisonné à Grenoble, ot^, depuis J792, il exerçait les fonctions de maire. On le croyait oublié, lorsque, après quatorze mois de détention, il fut conduit h Paris et traduit devant le tribunal révolutionnaire. U s'y
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COHVBNTIOK HATIOIULE. 37
défendit avec éloquence et dignité, en invoquant le hot. 17»sT souvenir des services qu'il avait rendus à la révolution. Son discours produisit une émotion profonde sur l'auditoire et sur les juges ; mais rien ne pouvait sauver celai qni avait osé prendre pitié de Marie-Antoinette.* Barnave entendit prononcer l'arrêt de mort sans se tivublcr, et en sortant il dit à Camille Desmoulins, qui se trouvait sur son passage : « Camille, nous avon^ « défendu la même cause ; je fais des vœux pour que tu « n'en sois pas aussi victime. » Arrivé au lieu du supplice, il monta d'un pas ferme sur l'écbafaud ; là, frappant du pied, et les yeux levés au ciel, il s'écria : «Voilà « donc le prix de ce que j'ai fait pour la liberté { » Bamave était âgé de trente-deux ans : condamné pour des crimes imaginaires, il expiait celui d'avoir encouragé l'impunité des assassins de Berthier et de Foulon, et ce n'était pas trop, peut-être, de son sang pour laver un tel souvenir.
Avec lui périt Duport-Dutertre, l'ancien ministre de ^^'^ la ju^ice. On le condamna pour avoir contrarié la iMintre. liberté de la presse, et il chercha vainement i se défendre en produisant nneatiestalion écrite qu'il avait obtenue de Marat lui-même. Quand le jugement fut prononcé, il se contenta de dire : « Les révolutions « tuent les hommes, la postérité les juge. » La liste des autres condamnés serait longue ; nous ne pouvons que choisir au hasard les arrêts dont la mention sera la plus significative, et qui successivement envoyèrent h la mort :
Les membres de la commission fédéraliste organisée à Bordeaux après les événements du 31 mai ;
Le gendarme Leroi, le nommé Deschamps, le cou-
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» HBVOUinOIf FRAKÇAI8B.
Sot. iTflS, vreuT Lesage, la femme Coulelel, convaincus de propos itHJMu inciviques;'
ronjlm^ H. de Lafoque, ancien subdélégué à Hortagne, artiMitt. déclaré coupable d'avoir entretenu des intelligences * avec les ennemis du dehors;
Pierre Houdier, agent de change, convaincu d* avoir accaparé chez lui une trop grande quantité de pain;
Henri Duchesne, a homme de lettres, d-tûvant inlendatU de la femme rwmmée, sou$ le de^ûme, Hadime, » et déclaré coupable d'avoir écrit dans le sens royaliste ;
Diétricb, maire de Strasbourg;
Château-Thierry, général de brigade, âgé de soixantedouze ans, accusé d'avoir, cherché à défendre le roi dans la journée du 30 juin ;
Benoit Graodel, reconnu coupable d'avoir écrit Vive le roi ! sur une feuille d'assignats de quinze sous ;
Aubry, mailre de pension, convaincu d'avoir tenu des discours inciviques ;
Duchesne, officier de santé, inculpé de correspondance fédéraliste ;
Madame de Charry, âgée de vingt-sept ans, prévenue d'émigration ;
Noël, député du département des Vosges, qui s'était abstenu de prendre part au jugement de Louis X.VI ;
Deux ouvriers reconnus coupables d'avoir tenu des propos contraires k la révolution ;
Mesdames de Vérins d'Àigrepont, de Moulins, convaincues d'avoir fait passer des secours aux émigrés.
Le colonel Duchâtelet, émigré, saisi sur le territoire de la république;
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CO.ITBItnOH HATIOKALB jQ
Le trésorier, l'iotendant et le concierge du duc de Nov. itbs. Montmorency, coupables d'avoir correspondu avec ce personnage pendant son émigration ;
Helchior Collenet de /ontel, t'un deschefs del'insurnction lyonnaise ;
tes abbés Peyre et Lecomle, convaincus de propos royalistes et fanatiques; plusieurs gardes nationaux accusés d'avoir tiré sur le peuple dans la journée du 17 juillet 1791;
Charles de Porchez, émigré;
Le P. d'Hervillé, ancien jésuite, madame PouUin, de Paris, et Marguerite Bënard, sa domestique, tous trois (t convaincus, dit le jugement, d'être auteurs ou complices de conspirations et complots tendant à troubler l'Ëtat par une guerre civile, en armant les citoyens les uns contre les autres, et contre l'exercice de l'autorité légitime, particulièrement eu oppo$ant les fureurs du fanatisme à la majesté des lois, la volonté sanguinaire d'un prêtre nommé Pape à la souveraineté du peuple^ à la puissance du législateur, à l'autorité des magistrats; »
Casparioe Adam, veuve Gravand, âgé de quarante et un ans, née k Beriin, demeurant à Paris, « convaincue d'être auteur ou complice d'une conspiration contre la république française, en entretenant des correspondances arec le brigand appelé roi de Prusse, et les «nnemis de l'Ëtat; »
Tondu-Lebru, ancien ministre des affaires étrangères, coupable de fédéralisme ;
Le duc de Biron, récemment destitué pour avoir trop mollement comballu l'insurrection vendéenne : il
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RËTOLUnON FUflÇAISE.
HoT. 1TB3. avait été l'un des partisans les plus dévoués do duc d'Orléans, et, sous l'ancienne cour, l'un de ces jeune» nobles dont les mœurs scandaleuses avaient perverti la nation : on dit que sur l'écfaafaud il eut le courage de se repentir.
En général, les condamnés montraient un reniar> quable stoïcisme : comme les gladiateurs de Rome dégénérée, ils cherchaient à mourir avec grâce. Parmi ceux qui,fléchirentdevantréchalaud,oncite te député P. Manuel, et la trop fameuse Jeanne Vaubernier, j^Hd^ comtesse du Barry, ancienne maîtresse de Louis XV. ^^* Cette femme, l'opprobre des derniers jours de la monarcliic, s'était retirée à Luciennes, quelques moisaprèsl'avénement de Louis XVJ ; depuis cette époque, renfermée dans nn cercle peu nombreux d'amîs, parmi lesquels elle comptait plusieurs artistes, elle vivait étrangère aux intrigues des cours et aux événemenlsde la révolution : elle jouissait d'une grande fortune, débris d'une honteuse munificence ; mais, eu répandant autour d'elle des bienfaits, elle s'efforçait de faire oublier l'origine de ses richesses. Après les événemeots qui renversèrent le trône de Inouïs XVI, elle ût un vojage à Londres ; elle vendit ses diamants pour en consacrer le prix à soulager la misère de la reine et des princes,, puis elle ne craignit pas de porter le deuil du roi. Cette généreuse conduite ne demeura pas impunie, et le tribunal révolutionnaire la déclara digne de mort. En allant au supplice, l'infortunée comtesse du Barrj' ne se sentit point soutenue par le courage de l'expiation ; elle lit retentir les rues de ses cris déchirants, et le peuple, qui était accouru pour jouir de ses dernier»
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CORTEimON HÂTtOHALE. 41
moments, se sentit ému de quelque pitië. « Au nom du Hoy. iT9S. « ciel, disait-elle, sauvez-moi ! Je u'ai jamais fait de mal « à persoDue. » Quand elle eut monté les marches de l'écbafaud, elle se débattit douloureusement entre les mains des exécuteurs, et on l'enteodit crier : Encore un moment, monneur le bourreau! C'était la dernière pnère de celle qui avait, pendant quatre ans, disposé du sort de la France. Arec elle périrent plusieurs banquiers, ses prétendus complices.
- C'étaient là les saturnales de l'écbafaud -, celles de l'athéisme paraîtraient plus bideuses encore. Mais nous avons besoin de revenir sur nos pas, et de suivre, ailleurs que sur la place de la Révolution, le développement de l'anarchie et l'œuvre des novateurs. Aussi bien la convention travaillait à retrancher de la société toutes les institutions que, dans son passage, l'assemblée constituante n'avait point eu le temps de détruire.
Celle-ci avait décrété, en principe, l'établissement lui^nMio». de l'unité de poids etde mesures pour toute la France ; '^^ mais l'application de cette théorie devait rencontrer de *** ^'** nombreux et de puissants obstacles dans les mœurs ^■'■•"™' du pays. La convention n'en fut point effrayée. Déterminée à tout refaire, elle prescrivit aux savants de cbercber, ^ dehors des mesures et des poids en usage parmi les peuples, une nouvelle base, une sorte d'unité qui reposerait sur la nature elle-même, et non sur l'habitude vulgaire. Sur le rapport qui lui fut présenté à cet égard, elle se détermina à prendre pour l'unité commune de son nouveau sy<itème une longueur fixe et invariable, la quarante-millionième partie du méridien : cette mesure reçut le nom de NftTRB. Par une
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u hèvolutio!) fbançjliek.
NoT. 1793. .circoostance heureuse, le mèire excédait de peu l'an* cioiDe demi4oîse, et Toq espéra que son adoption serait faciie. Multiplié par dix, par cent, par mille, par dix mille, le mètre donna pour mesures de longeur le décamètre, VhfdomHre, le kilomètre, le myrian^îre; en sens inverse, il fut subdivisé en décimètra, en eentimèJres, en milUmHi-eg. Dix mètres carrés constituèrent rare, qui forma la base de Vlieclare, et se subdivisa en eentiara. Ce furent les mesures ordinaires de surface. Le décimètre cube, désigné sous le nom de litre, Ait pris pour uaité des mesures de capacité ; le centimètre cube d'eau distillée à la température de quatre degrés reçut te nom de gramme, et devint l'unité des mesures de poids : une pièce d'argent du poids de cinq grammes, et contenant un dixième d'alliage, ayant été adoptée comme unité monétaire, fut appelée franc.- Cet ensemble de combinaisons donnait donc une base certaine, une et invariable, è toutes les mesures de surface, de poids, de capacité et de longueur, à la monnaie elle-même. Jamais un peuple n'avait été doté d'un système, en apparence, plus simple et plus ingénieux : la nature même lui servait de règle, et toutes les nations pouvaient tdt ou lard y être ramenées. Cependant un demi-siècle s'est écoulé, et ce système, nonobstant ses avantages incontestables (si on le compare au chaos qu'il fit disparaître), malgré ta simplicité étonnante qui le signale à l'admiration des hommes d'étude; ce système, disons-nous, n'est point encore devenu populaire, et n'est encore admis que dans le langage des calculateurs érudits : les lois ne cessent de l'imposer, les mœurs te rejettent, et ses conquêtes ne
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CONVBimON-NATIOHALG. U
s*opèrent que bien leDlâment : c'est que rien n'est Not. 17». plus difficile que de changer les habitudes de toute une nation '.
C'était peu encore; les audacieux républicains en- '"^^^[.ï,^ treprirent d'aller au delà : ils se dirent que la révo- '*«''>''<"''«■ lulion française était, dans l'histoire de l'humanité, un événement d'une importance si haute, que les peuples devaient tous la prendre pour ère nouvelle. Emportés par un orgueil délirant, ils rejetèrent la date choisie par toutes les nations chrétiennes, l'ère de l'incarnation du Sauveur : reniant donc ce miraculeux souvenir, ils résolurent de gloriGer ia sanglante république au char de laquelle ils s'étaient attelés. Ainsi pour célébrer une émancipation politique dont jusque-là l'anardiie et le meurtre avaient été les fruits ordinaires, ils effacèrent de leurs registres la mémoire du Verbe fait homme, de ce Dieu qui, en révélant la forme d'un esclave et en se courbant sous la croix, nous a affranchis de la tyrannie du mal et de là servitude de. la mort.
Par une coïncidence favorable à leur système, le jour „'S;;!^^ de la fondation de la république était celui de l'équînoxe d'automne : on décréta que l'an I" de l'ère nouvelle remonterait au 32 septembre 1 792, et qu'à dater de co
' C'ctt qu'an outra le calcul décimil, merTnlIeusement rapide but ki papier, est, dans 1> pratique, fort inrérieur au calcul duodécimal, ï ceUe opération m naturelle i l'esprit humaÏD, qui, en partant de l'urillé, présenta spootanteieirt l'idée de la moitié, des trois quarts, do douUe et du triple, luidit qu'il est besoin d'uiw rëflexiao plus laborieuEe lorsqu'il s'agit de compter par trois diiiëmes, quamnte-deui centièmes, etc. L« temps résoudra peut-être ces difficultés de la pratique; mais elles seront
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44 R&TOLimoif FRAItÇ&ISE.
NoT. i7«3. moment l'année serait partagée en douze mois^ composés chacun de trente jours. 11 restait à classer cinq joure et quelques heures : on statua que chaque année serait terminée par cinq jours supplémentaires, qu'on appela mns-culottidei, et qui devaient être consacrés à des fôtes nationales : pour les années bissextiles, on admettait un sixième jour tant-euloUide. Chaque mois devait être partagé en trois espaces de dix jours, appelés décadet : le dixième jour de la décade était cou^cré au repos et remplaçait le dimanche. Comme il s'agissait de désigner les mois, le comité d'instruction publique, par l'organe du conventionnel Romme, proposa de leur attribuer des noms révolutionnaires, tels que^eu de paume, battillef peuple, montagne, liberté, égalité, etc. La convention, sur le rapport de Fabre d'Églantine, préféra adopter certaines appellations qui se rattachaient à l'ordre des saisons et aux productions de la terre. Les mois do l'automne furent nommés vendémiaire, hnan&ire, frimaire (mois des' vendanges, des brumes et des frimas) ; ceux de l'hiver, nivôie, pluviôte, ventôte (mois des neiges, des pluies, du vent) ; ceux du printemps, germinal, fhréal, prairial (mois de ia fermentation de la sève, de l'épanouissemeal des fieurs, de la récolte des prairies); ceux de l'été, mesxidor, th^midor,. fructidor, (mois des moissons, de la chaleur et des fruits). Les jours, d'après leur ordre, furent divisés en premier, second, etc., et appelés primidi, duodi, iridi, quarlidi, ijuintidi, s&ctidi, septidi, odidi, nonidi, deeadi. Les fêtes sans-culottides furent vouées au génie, à l'induitrie, au travail, aux action$, aux récompenses. La sixième sansculottide, qui n'était célébrée que tous les quatre ans.
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était la fête de Yopitùon. Ce jour-là, il devait dtre permis noï. 1793. de tout penser et de tout dire: ce serait la satumalede la vérité. Chaque série de quatre ans, terminée par ane année bissezUle, formait uae période, appelée franeiade; chaque jour était divisé en dix parties, subdivisées en dix autres : mais l'application de cette réforme fut ajournée. On fit disparaître les noms des fètescatholiqnes et ceux de tous les saints du calendrier, et l'on mit à leur place ceux des instruments de travail, des animaux, des fruits et des légumes ; de telle sorte que là où, la veille encore, l'Église proposait au culte de ses enfants les noms à jamais vénérés du Sauveur, de sa mère, des apdtres, des martyrs et des confesseurs, on vit inscrire par les blasphémateurs la longue nomencla* ture des outils, des bétes de somme, des animaux de basse-cour et des végétaux vulgaires. Le dirons-nous? l'impiété et le sacrilège osèrent aller bien plus loin «ncore. Hais, pour l'intelligence de ce récit, nous aurons besoin de reporter l'attention de nos let^urs sur les dissmliments qui séparaient profondémenlleajaco- ^i«m» bins des cordelière, la laction des hébertjstes de celle de «în
, Ici ttlitat.
la Montagne.
Tontes deux luttaient d'innovations et de réformes, l'une soutenue par la convention, l'autre énergiquement secondée par la commune; ici, Robespierre, là, Chaumette. Toutes deux étaient d'ailleurs entraînées par l'ardeur fougueuse de rompre avec le passé.
Unepensée qui dominait Robespierre, et qui ne rencontrait autour de lui qu'un petit nombre de contradicteurs, était celle d'en Gnir avec les habitudes du christianisme et de reléguer en même temps dans l'oubli le
Sot, n^. SauTenr des hommes et le gouvernement monarchique, n est vrai de dire que Robespierre, imbu de quelques doclrioes spiritualistes, s'obstinait, arec Saint-Just et un petit nombre de montagnards, à prendre pour base de toute socdélë Fidée de l'existence d'un Dieu, créateor et conservateur do monde. Hébert, au contraire, et ses complices, parmi lesquels figuraient les cordeliers, la plupart des jacobins, beaucoup de Conventionnels, la commune et l'état-major de l'armée révolutionnaire, s'indignaient hautement de ce qu'on osât à ce point insulter à la philosophie, qu'on entretint encore le peuple dansl'idéedel'existcnce de Dieu. Les misérables dénonçaient à la vindicte du bourreau, comme fautenrs' de la féodalité et des rois, tous ceui qui, satisfaits de leur œuvre, se reposaient après la chute du trâne et laissaient subsister debout la royauté de Jésas-Cfarbt.
Entre les hordes d'Hébert et les fauteurs de l'athéisme l'alliance était naturelle, elle était nécessaire : on savait que Robespierre croyait en Dieu ; on espérait que ses partisans s'opposeraient à l'intronisation du matérialisme, et qu'à la faveur de cette lutte, dans laquelle Hébert et Gbaumelte se flattaient de l'emporter, il serait facile de supplanter la Montagne et de dépasser le comité de salut public. Ce rêve insensé ne devait pas entièrement s'accomplir; mais il allait donner lieu à des manifestations et à des orgies qui seront, pour la convention et la commune, une cause impérissable d'opprobre.
^ La plupart des églises de Paris, quoique souillées par le ministère du clergé apostat, étaient jusqu'alors dejueurées ouvertes; et le peuple, par ignorance du
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GOICVEflTlON KAnONALE. 41
schisme OU par habitude, avaitcontinuédelesfréqueu- kor. ns3, ter. Cependant des bandes de clubistes et de blasphémateurs se faisaient fréquemment une joie de troubler les cérémonies et les offices en chantant le Çaira et en dansant la Carmagnole au pied des autels. Les prêtres constilutionnels s'efibrçaîent de conjurer l'orage en faisant parade de jacobinisme; plusieurs officiaient en bonnet rooge : parmi eux se trouva l'évoque de l'Âliier, qui remplaça par celle hideuse coiffure sa mitre usurpée, et par une pique sa crosse épiseopale. Or l'athéisme ne se contentait pas de ces dégradantes manifestations ; les prêtres apostats continuaient encore à parler de ce Dieu, dont ils profanaient le culte, à prêcher une sorte de morale qu'ils rattachaient à l'Ëvangile; et ces débris des traditions catholiques importunaient des factieux sans croyances et sans frein . Les hébertistes étaient impatients d'en tinir avec Dieu et avec l'immortalité de l'âme; et chacun de ces misérables, à l'exemple de l'un d'entre eux, l'insensé Ânacharsis Glootz, se vantait i' avoir tme âme lOM-ciUoUe et d'être l'ennemi personnel de Jétus-Christ.
La commune de Paris rendit un arrêté portant défense aux marchands de fermer boutique le dimanche; elle fit enfoncer les volets de ceux qui avaient osé y contrevenir. Plus tard, elle approuva que, sur le seuil des lieux de sépulture, on inscrivît ces mots, destinés h populariser les idées matérialistes :
La mort ttl «n sommeil éternel.
Là ne se bornèrent pas ses stupides fureurs. Sur la proposition d'Hébert, elle arrêta que les statues des
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4S RËTOLUTIO:i FRiNÇAlK.
MTgôT saints et toutes les effigies religieuses placées sur le portail des églises et sur la voie publique seraient immédiatement détruites, comme autant de vestiges du fanatisme et de la barbarie ; elle voulut que, sur tous les points de la capitale, les pieuses images de la mère de Dieu fussent renversées, et qu'à leur place on offrit au respect et à l'amour des citoyens les bustes de Lepelletier et de Marai ; elle ordonna que les sépultures des riches et des aristocrates seraient fouillées, pour qu'il fût possible d'en extraire les matières d'or et d'argent enfouies avec les ossements des morts, et les autres métaux destinés à exterminer les tyrans ; elle décida que, pouTnepa$perpétuerlepoiiondufanatùme,heec\ionàe laCroix-Rougeprendraitdésormaisle nom àeiectiondu Bonnel-Rouge : plus tard, elle rendit des arrêtés pour faire porter à la Monnaie les vases sacrés et jeter dans les flammes les reliques des saints. Toutes ces mesures n'étaient que des signes avant-coureurs d'un scandale dont le souvenir nous glace d'efTroî, d'une longue suite de sacrilèges auxquels la postérité reruserait de croire, si des générations entières n'avaient eu le malheur de les voir et de les attester, si les témoins, si peut-être une partie des coupables ne vivaient encore.
Le 7 novembre 1793, l'évêqueintrusde Paris, Gobel, suivi de son clergé, et cédant aux menaces du parti athée, se présenta à la barre de la convention : le misérable vieillard et les autres apostats ses complices étaient coiflës du bonnet rouge. La parole fut d'abord donnée an jacobin Momoro, l'un des moteurs de cette lamentable scène et le même qui exerçait alors les fonctions de président du département : « Ciloyuis législatenrs.
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GOHmmOM NATIONALE. «
« dit cet homme, l'ëvêque de Paris et plusieurs antres h«t. 1793.
« prêtres, conduits par la raison, viennent dans votre
« sein se dépouiller du caractère que leur avait imprimé
« la superstition. Ce grand exemple, n'en doutons pas,
« sera imité par leurs collègues. C'est ainsi que les
« fauteurs du despotisme en deviendront les destruc-
« teurs ; c'est ainsi que dans peu la république française
a n'aura plus d'autre culte que celui de la liberté, de
o l'égalité et de la vérité, culte puisé dans la nature et
a qui, grâces à vos travaux, sera bientôt le culte uni-
« TCTsel. » Mors, d'une voix troublée et qni révélait la
lutte intérieure de la peur et des remords, le malheureux
Gobel IqI la déclaration suivante: «Né plébéien, j'eus
« de bonne heure dans l'âme les principes de la liberté
« et de l'égalité. Appelé à l'assemblée constituante par
« le vœu de mes concitoyens, je n'attendis pas la Dëcla-
« ration des droits de l'homme pour reconnaître la
« souveraineté du peuple. . . Depuis ce moment, la vo-
« lontédupeuple souverain estdevenuemaloisupréme; -
a mon premier devoir, la soumission à ses ordres :
« c'est cette volonté qui m'avait élevé au siège de
« l'évèché de Pans et qui m'avait en même temps
a appelé à trois autres. J'ai obéi en acceptant...
« Aujourd'hui que la révolution marche à grands pas
s vers one heureuse un ; aujourd'hui qu'il ne doit plus
« y avoir d'autre culte public et national que celui de la
« liberté et de la sainte égalité, parce que le souverain
« le vent ainsi : conséquent à mes principes, je me
« soumets ik sa volonté et je viens vous déclarer ici
a hautement que dès aujourd'hui je renonce à exercer
« mes fonctions de ministre dn culte catholique. Les
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W ftËIOLiniOK FBAHÇAKE.
Ko*. 1TS5. « citoyens mes vicaires, ici présents, se i*éuni88ent à « moi. En conséquence, nous vous remettons tous no» « titres.
. « Puisse cet exemple servir à consolider le règne de « la liberté et de l'égalité! Vive la république! »
Gobel remit ensuite sa croix et son anneau pastoral r ses complices l'imitèrent, et, en quelques moments^ l'autel delà patrie se trouva chargé d'offrandes semblables déposées par des mains sacrilèges. On avait remarqué une grave lacune dans le sacrifice de Gobel : en abdiquant son caractère d'évéque constitutionnel et en renonçant à exercer le culte public, il n'avait point jusqu'au bout renié sa foi, et la convention semblait attendre des apostasies plus complètes. Ses vœux ne furent que trop remplis : bientôt les prêtres et les évêqnes constitutionnels qui siégeaient dans les rangs de l'assemblée se hâtèrent de renoncer à leur tour au caractère dont, naguère, ils avaient été revêtus pour l'éternité, et ils mêlèrent d'affreux blasphèmes au scandale de leur trahison. Parmi ces lâches on remarqua Thomas Lindet, évéque schismatique du département de l'Eure ; Lalande, qui avait exercé les mêmes jonctions dans le département de la Heurthe ; Gay-Vernon, leur collègue dans le département du Cher; et le régicide Sieyes, leur digne émule, qui tous osèrent renier Dieu, et se féliciter de ce qu'enfin, au livre de r£vangile, la nation et la raison faisaient succéder le livre de la nature, le code de la raison et de la philosophie. Jjeur exemple fut imité par Julien de Toulouse, ministre protestant; et cet apostat vint à son tour déclarer qu'il n'aurait désormais tPautre tetapte que U
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COaïEPmOB BATIOHALE. «1.
imelaaire de» foû, d'aulxe idole que la liberté, d'autre Nof. im. nutrcUe que l'égcUUé. CepeDdant Grégoire venait d'entrer dans la salle, et l'on se pressait aatour de lui pour l'inviter à souscrire à l'apostasie : il fut le seul qui brouva dans son âme et dans le débris de ses croyances assez de courage pour résister, et poar en appeler au principe de la liberté des cultes.
Leprésident, unnomméLeroiquiBefaisaitoiaisement appeler iiiloi, félicita les blasphémateurs et les renégats de toutes les Églises; faisant ensuite allusion à la profitnetUon des saints reliquaires, il remercia le clergé Bchismatique de Paris d'avoir déposé sur l'autel de la patrie ces boUet goUiiqwt que la crédulité de not pèret avait œtuacrées à la superstition. Il ajouta : « La récom- « pense de ce sacriGce se retrouvera dans le bonheur pur « dont vous allez jouir sous la plus belle constitution « du monde, au sein d'un État libre, et dégagé de a préjugés... L'Être suprême n'exige que la pratique « des vertus sociales et morales : lelle est sa religion ; il « ne veut de culte que celui de la raison; il n'en preste crit pas d'autre, et ce sera désormais la religion « nationale. »
Ces derniers mots, que la convention couvrait de ses fam applaudissements, allaient recevoir une application ^,^9, " inonîe et sacrilège. Le soir même de cette déplorable séance, le département et le conseil général de la cornmone ordonnèrent qu'en mémoire de l'abjuration du dergé constitutionnel une fête serait célébrée, le 10 novembre, dans la ci-devant église métropolitaine. L'arrêté portait « que les musiciens de la garde nationale et autres viendraient ehant«r des bymnes patrio-
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S3 HtTOUmOH FfURÇAISE.
Sot", nw. tiques devant la statue de la Liberté, ilecie au lieu et place de la ci-devant taintc Vierge. » Au jour marqué pour la cérémonie inlâme, les cordeliers et les jacobins, rivalisant de cpisme, escortèrent jusque sous les voâtes de l'antique méLropole de Paris les ordonnateurs de la fêle, Hébert, Chaumette, Homoro, Lfauillier, et leurs méprisables acolytes. On avait élevé dans le sanctuaire un temple de bols, façonné grossièrement d'après les règles de l'architecture grecque, et sur le fronton duquel étaient écrits en lettres énormes ces mots : À la Philosophie. A l'entrée de ce temple on avait disposé sur des estrades les bustes de Voltaire, de Rousseau, et de quelques écrivains matérialistes devenus fameux par les eicès de leur impiété. Ce fragile édifice avait pour base une montagne, au centre de laquelle, sur un rocher, brûlait une torche ardente, figurant le flambeau de la Vérité. Des musidens, plac^ au pied de la montagne, exécutaient un hymne dont le régicide Ghénier avait composé les paroles, et dont noos transcrivons quelques strophes :
Deneodi, 6 Liberté, Glle 4e h Hstnra!
Le peuple t reconquis md pouvoir immortel ; Sur le« pmnpeut débris de l'antique imposture. Ses muas relèteat ton aalel.
Venu, Tabqueurt des ras ; l'Europe tous contemple ; Venei; sur les fini dieui étendes tm succès !... Toi, sainte Liberté, lieoj habiter ce temple, Suis 1> déesse des Français!...
ka peuple feuterain tons les rois font la gnern : Qu^ tes pieds, 6 dfesse, il) tombent désormais I Kentût sur le cercueil des Ijnus de Is terre, Ls« peyplM joremol b paii.
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COHTEKTIOIi KITIOIULE.
Guerricn tibà^tenrs, race puiwante et brave, Armés d'un gluTe humain, suctiSeï l'efîroi 1 Tomué pir km coupt, que le dernier eacliTe Saire au lonbean la denii« roi !
Pendant qae mille voix chantaient en chœur, d'impures courtisanes, vêtues de blanc et couronnées de ehâoe, montaient processionnelleraenl sur Ja montagne, nn flambeau à la main, et se rangeaient autour d'une femme qui figurait la Liberté. Celle-ci (une danseuse habituée aux triomphes de l'Opéra] fit une station dans le temple de la Philosophie; puis elle en sortit, et prit place sur un siège de verdure que des mains criminelles avaient dressé sur le grand autel. Là, dans l'attitude de la Paix, elle reçut tes hommages des républicains et des républicaines, qui chantaient une ode en son honneur, et qui lui tendaient les bras. Ainsi, pour la honte de notre patrie, se réalisa cette menace d'nit orateur sacré (le père Beauregard), qui avait prédit, dès le règne de Louis XV, que l'infâme Vénus serait un moment intronisée dans le lieu réservé au saint des saints; ainsi se manifestait, aux yeux d'un peuple hébété ou complice, cette a abomination de la désolation » qu'avait autrefois annoncée le prophète.
La cooventioQ, retenue par ses travaux accoutumés, était demeurée étrangère à cette odieuse jonglerie ; î^ die s'était bornée à recevoir l'abjuration de quelques prêtres indignes, et à rendre un décret par lequel fe comité (Tinitntction publiée était chargé de lui propocer le plan if un culte raisonnable, deainé à remplacer la religion chrétienne. -les hébertisles, qui venaient
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U RÊVOLUIION FBAnÇUSB.
îfô*"."'«e5 d'adorer à Notre-Dame la déesse de la Liberté, eurent la pensée d'associer les représentants da peuple à leur audacieuse idolâtrie. Le soirmême du jour où la cathédrale de Paris avait été le théâtre des plus honteuses saturnales, le cortège profanateur se rendit aux Toileries, et parut à la barre de l'assemblée : déjà les sections de Paris s'y étaient donné rendez-vous, et tout annonçait au scandale de nombreux spectateurs. Au bniitde la musique et des tambours, on introduisit les magistrats de la commune, et avec eux la déesse de la Baiton, représentée par la même femme qui, dans la cérémonie du matin, avait été adorée sur l'autel de Notre-Dame. Cette malheureuse ne s'élail prêtée qu'à regret à servir d'iostrumeni à la faction sacrilège ; elle n'avait cédé qu'à la peur, Chaumette l'ayant, dit-on, menacée de la traiter en $imple morleUe, si elle ne consentait pas à être mise an rang des divinités. Quoi qu'il en soit, la demoiselle Maillard (c'était son n(Hn), alors vêtue d'une tunique blanche, à demi couverte d'un manteau bleu, la tête ceinte du bonnet rouge, et une pique à la main, était portée par quatre hommes du penpie, sur un fauteuil tapissé de feuilles de chêne* A son arrivée, des groupes de jeunes filles vêtues de blanc et couronnées de rose chantèrent des hymnes, et Chaumette prit la parole : « Législateurs, dit-il, le « Fanatisme a lâché prise; il a cédé la place à la Rai- « son. Ses yeux louches n'ont pu supporter l'éclat de « la lumière : ses temples sont régénérés. Aujour- « d'hui un peuple immense s'est porté sous les voûtes « gothiques , qui , pour la première fois, ont servi « d'écho à la vérité. Là, les Français ont célébré Imw
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Goinzsnoit NAnonALB. as
« vrai culte, celui de la Liberté, celui de la Raison ; lit, Ko*, ngs. « nous avons formé des Toeux pour la prospérité des « armes de la république ; là nous avons abandonné « des idoles inanimées pour la Ration, pour cette ^ « image animée, chef-d'œuvre de la Nature. » A ces mots, il écarta le voile de vt compagne, et courba te genou devant elle ; il se releva ensuite, et demanda à l'assemblée de décréter que la ci-devant église de Notre-Dame serait désormais consacrée au culte de la Raison : « Un seul vœu s'écria-t-il, s'est fait entendre « de tontes parts. Le peuple a dit : Plut de prêtres, plut a d'autres dieux que ceux que la Nature nom offre. » Ceini qui présidait la convention n'eut pas honts de répondre à celle députation déshonorée : « L'assemblée <t voit avec la plus vive satisfaction le triomphe que la « BaisoQ remporte aujourd'hui sur la superstition et « le fonatisme : elle allait se rendre en masse, au « milieu da peuple, dans le temple que vous venez de « consacrer à celte déeue. » A ces mots, l'un des soutiens du parti athée, Chabot, réclama la parole, et demanda que, conformément au vœu des citoyens, la métropole de Paris devînt désonnais le temple de la Raison : un décret rendu par l'assemblée en délice convertit en loi cette proposition sacrilège.
Cn autre décret enjoignit & la déesse de s'asseoir auprès du président; et de recevoir de ce dernier l'accolade fraternelle. L'idolâtrie et la débauche s'embnssârent, et ce fut le signal d'une orgie dégradante «t inouïe. Les membres de la convention se mêlèrent lu peuple; hommes et femmes se donnèrent la main, ■€t dansèrent en rond la Carmagnole et le Co ira.
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as HtTOLCTIOn FRUtÇAISK.
Ko,. 1793. Parmi ceux qui s'abstinrent de figurer dans cette danse pleine d'ignominie, on remarqua Robespierre et Saint- Just. Cependant il était quatre heures, la séance fot levée; la convention se joignit au cortège mnoicipalt et se rendit avec te peuple sous les voCttes profaoées de l'église Notre-Dame. Là recommencèrent, en face des représentants de la nation française et des magistrats de Paris, les criminelles manifestations du matin; là fut replacée, dans le lieu réservé au saint des saints, la courtisane ébontée que ta république choisissait pour déesse; là encore retentirent contre Dieu leS' anathèmes empruntés aux imprécations de l'enfer, pendant que des orateurs atbées divinisaient Cbalier et Marat, les deux martyrs du culte de la guillotine. Peu de jours après, le comédien Monvel, montant à son tour dans la chaire de l'église Saint-Rocb, épouvanta le monde par ce blasphème : « 0 Dieul s'ëcria-t-il, si « tu existes, tu entends que j'insulte à tes foudres : « venge-toi, je t'en porte le défi ... Tu gardes le silence, « tu n'oses frapper; j'en conclus que tu n'es point. » Et Dieu, qui est patient parce que l'éternité est à lui, suspendit ses coups.
(•«^uh^ Les jours suivants furent dignes du culte impie que 1^^^ la convention avait imposé à la France : la philosophie triompha jusqu'au bout. Le cœur se soulève au récit de tant de bacchanales, qui faisaient rétrograder de trente siècles la civilisation et l'humanité. Un jour, les magistrats républicains firent promener devant eux un ftne coiffé d'une mitre et revêtu d'une chape. La convention toléra que la multitude traînât dans la fange des ruisseaux les calices, les vases sacrés, les sainls-
iM,Googlc
convEimon niTiOHiLB. st
dboires. Dans l'une de ses séances, elle vit des prêtres tin. 179e. fooler aux pieds la croix, eo iavoquact la raison et la nature : peu de temps après, elle approuva l'hommage d'an livre intitulé Symbole rationné de l'alhéisme pour tinslrwsHon det jeunes enfants. Vers le même temps, la commune, qui la poussail dans cette boue, autorisa, par un arrêté, un prélre à renoncer au nom que lui avait b'ansmis son père : le misérable, courant au-devant de sa propre infamie, avait choisi le nom à'AfOtMX. Ainsi, de part et d'autre, une horrible émolation poussait au crime. Les reliques vénérées de la vierge de Nanterre, qui sauva Paris de l'invasion des Barbares, furent arrachées de nuit (par crainte du peuple) de l'asile religieux où elles étaient restées pendant treize siècles, et les émissaires d'fiébert les livrèrent aux Ûamm^. Vingt ans plus tard Attila reparut sous les murs de Paris, et aucune prière ne retarda ses conquêtes.
Les horreurs dont la capitale était le théâtre égalaient d* podOM à peine les fureurs sacrilèges qui désolaient les dépar- «n ii« dtu lemenls. Là, comme à Paris, les bandes de l'armée ■»"*>■ révolutionnaire, transformées en iconodastes, brisaient les statues des saints, déchiraient les tableaux suspendus aux églises, démolissaient les clochers, profanaient les reliques vénérées, et déclaraient la guerre à Jésus- Christ jusque dans ses sanctuaires. Chaque jour, la oorre^randance de la convention et des clubs faisait foi de ces horribles triomphes. Le représentant du peuple André Dnmont, en mission dans les dépar- «Mioa tements du Pas-de-Calais, de la Somme et de l'Oise, ^^mm. écrivait à l'assemblée : « Citoyens collègues, nouvelles
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hftTOLimOR FBANÇAISE.
, 176Ï. « captures I D'infimes bigots de prêtres vÏTÙeat, dans « des tas de foin, dans la ci-derant abbaye du Gard ; o leurs barbes longues semblaient annoncer combien « leur aristocratie était inTétdrée. Ces trois bêtes noires, a ces moines ont été découverts;... les trois monstres «sont allés au cacbot attendre leur jugement... Je « vais me rendre dans l'Oise. En nettoyant ce dépar* a tement, je n'en trouverai que plus le moyen d'extir- « per le cbancre cadavéreux de l'aristocratie... » Dans une autre lettre, il envoyait à la convention le produit de ses rapines politiques exercées à Abbevitle, et il poursuivait le cours de ses immondes railleries : a On « vous déposera des médailles d'or siir lesquelles est a gravée la figure de Louù le Raccourci. Quraque ce « monstre n'ait jamais rien valu, c'est sur de l'or et « de l'argent que sa stupide figure a été gravée.... Je « viens de requérir l'arrestation des prêtres qui se « permettaient de célébrer les fêtes ou dimanche. Je « fais disparaître les crucitix et les croix, et bientôt je « comprendrai dans la proscription les animaux noirs a appelés prêtres... Je pars pour Beauvaia, que je vais « mettre au bouillon maigre avant de lui faire prendre « une médecine... »
Mous surmontons le dégoût que nous inspire ce style ; et, bien que de pareils récits semblent dégrader la plume chargée de les retracer, nous accomplissons jusqu'à la fin le triste devoir d'étaler au grand jour de semMables turpitudes. Qui oserait dire qu'ellesn'appsiv tiennent pas à l'histoire? N'est-il pas vrai que la convention leur décerna une mention honorable T Ne saiton pas que ces sarcasmes de bateleur ivre aboutissaient
COmEHTIOM NATIUKALB.
i envoyer à réchafaad des moissoDs de tôles humaines? h». 1793.
Le DionUgnard Fondié, ancien oralorien, et alors en f""*!* mission à Mevers, mandait à la convention : « Citoyens ^ tt collègues, je. tous envoie dix-sept malles remplies « d'or, d'argent et d'argenterie de toute espèce, prove- « nant de la dépouille des églises, des chiteaux, et a aussi des dons des sans-culotles. Vous verrez avec « plaisir deux belles crosses d'argent doré et une eou- « ronne ducale envermeil.L'oretl'argent ont fait plus « de mal à la république que le fer el le feu des féroces o Autrichiens et des lâches Anglais. Je ne sais par quelle « imbécile complaisance on laisse encore ces métaux «E entre les mains des hommes suspects. Avilissons l'or « et l'argent, traînons dans la boue ces dieux de la « monarchie, si nous voulons faire adorer le dieu et la « république et établir le culte des vertus austères de la « Liberté. . . Je vous ferai dans peu un troisième envoi.» Les jacobins de la Nièvre, qui a[^ortaient à la convention le butin sacrilège amassé par les soins de Fouché, prirent la parole et dirent : « Représentants dn peuple, « les sans-culottes de Nevers, pleins de mépris pour « For et l'argent, viennent déposer entre vos mains les « reliqoes du fanatisme et de l'orgueil : ils foulent aux « pieds les crosses, les mitres et tous les hochets de la « calotte. Les habitants des campagnes viennent eux- « mémesaj^rterrargenteriedela table de leur Dten... « Ils ont exprimé le vœu formel pour la suppression « des ministres du culte catholique et demandent k la « place des institutions de morale... Les femmes elles- « mêmes ont déposé toutes leurs croix. Nous ne voulons « plus que du fer... »
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ta itTOLtmon fiukçai».
T CesiDsolenfes bravades annonçaient que Fouché aTail réussi à pratiquer dans le département de la Nièrrc un raste système de démoralisation et d'impiété. Pour instniment de réforme, il avait choisi la terreur ; et, au début de sa sanglante mission, il avait fait tomber sur l'échafaud, sans jugement et sans forme de procès, les télesde trente-deux citoyens du département de l'Allier. Dès ce moment, tout lui était devenu facile. L'épouvante ayant glacé toutes les âmes et désespéré toutes les ré-
, nstances, Fonché et les jacobins de Nerers avaient cessé de rencontrer des obstacles. La population honnête se dispersait, ne trouvant que le courage de fuir. Le reste des habitanls se faisait complice du représentant dn peuple et sacriGait, à son exemple, & l'athéisme et à la guillotine. La peur de la mort était si profondément entrée dans les esprits, qu'on n'osait se servir, pour les changer, des espèces d'or et d'argent, et qu'on répudiait cette monnaie pour ne recourir qu'à l'emploi des assignats. Cependant les tyrans de cette époque avaient, comme ceox de la Rome impériale, leurs heures de distractions et de repos. Fatigué des victoires de la guillotine, Fouché eut l'idée de terminer sa mission dans la Nièvre par une grande fête consacrée à la Nature. Par ses ordres, on mit en réquisition on grand nombre de jeunes garçons et de jeunes Clles et on les rassembla, au nombre d'environ huit cents, dans une {Jaine située aux abords de Nevers, sur l'autre rive de la Loire. Là, avait été dressé l'aatel de ta Patrie, auquel on arrivait par des marches de gazon -, les futurs époux se rangèrent autour, sur deux lignes, chacun selon son sexe. Après avoir harangué les spectateurs, Fonché
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cosnimoR KànoNAu. st
ordonna à dtaque garçon de se choisir une compagaej not. iî03. et, à mesure que le couple s'approchait de l'autel de la Patrie, le représentant du peuple, parodiant les fonctions de grand prêtre de la Nature, étendait la main sur les coBJoints et lesdédarait mariés. Quand ceUc étrange cérémonie fut achevée, on donna à tous les époux, sous les voûtes de la Nature, un immense festin patriotique dont le département de la Nièvre fit tous les frais et qui se prolongea fort avant dans la soirée, au son des tlymnes patriotiques.
André Dumont et Foudié avaient de dignes émules: i^^*'* les montagnards Lequinio etLaignelot, en mission dans ''^^ le département de la Manche, se signalaient par l'em- '' *"** portement de leurs colères philosophiques. « Nous « marchons de miracles en miracles, écrivaient-ils en « si^alant de nouvelles apostasies ; il ne nous restera « que le regret de n'en avoir plus à faire. Huit bénis- « senrs du culte catholique et un ministre du culte « protestant viennent de se déprélriser jeudi dentier, « jour de la décade, en présence de tout le peuple « assemblé dans le temple de la Vérité, ci-devant église a paroissiale... » Puis, après des blasphèmes que notre nùn8erefuseàretracer,Gesdeuxproconsu1sajoutatent: a Tool va marcher ici rondement ; le peuple va de lui- « même au QambeaudelaRaison,quenouslui montrons « avec douceur et fraternité. Le tribunal révolutionnaire « que nous venonsd' établir fera marcher les aristocrates, a et la guâhtine fera rouler les traitret. » Cette menace ■M devait que trop lAt recevoir son accomplissement; Lequinio et Laigndot, poursuivant leur œuvre de sang, BUDdèreot, le 7 novendire, à la convention nationale :
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H ■ÉTOLItnOn FtUnÇAISE.
F»v. «65, « Nous avons formé à Rochefort un tribftnal rëvolua tioDDaire comme celai de Paris, et doqs en avons « nous-mêmes nommé tous les membres, excepté celui « qui doit clore la procédure, le guillr^ineur. Nous « roulions laisser aux patriotes de Rochefort la gloire « de se montrer librement les vengeurs de la république, « trahie par des scélérats : nous avons simplement a exposé ce besoin à la société populaire : Moi, s'est « écrié avec un noble enthousiasme le citoyen Ance, « c'ea moi qui ambitionne l honneur de faire tomber la « léte det attattmt de ma patrie I A peine a-t-^l eu le â temps de prononcer celte phrase, que d'autres se « sont levés pour le même objet et qu'ils ont réclamé « du moins la faveur de l'aider. Nous avons proclamé « le patriote Ance guillotineur et nous l'avons invité à a venir, en dlaant avec nous, prendre ses pouvoirs par « écrit et les arroser d'une libation en l'honneur de la a république... o Quand nous sommes coudamné, par respect pour la vérité historique, à reproduire ces souvenirs dégradants, notre pei^e se reporte involontairement vers ce temps où régnait Tibère, vers ce peuple romain né pour la gertitude et que la peur de ta mort rendait le courtisan de la tyrannie. £r rSiHt^ Les jacobins de Franeiade (on avait donné ce nom 1t winISwii. '* TÎHede Saint-Denis) ne voulurent pas rester en arrière du mouvement hébertiste qui poussait la révolution dans les voies du sacrilège. D vinrent à la barre de la convention lui faire hommage de la tête et des ossements dé leur patron, l'apAtre des Gaules ; et ils se moquèrent avec une lft«be ironie de ce qu'ils appelaient une rdique pwmte, des guenilles ioeries, el drà pourri'
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OHITBimOH RATIOHALB. «S
tvret dorém. Us ajoutèrent : « Vous, jadis les iostru- Rov. nos. « menis dn fanatisme, sainU, saintes, bienheureux a de tonte espèce, montrez-vous enfin patriotes ; lerez- « TOUS en masse, marchez au secours de la patrie, partes « pour la Monnaie : et puissions-nous, parvatre secours, « obtenir dans celle vie le bonheur que tous nous pro- « mettez pour une autre 1 » La convention honora ces infamies, en ordonnant qu'elles seraient consignées au procès-verbal de ses séances.
Lelendemain,elleadmitdanssonenceiQle lesenvo^és ^/f de la section des Gravilliers. Ces misérables se présen- i,^J™^ tarent vêtus d'babits épiscopaux et pontificaux et en „„^„'S„ dansant la Carmagnole. Quand le dais fui introduit, la manque joua des airs obscènes, et chacun, se dépouillant de ses habits usurpés, les jeta en l'air, pour ne conserver que l'uniforme de garde national ; de telle sorte qu'on vit voler et retomber avec bruit, sur le pavé de la salle, les mitres, les crosses, les étoles et les dalmatiques. Four compléter cette saturnale, on donna la parole à un enfant qui lut une déclaration d'athéisme et sollicita la convention de décréter un catéchisme républicain. Ce petit malheureux fut vivement applaudi et reçut l'accolade du président; et l'on entrevit le jour où s'accomplirait, sur toute la surface de l'empire français, cette parole de l'impie : Que Dieu ne toU piu$ honoré tur la terre par det fêles. Sur tous lëa points, à l'exception de la Vendée, le matérialisme étalait ses pompes et renversait les autels; partout on imitait fidèlement les turpitudes de la commune de Paris et l'on se ralliait an culte de la Raison. Jusque dans le son des familles pieuses et consternées, les
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M BiTOLDTIOIl FRAKÇilS.
Sot. 1705. agCDls du jacobinisme allaient arracher déjeunes Glles tremblanles et les contraignaient à figurer comme déesses dans tes cérémonies du culte républicain ; et la France, par sa torpeur, complice do tant d'excès lamentables, se partageait entre l'athéisme etl'échafaud. — L'échafaudl... il était trop lent à frapper au gré des tyrans; les exécuteurs de la Montagne cherchaient déjà des supplices plus dignes de leurs fureurs. Poursuivons ce récit : les proportions du crime vont encore s'agrandir, les vengeances révolntionnaires s'exerceront sur une plus large échelle.
^MMM Une immense proie venait de leur étrQ offerte, et il ^^2^ s'agissait d'épouvanter par un coup terrible toutes les * i-iw. villes de la république qui oseraient encore méditer de se soustraire à l'unité et de s'insurger contre la convention.
Dès le 9 octobre, Lyon s'était rendu-, il avait succombé sous le dernier effort de ces montagnards du Puy-de-Déme que le représentant du peuple Couthon avait lui-même conduits au siège, et qu'il appelait avec orçueil let rochen de VÀuvergne. I^es armées de la république campaient donc sur les places publiques de la ville prise; elles bivaquaient dans ses rues, jonchées de cadavres et de débris fumants. Couthon était sans pitié et sans peur : à ce double signe on reconnaissait les hommes de la Montagne. Il commença par rétablir dans ses pouvoirs l'ancienne municipalité de la ville, celle que les royalistes insurgés avaient si longtemps retenue dans les fers ; puis il lui confia la mission de rechercher les coupables, et de les traduire devant une commission militaire chaînée de les mettre
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COSVENTIOS ^ATE0SA1.^;. 05
à mort. Lui-même il dislribua la population Ijonnaîsc j^ ea trois classes d'habitanls : les riches coupables, les riches égoïstes, et le peuple ignorant qui subissait leur inOuence. La première de ces classes devait être envoyée à l'échafaud ; la seconde, punie de la confiscation des biens-, la troisième, chassée de Lyon, et remplacée par une colonie de patriotes. La convention osa aller plus loin dans la voie des rigueurs et des vengeances : sur la proposition du comité de salut public et sur le rapport de Barrère, elle vota le décret suivant, qui laissait bien loin les exterminations de Sylla et de Marins :
« Art. 1". Il sera nommé par la convention nalîo- « nale, sur la présentation du comité de salut public. a une commission de cinq représentants du peuple, « qui se transporteront à Lyon sans délai, pour faire o saisir et juger militairement tous les conlre-révo- « lutionnaires qui ont pris les armes dans cette ville.
« Art. 2. Tous les Lyonnais seront désarmés; les « armes seront données k ceux qui seront reconnus « n'avoir point tremgé dans la révolte, et aux défen- « seursde la patrie.
a Art. 5. La ville de Lïon sera détruite.
«Art. 4. 11 n'y sera " conservé que la maison dn «pauvre, les manufactures, les ateliers des arts, les « hôpitaux, les monuments publics et ceux de l'instrucu lion.
a Art. 5. Cette ville cessera de s'appeler Lyon. Elle « s'appellera Commune- Affrarcuie.
a Art. 6. Sur les débris de Lyon sera élevé un monu-
klriH. r>»(. — (»-ir. MT. II. i
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00 nÈVOLUTlûH FRAKÇ&lSe.
Bot. 1103, « menl, où seront lus ces mois : Lyon fit la gvare à « la liberté, Lyon n'est plus. »
En altendaDt l'arrivée des commissaires de la convention, Coulhon donna le premier signal des vengeances. Un Iribunat révolutionnaire fut installé au milieu des ruines fumantes encore de Lyon, et les vainqueurs traduisirent sans retard k sa barre ceux de leurs ennemis dont la voix publique signalait plus particulièrement la résistance et le courage. Dès le 15 octobre, de nombreuses exécutions eurent lieu : cependant la convention conGa le soin de ses vengeances à Montant, l'un des prescripteurs de la Gironde; elle lui adjoignit Fouché, qui venait de faire ses preuves dans la Nièvre, et Gollot d'Herbois, ancien acteur du ttiéâtre de Lyon, sifHé par le public de cette ville, et qui nourrissait dans son âme atroce des projets d'extermination et de deuil. Dans l'intervalle qui s'écoula entre le choix de ces hommes et leur installation au prétoire de Lyon, la commission judiciaire, déji nommée par Couthon, ne cessa de faire tomber des tètes; on outre, on institua à Lyon deux comités : le premier était chargé de séquestrer les biens des rebelles, des riches et des nobles, au proût des patriotes pauvres et des sans-culottes républicains; le second avait mission de faire abattre ïes maisons de la ville. ob Couthon avait voulu donner un appareil formidable
'■'jI'ÎJ'ÎSÏ' ^ *^® ineptes proscriptions. Infirme et paralytique, il se faisait porter sur un brancard par quatre hommes du peuple, coiffés du bonnet rouge : devant chaque maison dévouée aux démolisseurs, il faisait lire le jugement rendu contre elle par la commission révo-
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(MKVEimOH NATIONALE. «7
lulioiuiaire; puis, après avoir Trappe la porte jusqu'à i>^trois fols à l'aide d'un pelil marteau d'argent, il pro- Donçail à haute voix ces paroles iusensées : Maiton rebelle, je te frappe au nom de la loi. Aussitôt accouraient des bandes armées d'instruments de destruction, et la maison tombait rapidement sous leurs coups redoublés. Ces eiécutioQs durèrent six mois.
Ce n'était point assez : Collot d'Herbois et les jacobins se plaignirent des lenteurs de la commission, qui, bien que siégeant nuit et jour, n'avait encore livré au bourreau que deux cents têtes; des victimes de pierre ne leur suffisaient pas, et leurs colères réclamaientde plus larges vengeances. JIs mandèrent donc à Lyon un misérable acolyte d'Hébert, Honsin, le général des brigands qui s'étaient organisés en armée révolutionnaire ; et cet homme vint à leur aide, en se faisant suivre d'une partie de ses soldats voués au crime. En quelques jours les principaux établissements de la ville furent changés en prisons, et ces prisons regorgèrent de malheureux qu'on y entassait par milliers. Une guillotine ambulante était traînée à la suite de l'armée de Ronsin : GoUot d'Herbois, comme un sacrificateur infatigable, présidait aux supplices, et s'indignait de ce qu'il fallait si longtemps au bourreau pour tuer un homme.
ijn tribunal fut ajouté à celui dont -les sentences paraissaient trop lentes; mais sa dévorante activité ne parvint pas à satisfaire l'impatience des assassins. Les représentants du peuple substituèrent aux deux commisùons révolutionnaires qu'ils avaient créées un comité de sept juges, bientôt réduit il cinq par ta démission de deux membres : « Les deux tribunaux, mandaient-ils,
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r « sans cesse embarrassés per les formes, ne retnplis- « saienl pas les vœux du peuple : le comité juge som- « mairement; la justice est auui éclairée que prompte. » En effet, quatre cents tôtes tombèrent dans l'espace du premier mois; et les commissaires de la convention se plaignaient encore !
Le 14 frimaire an II ', Collot d'Herbois et Fouché frappèrent pour la première fois des coups aussi terribles que leur colère. Ils avaient écrit à la convention : a Les démolitions sont trop lentes; il faut des moyens « plus rapides à l'impatience républicaine. L'explosion «de la mine et l'aclivité dévorante de la Oamme peu- « vent seules exprimer la toute-puissance du peuple; « sa volonté ne peut être arrêtée comme celle des « tyrans : elle doit avoir les effets du tonnerre. » Quelques jours après, îls ajoutèrent, dans les transports de leur fureur à demi satisfaite : ci Notre pensée, notre « existence tout entière, sont fixées sur des ruines, sur « des tombeaux, où nous sommes menacés d'être euseu velis nous-mêmes, et cependant nous épTouvona de « secrètes satisfactions, de solides jouissances. La nature « reprend ses droits, l'humanité nous semble vengée, « la patrie consolée et la république sauvée, assise sur « ses véritables bases, sur les cendres de ses lâches « assassins ! » Ils terminaient ainsi : n Nous devons « donner un témoignage public d'estime aux travaux (' assidus de la commission révolutionnaire que nous « avons instilitée : elle reinplit ses devoirs pénibles « avec une sévérité stoîque et une impartiale rigueur.
> 4 (lëcembi-c I7!i:>.
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CONVENTION KATIONAI^.
« C'est en présence (lu peuple, sous les voûtes lie la Dec. 1795.
o nature, qu'elle rend la justice, comme le ciel la ren-
« drail lui-même... La terreur, la salutaire terreur est
« vraiment ici à l'ordre du jour ; elle comprime tous
« les eflbrls des méchants ; elle dépouille le crime de tes
« vêtements et de $on or... »
Voici ce qu'ils avaient fait pour suppléer aus len- Hiirtiiuda. leurs de la guillotine : ils s'étaient avisés d'employer la fusillade et la mitraille. A. l'issue des Jugements qui condamnaient en masse les accusés à périr, oa avait fait échelonner, par pelotons, les victimes sur la place des Terreaux, et l'armée révolutionnaire les avait tuées à coups de fusil. Puis, ce lieu d'eiécution ayant paru mal choisi, Fouché et CoIIot d'Herbois avaient choisi, pour ces lamentables scènes, la plaine des Brotleaux, esplanade spacieuse que la mitraille pouvait parcourir à l'aise. Là périrent, des premiers, soisanle-neuf jeunes gens longtemps enfermés dans les prisons de Roanne, et qualifiés de Muxadim. Deux fossés parallèles avaient été creusés pour recevoir les cadavres; une haie de soldats bordait chaque hgne, et, le fusil en main, fo^ sait chaque patient d'attendre la mort à son rang. Les condamnés étaient placés deux à deux, et garrottés à la suite les uns des autres ; derrière eux étaient les canons. Les jeunes gens qu'on allait ainsi foudroyer bravaient leurs bourreaux, et répétaient en chœur ce refrain :
Hiiui'ir pour la ptrie.
C'est le sorl le plus beau.
Le (lins [ligne il'envie.
Soudain, à un signal donné, les artilleurs firent feu ;
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rtÈVOLUTIOS FnASÇAISE.
'tHo, mais les coups, mal dirigés, ne luèrentque le tiers dt^ victimes : les autres, plus ou moins grièvement blessés, demeurèrentdebout, ou s'agitèrent convulsivement. On mit deux heures à consommer leur supplice à coups do fusil et de sabre. Les cadavres furent jetés dans le Rhône.
Le lendemain, le nombre des condamnés destinés à périr par la mitraille s'éleva à deux cent neuf. L'un d'eus s'échappa; mais deux commissionnaires de la prison, malgré leurs protestations et leurs cris, furent confondos avec les patients, et traînés avec eux au supplice. Une longue corde fui fixée à chaque arbre d'une allée de saules; on attacha à cette corde chaque condamné par les liens qui lui comprimaient les mains derrière le dos, et bientôt la fusillade et tes canons, dirigés par les hordes révolutionnaires de Ronsin, firent pleuvoir desboulets et des balles sur ces malheureux. Ce fut un des plus hideux spectacles dont l'histoire ait conservé le souvenir. La plupart des blessés et des mourants poussaient des cris lamentables, suppliant qu'on les achevât, et que, par pitié, on terminât leurs souffrances. Leurs gémissements retentissaient jusqu'à l'autre bord du Rhône, et les soldats n'y répondaient qu'en exterminant au hasard ceux qui survivaient encore. Farmi les suppliciés figurait Merle, maire 'de Mâcon, et ancien député à l'assemblée constituante. Une balte lui ayant emporté le poignet, avait en même temps brisé ses liens, et l'infortuné fuyait à travers la campagne. Les volontaires et les dragons ne bougeaient pas; mais un détacliementde l'armée révolutionnaire se mit à sa poursuite, et le massacra. Gomme l'un des soldats, ému de pitié,
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COHVENTrOS MITIOKAIE. 7!
hésitail à se servir de son arme, CoIIot d'Herbois arra- jne, 1795 cha le fusil de cet homme, fit feu sur un condamné, el dit ensuite, avec l'accent de l'orgueil : Voilà comment tire un républicain l. . . Les jours suivants, ces scènes épouvantables se reproduisirent encore ; et, durant plusieurs mois que se prolongèrent les vengeances de la république, cinq ou six mille malheureux périrent sur l'ëchafaud ou sous le canon. « Nous le jurons, écrivaient « Fouché et GoUot d'Herbois, le peuple sera vengé I « Notre courage sévère répondra à sa juste impatience. . . « Bientôt, sur les débris de cette ville superbe et rebelle, « gui fut assez corrompue pour demander un mahre, « le voyageur verra avec satisfaction quelques monua ments simples élevés à la mémoire des martyrs de « la liberté, et des chaumières éparses que les amis « de l'égalité s'empresseront de venir habiter, pour y « vivre heureux des bienfaits de la Nature... » Peu de jours après, l'un de ces représentants du peuple, recevant à son tour la nouvelle d'un triomphe de ta république, mandait à ses collègues : «... Les larmes de la «joie coulent de mes yeux... Nous n'avons qu'une « manière de célébrer la victoire : nous envoyons « ce soir deux cent treize rebelles sous le feu de la « foudre. »
La victoire que fêtait ainsi Fouché, c'était la prise de Toulon. Ici encore, nous devons revenir sur nos pas, et raconter de nouveaux combats, d'autres supplices.
Depuis que Toulon s'était livré aux Anglais pour j,^*Jîon. se soustraire aux vengeances de la convention , le drapeau blanc flottait sur les murs et sur les forts de
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BÈTOUmOH FlUHÇACSg.
, 1193. cetiti ville, et sa population ne reconnaissait d'autre roi que le malheureux orphelin du Temple, l'apprenti du cordonnier Simon. Cependant les Anglais se montraient fort peudisposés à prendre au sérieux la royauté de Louis XVII. L'amiral Hood, qui les commandait, entretenait entre les feuillants et les royalistes français des divisions à l'aide desquelles il réussissait, peu à peu, à concentrer tous les pouvoirs entre ses mains. En même temps il ne négligeait rien pour se mettre à l'abri des entreprises que le général Carleaux, alors maître de Marseille, ne devait pas larder à diriger contre Toulon. Il appela à son aide l'amiral espagnol Langara et l'escadre napolitaine. En peu de jours, la garnison de Toulon et des forts, indépendamment des volontaires français qui la composaient, se trouva consi- <)érablement accruepardesrenfortsde troupes anglaises et espagnoles, sardes et napolitaines. Les gorges d'Oliioules, position importante qui couvre Toulon du calé de la route de Uarseille, furent occupées par des détachements anglais, et ions les ouvrages de défense furent mis sur un pied formidable. Du cdlé de la mer, vingt vaisseaux de ligne, portant pavillon ennemi, croisaient dans la rade, et les Iles d'Hyères avairat été fortifiées.
C'était le moment oili les fédéralistes marseillais, vaincus par les troupes de la Montagne, portaient leurs têtes sur l'échafaud. Le bruit de leur supplice ne faisait qu'encourager Toulon à se défendre avec d'autant plus d'énergie, que tout espoir de miséricorde lui était enlevé. La convention avait mis cette malheureuse ville hors la loi, et elle avait dit : « Que la vengeance
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COmBSTION NiTIODAlE. 73
«soit inexorable I » La mission de denil fut d'abord d&. 1193, conûée à Carteaux : ce général, d'ailleurs dépourvu de taleoU et de connaissances militaires, n'avait sous son commandement que trois mille trois cents hommes, et il allait attaquer une place forte, défendue par quinze mille soldais. Malgré cette infériorité numérique de forces, il se' mit en marcbe, et enleva intrépidement à l'enaerni tes gorges d'OlUoules. Peu de jours après, par les soins des représentants du peuple Fréron et Barras, il reçut un renfort de quatre mille hommes, que lui amena le général Lapoype.Âlbilte, GasparinetSalicetti, tous trois membres de la convention, étaient en mission i l'armée de Carteaux, et surveillaient les opérations de ce général. Quant à l'artillerie, elle était placée sous les ordres de Dammartin ; mais, cet ofBcier supérieur étant retenu au lit par une blessure, son commandement échut provisoirement au capitaine Bonaparte, Bonaparte. récemment envoyé de Paris, et qui, dès les preiniers jours du siège, fut promu au grade de chef de bataillon.
Les assiégés avaient passé deux mois à se fortifier, tandis qu'ils auraient pu facilement chasser devant eux la faible armée de Carteaux, et rendre une énergie nouvelle aux fédéralistes et aux royalistes de Prorence : ils ne le firent pas. L'amiral anglais, docile aux inspirations de Pitt, n'avait d'autre but que de garder Toulon aussi longtemps que la république française ne serait pas en mesure de le reprendre, se réservant ensuite d'abandonner cette ville, après l'avoir incendiée et ruinée. Dans ce système, les Anglais faisaient assez mal les affaires de Louis XVll; mais ils
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71 RËVOLUTIO!) FRANÇAISE.
Dec. 1793. portaient un coup fatal à l'avenir maritime de la France, et pour eux ce résultat valait une victoire. D'ailleurs, les alliés s'entendaient fort peu, et il existait une rivalité ouverte entre les Anglais, les Elspaguols et les Piémontais, qui gardaient la place. De leur cdtc, les
f assiégeants manquaient des moyens nécessaires pour
réduire promptement Toulon, et les opérations traînaient en longueur.
Carteaux fat remplacé par Dugommier, général divisionnaire de l'armée des Alpes, et de nouveaux irenforls portèrent enfin l'effectif des troupes françaises, devant Toulon, à près de vingt-huit mille combattants. La vieille expérience de Dugommier ne dédaigna pas l'appui intelligent et hardi du génie de Bonaparte. Le jeune ofBcier se lit remarquer par ses connaissances pratiques, et par une entente assez rare de la guerre de si^e : on écoutait ses conseils avec déférence, et la double protection des représentants du peuple Fréron et Gasparin soutenait Bonaparte contre l'opiniâtreté et la jalousie de plusieurs de ses Doaipiri* chefs. On dut bientôt à ce jeune homme la propo- P^ sition d'un plan d'attaque fort rationnel : d'après cette combinaison, les efforts des assiégeants devaient moins avoir pour objet d'écraser Toulon que de se rendre maîtres d'une position formidable, garnie de batteries et de retranchements, et qui dominait la rade : une fois en possession de cette puissante redoute, on pourrait foudroyer tes escadres ennemies, et isoler la garnison des forces de mer, sur lesquelles elle s'appuyait. Celte position, réputée inatuquable, était appelée le Petif- Gibraltar. Le système de Bonaparte fut discuté en
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COHTENTIOS NATIONALE. 75
conseil, et approuvé par les hommes de guerre les Dec. naj. plus capables. Dès ce moment, on se borna en quelque sorte à bloquer la ville dans tout le pourtour de son enceinte, depuis le fort la Ualgue, qui commande l'est, jusqu'au fort Malbousquet, qui domine les abords de la place à l'ouest du port ; et l'on s'attacha à emporter, s'il était possible, les hauteurs qui terminent le promontoire de l'ËguilIelteeldeBalagner, et qui, séparant les deux rades, ferment tout accès du côté de la mer. Une partie de l'armée et des ofiiciers, ne comprenant rien à ce système, commençaient à crier à la trahison ; d'un autre côté, l'armée souffrait du manque de vivres; elles représentants dû peuple Fréron et Barras proposaient déjà de lever le siège.
Au jour marqué, tons les préparatifs d'attaque étant i^ achevés, l'armée se porla contre le Petit-Gibraltar ; c*""»^ mais ta résistance de l'ennemi fut vive et opiniâtre, et les colonnes françaises, malgré le dévouement intrépide de Dugoramier, plièrent un moment sous la mitraille : cependant elles revinrent à la charge, et, vivement secondées par le feu des batteries que Bonaparte avait fait établir, elles emportèrent la citadelle si longtemps disputée. Le lendemain de cette action glorieuse, l'artillerie française menaçait l'entrée de la petite rade et les escadres combinées de l'ennemi.
Les Anglais jugèrent dès lors qu'ils étaient perdus, ^^^j^ s'ils s'obstinaient h défendre une place dont toutes les issues allaient être fermées derrière eux. En peu de jours, les forts qui couvraient la ville du côté de la Provence étaient tombés au pouvoir des Français : il ne restait plus à l'ennemi que le fort la Halgue.
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RËTOLimON FRANÇAISE.
'liée. 1703. Les Anglais prirent alors leur parti : ils résolurent d'évacuer la place, après avoir brûlé tous tes vaisseaux qu'ils ne pourraient enlever, et détruit tous les établissements maritimes dont se gloriliait Toulon. Qu'im< portait à ces alliés douteux le sort de la ville et les dangers réservés à ses habitants? au demeurant, le résultat des événements allait retomber sur la France. Conformément aux instructions de l'amiral Hood, le capitaine Sidnej Smitli livra aux flammes, dans la nuit du 28 frimaire (18 décembre), l'arsenal, les magasins de mâture et les vaisseaux désarmés dans la darse. Des trente et un vaisseaux de ligne et des vingtcinq frégates qui se trouvaient à Toulon au moment où l'amiral Hood avait occupé la ville, vingt et un furent incendiés ou fortement endommagés ; d'autres , en assez grand nombre, devinrent la proie des alliés, qui se les partagèrent : il ne resta dans la darse que sept vaisseaux et onze frégates. Cependant la malheureuse population de Toulon, avertie, par le sort lamentable de Lyon, des excès et des supplices que lui réservait la convention nationale, se précipilail en masse, en poussant des cris de désespoir, pour ëmigrer sur les vaisseaux ennemis. Les escadres combinées ne purent sauver que douze mille citoyens; plusieurs milliers de fugitifs demeurèrent snr le port, abandonnés à la justice implacable des délégués du comité de salut public.
te i" nivôse (21 décembre), les troupes françaises entrèrent dans la ville. Déjà, par un trait sublime dont l'antiquitén'ofireaucun exemple, les galériens, devenus libres au milieu du désastre public, av&ient éteint les
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CONVENTION BAnONALE. 17
flammes allumées par l'ennemi, et conservé à la pairie iwc. im. une partie de ses arsenaux et de ses escadres : celle œuvre accomplie, ils avaient volontairement repris leurs fers.
À la nouvelle de la victoire de ses armées, la convcn- ««ni tion nationale, sur le rapport de Barrère et du comité ^iiuioa. de satutpublic, rendit le décret suivant:
a L'armée de la république dirigée contre Toulon a « bien fflorité de la pairie...
« Il sera célébré, dans toute l'étendue de la répu- « blique, une fêle nationale, le premier décadi qui sni- « vra, dans chaque commune, la publication du présent « décret. La convention nationale assistera tout entière « à cette cérémonie civique...
« Le nom de Toulon est supprimé. Celle commune « portera désormais le nom de Port de la Montagne.
« Les maisons de l'intérieur de celte ville rebelle « seront rasées. 11 n'y sera conservé que les élablissea ments nécessaires au service de la guerre et de la u marine, des subsistances et approvisionnements. »
Les représentants du peuple Fréron, Barras, Salicetli, Eiécuiinns Rîcord et Robespierre jeune, commencèrent l'œuvre de "ire» colère ; à leur tour, ces proacriptcurs employèrent la fusillade et la mitraille, pour en finir plus vite avec les victimes. Leurs vengeances révélaient un caractère atroce. Un jour que la mitraille mal dirigée avait épargné un grand nombre de condamnés, une voix (ou attribue ce crime fi Fréron) Qt entendre ces mots trompeurs : « Que ceux qui ne sont pas moris se lèvent ; la a république leur pardonne ! » Abusés par cette promesse, les malheureux qui respiraient encore se rclc-
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78 RÉVOUmON FRADÇAISE.
Die. 1193. vèrenl ; mais on les acheva à coups de fusil et de sabre. Ud vieillard de quatre-vingt-quatorze ans, H. Beaussier, fut porté dans une chaise à btas sur Téchafaud : une femme qui venait d'accoucher fut arrachée de son lit de souffrance et traîncc au supplice. Cependant les délègues de la convention se plaignaient de ce que trop de coupahlcss'claientsouslrailsàleurs fureurs; ils mandaient au comité de salut public : « La majeure partie des « habitants s'est embarquée, et la justice nationale H n'est pas assouvie comme elle devrait l'être... » On avait ouvert l'avis de détruire la ville par l'effet des mines; on ne le pouvait pas sans risquer de détruire les magasins et l'arsenal. Il fut décidé que les mafons des six départements voisins seraient requis d'accourir avec leurs outils, pour une démolition générale et prompte. « Avec une armée de douze mille maçons, u écrivaient les proconsuls, la besogne ira grand train, « et Toulon doit être rasé en quinze jours...» Ailleurs ils ajoutaient: « Tous les jours, depuis notre entrée, « nous faisons tomber deux cents têtes. Il y a déjà huit « cents Toulonnais fusillés... Les fusillades sont ici à x( l'ordre du jour. »
I xieniiOTK A la nouvello des exécutions de Toulon , les bourreaux uiru (le Marseille s'efforcèrent d'offrir à la terreur les holo-
i UariMlle. , , ,
caustcs quelle aimait; entoures de leurs victimes et triomphants dans le sang, ils écrivirent à la commune de Paris : « La vengeance nationale est ici en perma- « nence ; la terreur est dans l'âme des lâches, des aris- « tocrates et des modérés. Le glaive de la loi nous est « conGé, il frappe journellement les têtes coupables; il « n'en échappera aucune, nous vous t'assurons p/tu la
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COHVEKTIOIf NATIONAIf.
« guillotine joue, phis la république »' a ffemiit. Le saog née. 1193.
« des scélérats, des enoemis de la pairie, arrose les
o silloQS du Midi ; leurs corps fertilisent les champs ;
« ta terre a soif de ces mooslres. — Nous travaillons
« sans relâche ît faire disparaître des départements
« méridionaux tous ceux qui ne veulent pas la liberté,
« qui méprisent l'égalité, qui rejettent l'unité et l'indi-
M visibilité de la république, qui n'aiment pas la con-
u veotion et la sainte Montagne, qui craignent les jaco-
A bios et les sans-culottes nos frères. Ça va bien , fa ira
« bien mieux daiu peu de tempt. » Et la commune
^plaudissail à cette exécrable assurance.
Peut-être aurons-nous la force (la vérité l'exigera) de poursuivre ce récit; mais l'imagination s'épouvante en présence de ces tableaux trop longtemps prolongés : reprenons haleine, en racontant les événements des guerres de l'Ouest et ceux de la guerre étrangère ; là, du moins, le spectacle du dévouement et de l'héroïsme nous reposera de celui qu'oflre le sang.
Nousavonstaissériasurreclion vendéenne victorieuse ËTineDKnu à T&rfou, à Montaigu , à Saint-Fuîgent ; nous l'avons vue ^* refoulant du câté de Nantes l'armée républicaine du général Caudaux et les divisions de l'ancienne garnison de Mayence, récemment envoyée parla convention pour combattre les paysans catholiques des départements de l'Ouest : cette fois encore, au lieu de mettre à profit leurs victoires, les Vendéens se dispersèrent et revinrent dans leurs paroisses, où les appelait le travail des champs. Peu de jours après, ils reparurent sous leurs drapeaux, à la suite de leurs chefs. Parmi ces derniers, Charette, écoutant toujours les inspirations de son
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80 nËVOLUTION FRiltÇtISB.
Sept. 1793, orgueil, avait refusé de concourir à l'exéculion du plan de campagne arrâlé en commun, et s'était séparé de l'année royale pour relourner dans le bas Poitou. Son dépari nuîsil beaucoup aux opérations générales, et ne permit pas aux chefs vendéens d'entreprendre de quelque temps rien de sérieux. Les uns restèrent sur la défensive ; les autres livrèrent des escarmouches sans résultat. Sur ces entrefaites, Ganclaui, de retour à Nantes, adoptait et soumettait, aux représentants du peuple en mission près de lui, un nouveau plan de campàgncquioblcnaitrapprobation des conventionnels. Ce plan consistait à former deux années républicaines qui, partant, l'une de Nantes, l'autre de la Ghateigneraye, devaient pénétrer au centre de la Vendée, où elles feraient leur jonction, et d'où elles agiraient ensuite de concert cootn; les royalistes, Dès le 25 septembre, l'une des colonnes se mit en marche ; l'autre, malgré tea hésitations de Rossignol , ne tarda pas à s'ébranler. Combit Le 50 septembre, les républicains, commandés par siiuu Kléber, rentrèrent à Clisson et à Montaigu : le même 'jour, ils se portèrent sur la route deTiffauges; près du village de Saint-Sjmphorien, ils rencontrèrent tes avant-postes de Bonchamp et de d'Iiilbée. Kléber ayant donné le signal de l'attaque, ses officiers lui repr^ntèrent qu'ils n'avaient point de canons : « Eh bien I « teurdil-it, reprenons ceux que nous avons perdus à o Torfou. » Mais les royalistes n'étaient point disposes h se laisser enlever ces trophées de leurs récentes victoires. Ils se défendirent avec un grand courage, ayant d'ailleurs pour eux l'avantage de la position et du • nombre. Les républicains redoublèrent d'impétuosité
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COtrraNTIOH NATIONALE, 81
et de dévouement, et balancèrent ta fortune. Vers te oct. nos soir, l'arrivée de Gaoclaux, qui amenait un renfort d'hommes et d'artillerie, contraignit les Vendéens à battre en retraite. Ces avantages furent paralysés par UQ easemble de mesures mal concertées. À la suite des dénonciations de Rossignol, la convention destitua Canclaux, Aubert-Dubayet, Grouchy, Rey, Ganvilliers, Hieskowsky, et d*autres cliefs supérieurs de l'armée républicaine : plus tard, elle fit droit aux représentations de Philippeaux, et elle rappela Ronsin'.
Les armées républicaines de l'Ouest furent réunies ';^*£^'' en une seule, et placées sous le commandement d'un nommé t'Ëchelle, inepte général qui arriva subitement iiHbntaigu, escorté d'un nouveau délégué de la convention nationale, le représentant du peuple Carrî^, d'affreuse mémoire. « L'Ëcbelle, dit Kléber, était le plus lâche des soldats, le plus mauvais des ofliciers, et le plus ignorant des chefe : il ne connaissait pas la carte, savait à peine écrire son nom ; et rien ne pouvait être comparé à sa poltronnerie, que son arrogance, sa brutalité et son entêtement.;! Tel était l'homme que les jacobins avaient préféré à Kléber et au jeune Marceau, déjà célèbre par ses talents et son courage. Cependant les généraux Santerre et Rossignol avaient à leur tour quitté l'armée, laissant une partie de leurs divisions sous les ordres du républicain Chalbos.
Cependant le misérable l'Ëchelle était accablé sous le
' Ce mUénble, qui s'ëbît couTert d'opprobre dans l'Ouegl, n'arrÏTa i fmt que pour ; être porté, par la Taclioa d'Hébert, à la tâte de l'armâe rcTohitioniutre ; et nous caonaissons déjii ses bonteui exploits dans h {daine des Brottcai».
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SS RÈVULUTIOH FRiltÇAISE.
Oci.i7g3. poids de sa responsalnlité et de son ignorance : sans s'inquiéter des systèmes proposés par les hommes de guerre et sans daigner jeter les yeux sur la carte du pays, il se bornait à exposer en peu de mots le plan qu'il avait conçu, et qui consistait à marcher m ordre, ma/eitueuiffmetU, et en masse.
SBiu Le commandement de la division mayençaise fut laissé h Kléber, sous le général en chef. Le 13 octobre, on apprit que Noirmoutiers était tombé au pouvoir ,de Charette; mais l'Échelle, fatigué d'entendre discuter le plus ou moins d'importance decet événement, se borna à demander ce qu'était Noinnoutiers. Depuis quatre jours, Ghalbos avait obtenu un avantage contre les Vendéens, sur la hauteur du bois de Moulin-aux- CJièvres. Les représentants du peuple, après en avoir rendu compte à la convention, ajoutaient : « L'armée « de la république est partout précédée de la terreur ; « le fer et le feu sont maintenant les seules armes dont V non» fassions usage, » Au combat de Houlin-aux- Ghèvres, le général de brigade Ghambon, chargeant à la tête de ses soldats, périt, le corps traversé d'une balle, et en s'écriant : Je meurs pour la patrie. Vive la républiquel Iah 14 octobre, une proclamation de rÉclielle apprit à l'armée que le mmnent était en^n venu où les sans-culottes allaient triompher des brigandi. Le 15, les républicains entrèrent sans coup férir h Hortagne, d'où les Vendéens s'étaient retirés ; le même jour, 1«3 colonnes de Kléber et de Marceau étant réunies, elles attaquèrent près de Saint>Cbristophe et de la Tremblaye les Vendéens, commandés par Bonchamp , d'Elbéc , la Bochejaquelein et Lescure. I^
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combat se prolongea avec acharnement pendant trois Oct. 17«3. heures ; mais, Lescure ayant été mortellement frappé d'une balle, sa chute découragea les catholiques, qui s'enfuirent vers Chollet et jusqu'à Beaupréau. Durant le combat, l'Échelle ne s'était montré nulle part: comme il se plaignait ensuite de n'avoir vu auprès de lui aucun oflicier, le conventionnel Turreau lui répondit qu'on ne voyait jamais les braves à la queue des colonnes. Dès ce moment, l'inepte général ne conserva que les apparences du commandement, et le soin de diriger les opérations appartint entièrement à Kléber.
Deux jours après, l'armée républicaine, forte de^J^J^^, vingt-quatre mille hommes, attaqua, en vue de Chollet, alùa. les Vendéens au nombre de quarante mille, mais découragés, mal armés et indisciplinés. Sur la gauche, les républicains prirent la fuite ; et le représentant du peuple Carrier, aussi lâche que cruel, suivit cet exemple. Hais le centre, commandé par Marceau, fît une contenance vigoureuse; et les Vendéens, foudroyés par l'artillerie, commencèrent à lâcher pied. Kléber les poursuivit avec cinq bataillons, tandis que l'aile droite, aux ordres de Vimeux, obtenait un avantage non moins signalé. La victoire des républicains fut complète, mats elle avait été glorieusement disputée : « Jamais, écrivait « Kléber, les Vendéens n'ont livré un combat si opianiàtre... Ils combattaient comme des tigres, et nos « soldats comme des lions. » La pertç des Vendéens s'éleva à près de dix mille hommes, au nombre desquels ils eurent à pleurer Bonchamp, qui fut atteint d'une blessure mortelle. Bonchamp, à lui seul, valait une aimée ; c'était lui qui conseillait aux royalistes
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U RËVOLtmOR PRAHÇUSB.
Oci. 1793. d'abandonner le théâtre de leurs luttes et de se porter au delà de la Loire, pour se joindre aux insurgés de la Bretagne : quand ce plan, longtemps ajourné, fut enGn suivi, -il étail trop tard. Pour surcroU de malheur, le généralissime d'Elbée était tombé lui-même sur le champ de bataille, dangereusement blessé. t-'»™*» Le lendemain 18, la Rochejaquelein, devenu le chef 'ÎÎÏXï' del'armée royaliste, se replia ducôtédeBeaupréau. En Il Loi™, jjg jjjQnient une seule pensée animait les Vendéens de tout âge et de tout sexe ;-ils voulaient passer la Loire; mais, pour que ce mouvement eût les résultats qu'ils s'en promettaient, il aurait fallu que les royalistes franchissent le fleuve en vainqueurs, et non en fugitifs. La RochcjaqueleiD, entraîné par l'impulsion générale, suivit avec ses compagnons les roules qui conduisaient à Saint-Florent. Lorsqu'ils y arrivèrent, maudissant la république et appelant à grands cris )a vengeance, ils emporlaient au milieu d'eux, sur des brancards, Lescure et l'hcroïque Bonchamp, tous deux prêts à rendre le dernier soupir.
Bfrai.0H Pendant que les Vendéens, au nombre de cent mille, BanrbMBp gg disposaieut à franchir là Loire sur des barques ras- '*«""■ semblées à la hâte, bien loin- derrière eux les malheureuses villes de Cbâtillon et de Chollet, livrées à l'incendie par Westermann, semblaient réclamer de justes représailles. Le souvenir des horreurs dont elles avaient été le théâtre, le spectacle de tant de bourgades et de métairies consumées par les flammes, faisaient fermenter dans l'âme des Vendéens des colères implacables, fruits ordinaires des guerres d'extermination. Sous l'empire de ces ressentiments, le conseil des o0iciers,
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COSTEBTIOH WATtOHALE. 85
ne Tonlant pas entraîner à la suite de l'armée cinq od. nos. mille prisonniers républicains, décida que, pourveinger sur eux lant de massacres commis par ordre de la convention, ces ennemis devaient subir les lois de la guerre, el qu'il fallait immédiatement les mettre à mort. L'armée applaudissait à cette cruelle justice, et demandait impérieusement le supplice des prisonniers. Mais, alors sur son Ut d'agonie, Lescureâ'iudigna de ce qu'on osait méditer une semblable boucherie-, Bonchamp, à son tour, demanda la grâce de ses ennemis : tous deux chargèrent MM. d'AuUchamp et Laroche Saint-André de porter aux Vendéens les derniers ordres de leurs chefs mourants, et leur clémence changea l'esprit de l'année. On n'entendit plus que ces mots : Grâce! grâce I Bon~ tkamp l'ordonne. Ainsi , avant d'aller rendre à Dieu compte deleurvie etdelêur mort,LescureetBonchamp eurent la gloire consolante d» sauver cinq mille ennemis, et d'épargner un grand crimeàla Vendée.
La Loire était enfin franchie, au milieud'un immense i-unitô désespoir, par toute l'émigration vendéenne : cette pum armée, entraînant avec elle une multitude de femmes et de vieillards, doux fardeau I se rassurait un peu en voyant la conûance de son jeune chef Henri de la Rochejaquelein, et en écoutant les exhortations pieuses de Lescure, qu'on portait encore dans les rangs. Le 19 octobre, vers trois heures du matin, les dernières embarcations s'éloignaient du rivage, et l'armée républicaine, qui entrait à Saint-Florent, arrivait trop tard pour empêcher la retraite des royalistes. Ceux-ci, rassemblés sur la rive droite du fleuve, se dirigeaient déjà sur Rennes : leur armée s'élevait encore à quarante
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ES RÈYOLimOH FRANÇAISE.
Oïl. 1193. mille hommes et à vingt-quatre pièces de canon , servant d'avanl-garde et d'arrière-garde à un troupeau de soixante mille fugitifs, femmes, enfants, vieillards et blessés ; et ce triste et glorieux cortège se développait confusément sur un espace de quatre lieues.
iMïîi^M ^ ^^ octobre, l'armée vendéenne s'empara de
r««ùî'b6fd Château-Gonthier ; le 25, elle entra à Laval- Dans sa b uin. roule, elle était suivie de près par les divisions de l'armée républicaine, en tête desquelles combattaient les géDéraux Bcaupuy et Westermann : de leur côté, Chalbos et Kléber manœuvraient sur la rive droite pour barrer le chemin aux royalistes. Le premier engagement sérieux eut lieu sur In route de Laval, au lieu appelé la Croix-de-Bataille. Un corps d'armée, commandé par Beaupuy et Westermann, fut mis eif déroute par les Vendéens, dans la nuit du 35 octobre. Deux jours après, par l'effei des fausses manœuvres du général t'fïchelle, Biuiiie l'armée républicaine fut complètement battue en vue
d'EDtnmci. d'Entrames ; l'Échelle fut le premier à prendre honteusement la fuite, et la garnison de Maycnce elle-même abandonna précipitamment ses positions et ses canons. Les généraux Kléber, Beaupuy et Bloss, et les représentants du peuple Merlin et Turreau, retardèrent vainement par leur courage le désastre de la journée. Bloss périt glorieusement à l' arrière-garde ; et l'armée républicaine, fuyant au hasard, ne commença à se rallier que sous les murs d'Angers. Elle avait perdu un grand nombre de morts et dix-neuf pièces de canon^ et il fallut douze jours pour réorganiser ses débris. La bataille d'Entrames Gt beaucoup d'honneur au jeune général de l'armée vendéenne, et lui fournit l'occasion
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de montrer son inlrépidité et sa pr&ence d'esprit, oa. nos. S'étant engagé seul dans un uhemin creux, il y est attaqué par un fantassin de l'armée républicaine : q^loiquâ blessé au bras droit, Henri de la Rocbejaquelein saisit son adversaire de la main gaucbe, le terrasse, lui accorde la vie, et le renvoie en disant : « Retourne vers « les républicains ; dis-leur que tu t'es trouvé seul avec « le général des brigands, qui n'a qu'une main et point « d'armes, et que lu n'as pu le tuer, n On croit lire les annales de la chevalerie du moyen âge ; mais les gentilshommes de la Vendée savaient rendre croyable ce que les légendes ont rapporté de leurs pères.
Tandis que ces événements se passaient au nord de j, ]l'^„tt. ta Loire, le général Haxo et son collègue Dutruy, qui avait remplacé Mieskowsky, se disposaient à harceler et à poursuivre les divisions de Charettc, dans les campagnes de la basse Vendée. Sur ce point, les succès des royalistes devaient être moins éclatants, mais plus durables.
L'armée r^ublicaine, vaincue à Entrâmes, destitua elle-même l'inepte rËchelle; et les représentants du peuple, approuvant cette décision du soldat, donnèrent le commandement en chef à Ghalbos. Dans l'armée vendéenne, le titre de généralissime continuait à appartenir à la Rochejaquelein ; mais la conduite de la guerre était confiée à un conseil composé des chefs principaux, parmi lesquels le plus inÛuent et le plus accrédité était Stofflet, l'ancien garde-chasse, exerçant alors les fonctions de major général. L'artjllerie, assez mal équipée, avait été mise sous les ordres àe Marigny et de Pérault ; la cavalerie, à peine composée de deux
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88 RËTOLUTION FRANÇAISE.
oct 17». OU trois cents hommes , reconnaissait pour chef le prince de Talmont. Au fond, les paysans n'obéissaient qu'à leurs prêtres, et se prêtaient mal à l'organisation militaire qu'on cherchait à leur donner. Mal vêtus, mal chaussés, à peine nourris, ils ne recevaient aucune solde : les hagages encombraient les routes par eux parcourues, et la masse des fugitifs invalides embarrassait tous les mouvements de l'armée.
Pendant que les républicains se reformaient sous la protection du canon d'Angers, les Vendéens, cmtoonés à Laval, perdaient du temps à attendre des renforts : enfin ils se remirent en marche, et occupèrent successivement Mayenne et Fougères, chassant devant eux les garnisons du pays et les .cohues désignées sous le nom de levées en masse. Arrivés à Fougères, ils s'y reposèrent pendant quatre jours, et ce fui là que leurs chefe accueillirent les premières ouvertures un peu sérieuses du gouvernement anglais. Pour premier salaire des secours que l'Angleterre enverrait aux Vendéens, le cabinet du roi George demandait qu'on s'emparât d'un port de mer, et qu'on facilitât ainsi l'accès de ta France aux escadres anglaises. C'était peul-étre l'application nouvelle de la politique insidieuse suivie à Toulon par l'amiral Hood : or les Vendéens n'avaient guère la liberté du choix. Ils se défiaient des propositions et des conseils de Pitt, mais ils se résignèrent à les accepter, et ils résolur^it de se rendre maîtres du port de Granville. Comme leurs frèresles royalistes de Toulon, ils demandèrent qu'avant tout un prince de la maison de Bourbon ^nt se mettre à leur télé ; mais les Anglais éludèrent
CONVENTION MAHOMAIE.
ces pressantes réclamations; ils les jugèrenl trop di-NoT, 1793. rec(«ment utiles à la cause de la Vendée pour ne pas s'en efTrayer : la politique de Pitt consistait toujours à ruiner la révolution et la France au profit de l'Angleterre, et à se mettre peu en peine de la cause des Bourbons.
Les Vendéens arivèrent le 9 novembre à Dol ; le 12, ^i^^^ ils entrèrent à Âvrimches, d'où une partie de leurs '^^t' divisions se dirigea sur Granville : le 14 (24 brumaire), "^ ils s'emparèrent du principal faubourg de cette ville, et placèrent quelques pièces de canon sur les hauteurs. Pendant la nuit et durant la journée du lendemain, ils dirigèrent sur les réjiublicains un feu de tirailleurs, dont la garnison se débarrassa en mettant le feu au faubourg. Chassés par la Dammc et découragés par les premières difficultés de l'entreprise, les paysans royalistes se replièrent sur Âvranches. Aucun des bâtiments anglais, sur l'assistance desquels ils comptaient, n'a- Tait encore paru en mer. Il n'en fallait pas tant pour dter toute confiance et tout espoir à ces multitudes, qui se croyaient exposées à une perte certaine dans une conlrée inconnue, et loin de leurs gcnéis et de leurs clochers. De toutes parts on demanda l'ordre de com- iieiniic mencer la retraite; la voix des prêtres qui ordonnait de ■> ■«in. combattre cessa d'être écoutée, et la Rocbejaquelein, après trentC'Six heures d'eflbrls inutilement tentés contre Granville, se vit forcé de donner le signal du mouvement réb^grade. La retraite s'opéra au milieu du plus grand désordre, les paysans s'imaginant voir partout autour d'eux des trahisons, et abandonnant leurs malades et leurs blessés à ua ennemi impitoyable.
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M RÊTOLimOM KRAWÇAISE.
NoT. i7«3 Le 28 brumaire (18 novembre), leur avant-garde Biuiii» s'empara du pont de Beaux et de Pontorson, positions importantes que les républicains ne surent ni garder ni défendre : cet avantage fît renaître un peu de confiance dans l'âme des Vendéens, et ils continuèrent leur marche jusqu'à Dol. Leur arrivée dans cette ville fut signalée par un premier combat dans lequel ils obtinrent l'avantage. Cependant des divisions républicaines commandées par Marceau, Ktéber, Chambertin, Huiler et Weslermann, arrivèrent successivement, et manœuvrèrent pour envelopper et détruire l'armée royaliste-^ mais celle-ci, enflammée parle dévouement etie désespoir, commença elle-même l'attaque : pendant trois heures d'une lutte meurtrière et acharnée, que rendaient plus terrible les ombres de la nuit, elle soutint tous les efforts de l'armée républicaine ; et, avant le lever du jour, des cris de vive le roi! mille fois répétés, semblèrent lui apprendre qu'elle était encore victorieuse. Ce ne fut qu'une bien cruelle illusion : en peu de temps les républicains, ayant Westermann à leur tête, revinrent à la charge et remportèrent une sanglante victoire. Au milieu d'une panique presque générale, les Vendéens se mirent à fuir au hasard, sourds à la voix et aux exemples de leurs chefs : StofQet lui-môme lâcha pied et ne s'arrêta qu'en écoulant les exhortations et les reproches d'une femme courageuse. Aidé d'Autichamp et de Marigny, il rallia les fuyards et leur montra la Rochejaquelein qui combattait encore pour assurer leur salut. Ce fut l'un des instants tes plus solennels de cette guerre sans égale. Les femmes poussaient les hommes au combat. Madame de fionchamp
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COHVESTIOS SlTIONAr^. 01
et madame de Lescure allaient à trarers les rangs, hot. 170s. cherchant- à communiquer aux soldais le courage dont leurs âmes étaient enflammées. Une paysanne se mit à la tâte d'une poignée de femmes héroïques et se tança avec elles au galop, en s'écrianl : En avant! au feu, les Poilevineg! Les prêtres, le crucifix à lamaio, et les premiers exposés aux balles républicaines, haranguaient généreusement leurs paroissiens ébranlés. L'un d'eux, le curé de Sainte-Marie de Ré, monté sur im tertre, s'écriait d'une voix tonnante : o Soldats, aurez-vous « l'infamiede livrer vos femmes et vos enfants au cou- « teau des bleus? Le seul moyen de les sauver est de « retourner au combat. Venez, enfants, je marcherai à <t votre tête, la croix à la maini Que ceux qui veulent a me suivre se mettent à genoux, je leur donnerai « l'absolution : s'ils meurent, ils iront en paradis... « Les lâches qui trahissent Dieu iront en enfer 1 » A ces mots, plus de deux mille hommes s'agenouillaient, sollicitaient l'absolution et se relevaient ensuite pour combattre en lions furieux. Quelques heures après, les Vendéens avaient ressaisi la victoire et rentraient triomphalement dans les murs de Dol en chantant l'hymne V&niliaregis.
Le lendemain, les républicains recommencèrent l'attaque, et furent vaincus. Rossignol et Marceau Urent de vains efforts pour arrêter la déroute ; elle fut complète, et les républicains fugitifs qui cherchèrent un asile à Entrain périrent, massacrés par leurs ennemis* Les débris de leur armée se replièrent en partie sur Rennes et en partie sur la route de Nantes. L'intrépide tUrceau parvint enfln à les rallier. Malheureusement
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91 RÉÏOICTIOB mASÇAlSE.
KoT, 1795. les royalistes, au lieu de reprendre le chemin de Granville ou de se jeter dans le Morbihan, où les conviait une insurrection amie de la Vendée, et célèbre sous le
LwTtoMw nom decAofianiime, continuèrent à désobéir aux inspi- "wî^' rations de leurs chefs, et à se rapprocher précipitamment de la Loire. [^ 15 frimaire (3 décembi-ë), ils parurent de nouveau sous les murs d'Angers, et commencèrent l'attaque de cette ville. Leur but, eo se ren* dant maîtres de celte place, était de reconquérir te passage de laLoire : cette attente fut trompée. Découragés, comme à Granville , par la résistance des républicains, ils se retirèrent avant d'être vaincus, et se jetèrent en . désordre sur la route de la Flèche et du Mans. jMro*^ Le 20 frimaire (10 décembre), ils attaquèrent cette dernière ville, que défendaient huit mille républicains. Les Vendéens, débouchant avec intrépidité par la chaussée de PontHeu, s'emparèrent du Mans, et, dans les transports de ce triomphe inattendu, oublièrent, pour se livrer au vin et au repos, les mesures de précautions exigées par les circonstances. Marceau, Kléber, Westermaan, Mullcr, réunis à FouUetourte, s'avancèrent simultanément contre les royalistes et rejetèrent les avant-postes vendéens dans la ville. Il était quatre heures et demie. Les faubourgs du Mans étant emportés, on se battait déjà sur la grande place et dans les rues ; et la pluie qui tombait par torrents ne ralentissait ni la fusillade ni la mitraille. Bientôt, malgré le courageux dévouement de la Rochejaquelein et de WA. de Houx, de Marans, Allard, de Scépeaux et d'Autichamp, les royalistes plièrent et cherchèrent h fuir du cdté de la roule de Laval. Le carnage fut épouvantable : l'incen-
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CONVKHIEOH KATIONALE.
die, le meurtre, lous les attentats que se permettent des Dfa. nn~ vainqoeui^ sans pitié et sans frein, consommèrent la ruine de l'année vendéenne et le deuil des royalistes. Nous sommes impuissant à retracer les massacres et les souillures de cette nuit d'horreur. L'intrépide Marceau, dont on déshonorait ainsi la gloire, cherchait en vain à retenir ses soldats, à préserver les victimes. Plus de dix mille VendéeBS de tout âge et de tout sexe périrent mutilés ou égorgés : un nombre égal, blessés ou pris, fut réservé pour la guillotine. Les débris de ceux qui survivaient à ce grand désastre erraient dans les campagnes, luttant contre le froid et la faim, ou se pressaient confusément sur les routes. M. de la Rochejaquelein vivait encore; et, secondé par le zèle de SlpfDet, il entraînait à sa suite, vers la Loire, les derniers compagnons de son courage et de son infortune. Arrivé aux environs d'Ancenis, le jeune général fit rassembler à la hAte tout ce qui pouvait servir à transporter SCS troupes de l'autre côté du fleuve; mais les VeodéenSr qui avaient si longtemps aspiré au moment de revoir leur pays, craignirent de ne retrouver, sur le bord opposé de la Loire, que les armées républicaines et une mort assurée. La plupart d'entre eus refusèrent de franchir le fleuve etpréférèrcn t se rejeter, au nombre de sept mille, sur le chemin de Savenay. [.a Rochejaquelein, StolTlet, Baugé et Langcrie, suivis de dix-huit soldats, se déterminèrent seuls à retourner en Vendée : lesaulres, commandésparLyrot, Marigny et Donnissan, et vivement poursuivis par Westermann , continuèrent à Tuir et ne s'arrêtèrent qu'à Savenay, pour y subir . une nouvelle déroute.
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M RËTOLtlTIOEI PHAUÇAISB.
DéciTSQ. EIIe< fut complète, malgré l'énergie du désespoir u> yaM«u qui enQammait les, malheureux Vendéens. Lee républi* i cains, encouragés par la présence de Marceau, et d'ailleurs bien supérieurs en nombre à leurs ennemis, les écrasèrent, ou les rejetèrent au hasard devant eux, k travers les champs et les bois. Une partie des vaincus se noya dans les marais de Montoire, la plupart des autres, cherchant un refuge dans la forêt de Graves, furent pris ou massacrés { 5 nivôse — 22 décembre). Ainsi se termina la première période de ces luttes de la Vendée, justement nommées, par le plus grand capitaine des temps modernes, une guerre de géantt. o Si je ne me trompe, écrivait l'un des vainqueurs le « lendemain de la bataille de Savenay, cette guerre « de brigands et de paysans, sur laquelle on a jeté tant « de ridicule, que l'on affectait do regarder comme t< méprisable, m'a toujours paru, pour la république, « la plus grande partie ; et il me semble h présent « qu'avec les autres ennemis, qu'avec le reste de l'Eu- « rope, nos combat$ ne seront qtie des jeux d'enfants. » La convenlion ne s'y trompa guère, elle que ces héroïques paysans avaient fait trembler sur les gradins de sa Montagne. Ils n'étaient point de vulgaires ennemis, ces hommes simples et religieux, ces confesseurs de ta foi qui, commençant une guerre sans autres armes que des bâtons el des fusils de chasse, avaient, en moins de huit mois, envahi six départements, pris quatorze villes, gagné huit batailles rangées, triomphé da'ns plus de soixante rencontres, et pavé de leurs cadavres ou de ceux de leurs ennemis les roules de l'Ouest sur un espace de cent cinquante lieues.
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coNTsmon lUTionÀLG. «s
Tja conventiûD décréta que les armées de la république, Tictorieuses des Vendéens, avaient bien mérité de ta patrie; elle décerna les honneurs du Panthéon & Barra, enfant de treize ans. Barra, tombé au pouvoir des Vendéens, s'était vu offrir sa grâce, s'il consentait à crier vive le rai I et il avait préféré la mort. Sur les murailles du Panthéon et dans les hymnes des poêles, son nom fut associé à celui de Viala, dont nous avons déjà raconté la fin héroïque.
Tandis que les prisonniers vendéens attendaient le supplice, et que leurs compagnons, dispersés dans le ' Morbihan, s'organisaient en partisans et continuaient la chouannerie, dans la basse Vendée la guerre était encore vigoureusement conduite par Charette. Le 13 décembre, ce redoutable ennemi des républicains remporta une victoire signalée sur l'armée des Cèles de la Rochelle, campée aux Qnatre-Chemins ; les royalistes ne faisaient plus de prisonniers; les abominables vengeances exercées par les bleus leur semblaient rendre nécessaires d'aussi cruelles représailles.
Cependant les républicains, sous les ordres du général Turreau, se portèrent sur Noirmoulîers, que défendait une garnison vendéenne et cinquante pièces de canon : ils s'en emparèrent autant par perfidie que de vive force, et ils souillèrent leur victoire par de nombreuses exécutions. Au nombre de ceux qu'ils envoyèrent à la mort figura l'ancien généralissime d'EN bée, atteint de quatorze blessures- On le fusilla assis sur un fauteuil, et sous les yeux de sa femme : le lendemain, celle-ci fut à son tour envoyée à la mort. Turreau, à la fois ignorant et impitoyable, était digne de
Dec. 1703. succéder à l'Échelle el à-Weslermann. Il fit éloigner Marceau, dont les talents lui faisaient ombrage, el dont l'humanité n'aurait pu consentir au système de guerre qu'il introduisait dans le Bocage. D'après le plan que Turrcau avait conçu, l'incendie, la dévastation et la mort devaient être les plus sûres armes de la guerre. Vingt colonnes infernales furent donc chargées de parcourir le pays dans tous les sens, de passer au fit de la baïonnette tons les Vendéens, sans distinction de sexe
Jet d'âge; de livrer aux flammes les maisons, les villages, les bois, les genêts, les métairies et les récoltes; et de n'excepter de cette extermination générale que treize bourgs ou villes destinés h servir de lieux de cantonnements aux troupes. Ces atroces mesures, qui épouvantèrent le comité de salut public lui-même, et n'obtinrent pas son approbation oflicielle, tournèrent promptemenl contre les assassins et les incendiaires. Les paysans, chassés de toutes parts et réduits aux dernières extrémités entre la mort et la faim, retrouvèrent dans leur désespoir la force de recommencer encore la lutte, qu'on avait crue éteinte faute d'hommes. Charetle, qui, "depuis )a prise de Noirmouliers par les républicains, ne disposait plus quade faibles bandes, se vil de nouveau à la tête d'une armée; et, le 26 nivôse (15 janvier], il fut en mesure de battre les hieus à Chance et à Légé : peu de jours après, les hordes de Turreau furent rejetées vaincues sur la roule de Nantes, laissant derrière elles toute la haute Vendée soulevée.
*^ulS' ^^^ frontières de la France étaient le théâtre de luttes i«^^ sans cesse renaissantes : mais là le sang versé par les
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CONTENTION NATIOALE.
rêpablicains coulait pour la défense de la patrie et scpt. i7u> l'inlégrité du sol; ià il s'agissait de victoires pures de fratricides, et que la guillotine n'était pas si souvent chargée de déshonorer.
L'exemple de Bouchard, destitué et traduit devant le tribunal rcvolutionuaire pour n'avoir pas su profiter delà victoire d'Hondschoote, avait effrayé ou découragé les autres chefs de l'armée : le cominandement militaire n'était plus un sujet d'orgueil, mais une cause permanente de crainte. Le jeune Jourdan, naguère chef de bataillon, et après six mois de campagne général divisionnaire, s'était résigné à accepter ce dangereux fardeau. 1^ même jour, les quatre armées chargées de garder les frontières de la France, de l'Océan au Rhin, avaient vu mettre à leur tête des jeunes gens obscurs mais dévoués, et qui, sans se laisser entraver par les traditions de l'ancienne école, étaient prêts à swvird'ioslrumenls au nouvel art militaire improvisé par le comité de salul public : tout datait de la veille, les idées, les armées, les hommes.
On touchait aux derniers jours de septembre ; le fii«i«tion prince de Cobourg et les généraux anglais et hollandais, *•» •m'*"'encore déconcertés par leur défaite d'Hondschoote et la levée du siège de Dunkcrque, voulaient terminer la campagne par la prise de Maubeuge, qui entraineraît celle d'Avesnes et de Landrccies. La possession de Maubeuge était pour les alliés d'une importance sérieuse : elle leur assurait une base d'opérations entre la Sambre et la Meuse, elle leur ouvrait pour la prochaine campagne les routes qui conduisent à Paris. DeNamur à ta mer, les différentes armées coalisées formaient un
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63 BÉVOLimOK FRANÇAISE.
13" cffectirde cent vingt mille hommes disciplines, aguerris, bien équipés; sur la même ligne de frontières, les Français ne pouvaienlopposer à leurs ennemis que cent quatre mille soldais, dont le plus grand nombre se composait de jeunes gens des dernières levées. Ces forces étaient ainsi réparties : à Dunberque , à Cassel et à Bailleul, trente-trois mille hommes 1 au camp de la Madeleine, près de Lille, vingt-huit mille hommes; le même nombre à Gaverelle et à Arleux ; quinze miHe hommes au camp retranché de Maubeuge. Si la présence d'une foule de paysans en sabots, sans armes et sans instruction militaire, aflaiblissait encore cet effectif des troupes françaises, il faut reconnaître que les républicains avaient pour eux de nombreuses places fortes bien pourvues, cl qui, à chaque mouvement offensif, forçaient les alliés de s'éparpiller en de nombreux détachements. Chaque jour d'ailleurs, par l'efTet du patriotisme et par l'impulsion vigoureuse que le comité de salut public avait donnée au pays, ils voyaient leurs forces s'accroître; tandis que celtes des alliés, ne pouvant être facilement réparées, diminuaieal d'une manière sensible. Le 29 septembre, l'armée impériale passa la Sambre pour investir Haubeuge, que protégeaient un camp retranché et une assez forte garnison. Au lieu d'opérer par masses, et d'écraser les Français dans leur position, le prince de Cobourg manœuvra par six colonnes, et n'obtint aucun avantage décisif. Le 5 octobre, l'armée hollandaise fit sa jonction avec l'armée autrichienne, et Maubeuge se trouva assiégée par quatre-vingt mille combattants. Jourdan eut ordre de délivrer cette place ; cl il se mit promptcment en marche, à la léte de qua-
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rante mille hommes, laissant le reste de son armée oct. un. couvrir la frontière du Nord et celle des Àrdennes. La ville de Maubeuge, quoique défendue par des soldats nombreux et dévoués, était dépourvue de vivres et de munitions de guerre, et le découragement avait peu à peu gagné les esprits, en mêmetemps que les corps étaient affaiblis par la faim. L'ennemi, au contraire, s'était retranché dans de bonnes positions surabondamment couvertes par des abalis, des fossés palissades, des redoutes garnies d'artillerie, et en apparence inexpugnables. « Les Français sont de fiers républicains, n avait dit le prince de Gobourg; mais s'ils me chassent « d'ici, je consens à me faire républicain moi-même. » Ce déQ porté à l'armée française l'avait exallée, et elle se promcilait bien de forcer le prince à tenir sa parole. Le mouvement offensif des Français commen<;a le 12 octobre; le lendemain, l'armée du Nord et celle des Ardennes, réunies sous les ordres de Jourdan, prirent position en avant des bois qui couvrent la plaine entre Uaubeuge et Àvesnes. Alors le prince de Cobourg, prévoyant une attaque, appela à lui l'armée du duc d'Vork, et la cbargea de couvrir les routes du côté de la Sambre : de plus, il détacha dix mille hommes contre l'armée des Ardennes, alors postée à Solre-le-Château ; puis il prescrivit à Clairfayt de soutenir le premier choc des Français avec le gros de l'armée. Le 14, les deux avant-gardes se rencontrèrent et engagèrent un combat dont le résultat demeura douteux. Pendant la nuit, une certaine émotion se lit remarquer dans le camp français ; les nouvelles recrues murmuraient en se voyant MRS cesse exposées aux rades épreuves de la guerre, h
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100 BËV0L1TTION FRANÇAISE.
Oct 1795 '^ fatigue, aux maladies, à la faim. «Apprenez, leur « dit le général Chancel, que c'est par une longue suite a de travaux et de privations qu'il faut acheter l'hon- « neur de combattre et de mourir pour sa pab'ie. » Ces consolations héroïques étaient dignes de l'ancienne Rome , mais les sol<htts de la république française savaient aussi les comprendre.
Biuiiie La bataille s'engagea le 1 5 octobre autour du village
v*uir>ia. de Wattignies, et le bruit du canon retentissant dans la plaine rendit l'espérance et l'énergie aux Français retranchés sous les murs et dans le camp de Maubeuge. Un épais brouillard, dès le matin, avait favorisé les manœuvres de Jnurdan, et dérobé à l'ennemi les mouvements de ses troupes : les Français attaquèrent sur trois colonnes ; d'abord repoussés par l'artillerie autrichienne, ils reculèrent, puis ils revinrent à la charge avec une ardeur impétueuse. Le village de Wattignies, quoique protégé par des retranchements garnis de canons, fut emporté, et l'ennemi se vit coup sur coup ceraé dans les positions qu'il défendait avec un acharnement inouï. Cependant les plus grands efforts des Français se portaient sur les ailes, et c'était là que l'armée obtenait des succès certains : au centre, les républicains se virent longtemps arrêtés et foudroyés par l'artillerie nombreuse dont le front de Clairfayt était hérissé, et ils furent enfin contraints de se replier en désordre. La nuit suspendit le combat, mais elle n'interrompit pas leschanls de guerre; et sur toute la ligne, comme au milieu du carnage, on entendait retentir la Mojrteillahe. Le lendemain 16, la bataille recommença sur toute la ligne. Dans cette lutte sanglante de quarante-
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COnVEflTlON HATIONALE. 1«
huit heures, ie village de Wattignies fut pris et repris Oct. 1793. huit fois. Les régiments ennemis de Klebeck et de Hohenlohe furent presque détruits; l'artillerie française, rapidement disposée sur les hauteurs dont Jourdan s'était rendu maître, riposta arec avantage aux décharges multipliées des canoas autrichiens, tandis que des batteries volantes, masquées derrière les bataillons français et découvertes à propos , jetaient le désordre dans les rangs ennemis. Le poste de Boulers fut emporté sur les bataillons bohémiens, grâce à de jeunes recrues entraînées par le bruit du combat et des chants de guerre. Un retard inopportun du général Gratien, qui devait attaquer la gauche du camp de Wattignies, compromit un moment l'issue de la journée, et les Français furent écrasés et culbutés sur leur flanc droit. Le général Carnot, frère du représentant, arrêta ce mouvement offensif de l'ennemi et rétablit les affaires. Bientôt tes retranchements du camp de Wattignies furent franchis et emportés, et la nuit vint suspendre cette grande bataille. Le prince de Cobourg profita des ténèbres et du brouillard pour battre en retraite : il donna l'ordre de repasser la Sambre, tandis que le plus grand nombre de ses généraux exprimait le vœu qu'on recommençât le combat. Ce fut de la part du prince généralissime un acte de faiblesse;, car les Français, dont les pertes avaient été bien supérieures à celles deleur ennemi , songeaient eux-mêmes à se replier et se trouvaient hors d'état de renouveler la lutte des deux précédentes journées. Quoi qu'il en soit, l'armée autridiienne abandonna le blocus deMaubeuge; mais elle se retira sans être inquiétée : les troupes renfermées
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102 nÉVOLCTIOB FHASÇAISE.
rdans la ville et dans le camp retranché sollicicaicnl l'ordre de la poursuivre, mais le général Ferrand les retint dans l'inaclion.
Telle fut la bataille de Wattignies, plus glorieuse encore, plus meurtrière que celle d'Hondschoole et non moins utile à la république, puisqu'elle décourngca l'Europe el ferma aux armées de la coalition le chemin de Paris. l.es généraux français profitèrent mal de cette victoire; ils perdirent un temps précieux à des manœuvres mal concertées; mais l'effet moral du triomphe de Watlignies ne put être effacé par ces fautes. Quelques jours après la bataille, l'armée française prit ses quartiers d'hiver, bien que le comité de salul public eût souvent prescrit de ne point s'arrêter, tant que le territoire français ne serait pas entièrement délivré. Le quartier général de Jourdan fut porté à Guise, oi^ l'on établit un vaste camp destiné à recevoir les réquisïtionnaires quialHuaienldc toutes parts. Desoncdté, le prince de Çobourg mit ses troupes en cantonnement dans les environs du Quesnoy, de Valenciennes el de Condé, et transféra ensuite son quartier général à Bavay. L'armée anglaise, sous le commandemenldu duc d'Yui'k, prit ses quartiers aux environs de Toumay, et couvrit ainsi la Flandre. Sur ces entrefaites, le comité de salut public donna l'ordre de détacher de l'armée du Nord dix mille hommes, destinés à aller renforcer l'armée de la Moselle, et quinze mille hommes chargés de se porter en Loute hâte dans la Vendée. Ensuite Jourdan fui mandé i Paris et destitué ; le brave Chancel, injuslemenlaccusé d'incurie ou de trahison, porta sa lète sur l'cchafaud. C'est ainsi que la république, Qdèle aux exemples
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CONYENTIOH HATIONALE. 103
d'ingratitude dont l'aDliquiié lui avait transmis le sou- oct. nos. venir, récompensait parfois le dévouement et les victoires de ses plus illustres fils.
Du cdté de la Moselle et du Rhin, les généraux de la opënUDu. convention avaient subi des revers. Or, victorieuses sur '■"^w plusieurs points, les armées ennemies étaient en quelque ^ "j^'»sorte relardées et paralysées dans leurs mouvements '*"'""■ parla mésintelligence des généraux en chef Bhmswick elWurmser, ou, pour mieux dire, par le peu d'entente et les rivalités sourdes des cabinets de Berlin et de Vienne, non moins inquiets de ce qui se passait en Pologne que des affaires de la France. Vers ia fin de septembre, le roi de Prusse avait quitté son armée pour retourner dans ses Ëtats. ''
Après son départ, la guerre sembla reprendre plus d'activité dans les Vosges-, les mouvements des Prussiens contraignirent l'armée de la Moselle d'abandonner toutes ses positions entre Saarbourg et Bïlchc, et de se réfugier, soit dans cette dernière forteresse, soit derrière la Sarre. Le vieux Wurmser espérait que les tr'oupes prussiennes, tirant parti de ces avantages, agiraient de concert avec l'armée impériale, pour forcer les lignes françaises entre Weissembourg et Lauterhourg ; mais le duc de Brunswick manifestait une incertitude et des mauvais vouloirs de fâcheux augure : ce ne fut qu'après beaucoup d'hésitation qu'il sedétermina enfin ^coopérer k une attaque générale.
Al'extrémilédudépartcmentduBas-Rhin, la Lauler, L'enaeir.i rivière qui coule de l'ouest à l'est, et se jette dans le \J^a grand fleuve, est bordée, du côté opposé à la France, weiiMm. par des hauteurs sur le front desquelles les républicains
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lOi RÉVOLUTION FRANÇAISE.
OU. 1793. avaient élevé des redoutes et des ouvrages de dérense : ces lignes, qui se prolongeaient de Lauterboorg à Weissembourg, étaient trop étendues pour l'armée du Ithin, alors obligée de se disséminer et d'assurer la garde des divers postes, en même temps qu'il lui fallait, à travers les Vosges, conserver ses communications avec l'armée de la Moselle. Les lignes de Weissembourg avaient été autrefois forcées par les Autrichiens, à l'époque de la guerre de Sept ans; mais elles leur avaient coûté dix mille hommes. Cette fois, l'honneur de la victoire, sous quelque drapeau qu'elle se rangeât, devait appartenir aux Français : les républicains défendaient les redoutes, et ils allaient être attaqués par les émigrés, en léte desquels marchaient trois princes de la maison de Condé. Le général Wurmser donna le signal du combat le 15 octobre. La bataille commença au point du jour, et les républicains, quoique promptement débordés sur leurs ailes, combattirent avec leur énergie accoutumée ; mais plus ils déployaient de courage, plus les émigrés redoublaient de dévouement et d'ardeur. Ils enlevèrent à la baïonnette dix-sept pièces de canon ; la légion de Mirabeau en prit onte à elle seule : un moment après, les émigrés emportèrent plusieurs redoutes, et la légion de Hohenlobe se couvrit de , gloire dans ces assauts multipliés. En peu d'heures, le prince de Condé chassa les républicains de Lauterbourg; vers le milieu de la journée, Weissembourg fut pris de vive force. Tous les postes se trouvant successivement enlevés par la noblesse française et ses alliés, les républicains battirent en retraite et se replièrent en désordre sur Geisberg. Celte journée leur avait coûté vingt-sept
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COHVEKTIOH NATIOtl&LB. 103
redoutes, Ircnle-trois pièces de canon, qualorre éten- od. iivs. dards ou drapeaux, el, plus que tout cela encore, leurs positions sur la frontière d'Alsace, désormais profondément entamée. Le lendemain, Haguenau tomba au pouvoir des alliés; mais l'armée autrichienne, mal secondée par le duc de Brunswick, ne recueillit pas d'autres fruits de cette victoire. Tandis que les républicains, continuant leur mouTemenl de retraite, se réfugiaient sous le canon de Strasbourg, les Impériaux maintenaient ù Haguenau leur quartier général et faisaient chanter un Te Deum dans la matinée du 16 octobre. Cruelle revanche des révolutions I A là même heure, les républicains remportaient la victoire de Wattignies, et faisaient tomber à Paris la tête de I'infor> (unée Marie-Antoinette.
A Haguenau comme à Toulon, comme à Bastia et Pauuqtu dans la Vendée, les alliés demeurèrent Gdèles à leur caAiuw. politique d'envahissement, à leur jndifTérence systématique pour la cause des Bourbons, qu'ils disaient défendre. Au lieu d'arborer le drapeau blanc et de proclamer la royauté de Louis XVU, ils ne reconnurent d'autre étendard que ceux de l'Autriche ou de l'Angleterre; ils procédèrent comme dans un pays conquis et soustrait par eux à la domination française. Dès lors, en Alsace, aussi bien que sur tous les autres points envahis, le sentiment national fut profondément alarmé ou irrité. Vainement donc les notables habitants de Strasbourg envoyèrenl-ils à Wurmser une députation chargée de l'inviter à prendre possession de leur pays au nom du n>i de France, le général autrichien, docile instrument de sa cour, éluda cette proposition et demanda un dé-
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lOB RËVOLmON FRANÇAISE.
Oti. nw. laî. Cette conduite audacieuse d'un ennemi qui s'était présenté comme allié ne larda pas à être suivie d'un juste châtiment : le duc de Brunswick, dont les lenteurs calculées compromettaient déjà le succès des opérations de l'armée auti-ichiennc, n'en marchanda que mieux son concours, en voyant l'Aulriche disposée à s'adjuger l'Alsace et à se faire ainsi, au détriment de la Prusse, une si belle pari dans les dépouilles de la France. Sous ' prétexte du défaut de vivres, le général prussien ne
, voulut pas s'avancer au delà de Lichtenberg. Wurmser, devinant sans peine le mauvais vouloir de son collègue, crut pouvoir se passer de sa coopération : il dirigea une attaque infructueuse contre le fort de la Petite- Pierre, situé sur les sommels des Vosges, et l'une des positions qui défendent les routes par lesquelles on pénètre d'Alsace en Lorraine. La Petite-Pierre fut cernée, le 22 octobre, par une brigade autrichienne qui couvrait les hauteurs deSaverne; mais le lendemain, une division de l'armée de la Moselle, accourant à marches forcées, contraignit les Impériaux à battre en retraite. Cependant le fort de Bitche fut attaqué dans
di^wTdi '* ""'' '^1 27 brumaire (17 novembre) par un corps Biicbe. de l'armée prussienne : le propriétaire d'une maison située près du théâtre de l'action mit généreusement le feu à sa demeure, afin que les flammes permissent aux républicains de voir leur ennemi. A la lueur de l'incendie, les Français aperçurent les Prussiens qui s'étaient glissés près d'eux à la faveur de l'ombre, et ils les foudroyèrent presque à bout portant : au point du jour, l'ennemi se relira, laissant beaucoup de morts autour de la forteresse. Cette affaire
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COHTENTtON MAnOSALE. lOï
fiil glorieuse pour le deuxième bataillon du Cher. ko». ««3.
Le comité de salut public, à la nouvellede la défaite des républicains le long des lignes de Weissembourg, fit éclater l'indignation la plus viyc et destitua sur-Jechamp les généraux qui avaient si mal servi la repu- umi» blique. Un ancien oratorien, nommé Pichegru, ayant fiti"*'"été désigné pour cette mission, vint prendre le commandement de l'armée du Rhin -, l'armée de la Moselle fut placée sous les ordres d'un jeune homme de vingt- «nq ans, Lazare Hoche, dont Carnot avait remarqué le génie, et qui, au début de la révolution, servait en qualité de soldai dans les gardes françaises. « Notre nouveau général, mandait en parlant de lui l'un de ses principaux lieutenants, notre nouveau général m'a paru jeune comme la révolution, robuste comme le peuple ; son regard est Ger et étendu comme celui de l'aigle : espérons. » Nous devons ajouter, pour caractériser davantage l'homme qu'on accueillait avec cet enthousiasme, que le jeune Hoche poussait jusqu'au cynisme l'exagération de ses sentiments révolutionnaires. Le nouveau général se montrait d'ailleurs fort peu disposé à se concerter avec Pichegru.
Il s'agissait de frapper de terreur le parti alsacien qui avait voulu livrer Strasbourg aux partisans de Louis XVII : le comité de salut public envoya dans celle ville les représentants du peuple Saint-Just et I^ebas. A peine arrivés h Strasbourg, ces deux conventionnels y installèrent un tribunal révolutionnaire, et soixantedix personnes, parmi lesquelles figuraient plusieurs parents de Wurmser, portèrent leurs têtes sur l'échafaud.
Le seul fait de n'avoir pas pris les armes pour com-
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108 RÈTOLUTION FItA^ÇAlSE.
TTvm. battre l'étranger fut réputé un crime digne de mort : épouvanti?e de cette justice sanglante, une partie de la populatioa émigra sur l'autre bord du Ithin. f oïîn. ^^ '^^ premiers jours de son commandement. Hoche râ^ prit l'oflensive, et franchit la Sarre à la tète de l'armée ■tUiJc. de la Moselle, forte de trente-cinq mille hommes. Son plan était de suivre la crête des Vosges, de se porter sur les hauteurs de Kayserlaulern, d'en chasser l'ennemi, et de se diriger ensuite sur Landau, que les armées étrangères tenaient étroitement bloqué. Dans ce but, il avait divisé son armée en trois colonnes : celle de droite débouchant par Saralbe, celle de gaudie par Sarrelouis, lecentrepar Frendenberg. L'armée prussienne, informée d'avance de ces dispositions, avait commencé son mouvement rétrograde : s' étant retranchée à Bliescastel, elle en fut chassée, et rejclée en désordre sur Kayserlaulern. Le 8 frimaire (28 novembre), les Français l'attaquèrent dans ces nouvelles positions : il s'agissait d'emporter une montagne défendue par des troupes nombreuses, et couverte de redoutes. Le premier jour, l'issue du combat demeura douteuse; le lendemain, malgré des efforts inouïs, les républicains furent repoussés, mais leur retraite s'opéra en bon ordre. Depuis te passage de la Sarre, ils avaient perdu trois mille hommes tués ou blessés.
l^îSfa Le H frimaire (4 décembre), le général l'ichegru "mÎÎS'' avait attaqué les émigrés et le prince de Condé, alors ■"*''^- cantonnés au village de Bercheim. Dans ee combat, qui fut disputé avec un acharnement égal, les émigrés perdirent trois cents cavaliers et neuf cents soldats; la victoire leur demeura, pour prix de tant de sacrifices.
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CONTENTIOH NATIONALE. 100
Denxjoiirs après, les républicains revinrent à la charge, d&. 1793. et, cette fois, les royalistes furent vaincus et abandonnèrent leurs positions : sous des drapeaux diflërents le courage était le même, et ta France pouvait reconnaître ses fîls.
Après rafTaire de Kayserlautem, Hoche manœuvra , soi»
' j r do II giurr«,
pour se rapprocher de l'armée du Rhin, et plusieurs y^^^,^ combats furent livrés dans les montagnes. De son.côtë, Pîchcgru lit attaquer le village de DawendolT, occupé par les Autrichiens; et ceux-ci , refoulés en arrière, se replièrent sur leurs retranchements en avant d'Hague- •nau (20 frimaire — lOdécembre}. L'hiver commentait h rendre fort pénible celte guerre de montagnes ; mais Hoche refusa de laisser prendre à ses troupes leurs quartiers d'hiver. Comme les soldatséclataienten murmures, le jeune chef républicain fit mettre à l'ordre du jour, que le régiment dont le mécontenlemeut s'était manifesté le premier n'aurail pas l'honneur de rnav' cker au prcmûr combat, l/is soldais que cette puni- Uon frappait obtinrent par leurs supplications qu'elle leur serait épargnée, et, à force de dévouement, ils ne tardèrent pas à justifier leur grâce. Les Prussiens furent attaqués et battus sur les hauteurs de Freschweil- 1er et de Werdt, fortes positions qui couvraient les lignes autrichiennes. Grâce è cette double victoire de Hoche, l'armée de Wurmser fut prise à revers, et les troupes alliées se retirèrent précipitamment en arrière de la Lauter. Trois jours après, les armées du Rhin et de la Moselle, agissant de concert, furent toutes deux placées sous le commandement de Hoche : celte mesure donna aux opérations une plus grande unité, et
iM,Googlc
flO RÉVOLUTION FltAHÇ&ISG.
jonT, t79i. on De larda pas à en ressentir les efTets. L'unoemi fol
LciFnufari l*3t'" ^ Geisberg, el les lignes de" Weissetnbourg tom-
\7Jtit^i bèrenl de nouveau au pouvoir de la république. Dès te
waiiLm- lendemain, la ville de Landau, que les alliés tenaient
-'^' bloquée depuis plus de huit mois, fui délivrée par les
giariraKnwai iroupcs françaisos; le même jour, les républicains en-
ciRipignc. traient vainqueurs à Laulerbourg et à Kayserlautern
(7 nivdse — 27 décembre). Deux jours après (9 nivâse
— 29décenibre), celte campagne, illustrée par tant d'ef- ■
forts courageux, était continuée, du côté des Français,
par la prise de Spire; et, le 26 nivôse {15 janvier}, le
fort Vauban étant rentré sous la puissance républicaine,
les troupes du Rbin et de la Moselle prirent enfin leurs
cantonnements d'hiver.
Épuisées par trente-huit combats livrés en six semaines, découragées par leurs revers et par l'audacieuse activité des Français, les armées coalisées se dérobèrent, par une prompte retraite, aux résultats de la campagne. Wurmser avait repassé le Rbin, dèsleiO nivdse, sous Philippsbourg et Hanheim. Restés seuls sur la rive gauche du fleuve, les Prussiens se retirèrent vers Uayence, et ne s'arrêtèrent qu'à Worms, où lo duc de Brunswick établit son quartier général. Les deux généraux ennemis se renvoyèrent réciproquement la responsabilité de leurs communes défaites; mais les Prussiens auraient pu justement attribuer le peu de succès des opérations à la lenteur de leurs mouvements, à cette inertie dont le duc de Brunswick avait fait preuve, alîn de ne pas trop concourir k l'accomplissement des ambitieux projets de l'Autriche. Accusé par le cri général des émigrés et de l'Europe d'avoir fait
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COHVEMION NATIOR&LE. 111
manquer la campagne, le duc de Branswick sollicita le Dée. nw. roi de Prusse d'accepter sa démiâsion : « La prudence, « écrÎTait-il à son souverain,exige ma retraite, et l'hon- 0 neur la conseille. Lorsqu'une grande nation telle « que la nation française est conduite aux grandes ac- « lions par la terreur des supplices et l'enlhousiasme, « nue même volonté, le même principe, devrait prési- <• dcr aux démarches des puissances coalisées i mais « lorsque, au lieu de cela, chaque armée agît seule o pour elle-même, sans aucun plan Gxe, sans unité, « sans principe et sans méthode, les résultats en sont « tels que nous les avons vus à Dunkerque, à la levée « du blocus de Maubeuge, au sac de Lyon, à la destruc- « tioD de Toulon, et à la levée du blocus de Landau. » Le duc de Brunswick espérait que sa démission serait refusée, et que le roi de Prusse, écoutant les insinuatiens de sa politique, se retirerait de la coalition sans se relirerde la guerre. Il fut trompé dans son attente, et remplacé à l'armée par le général Hœllendprf. Cependant, l'empereur relira momentanément à Wurmser le commandement de l'armée d'invasion ; et comme si la glorieuse campagne du Rhin devait ealrainer la perte de tous ceux qui l'avaient dirigée, Hoche, quoique victorieux et populaire, fut à son tour diisiilné par le comité de salut public, et emprisoimé dans les cachots de la Conciergerie.
Des événements moins décisifs s'étaient accomplis ÉTtumcnt* sur la frontière d'Espagne. Du côté des Pyrénées orien- ""J!^"° laies, le général Dagoherl avait entrepris de délivrer î'E*tmî," Perpignan, dont tes Espagnols faisaient le siège. L'armée ennemie, toujours-placée sous les ordres du géné-
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m BÊTOLimOK FRABÇA1S8.
Oet. 1793. rai Ricardos, occupait des retranchements fonnidaliles : sa droite était à Mas-Oeu, son centre à Truillas; sa gauche s'appuyait sur Thiiir, ses avant-postes s'étendaient jusqu'à Ponteilla. Le 22 septembre, les Espagnols furent attaqués par Dagobert-, mais ils avaient pour eux l'avantage des positions et du nombre : les Français, après des efforts qui leur coûtèrent beaucoup de sang, furent écrasés et mis en déroute, laissant sur le champ de bataille six mille hommes tués, blessés ou faits prisonniers. Dagobert ayant reçu des renforts, ne tarda pas à reprendre courageusement l'offensive; il força Ricardos d'évacuer son camp d'Àrgelès. et le poursuivit jusque sur le territoire de Campredon, en Espagne. Le i octobre, cette ville fut prise, et les Français rejetèrent l'ennemi devant eux sur le chemin de Kipol : toutefois, après le piHage de Campredon, Dagobert ne se trouva pas en forces suffisantes, et revint prendre position à Hont-Ix>uis.
dti"a"p ^ J 5 octobre, le général Turrean, ayant remplacé 4t B«ik>». Dagobert , forma son armée sur six colonnes , et attaqua les Espagnols dans leur camp retranché de Boulon. Les plus grands efToris eurent lieu pour s'emparer d'une position élevée, appelée el Pla del rey : sept fois les Français, animés par l'exemple de leur général, essayèrent de s'en rendre maîtres, et sept fois ils furent repoussés par le feu de l'artillerie. A la fin ils réussirent à s'établir sur le plateau, que l'ennemi abandonnait en y laissant mille cadavres, témoins sanglants du courage des Espagnols. Cette victoire des Français ne dura qu'un moment ; leurs ennemis, redoublant, livrèrent un neuvième combat, et reconqui-
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CONVeSTIOK SATIOSALE., ) 15
reat leur position et leurs morts. Les Français battirent ïm. en retraite, et se bornèrent, pendant quelque temps, à lasser l'ennemi par des affaires de détail et des escarmouches. Ce système réussit à Turreau: cependant, le 6 frimaire (26 novembre], ce général dirigea une allaque siérieuse contre les Portugais, qui occupaient la ville de Céret. Cette garnison n'opposa qu'une faible résistance, et prit lâchement la fuite ; mais le général espagnol In Union, & la tête d'une division d'hommes dévoués et intrépides, fit échouer la tentative de l'armée française, et conserva Céret aux armées du roi ^SjjS. d'Espagne. Le 16 frimaire (6 décembre), les i-épublicains furent de nouveau vaincus à Villelongue, et contraints par Ricardos de se retirer, en toute hâte, entre Elne et Argetès. Du 30 frimaire au 2 nivdse (22 décambre), les Espagnols, poursuivant le cours de leurs avantages, s'emparèrent du fort Saint-Elme, de Port- Vendre ctdeCollioure : la première place leur fut livrée par trahison. La campagne se trouvant ainsi terminée, les deux armées prirent leurs quartiers d'hiver.
L'armée d'Italie, depuis sa défaite du mois de juin, opéntiaoa était restée sur la défensive; mais, ù la nouvelle de ■'luii*. l'entrée des Anglais dans Toulon, les Âuslro-Sardes avaient songé h agir vigoureusement contre les Français. Au lieu d'opérer de manière à se rendre maîtres de la ligne du Var, et de tourner ainsi les républicains dans leurs positions, l'armée ennemie dirigea contre le camp même des Français une attaque infructueuse, h la suite de laquelle elle se vit rejetée dans les montagnes qui couvrent au nord le comté de Nice. Sur ces entrefaites, Dugommier ayant reçu l'ordre de se porter
UyoL. nuiç. — tnxr. ^at. it. S
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Ml II&10LUTIOK FSAKÇilSG.
,793 sDP Toulon el d'en presser le siège fat remplacé à l'armée d'Italie par Dumerbion , vieillard dévoué mais iBOrine, sous les ordres duquel ou envoya, peu de temps après, le jeune Bonaparte, nommé général de brigade pour sa belle conduite devant Toulon. A son «rrivée, Bonaparte trouva an émule digne de lui, le général de brigade Hasséna, qui s'était glorieusement signalé Ici frimaire (14 novembre), en cliassant les Austro-Sardes des hauteurs de Castel-Gineste : mais là aussi, comme sur le Rhin et aux Pyrénées, les opérations de la guerre avaient été momentanément suspendues par l'hiver.
MmKtb. Ainsi, à l'exoeplion de l'armée des Pyrénées orien- ''^"m"* ^^^> l"® n(>DS avons vue malbeureose, mais qui perdait plutôt des hommes que du terrain, toutes les armées de la république triomphaient à l'intérîeuret sur les frontières : la campagne de 1 795, si désastreuse à son début, se terminait donc par des succès inattendus, par la confiance que donne la victoire. Si l'ennemi occupait encore Condé et Valenciennes, les deux batailtefi d'Hondschoote et de Waltignies lui avaient fermé les routes de Paris, et la levée au blocus de Haubeuge avait consterné l'Europe. Les Prussiens et les Autrichiens rejetés dans le Patatinat ou sur la rive droite du Rhin, Landau délivré. Spire tombée de nouveau au pouvoir de la république, Strasbourg coosen'é, et les lignes de Weissembourg courageusement reprises, c'étaient là des événements d'une portée considérable, et qui étonnaient et décourageaient à la fois les puissances du continent, en même temps qu'ils es* citaient la république française à tqut entreprendre.
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GOSVBNTION RATIOKAU:.
L'Espagoe, ilest vrai, avait remporté quelques viiîtoî- ïmv resdans ies montagnes; maisc'étailunenaemi peu dangenmx, et bors d'état de supporter longtemps les charges qu'impose la guerre. Victorieuse, l'Europe se serait jJ'f.'j'^JL divisée contre elle-même pour se distribuer inégalement nos dépouilles; vaincue, chacune des puissances qui la composaient cherchait à se renvoyer la responsabilité des fautes commises, ou l'obligation de subir les sacrifices de la prochaine campagne. Ainsi les cours étrangères portaient la peine de leur propre égoiane. Plus désireuses de démembrer la France que de combattre les principes du jacobinisme^ elles avaient eu peur de l'émigration, en paraissant épouser sa querelle; et, tout en déplorant les malheurs delà maison de Bourbon, elles s'étaient facilement accommodées d'une catastrophe qui, en renversant la monarchie de Louis XIV, anéantissait le pad,e de famille et la politique ambitieuse du cabinet de Versailles. Aussi, les rois n'avaientils épargné aux émigrés ni déGances ni précautions inquiètes; ils les avaient, autant que possible, disséminés, désarmés, tenus à l'arnère-garde, et ils s'étaient plutôt effirajés que réjouis des victoiresr de la Vendée, parce qu'ils appréhendaient pour eux une source d'obstacles dans l'organisation d'un parti à la fois royaliste et national. A l'exception de l'impératrice de Bassie, qui ne compromettait rien de ses espérances, tous les souverains de l'Europe avaient refuaé de cecoDnaltre Louis XVII pour roi et . JfoKiinrr pour régent; tandis que ce prince, trop bien édairé désormais sur la poIitiqDede ses prétendus alliés, se voyait réduit à protester, an Bom de son royal neveu et de toute la no-
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116 BËIOUmON FRAnÇ.MSB.
rm. blesse émigrëe, contre le démembrement projeté de sa patrie. Pour justifier leur froideur à l'enconire de la maison de Bourbon, les puissances se retranchaient derrière un prétexte plus spécieux que fondé : elles alléguaient que, faisant seulement la guerre i la France en tant que peuple propagandiste, el dans le but d'obtenir la réparation de certains griefs, elles croiraient dépasserleur but et excéder leur droit, en intervenant directement pour imposer h notre pays un gouvernement de préférence à un autre.
iMriâ^. ï^ république française, assez forte pour lutter concm^^^ tre l'Europe, et triomphante des Alpes maritime au aa^u Rhin, et du Rhin à la mer du Nord, avait écrasé toutes •>iiat |Hii.i!c. les insurrections suscitées par la Gironde ou le fédéralisme; de la grande armée vendéenne, presque anéantie entre l'Océan et la Ivoire, il ne restait plus que des corps de partisans çà et là errant ou combattant dans le Bocage; le-comité de salut public se glorifiait de ses victoires ; plus que jamais ît développait le règne de la guillotine, il gouvernait parla mort. Et cependant, même sous l'empire de cette terreur qui semblait devoir cimenter l'unité dictatoriale et désespérer toute résistance, les factions subsistaient encore, avec leurs inimitiés tenaces et leurs sourdes manœuvres : les unes et les autres se disputaient l'exercice du pouvoir, et toutes de concert, aveuglées par le crime ou l'orgueil, se pressaient et se poussaient sur la route dont l'échafaud était le terme fatal.
Le comité de salut public se voyait placé entre deux partis dont il redoutait également les atteintes et t'influence. En avant de lui se tançait, dans les voies de
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COnVENTION HATIOKALE. 117
l'aDarchie et de l'alhéisme, celte faction scélérate dont ~ Hébert était l'apôtre, Chaumette le chef; en arrière, et reculant de jour en jour vers la modération ou le repentir, apparaissait la faction de Danton et de Camille Desmoulins : les uns et les autres s'appuyaient sur des éléments considérables d'opposition et de succès. Hébert, Chaumette, Vincent, Ronsin, Momoro, les cordeiiers et leurs adeptes, en un mot te parU athée, les sectaires delà déeue BaUon, comptaient sur l'appui de la commune de Paris, sur le peuple du 2 septembre, et sur ces masses ignorantes et cruelles qui avaient applaudi à leurs saturnales. Aussi travaillaient-ils clandestinement à dépopulariser le comité de salut public, & le représenter comme indigne, par sa mollesse, de représenter la révolution et de la sauver. A les entendre, les destinées de la patrie devaient être confiées à des hommes plus énergiques et engagés plus avant dans la cause du peuple. Quant à ceux qui se lassaient déjà des supplices, et qui, se voyant peut-être les premiers exposés au sort des girondins, commençaient à demander qu'on laissât reposer la guillotine et qu'on épargnât les ennemis innocents, est-il besoin de dire qu'ils avaient derrière eux quiconque pleurait une victime ou ne courbait qu'à regret sous le régime de la terreur? Ce parti se grossissait donc chaque jour, et, en parlant i'indulgence, tendait à paralyser, entre les mains du comité de salut public, l'arme de la terreur et la force révolutionnaire. Aussi le comité, cessant de s'abuser sur les dangers qui menaçaient son pouvoir, n'avait-il pas tardé à prendre la résolution de combattre et de détruire ces deux ennemis, soit en les attaquant de
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lis nËvoLiniON françiiise.
. 1193, front, soit en ewajtnt de les ruiner l'un par l'anlre. Avant tout, il lai avait paru nécessaire de prendre les allures d'an gouvernement régulier, de poser les bases de sa politique intérieure et extérieure, et de se fortifier en obtenant de la convention eHe-ménie une plus grande part d'autorité, la délégation d'un p'ouTOir dictatorial plus complet, et pour ainsi dire sans limites. ' Afin de combattre l'anarchie, il importait de rompre avec elle, d'administrer, de proclamer des principes, de poursuivre un but, d'appeler à soi l'opinion du pays, de se créer des alliances au dehors, et de Caire entrer la république française dans le giron de l'Europe.
Pour y arriver, il fallait oublier les décrets rendus par la convention en délire, et qui provoquaient en masse tous les peuples à s'armer contre les rois. Tant qu'avait vécu Marie-Antoinette, on' avait espéré contraindre l'empereur à se retirer de la coalition et à acheter ainsi le salut de la fille de Marie-Thérèse; du jour où il avait fallu renoncer à cette espérance, Marie- Antoinette avait été sacrifiée. Cependant M. Barthélémy, ambassadeur de la république, avait accordé à la Suisse, au nom de la France, les satisfactions réclamées après les massacres du 10 août ; et la neutralité des cantons helvétiques, à défaut de leurs sympathies, était assurée à la France. D'autre pari, on travaillait à détacher de la coalition le cabinet de Turin, soit en promettant au roi de Sardaigne la restitution de la Savoie et de Nice, soit en lui faisant envisager la possession future du Milanais et de la I^ombardie, et la couronne constitutionnelle de l'Italie. (Il s'agissait de les conquérir, avant de
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coNVEimon nAtiONAif. lio
pouvoir les donner.) En outre, on songeait à reprendre Not. 119». l'cBuvre diplomatique de Dumouriez, et à faire, s'il était possible, la paix avec la Prusse. Dans ce but, on commençait à s'interdire i la tribune ces dcclamations incendiaires, ce langage de brigands isolés de toute àvilisation, que la commune et les cordeiiers parlaient encore : en même temps on conûait des missions secrètes à des agents diplomatiques fort habiles, à M. de Sëmonville, à M. Maret ; et l'on espérait pouvoir bîenlât parvenir à conclure une alliance avec la Turquie, tandis qu'on favoriserait un soulèvement national ilans les provinces hongroises. De plus, on comptait sur la -neutralité du Danemark et de la Suède; on traitait honorablement et sur des bases impartiales avec la république de Gdnes, et l'on se félicitait d'avoir resserré avec les Ëtats-Unis ces liens fi>atemels qui remontaient au Topge de Franklin et à l'expédition de la Fayette.
Ce fut dans la séance du 2 7 brumaire an II (1 7 no- t^» d^x>» vembre 1793) que, pour la première fois depuis le '""'^gâV" ôl mai, le gouvernement révolutionnaire osa se placer ''Ud^^',!," ouvertement en dehors de la politique bébertiste, et '"'''*''"^'annoncer à la France et à l'Europe, par la voix de Bobespierre, qu'on se proposait d'en finir avec les saturnales de la commune, et les folies anarchiques dont noDS avons plus haut tracé le récit. Ce jour-là, Robespierre lut à la convention un rapport sur la situation de la république : « Il est temps, dit-il, d'apprendre «aux imbéciles qui l'ignorent, ou aux pervers qui « feignent d'en douter, que la république française « existe ; qu'il n'y a de précaire dans le monde que le « triomphe do despotisme et sa durée. It est temps
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120 ItËTOil^T[0^ FRAHÇ&IS8.
Hot. 1793. « que nos alliés se contient à noire sagesse el à noire o fortune, autant que les tyrans armés contre nous re- « doulenl notre courage et notre puissance. » Après ce début, qui commandait l'attention, l'orateur, qui croyait ou afTeclait de croire à une faction de l'étranger, cause réelle et clandesliae de tous les malheurs de la France, signala le cabinet de Londres comme l'auteur d'une conspiration destinée à faire monter le duc d'YorR sur le trône de France : il lui reprocha d'avoir, dans ce but, favorisé les menées de la faction d'Orléans, et suscité contre la république tous les rois du continent. Il félicita ensuite le peuple français de s'être débarrassé de ce réseau d'intrigues, comme Hercule d'une iQife ^araignée. A ses yeux, les girondins, d'Orléans, Dumouriez, Custine, la Fayette, et les fédéralistes de toutes nuances, n'avaient été que les suppôts et les agents de l'étranger. Qu'il en fût ou non convaincu, c'est un problème que nous n'examinerons pas ici ; mais cette accusation, dans tous les cas, devait servir jusqu'au bout de point de départ à sa politique.
Les premières bases une fois posées et élayées par des preuves plus spécieuses que vraies, Robespierre ~ traça un tableau complet de la politique des puissances de l'Europe, ù leur insu entraînées par l'inspiration de Pitt; il les peignît successivement comme amorcées par l'espoir de se partager tes dépouilles de la France- Passant alors en revue chaque cour, il démontra qu'il existait entre elles, en dépit de leur union apparente, des causes tenaces et sourdes de jalousie et d'inimitié; il exposa par quels motifs elles devaient tôt ou tard se désunir, on se retirer de la lutte. Il «voua cependant
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a que de tous les fripom décora du nom de roi, d'em< iwr « pcreur, de ministre, de politique, le plus adroit litait « Catherine de Russie, » parce qne la vieille impératrice, après avoir, de complicité avec George 111, poussé tous ses allies à une croisade contre fa France, recueillait seule les fruits de ce mouvement auquel elle ne coopérait pas encore, mais qui accroissait les chances de sa politique du côté de la Fologne el lui permettait de se faire la part du lion dans les augvsles bngandageg et dans les distributions d'Ëtats dont elle se rendait coupable, de concert avec l'Autriche et la Prusse. « Vous avez sous les yeux, disait-il ensuite, le bilan de a l'Europe et le vôtre, et vous pouvez déjà en tirer un a grand résultat : c'est que l'univers est, intéressé fi e notre conservation. Supposons la France anéantie ou « démembrée, le monde s'écroule. Otez cet allié puis- « sanl el nécessaire qui garantissait l'indépendance des « médiocres Ëtals contre les grands despotes, l'Europe « entière est asservie. I^es petits princes germaniques, o les villes réputées libres de l'Allemagne, sont englou- « ties par les maisons ambitieuses d'Autriche et de « Brandebourg; la Suède et le Danemark deviennent a tAi ou tard la proie de leurs puissants voisins. Le « Turc est repoussé au delà du Bosphore, et rajé de la « liste des puissances européennes. Venise perd ses ri- « chesses, son commerce et sa considération ; la Tos- « cane, son existence ; Gènes est eflacée ; l'Italie n'est a plus que le jouet des despotes qui l'entourent. I<a (I Suisse est réduite à la misère, et ne recouvre plus « l'énergie que son antique pauvreté lui avait dminée. . . « Et vous, braves Américains, dont la liberté, cimen*
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193 RËVOIJITION FBAKÇhlSB.
;. « tëe par notre sang, fal encore garantie par nolr6 at- « liance, quelle sérail voire destinée, si nous n'exia- « lions plus? Vous retomberiez sous le joug honloux « de Tos anciens maîtres; la gloire de nos communs « exploite serait flétrie; les titres de la liberté, la déda- « ration des droits de l'humanité serait ané.antie dans « les deux mondes! Que dis-je? que deviendrait l'An- « glelcrre elle-même? L'éclat d'un triomphe criminel « couvrirait-il longtemps sa détresse réelle et ses plaies « invétérées? Il est un terme aux prestiges qui soulien- « nent l'existence précaire d'une puissance arliflcielle. « Quoi qu'on puisse dire, les véritables puissances sont « celles qui possèdent la terre : qu'un jour elles veuil- '< lent franchir l'intervalle qui les sépare d'un peuple - . « purement maritime, le lendemain il ne sera plus... « Au reste, dût l'Europe entière se déclarer contre u vous, vous êtes plus forts que l'Europe. U républi- « que française est invincible comme la raison, elle est <i immortelle comme la vérité. Quand la liberté a fait « une conquête telle que la France, nulle puissance « humaine ne peut l'en chasser. » Ainsi, d'une part, Robespierre promettait i) l'Europe, au nomde la France, l'adoption d'une politique extérieure réglée sur la réciprocité des rap]>orls, et qui exclurait dès lors toute agression contre les neutres, toute guerre de principe entreprise contre les nations dont le seul crime serait de n'élre point républicaines ; de l'autre, il épouvantait le inonde de la victoire que la coalition pourrait remporter contre la France ; si ce peuple généreux était vaincu, qui oserait ensuite déclarer la guerre à ta tyrannie? Bobespierre n'en voyait aucun qui voulût
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<tcceptcr eu rôle, et il prophétisait que, la France élantNor. nos. asservie, te detpotivne, comme une mena»» rimgt, se darderait sur la no'face du globe. Ailleurs, c'était à la conTcntion elle-même qu'il adressait des conseils; «t il t'adjurait de se défier de ceux qui voulaient donner à la cause du peuple les caractères de la folie et de l'avilissemenl; des faux patriotes, dont l'exagération systématique désbonorait la cause républicaine, et qui cherchaient à rerjêlir la etmlre-révolution det emblèmet sacré* du patriotitmey a/in d'osiantner la liberté avec tes propres armes. A ces traits calculés, on reconnaissait la faction d'Hébert dénoncée et S^lrie. Personne ne s'y trompait, et l'orateur la désignait non moins clairefnent eu attribuant h l'or de Pilt l'existence d'une conepiralion destinée h dissoudre la représentation nationale, et qui ne cessait d'employer dans ce but beaucoup de manœuvres pairiotiquemmt contre-révolutionnaires. Il ajontait, d'un ton solennel et d'une voix triste :
« Représentants du peuple, quel que soit le sort qui « YODS attende, votre triomphe est certain : la mort « même des fondateurs de la liberté n'est-elle pas un « triomphe? Tout meurt, et les héros de l'humanité, « et les tyrans qui l'oppriment ; mais à des conditions <i difîërentes.
« Jusqne sous le règne des empereurs de Rome, la « vénération publique couronnait les images sacrées « des héros qui étaient morts en combattant contre « eux; on les appelait tes derniert(iei/{omatn(, et Rome n dégradée semblait dire :... Les seuls liomains sont « ceux qui ont eu le courage de se découer pour délivrer « /« terre des tyrans... Et nous, pleins de ces idées,
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lït RËVOLimOK FRANÇAISE.
Soï. 1783. « pénétrés de ces principes, nous seconderons votre « énergie de tout noire pouvoir. En butte aux attaques a de toutes les passions, obligés de lutter h la fois « contre les puissances ennemies de la république et o rentre les hommes corrompus qui déchirent son sein; « placés entre la lâcheté hypocrite et la fougue impni- « dente du zèle, comment aurions-nous osé nous cbar- « ger d'un tel fardeau, sans les ordres sacrés de la a patrie? Comment pourrions<nous le porter, si nous « ne nous élevions au-dessus de notre faiblesse par la « grandeur même de noire mission, si nous ne noua « reposions avec confiance et sur votre vertu, et sur le a caractère sublime du peuple que vous représentez?» lia convention fut étonnée de ce langage, qui la relevait un peu au milieu des turpitudes dont elle était chaque jour complice; l'Europe sentit qu'a ui hommes d'Ëtat vaniteux et brouillons de la Gironde commençait à succéder une influence organisatrice, capable de discipliner la révolution, de lui imposer un système, et de se poser comme l'héritière des anciens plans diplomatiques fondés sur l'équilibre et le droit intematio-
diii^Viqueiial. A l'issue même de la séance, un décret de la convention déclara, au nom dn peuple français, que la république ne cesserait de te montrer terrible envert $e$ ennemi», généreute envert tet alUétf jvite envert tout leipeuptet. Par le même décret, l'assemblée enjoignit aux citoyens et aux agents civils et militaires de faire respecter le territoire des nations amies ou nea- . très; el elle chargea le comité de salut public de resserrer les liens de l'alliance de la république avec ta Suisse cl les États-Unis.
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COSTEIiTIOH N&TIOSiLE.
Mais |>endaiit que la convention cherchait ainsi à so». nw. maintenir dans une neutralité pacifique les peuples uoMuiid dont les résoluljons avaient paru douteuses, le comité Mjutp>>i>ue de salut public songeait à en finir avec les hommes à ^f^^^"^ qui l'on devait les profanations sacrilèges de Notre- '''i'''""- Dame, et l'inauguration du culte de la déesse Raison. Pour venir à bout d'une Taciion qui avait derrière elle la commune du 2 septembre et le club des cordeliers, ce n'était point assez que \a dictature révolutionnaire; le comité de salut public et Robespierre, qui en était l'âme, s'aidèrent adroitement du concours de Danton et de ses acolytes, le parti des indulgents; et chacun choisit dans cette lutte le rdie qui convenait à son passé ou à ses principes.
On a vu plus haut que la convention avait laissé dé^onorer le lieu de ses séances par des mascarades ignobles et impies : des hommes du peuple, disons mieux, des brigands qui ne pouvaient appartenir qu'à la faction de la débauche et de la corruption, s'étaient donne rendez-vous à la barre de l'assemblée, et y avaient paru' vêtus d'ornements sacerdotaux, affublés de mitres, de crosses, d'étoles, traînant dans la boue les calics, les ciboires, les vases saints, et flétrissant le nom de la liberté en le mêlant à des chants impurs et sacrilèges. Pendant que la convention prenait sa part de ce honteux délire, ou qu'elle te subissait lâchement, Robespierre, Danton, Saint-Just, quelques autres membres des comités de gouvernement, voyaient avec déplaisir ces turpitudes, et, sans se communiquer leurs pensées, cherdiaient les moyens d'y mettre un terme. Le soir même, dans la salle où siégeaient les jacobins, Robespierre se
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I2S RËVOlL'TlOEi' FRINÇIKE.
H»ï. 17B5. prononça neUemenl eçmtre ces maDifestalions odieuses. sfuk» Hébert et Momoro, qui faisaient partie du club, bien
d^T^^Di. que déjà chefs des cordeliers, se plaignirenl d'élre en butte à des conspirateurs cachés; puis ils demandèrent (car c'était toujours par là que ces hommes concluaienl) qu'on se hitâl de sauver la paLrie, eu achevant d'exterminer les aristocrates et les prêtres : surtout ils exigèrent qu'on versât le sang de la sœur de Louis XVI,
Dfeiinuoo encore détenue au Temple. Robespierre prit la parole :
Rcbopirm. jj u^ remarquer que le salut de la république ne tenait pas à l'existence de la méprite^le sœur de Cepel ; il dit encore qu'on évoquait d'absurdes fantômes, en alfectant désonnais de redouter le ianatisme et les prêtres; que le seul moyen de faire renaître le fanatisme, c'était de lui faire la guerre avec le zèle coupable qu'on déployait depuis plusieurs jours. Il se plaignit de ce qu'une faction obscure et dangereuse osait troubler la liberté des cultes au nom de la liberté, et attaquer le fanatisme par un fanatisme nouveau ; de ce qu'elle faisait déqé\èr&r lei hommagei rendui à la vérité en de» fareet étemeUemmt ridicules; de ce qu'au mépris de la dignité du peuple, elle ne craignait pas d'attacher les grelots de la pAie <m sreptre même de la pkilotophie. Il ajouta :
« On a supposé qu'en accueillant deâ offrandes ci- « viques la convention avait proscrit le culte catho- « lique. — Non, la convention n'a point fait cette dé- « marche téméraire : la convention ne la fera jamaisa Son intention est de maintenir la liberté des cultes « qu'elle a proclamée, et de réprimer en même temps o tous ceux qui en abuseraient pour troubler Tordre
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WSViSTION KàTIONALE. I^^
« public. . . Où a dénonce des prêlres pour avoir dit la nov. no3. « messe : iU la diront plus longtemps si on empêche (c de la dire. Celui qui veut tus empêcher est plus fanaa tique que celui qui dit la messe.
a 11 est des hommes qui veulent aller plus loin; qui, « sous le prétexte de détruire la superstition, veulent « faire une sorte de religion de l'alhéisme lui-même. « Tout philosophe, tout individu, peut adopter là-des- « su? l'opinion qui lui plaira; quiconque voudrait lui a en faire un crime est un insensé ; mais l'homme pua blic, mais le législateur, serait cent fois plus insensé « qui adopterait un pareil système. La convention na- « tionale l'abhorre. Ce n'est point en vain qu'elle a « proclamé la Déclaration des droite de l'homme en a présence de l'Iiltre suprême.
« On dira peut-être que je suis un esprit étroit, un «homme à préjugés; que sais-je? un fanatique... Je 4 parle comme un représentant du peuple, et dans ■ « une tribune où Guadot osa me faire un crime d'avoir « prononcé le mot de Providence. Si Dieu n'existait a pas, il faudrait l'inventer. L'alhéisme eU aristocra- «[ tique; l'idée d'un grand Être qui veille sur l'inno- « ceace opprimée, et qui punit le crime triomphant, « est toute populaire. (Vifs applaudissements.) Le « peuple, les malheureux m'applaudissent; si je trou- « vais des censeurs, ce serait parmi les reclus et parmi « les coupables... Le sentiment de l'existence de Dieu « est gravé dans tous les coeurs purs; il anima dans a tous les temps les plus magnanimes défenseurs de la R liberté : il sera une consolation au cœur des oppri- «. mes aussi longtemps qu'il existera des tyrans. Il me
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138 DÊVOlllTIOn FRANÇAIS.
■s^. nos. « semble du moins que le deroier martyr de la liberté « exhalerait son âme avec un sentiment plus doux, en » se reposant sur cette idëe consolatrice... Eh! ne « voyez-vous pas le piège que nous tendent les ennemis « de la république, les émissaires des tyrans étrangers? « En présentant comme l'opinion générale les travers « de quelques individus et leur propre extravagance, « ils voudraient nous rendre odieux à tous les peu- « pies... Je le répète: nous n'avons plus d'autre fanaa tisme à craindre que celui des hommes immoraux, « soudoyés par les cours étrangères pour réveiller le « fanatisme, et pour donner à notre révolution le ver- « nis de l'immoralité... »
L'orateur avait beau s'en tenir au déisme, et mêler à ses déclarations quelques sorties philosophiques dirigées contre la religion chrétienne, la réprobation inattendue dont il poursuivait les saturnales des aUiées consterna Hébert, Momoro et leurs complices : cependant Robespierre se borna à dénoncer à la vindicte des jacobins quelques hommes par lui désignés comme les agents secrets de Pitt et de Cobourg, et qui, à l'entendrci cachaient leur véritable rôle sous le masque du plus ardent patriotisme : c'était Proti, né en Belgique, et fils naturel du prince de Kaunitz; Desfieux, Dubuisson et Péreyra, révolutionnaires remuants, mais hommes tarés ou suspects. Personne n'osa prendre leur défense; ils furent chassés des jacobins, et le club décida, sur la proposition de Robespierre, qu'il procé* derait sans désemparer à un scrutin épuratoire, aCn de se débarrasser des intrigants qui s'étaient glissés jusque dans son setn.
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COSVESTIOS SATlOXiLÊ. Ift»
C'éfail une défaite pour Hëberl et ses acolytes; mais, so». «fl3. lorsque le premier moment de stupeur fui passé, ils u hci™. reprirent courage : ils se voyaient soutenus parla com- «i ' mune et les cordeliers; ils comptaient sur les masses *>^«î>, d'Iiommes qui avaient adoré la Raison à Notre-Dame, sur celt« lie impure des faubourgs et des factions, qui, pour but politique et religieux, poursuit sans relâche, à travers l'ignorance et la misère, le règne de l'anarchie et celui de l'athéisme. Juyju'à ce jour, avec de pareils éléments de résistance, auiqucls on ajoutait RoDsin, l'armée révolu lionoaire et lc$ cauonniers de Paris, la commune avait dominé presque sans rivale : ne pouvait-elle pas renouveler contre le comité de salut public, les jacobins, la montagne et Robespierre, les coups d'Ëlat populaires du 31 mai et du 2 juin? Il est vrai que Marat était mort, et qac, s'ihétait devenu le dieu des sans-culottes, il avait laissé vide la place de chef. Un tel rôle dépassait les forces de Chaumette, et, pour le remplir, Hébert était en butte à trop de mépris. N'importe, la faction retrouva, dans le sentiment des dangers dont la menaçait Robespierre, un reste d'audace dont elle ne tarda pas h donner la preuve. On dénonçait ses complots; plus hardie que ses ennemis, elle engagea le combat.
Le 23 novembre, ta commune porta un déS à Robespierre : h la demande de Chaumette, elle statua " qu'il serait mis un terme aux excès du fanatisme; elle ,, ^ confondit dans une haine égale les prêtres el les filfcs de joie devenues dhotes : puis, après avoir déclaré qu'il allait se conformer au vœu d'un peuple mùr pour la raison, et dont la raison était le seul dieu, elle sla-
130 RËVOLUTIOK FRANÇAISE.
Ht,,. nfl3. tua que les églises et les temples de tous les cullee, saos exception, seraient immédiatement fermés; que celui qui en demanderait l'ouverture serait traité de suspect; que tous les prêtres seraient soumis i la surveillance des comités révolutionnaires, et qu'on réclamerait de la convention une loi par laquelle ils seraient exclus de toutes fonctions et de tous emplois publics : c'était ranger d'avance Robespierre parmi les suspects, et braver hautement les intentions du gonvernement révolutionnaire. La commune, en «'engageant dans celle voie, ne négligea rien pour se faire appuyer par le peuple. Ainsi elle fil suivre son arrêté contre le culte d'une mesure qui prescrivait aux boulangers de ne confectionner désormais qu'une seule espèce de pain, qui serait te même pour les riches et pour les pauvres, et qu'on appellerait pain de l'égalité; elle ordonna en outre qu'il serait levé une taxe sur les riches au profit des pauvres; enfin elle envoya une députation demander impérieusement, à la conventi|>n nationale, « que la sœur du dernier tyran fût traduite au tribunal révolutionnaire, et que les enfants de Capel fussent enfermés dans une prison définitive. » La convention admit celte députation à sa barre, et renvoya la pé^tioo au comité de salut public.
Un moment après, cette assemblée étendit jusqu'à la cendre des morts la justice de la révolution : sur le rapport de Marie-Joseph Ghénier, parlant au nom du comité d'instruction publique, elle rendit le décret suivant :
« Arl> !"• La convention nationale, considérant a qu'il n'esl point de grand homme sans vertu, décrète
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COHYEimON KATIONALE. iW
«qne le corps de Mirabeau sera retiré du Panthéon. Mot. i7g5.
« Art 3. Le même jour que le corps de Mirabeau ii^àem. « sera retiré do Panthéon^ celui de Marat y sera trans- a,J^ti<,B « féré. Ijt coDTenlion, le conseil exécutif, les autorités quS^™u. « constituées et les sociétés populaires assisteront en H^r^Sê
,,,,.■ du FinlMon,
(c corps a cette cérémonie. » ci
C'est ainsi que la révolution, honorant et châtiant ^^' tour à tour ses idoles, punissait Mirabeau d'avoir cherché à sauver le trône, et récompensait Marat en l'élevant au rang des demi-dieui républicains. Au reste, les papiers trouvés dans l'armoire de fer n'avaient laissé aucun doute sur la défection vénale de Mirabeau.
Cependant, comme si le comité de salut public, mal- KooTODe gré le prestige de son pouvoir et de la popularité de Ro- dû'tMioaf. bespierre, ne se fût pas trouvé assez fort pour résister il loi seul contre la commune et la faction d'Hébert, Danton et son parti lui vinrent en aide.
Danton avait vu avec une secrète douleur l'exécution Danton. des girondins et le sacrifice chaque jour renouvelé d'une foule de victimes : autrefois payé par la liste civile sans lui être vendu (les hommes de cette trempe ne sont jamais entièrement achetés), il avait depuis lors, et après la victoire de Jemmapes, retiré sa part des spoliations et des vols commis en Belgique; et cependant, au milieu de ses trafics et de ses marchés honteux, par une anomalie dont les époques de crise sociale ont seules donné le secret, il était demeuré toujours fidèle à la cause de la révolution : la révolution l'avait sorti de l'obscurité et du dénâmcnt pour le faire homme d'Ëtat, ministre, législateur, pour l'enrichir et lui donner de la renommée; il était donc tout par elle,
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132 ntTOUmON FBANÇAISE.
^ et il l'aimait, rexjiloilaal à vrai dire, mais ne la trahissant pas, et continuanl au besoin à la servir. Danton avait provoqué les massacres à jamais infâmes du 2 septembre, parce qu'il y avait vu un moyen d'épouvanter le monde, d'exaller le peuple français eu ne lui laissant aucun espoir de pardon, et de faire reculer l'avantgarde de l'Europe, cantonnée à Verdun , devant le désespoir et les sacrifices de la France révolutionnaire : trois mois plus tard, il avait un moment hésité à absoudre le roi, du moins il ne s'était rangé qu'à regret dans la majorité régicide ; par mépris pour le caractère froid et cauteleux de Robespierre, par lassitude peutêtre, il se serait montré indulgent pour la Gironde, si la Gironde ne l'avait imprudemment pris à partie. La victoire des jacobins et de la commune, dans la journée du 2 juin, l'avait plus inquiété que satisfait; et il se trouvait fatigué des secousses de chaque jour, des luttes acharnées engagées entre les factions, de l'influence sourdement conquise par la conduite de Robespierre, et qu'augmentait encore le renom d'incorruptibilité de ce rival. Danton avait assouvi ses instincts de volupté et de luxe. 11 avait une cour composée de révolutionnaires enrichis; il aimait son repos paresseux; il préférait aux agitations des parlis les délices de sa maison de campagne de Sèvres, la jouissance tranquille de sa réputation et de son or. Que lui parlait-on d'ennemis et de dangers publics? La république ne triomphait-elle pas dans la Vendée, à Toulon, sur le Rhin? A quoi bon perpétuer ce système de terreur imaginé le i septembre, et qui avait fait son temps? Les cris des victimes importunaient les hommes de plaisir : d'ait-
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COKVESTION HATIOSALE. 1M
leurs, de vjclime en victime, on pouvait très-prochainement en venir aux hommes dont les services n'étaient point douteux; et Danton ne semblait-il pas trop grand pour ne point faire ombrage à Robespierre? Telles élaieQt ses réflexions intérieures, ou ses paroles échangées dans le silence de l'amitië. Le septembriseur s'indignait des massacres de Lyon et de Toulon ; le débauché et le spoliateur, gorgé de dépouilles et soucieux de bonne chère, prenait en dégoût l'austérité implacable ei l'hypocrite vertu de Robespierre, en m£me temps qu'il réprouvait la mitraille de Fouché et les hécatombes de GolIol-d'Herbois.
Celte modération du tigre repu et satisfait créait une source d'embarras et de dangers aux continuateurs ~ du système de ta terreur; mais pour le moment on pouvait utilement s'en servir contre Hébert et la commune : Robespierre vit donc avec plaisir Danton entrer à son tour en lice contre les honteux suppôts de l'athéisme. Dans la séance du 6 frimaire (26 novembre), Danton s'indigna de ce que les manifestations sacrilèges continuaient à déshonorer la convention nationale; il demanda que cette assemblée refusât désormais d'entendre les prêtres qui venaient apostasier à sa barre, et qu'elle cessât de perdre du temps à applaudir à des mascarades antireligieuses. II proposa ensuite que les comités de salul public et de sûreté générale fissent un prompt rapport sur ce qu'on appelait la conspiration de l'étranger, et sur les moyens de donner une action grande et forte au gouvernement provisoire : il déclara que, dans son opinion, la terreur devait être mise à l'ordre du jour; mais, après cette précaution
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13» RÊVOUPTIOK FRAHÇAI^.
HoT. 1703. oratoire, il laissa entrevoir sa véritable pensée, en citant avec éloge l'exemple du tyran (Danton voulait désigner Henri IV) qui disait à l'un des cbefs de la Ligne par lui vaincue ; « Je ne veux pas tirer d'autre vengeance de vous. » La convention, entraînée par l'autorité de Danton, se hâta d'interdire aux athées de venir encore faire devant elle trophée de leurs doctrines impies; et le décret qu'elle rendit annonça à la commune et aux cordeliers que, dès ce moment, ce n'était plus seulement à Hobespierre, mais à la représentation nationale tout entière, qu'ils auraient affaire.
Le $ frimaire (2$ novembre], la commune, avertie par une humble rétractation de Chaumette, modifia son arrêté du 35 novembre, el statua que l'exercice des cultes étant libre, aux termes de la Déclaration des droits de l'homme, on ne s'opposerait point à ce que les citoyens fissent célébrer des cérémonies religieuses dans leurs maisons, et s'imposassent une contribution volontaire pour l'entretien de leurs prêtres : la commune arrêta néanmoins qu'elle ferait respecter la volonté des sections, qui avaient abjuré le culte catholique pour embrasser celui de la Raison. Ce désaveu partiel ne désarma point la défiance de Robespierre, et le chef du comité de salut public continua de dénoncer . ouvertement la faction de l'étranger, à travers laquelle il poursuivait Hébert et la commune.
toBmiioD Celle-ci ne se tenait point pour vaincue ; sous prétexte te'l^tru deservir d'appui au comité de salut public menacé par ]« ^^aat. des complots, elle décida que les comités révolutionnai- * res de toutes les sections de Paris se réuniraient, pour
se concerter avec le conseil général sur les mesures k
rmn-n-.;GoOg\c
COSÎESnON BATIOSALE. 1»
pFHidre dans l'intérêt de la pairie et de la révolution, m. nœ. La convention, qui savait à quoi s'en tenir sur les sympathies de la commune, se garda bien de lui permettre de centraliser entre ses mains les forces révolutionnaires et actives de Paris; elle cassa l'arrêté de la commune qui convoquait tous les comités à se réunir en un foyer commun, et elle prononça la peine de dix ans de fer contre quiconque oserait à l'avenir enfreindre cette défense. Ce jour-là même (14 frimaire — 4 décembre), elle se détermina à donner au comité de salut public i-o^n^! toute la force dont il avait besoin pour surmonter de gm» pareils obstacles, et empécjier qu'à l'avenir la com- "1û^ mune de Paris, ou toute autre autorité rivale, osÂl se placer à la tête de la révolution, et concentrer en ses mains les divers éléments de la force populaire : elle rendît donc un décret qui organisait le gouvernement révolationnaire, et investissait le comité de salut publie d'une puissance djctatoriale presque sans limites. En vertu de cette loi, la convention demeurait le centre unique de l'impulsion du gouvernement ; mais Ions les fonctionnaires, tous les corps constitués, étaient placés 8003 l'inspection et ta surveillance du comité de salut puMic et du comité de sûreté générale. La convention se réservait le droit de nommer les généraux en chef des armées, mais elle déléguait au comité de salut public la faculté de changer les autorités, d'approuver on de rejeter le choix des agents civils et militaires, et de diriger tontes les affaires diplomatiques. Les représentants du peuple étaient tenus de correspondre avec lui, et de lui notifier dans les vingt-q.uatre heures la suspension provisoire des généraux. L'article 1" de ce
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156 nÈVOiUnOK FRiltÇAia.
l>«c. 179Ï. décret célèbre, qui fui voté sur le rapport de Billaud- Varenses, instituait le Bulletin dei lois, par U-quel devaient être promulgues et rendus exécutoires tous les actes de la législature. Tout contrefacEeur de ce bulletin était puni de mort : la république n'infligeait pas de châtiment plus doui h ses ennemis.
Cette fois encore, la commane de Paris fléchit sous la paissance de la conTention. ïjss comités révolutionnaires, audacieusement convoqués, se dispersèrent à la voix de Chaumette et de Pache, et en poussantavecenthousiasme le cri de inve la réptU/lique I Mais ce même jour, le scrutin épuratoire ayant été repris aux jacobins, ' Danton faillit être exclu comme modéré; la protection de Robespierre le maintint dans le club; et dès ce moment, on put mesurer de combien l'influence de Danton se trouvait diminuée. Cet accord momentané de Danton et de Robespierre avait pour but la perte d'Hébert et de son parti.
Le lendemain, sur la proposition de Robespierre, la convention décréta la publication d'un manifeste destiné à venger la république française des attaques dirigées contre elle par les rois. 11 y étaitdit : « Honorer « la divinité et punir les rois, c'est la même chose. » Et c'est ainsi que l'assemblée cherchait à justiGer ta révolution du reproche d'athéisme. A chaque ligne, la convention faisait deux paris des événements qui s'étaient accomplis : elle glorifiait le peuple français des conquêtes républicaines dues à son courage; elle renvoyait la responsabilité de tous les malheurs et de tous les crimes aux intrigues de la faction de l'étranger.
(ta s'est longtemps demandé ce qu'il fallait entendre
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COHVEtiTIO^ KATIOKAL£. 137
parcetic faction, dont plusieurs ont nié l'existeDce, et DfcTTJwT à laquelle des historiens ont imputé tous les dévelop- o ou'^uit pemcnts du principe révolutionnaire et jusqu'au ré- , à» gimede la terreur. Les fervents amis de la liberté, qui la voulaient pure, et qui s'indignaient des altenlals commis en son nom, ont adopté bien souvent, avec enthousiasme, cette explication qui rejette sur l'or de l'étranger tous les excès commis par des hommes payés pour déshonorer la révolution et avilir la France républicaine.
On commence à faire justice de celle étrange explication, plus favorable à l'honneur de la révolution qu'aux exigences réelles de la vérité : mais ce qui étonne ceux qui nient l'influence persévérante du parti de l'étranger dans nos discordes civiles, c'est qu'à cha • que instant ie comité de salut public, Robespierre, tous les chefs de faction, l'un après l'autre, aient jeté à la tice de leurs ennemis la même accusation. Or, si l'on étudie de près les faits, et si l'on remonte aux sources sérieuses, on reconnaîtra sans peine que l'influence du parti de l'étranger fut restreinte, dans les événements de ta révolution, à des proportions très-étroites : nulle part, soit dans les archives des diplomaties étrangères, soit dans les documents les plus dignes de foi, on ne trouve la trace de cette faction, encore moins la preuve de son pouvoir et de son ubiquité prétendue. Les puissances étrangères avaient nécessairement en France de nombreux agents, chargés de surveiller les partis, d'observer les événements, d'en rendre compte dans des rapports plus ou moins fidèles; ce sont là des précautions de police fort vulgaires, dont les gouveme-
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138 hÉiOLcnon française.
:. iim. ments ne peuvent se départir, mais qui n'impliquent, de la part des cabinets étrangers qui durent y recourir, aucune prépondérance réelle et positive dans les affaires de la France. Ajoulonsque, parmi les révolutionnaires coitapromis ou châtiés, on rencontrait souvent des insensés comme A.nacharsis Glootz, des intrigants ou des fripons comme Proly, les banquiers Frey et l'Espagnol Gusman, des aventuriers tels que le baron de Trenck, des utopistes tels que Thomas Payne, des chefs départi comme Maral; mais ce n'élaient là, en réalité, que des individus isolés, poursuivant tantôt des rêves, tantôt la réputation, tantôt un lucre personnel, au milieu des agitations et des tempêtes publiques, et ne constituant ni un parti, ni une opinion prépondérante, ni une action centralisante et dominatrice. IjC parti de l'étranger doit donc être relégué dans le domaine des fables, tout au plus dans cet arsenal d'accusations ou de griefs à l'usage des ennemis politiques, pour le besoin de leurs luttes réciproques : les hommes de ce temps-lù croyaient peu au parti de l'étranger, mais ils en parlaient beaucoup, eL Ils feignaient d'y croire; et le peuple, entraîné par leur parole, y croyait très-sincèrement. C'était là l'unique but des habiles et des chefs.
Le peuple, en effet, était plus disposé à la pitié qu'à la vengeance. Il commençait à se lasser du sang, et lorsqu'une voix assez hardie osait parler de clémence, l'opinion publique, réveillée de sa torpeur, prêtait beaucoup de force à cette politique de miséricorde qui permettrait à l'échafaud de se reposer. Aussi, pour justifier aux yeux du peuple le massacre ordonné cha-
nigiti.rJMyGOOglC
COflVERTIO» NATIONALE. 15!)
^u6Jour par le tribunal révolulioDnaire, on lui disait Dfc. nos. qae les condamnés étaient complices de l'invasion étrangère, et il battait des mains sur le passage du fatal tombereau. Le peuple ne se serait point soulevé contre la Gironde, si on n'avait eu l'art de lui signaler sa prétendue complicité avec les manœuvres de Fitt; il avait fallu légitimer ainsi à ses yetix les abominables exécutions commises à Lyon, à Toulon, à Bordeaux, à Harseille^ et dans l'Ouest. Pour terrasser Hébert, la commune et les cordeliers , il était nécessaire de les dénoncer comme les agents occultes d'une conspiration étrangère; le même moyen allait être bientôt employé contre Danton, et Robespierre lui-même ne devait pas échapper à cet éternel soupçon. En réalité, tout se réduisait à ce raisonnement d'une simplicité extrême, et qui; aux yeux des chel's de parti, leur permettait d'acoiser sans remords et sans preuves leurs adversaires : L'étranger veut détruire la révolution et démembrer la France; cet homme ou ce parti, par ses intérêts, ses principes ou son inOuence, empêche la révolution ou la France de se défendre : il est donc le complice ou l'agent de l'étranger!... Les partis, au milieu des guerres civiles, ne se mettent paa en quête d'une ■autre logique.
Fabre d'Églantine, l'un des afïidës de Danton, était Amtiition nn de ceux qui, ayant le plus à cramdre, a raison de •■irigum ses turpitudes cachées, avait aussi le plus d'intérêt à ' parler d'indulgence : cependant, le 27 frimaire (1 7 décembre), il se prononça le premier avec un certain courage contre les enfants perdus du parti dé la commune, Ronsin et Vincent, misérables chefs de l'armée
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Die. 1703. révohilionnaire, qui, dans leurs placards, sollicilaient le peuple à des exterminations en masse; il signala, en outre, leurs acolytes, le septembriseur Maillard et un nommé Mazuel. La convention, mise en demeure d'agir, décréta, séance tenante, l'arrestation des trois premiers, et le comité de salut public les fit incarcérer dans la nuit. En même temps on arrêta, par ses ordres, Proly, Dubuisson, DesGeux, Péreyra, complices présumés de Pilt, et les quatre députés Bazire, Chabot, Delaunay d'Angers et Julien de Toulouse, compromis dans une affaire honteuse de vol et de faux, dans laquelle Fabre d'Églantine lui-même ne tarda pas à êU-e gravement impliqué. Ces arrestations, opérées coup sur coup, frappaient le parti des démagogues, et une troisième faction, si on pouvait lui donner celte importance, que les républicains plus ou moins austères désignaient sous le nom de parti corrompu.
corraptioD Les révolutions, en sapant les vieilles existences soféoMi. ciales, font surgir des réputations ignorées la veille,
i^Sitat des fortunes scandaleuses à force d'être imprévues. Si
tM^'pikei les hommes de génie et les ambitieux politiques (cette dernière classe est nombreuse) trouvent leur compte à ces rapides bouleversements, les agioteurs, les fripons, les spéculateurs hasardeux ne manquent pas de s'y créer facilement des sources de prospérité et de lucre. Tantôt ils ramassent avec soin les sanglantes épaves de l'échafaud, tantôt ils trafiquent de leur influence, de leur autorité, de la confiance du peuple. Ce fut l'histoire de Chabot et de ses complices. Ces misérables avaient formé une intrigue dans le but de faire tomber, par des motions rigoureuses portées à la convention
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CONVESnO^I NATIONALE. 111
Datioaale, les actions de la compagnie des Indes; ils les iHe. nm. achetaient ensuite â la baisse, pour les revendre en hausse, après les avoir fait remonter par des motions moins hostiles. La convention ayant supprimé par une loi la compagnie des Indes, Chabot, Delaunay, Julien de Toulouse etFabre d'Ëglantînc falsifièrent le décret, «t lui donnèrent un tout autre sens. Four ce méfait, ils reçurent cinq cent mille francs, qu'ils se partagèrent; ils voulurent associer Bazire à leur ignoble complot, mais celui-ci refusa. Cependant Chabot n'était point tranquille : il savait que les jacobins, étonnés de sa fortune subite, se défiaient de lui, et lui reprochaient d'avoir épousé, lui autrefois capucin, une femme étrangère, la sœur des banquiers autrichiens Junius et Emmanuel Frey. Épouvanté de la responsabilité qu'il avait encourue, il prit le parti de se rendre au comité de sûreté générale, el d'y dénoncer ses complices : de concert avec Bazire, il signala l'existence d'une prétendue conspiration dont le but aurait été de corrompre la représentation nationale au moyen de l'or des étrangers, et il déclara qu'il n'avait feint d'entrer dans le complot que pour le révéler en connaissance de cause. Mais il s'était avisé trop lard de ce rôle odieux, et il n'en demeura pas moins compromis avec les autres individus impliqués dans la même affaire de faux, de corruption et de vol.
Les arrestations ordonnées successivement par le comité de salut public et la convention causèrent quelque émoi dans Paris. Ce n'était pas qu'on se montrât fort étonné, la révolution avait habitué les esprits à de pareilles choses; mais le peuple commençait à entre*
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Iti nËTOLimOK FRANÇUSE.
Dec, 1795. voir quelques bornes posées à l'anahihie ou h la fraude. Les cordeliersetleparti d'Hébert maai Testèrent beaucoup d'irritation en apprenant le sort de Vincent et de Ronsin. Trois jours après (1" nivôse — 21 décembre), ils cherchèrent à se passer en revue à l'occasion d'une grande pompe révolutionnaire, ta cérémonie funèbre célébrée en mémoire de Chalicr, décapité à Lyon par les fédéralisLes.
u» Les représentants du peuple Fouché et Collot-d'Her-
pnT«i«B( bois, en mission à Commune-Affranchie (Lyon), avaient **^||^* envoyé à la convention nationale la tète mutilée et les
^'chSi?" cendres de Chalier. Ces reliques du fougueux émule de Maral furent processionnellement portées de la place de la Bastille au palais des Tuileries; elles étaient placées sur un char de triomphe, qu'une Renommée colossale ombrageai! de ses ailes. Au-devant du char, la tête de Chalier, recouverte de crêpe et couronnée d'une guirlande de cyprès, reposait sur un petit autel. La convention admit à sa barre le cortège, qui venait lui faire hommage de ces ossements; et elle hésita un moment à décerner à Chalicr les honneurs du Panthéon, déjà volés en faveur de Marat. Cette démonstration n'eut pas d'autre suite; mais elle permit à Collot- . d'Herbois, qui s'était rendu à Paris, de faire étoufler les plaintes des malheureux habitants de Lyon. Cependant les cordelîers ne cessaient de s'agiter, et de réclamer une prompte justice en faveur de Vincent et de
•■■Ojwjjj» Ronsin. De leur côté, les jacobins, sourdement travail-
'fcîn'n'Sïi!' '^^ ^" ^"^ contraire par les hébcrlistes et les monla^ gnards, consacraient leurs séances à terminer le scrutin épuratoire commencé depuis quelques jours, et
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COHVBimOII NATIOSAU. 1«
qui devait avoir pour objet d'exclure de leur seiu, Dec. 1193. selon l'expression de Pubois-Crancé, quiconque n'aurait pat mérité d'être pendu, si les Bourbons reprenaient le pouvoir. Pendant ces disca^ions, qui portaient en général sur des faommes suspects ou corrompus, et dont personne n'était excepté, J'influence toute prépondérante de Robespierre se révélait au grand Jour : quelles que fussent ses conclusions, on se gardait bien de les contredire; et la société, d'une voix unanime, chassait ou acceptait quiconque avait mérité d'être dénoncé ou préconisé par l'/ncorraplit/e. Parmi ceux que Robespierre fit exclure, on s'étonna de trouver Ânacharsis Cfoolz, ce riclie Prussien qui poussait l'athéisme jusqu'au délire, et qui avait figuré en première ligne dans toutes les démonstrations de l'opinion révolutionnaire. Robespierre lui reprocha d'être noble, d'être banquier, d'être étranger; et les jacobins, à sa demande, venaient de décider que quiconque porterait l'un de ces stigmates serait nécess^airement exclu. En vertu de cette règle, ils repoussèrent de leur sein l'exmarquis Antonelle, le chef du jury révolutionnaire, et l'un des montagnards les plus exaltés qui figurèrent dans ces tristes jours. Cet étrange scrutin donna lieu au parti d'Héberlet à celui de Danton de prendre vis-à-vis l'un de l'autre une position franchement hostile : il s'agissait d'admettre ou de repousser do la société des jacobins le régicide Camille Desmoulins, cet ancien procureur général de la Uinteme, que tant de crimes dont il avait été le panégyriste ou le complice, depuis la mort de Foulon jusqu'au supplice de la reine, semblaient avoir pour jamais classé
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m RÉVOLUTfON FRANÇAISE.
Die 1798. dans les rangs du parti sanguinaire et impitoyable. ym,n»a Camille s'était enfin trouve las du spectacle offert pai* païul^iH l'échafaud. Républicain équivoque, orléaniste déguisé, cimiiie homme sans convictions sérieuses, incessamment do- ' miné par la passion de faire du bruit, par la vanité des gens de lettres, la pire de toutes, tant elle porte à l'exagération el au ridicule, on l'avait vu se traîner à la suite de tous les pourvoyeurs de gibet et de guillotine, et ramasser dans les égouls de la révolution quelque renommée, un peu d'argent, el la satisfaction de beaucoup de grossières jouissances. Pendant les attentats du 2 septembre, il avait assisté Danton, l'ordonnateur des massacres; durant le procès du roi, il avait voté la mort, et cependant il s'était alors montré moins cruel qu'à l'époque où T^ouis XVI étant mallieureux, il avait osé le poursuivre de ses immondes plaisante li'js. C'était lui qui, toujours par besoin vaniteux, avait accumulé et envenimé, dans ses pamphlets contre les députes girondins, cette longue série d'attaques par suite desquelles ils s'étaient vus traduits devant te jury révolutionnaire, et livrés au bourreau (on ajoute même que, de la part de Camille, la mort de firissol et des vingt et un girondins avait été l'occasion de quelques remords et le sujet de ses premiers repentirs). Ce qui caractérisait surtout cet habile pamphlétaire, c'est qu'avant tout il était homme de plaisir et de bonne chère, épicurien à imagination ardente, écrivain remarquable par sa verve incisive. Artiste dénué de consistance, on le captivait par un bon repas, on le séduisait par un mot plein d'atlicisme, on l'endormait à l'aide de la flatterie : c'était merveille qu'au lion d'np-
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CONVENTIOH NATIONUE. It5
partentr à la Gironde, comme ses goûts et sa nature dëc. 179s. semblaient l'exiger, il fût demeuré longtemps attaché à ta faction des cordeliers et de Danton. De nos jours, on parvient très-difficilement à donner le mot de ces énigmes humaines, ht Faire la part de ce qu'il y eut de bon et de mauvais dans les hommes mal déHnis dont Camille Desmoulins demeurera le type. Jusqu'alors ses Totes, ses écrits, ses actes, avaient présenté le caractère d'un exalté orgueilleux et cruel; et cependant il serai' fort possible que, sous cet homme extérieur, sous ce& dehors emportés et ces allures sanguinaires, un cœur susceptible de pitié, d'émotions généreuses et douces, se fût caché parfois, pour se révéler quand les exigences de la vanité, les appétits de la volupté ou les besoins d'argent ne s'y opposaient pas d'une manière trop impérieuse. Le monde ne renferme que trop de ces natures qu'on ne saurait ni mépriser ni haïr sans réserve, de ces hommes qui, à l'exemple de Camille, sont criminels h travers les actes et les discours de leur vie politique, et qui, dans la vie privée, savent se faire voir sous un jour moins défavorable et se concilier le dévouement, l'amitié, l'amour.
Depuis quelques semaines, soit recherche de la popularité, soit lassitude révolutionnaire, soit qu'il eédât à l'inDuence de Danton ou aux douces exhortations de sa jeune femme, Camille Desmoulins prêchait ouvertement un système de réaction, une politique de miséricorde ou d'indulgence : il avait entrepris la rédaction d'un pamphlet intitulé le Vieux Cordelier, dans lequel, tout en donnant encore des éloges à la Montagne et aux comités, il poussait énergiquement l'o-
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tM RËVOLtmOR FRARÇAISE.
Uc. 1793. pinion publique dans les voies de la pilié el du pardon. Meraïque La pcuF avajt alors si puissammeot enchainé les c»niiÛr. âmes, qu'on entrevit, avec un bonheur profond, sans oser trop ouvertement se réjouir, ces premiers sympfômes de l'opinion en faveur d'une politique moins impitoyable. Aussi l'imprimeur du Vieux CordeUer avaitil peine à rassasier l'impatience du public : on achetait le pamphlet pour le lire, pour le commenter, pour s'en faire une cause d'espérance; et le succès de cet écrit annonçait aux bourreaux que la hache ne tarderail pas à se briser entre leurs mains. Les premiers numéros, toujours mêles, il faut bien le dire, de cyniquesatlaquesà l'adresse dels religion, étaient particulièrement dirigés contre Hébert et la faction athée. Le jeune écrivain se plaignait de ce qu'au moyen de farces indécentes on avait voulu déshonorer la convention et le peuple aiix yeus de l'Europe civilisée; il vantait les idées de Robespierre sur l'Être suprême ; il tournait en dérision Anacharsis Cloolz et Anazaqora» Chaumelte, et l'on se disait que ces premières attaques avaient eu l'approbation secrète de Robespierre. I* troisième numéro avait dû plaire à Danton, car le système de la terreur y était stigmatisé avec une brillante énergie. L'auteur feignait de traduire Tacite, et l'on découvrait aisément que, sous prétexte de flétrir la tyrannie des Césars, il dénonçait en réalité au monde le règne et le gouvernement d<is jacobins. Voici dans quels termes il faisait parler l'historien latin :
« Il y avait anciennement à Rome, dit Tacite, une u loi qui spécifiait les crimes d'Ëtat et de lèse-majesté, H et portait peine capitale. Ces crimes de lèse-majesté,
CONÏËMIOS R,\Tly>ALE. IW
u SOUS la république, se réduisaient à quatre sortes : si da:. liov « une armée avait été abandonnée dans un pays enci nemi; si l'on avait excité des séditions; si tes membres « des corps constiloés avaient mal administré les arfai- « res et les deniers publics; si la majesté du peuple ro- « main avait été avilie. Les empereurs n'eurent besoin « que de quelques articles additionnels à cette loi pour «envelopper et les citoyens et les cités entières dans B la proscription. Auguste fut le premier extenseur de a celle loi de lèse-mnjesté, dans laquelle il comprit les a écrits qu'il appelait contre-révolutionnaires. Sous ses « successeurs, et bientôt, les extensions n'eurent plus (( de bornes, dès que des propos furent devenus des crî- 0 mesd'Ëtal; de l.'i, il n'y eut qu'un pas pour changer « en crimes les simples regards, la tristesse, la com- « passion, les soupirs, le silence même. Bientdt ce fut « un crime de lèse-majesté on de contre-révolution, à « la ville de Nursia, d'avoir élevé un monument à ses « babitants morts au siège de Modène, en combattant « cependant sous Auguste lui-même, mais parce qu'aft lors Auguste combattait avec Brutus; et Nursia fut « détruite par le feu et par le fer. Crime de contre- « révolution i^ Libon Drusus, d'avoir demandé aux dia seurs de bonne aventure s'il ne posséderait pas un « jour de grandes richesses. Crime de contre- révolution « au journaliste Grémuttus Gordus, d'avoir appelé Bruci tas el Cassius les derniers des Romains. Crime de « contre-révolution à un descendant de Gassius, d'avoir « chez lui un portrait de son bisaïeul. Crime de contre- « révolution à Torquatus Silanus, de faire de la défi pense. Crime de conlre-révolutioo & Petreius, d'avoir
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IH RÉVOLUTION FRINÇAISE.
" « eu un songe sur Claude. Crime de conlre-ré?oIulion « à Âppius Silanus, de ce que la femme de Claude avait « eu un songe sur lui. Crime de contre-ri^volution & « Pomponius, parce qu'un ami de Séjan élail venu V chercher un asile dans une de ses maisons de cam- « pagne. Crime de contre-révolution, d'être allé à la « garde-robe sans avoir vidé ses poches, et en conser- « vant dans son gilet un jeton à la face royale, ce qui a était un manque de respect à la figure sacrée des ly- « rans. Crime de contre-révolution, de se plaindre des « malheurs du temps, car c'était faire le procès du « gouvernement. Crime de contre-révolution, de ne c( pas invoquer le génie divin de Caligula : pour y avoir « manqué, grand nombre de citoyens furent déchirés « de coups, condamnés aux mines ou aux bétes, quel- « ques-uns même sciés par le milieu du corps. Crime (c de contre-révolution à la mère du consul Fusius Ge- « minus, d'avoir pleuré la mort funeste de son fils. Il « fallait montrer de la joie de la mort de son ami, de K son parent, si l'on ne voulait s'exposer à périr soia même. Sous Néron, plusieurs, dont il avait fait mou- « rir les proches, allaient en rendre grâces aux dieux; « ils illuminaient. Du moins il fallait avoir un air de a contentement, un air ouvert et calme : on avait peur u que la peur même ne rendit coupable.
a Tout donnait de l'ombrage au tyran. Un citoyen « avait-il de la popularité; c'était un rirai du prince, « qui pouvait susciter une guerre civile : Studia cicium « iK $e verteret, et si malli idem avdeant, bellum eue. « Suspect. — Fuyait*on au contraire la popularité, et « se tenait-on au coin de son feu : celte vie retirée vous
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GOHTBtmOH KATIONALE. 14»
« avait fait remarquer, vous avait doanë de la coasîdé- wt.«».
« ration : Quanta metu oecultior, tanio famœ ode) Uts.
« Suspect. — Ëtiez-vous riche; il y avait an péril im-
« minent que le peuple ne fût corrompu par vos lar-
« gesses : Àurivim atqueopesPlautiprmcipiinfoisag.
« Suspiict. — ■ Étiez^Tous pauvre; comment doncl in-
a vincible empereur, il Taut surveiller de plus près cet
« homme; il n'y a personne d'entreprenant comme
« celui qui n'a rien : Sytlam inopem, unde prxcipuum
« audaciam. Suspect. — Ëliez-vous d'un caractère
« sombre, mélancolique, ou mis en négligé; ce qui
« TOUS aHligeait, c'est que les affaires publiques allaient
a bien : Ilominem honit publicis mosstum. Suspect. —
« Si, au contraire, un citoyen se donnait du bon temps
« et des indigestions, il ne se divertissait que parce que
« l'empereur avait eu cette attaque de goutte qui heu-
« reusement ne serait rien; il fallait lui faire sentir
« que Sa Majesté était encore dans la vigueur de l'âge :
« Reddendam pro intempestiva licentia mœ$tam et fu-
« nebrem noxam qua tentiat vivere Yitellium et impe-
« rare. Suspect. — Était-il vertueux et austère dans
«ses mœurs; bon! nouveau Brutus qui prétendait,
« par sa pâleur et sa perruque de jacobin, faire la
« censure d'une cour aimable et bien frisée : Gli$cere
« wmuloi Brutorum vuUvt rigidi et tristis quo tibi Itaci
« viam exprobrent. Suspect. — Était-ce un philosophe,
« un orateur ou un poète; il lui convenait bien d'avoir
a plus de renommée quu ceux qui gouvernaient!
« Pouvait-on souffrir qu'on fit plus d'attention h t'au-
« teur aux quatrièmes, qu'à l'empereur dans sa loge
« grillée? Virginium et Rufum daritudonominis. Sus-
iM,Googlc
IM RËVOIJITIO:^ l']|.tNÇ.\ISB.
u^ ,795, « pect. — Enfin, s'élail-on acquisdc la répulalion â la « guerre; oo n'en élait que plus tiangorcux par son « talent... : Multa militari fama metum feceral. Sus- « pect. — On peut croire que c'était bien pis si on était « petit-fils ou allié d'Auguste; on pouvait avoir un « jour des prétentions au Irâne ; Nobilem et quod tune « $peetaretnr c Cxsarum potUris. Suspect. — Et tous .« ces suspects, sous les empereurs, n'en étaient pas « quittes, comme chez nous, pour aller aux Hadelon- « nettes, aux Irlandais ou à Sainte-Pélagie; le prince « leur envoyait l'ordre de faire venir leur médecin ou « leur apothicaire, et de choisir, dans les vingt-quatre « heures, le genre de mort qui leur plairait le plus : a IHitsus cenlurio qui maluraret eum.
«... L'un élait frappé à cause de son nom ou de celui « de ses ancélres ; un autre, à cause de sa belle maison « d'Albe; Valerius Asiaticus, à cause que ses Jardins a avaient plu à l'impéraLrice; Slatilius, à cause que « son visage lui avait déplu; et une multitude sans « qu'on pût en deviner la cause. Toranius, le tuteur, « le vieux ami d'Auguste, était proscrit par son pupille, « sans qu'un sût pourquoi, sinon qu'il était homme de « probité et qu'il aimait sa patrie. Ni la prétiire, ni « son innocence, ne purent garantir Quinlus Gellius « des mains sanglantes de l'exécuteur... On était trahi « et poignanlé par ses esclaves, ses ennemis ; et si l'on « n'avait point d'ennemi, on trouvait pour assassin un « hôte, un ami, un (ils... La mort naturelle d'un « homme célèbre était si rare, que cela était mis dans « les gazettes comme un événement et transmis par « l'historien à la mémoire des siècles... Mais ta mort
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COMTBKTION KATIONAU:. lai
« de tant de citoyens innocenls et rccommandablcs D««.i7g8.
« semblait uoe moindre calamité que l'insoleace et la
n fortune scandaleuse de leurs meurtriers et de leurs
«dénonciateurs... Tels accusateurs, tels juges: les
« tribunaux, protecteurs de la vie et des propriétés,
« étaient devenus des boucheries, où ce qui portait le
« nom de supplice et de conjGscatioo n'était que vol et
On sent quel effet prodigieux devaient produire ces P»i!>Btriu pages entraînantes de verve et d'effroyable vérité, lors- ^^ *^ qu'elles tombaient imprévues au milieu d'une vaste p»pulation qu'une minoritéd'homiaes ardents gouvernait par la terreur et par la guillotine. L'auteur avait beau mêler à ces plaintes l'éloge outré de Marat et de Kobespierre, on n'y voyait qu'une précaution oratoire, et peut-être qu'un motifde plus d'espérer ; car sans doute, se disait-on, Robespierre n'aurait pas permis de publier, sous la protection de son nom, ces déclarations hardies, s'il ne les avait pas d'abord approuvées, et s'il ne se trouvait pas disposé à inaugurer les commencements d'une politique plus douce. Camille Desmoulins ne vantait pas, d'ailleurs, seuicmenl Bobespierre ; îi louait encore outre mesure Danton, et avec lui Pbetippeaux, leur collègue à la convention, qui, dans un écrit récemment publié, dénonçait bautement au pays les attentats de la faction bébertisle, de Ronsin et de Bossignol. A ces traits la Montagne reconnaissait le parti de Danton, et le comité de salut public, satisfait d'une réaction qui frappaitd'impuissanceet d'opprobre Hébert, les cordeliers et la commune, s'indignait déjà de ce qu'on osait faire le procès à la Terreur elle-même :
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ISl RÈTOLUTIOK FRANÇAISE.
Mt. i7«t. aussi Barrère eut-il mission de blâmer à la tribune ces traditctiom des autmir$ ancient, où le» dodrinet du plut pernicieux moderantistne se trouvaient jetées àdHé de$ maximes les plus révolutionnaires.
Camille Desmoiilinsnese laissa point intimider; sa brillante popularité de quelques jours, acquise par son retour aux idées de générosité et de clémence, lui persuada qu'il jouait dans la république le rôle de modérateur et d'arbitre de l'opinion ; qu'il n'aurait qu'à souffler mr Robespierre, et îi le renverser de son piédestal. Il prodiguait la raillerie mordante aux puissants du jour, à Collot-d'Herbois, à Hébert, àSaint- Just lui-même, qu'il accusait de porter sa tite comme un saint sacrement ; tandis que Saint-Just, en revanche, se proposait de le réduire à porter la sienne comme saint Denis. Ailleurs, Camille répondait à Barrère avec ironie, lui reprochant d'être Yheureux tuteur de P<h méla\ le menaçant de fouiller dans son vieux sac*. Hais surtout il foudroyait sous le sarcasme et le ridicule le misérable auteur du Père Duchesne, Hébert, qui lui avait reproché, dans cet ignoble journal, d'être un viédase à mener à la guillotine, un endormeur payé par Ptlt, un bourriquet à longues oreilles. « At- « tends-moi, Hébert, lui disait-il, je suis à loi dans un « moment... Je vais te démasquer commcj'ai démas- « que Brissot.» Alors il commençait pnr se disculper des imputations dirigées contre lui par Hébert; il van-
■ HtdemoiMlle Pamëh Sercey, depnis lad; Fiti-Gdrald. KIleanit élc l'élËre de madime de Genli«, la protégée du duc d'Orlcani ; et le reprocbe
de Desinoulina insinuait que Barrière arait été orléaniste.
* Arant la réToluIion, Barrèri: s'apiichit H. Barrère de Viranc
CONVEimON IUTIO^ALE. 155
lait son désintéressement, la fermeté de ses convie- 1 lions ; et peut-être, étant le seul à ne pas se reconnaître dénué de moralité et de principes, étail-il d'assez bonne foi en faisant son panégyrique. Ensuite, tirant parti de cette circonstance que te ministre de la guerre Boucbotte avait envoyé aui armées un certain nombre de journaux révolutionnaires, parmi lesquels ûgurait le Père Duchetne, il dénaturait cette distribution de feuilles républicaines et la qualifiait de corruption ou de subvention : «Est-ce toi, disait-il, qui oses parler « de ma fortune, loi que tout Paris a vu, il y a deux « ans, receveur de contremarques à la porte des Variéa tés, dont Lu as été rayé pour cause dont tu ne peux « pas avoir perdu le souvenir? Est-ce toi qui oses par- « 1er de mes quatre mille livres de rente, toi qui, sans- « culotte, et s«us une méchante perruque de crin, « dans ta feuille hypocrite, dans ta maison, logé aussi a luxurieuse inatl qu'ur^ homme suspect (style d'Hébert), A reçois cent vingt mille livres de traitement du mi- « nistre Bouchotte?... Cent vingt mille livres à ce pau- «vre sans-culotle Hébert pour calomnier Danton, a Lindet, Cambon, Thuriot, Lacroix, Phelippeaux, « Bourdon de l'Oise, Barras, d'Ëglanline, Fréron, Le- « gendre , Camille Desmoulins, et presque tous les a commissaires de la convention ! pour inonder la « France de ses écrits, si propres à former l'esprit et « le cœur!... S'ctoonera-t-on , après cela, de celte ei- « clamalion filiale d'Hébert à la séance des jacolins : «Oser attaquer Bouchottct (oser l'appeler George!) « Bouchotte, à qui on ne peut reprocher la plus légère R fatde ! Bouchotte, qui a mit à la tête des armées des
rmn-n-.;GoOg\c
m REvoLimo:! fbinçuse.
" a géiùraux stins-culottes I BouehoUe, le patriote le pim « pur! Je suis surpris que, daos le transport de sa ce* « connaissance, le père Duchesne ne su soit pas écrié: « Boucltotte, qui m'a donné reiU vingt mille licret « depuis le mois de juin I... »
Camille ariiculait ensuite la preuve de ses accusalions, reprochant ù Hébert d'ôlre l'agent de l'étranger, et d'être stipendié par le banquier hollandais Koche, chez lequel lui el sa Jacqueline ( ta femme d'Hébert, une ancienne religieuse) a//nteH( passer les beaux jours de l'été, cl boire le vin de PiH. Un moment après, il ajoutait :
o Regarde ta vie, depuis le temps où tu étais un res- « pectablefrater, à qui un médecin de notre connaîs- « sancc faisait faire des saignées pour douze sous, a jusqu'à ce moment où, devenu noire médecin poli- « tique, et le Sangrado du peuple français, lu lui or- « donnes des saignées copieuses , moyisnnant cent « vingt mille livres de traitement que le donne Boute chotle : regarde la vie entière, et ose dire à quel litre (( tu te fais ainsi l'arbitre des réputations aux jacobins ! « Est-ce à litre de tes anciens services? Mais quand « Danton... quand tous ces vétérans que tu calomnies <( aujourd'hui, se signalaient pour la cause populaire, « où étais-lu alors, Hébertî Tu distribuais les contre- « marques, et on m'assure que les dii'ccteurs se plai- « gnaientdti la recette... Ce qui est certain, c'est que « tu n'étais pas avec nous en 1789, dans le cheval de A lois; c'est qu'on ne l'a point vu parmi les guerriers « des premières campagnes de la révolution... Seraitnceit litre d'écrivain et de bel esprit! Hais ne sais-tu
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COHVEimOK NATIOHAU. 1S3
« pas, Hébert, que quand les tyrans d'Europe veulent jut. i7m.
« avilir la n^publique, quand ils veulent faire croire à
« leurs esclaves que Paris est couvert des ténèbres de la
« barbarie, que Paris, cette ville si vantée par son at-
« ticisme et son goût, est peuplée de Vandales; ne sais-
R tu pas, malheureux, que ce sont des lambeaux de les
« Teuilles qu'tlsiasèrent dans leurs gazettes? Gomme si
« tes saletés étaient celles de la nation, comme si un
« égout de Paris était la Seine ! »
Plus loin, Camille ajoulail, en jetant sur les dangers dont sa franchise commençait à l'entourer un regard mélancolique et méprisant : « ... Je n'ignore pas la « maxime de Machiavel, qu'il n'y a point de tyrannie « plus effrénée que celle des petits tijram.
« Qu'on désespère de m'inlimider par les terreurs « et les bruits de mon arrest-'>tion, qu'on sème autour « de moil Nous savons que des scélérats méditent « un 31 mai contre les hommes les plus énergiques de a la Montagne... Ornes collègues I je vous dirai comme « Brutus à Cicéron : Nom eraignom trop ia mort, et « l'exil, et iapauvreté... Cette vie méritc-trclle donc « qu'un représentant ta prolonge aux dépens de l'hon- « neur? Il n'est aucun de nous qui ne soit parvenu au « sommet de la montagne de la vie : il ne reste qu'à la « descendre k travers mille précipices... Eh quoi 1 lors- « que tous les jours les douze cent mille soldats du « peuple français arfrontent les redoutes hérissées de « batteries meurtrières, nous, députés à la convention, « nous, qui no pouvons jamais tomber comme le soldat «dans l'obscurité de la nuit, fusillé dans les ténèbres a et sans témoin de sa valeur ; nous, dont la mort
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1S6 RfiTOLUTtON FRANÇAISE.
. 1195, « soufferte pour la liberté ne peut être que glorieuse « et solennelle en présence de la nation, de l'Europe a et de la postérité, serions-nous plus lâches que nos « soldats? Craindrions-nous de regarder Bouchotte en « face? N'oserons-nous pas braver la graîule colère du « père Ducheme, pour remporter aussi la victoire quo « le peuple attend de nous?,.. Et quand même, ce qui « est impossible, la calomnie et le crime pourraient « avoir sur la vertu un moment de triomphe, croit-on « que, même surl'échaEaud, soutenu de ce sentiment « intime que j'ai aimé avec passion ma patrie et la ré- « publique, soutenu de ce témoignage étemel des B siècles, environné de l'estime et des regrets de tous <t les vrais républicains, je voulusse changer mon sup- « plice contre la fortune de ce misérable Hébert, qui « pousse au désespoir vingt classes de citoyens et plus a de trois millions de Français?. . . qui, pour s'étourdir « sur se& remords et ses calomnies, a besoin de se pro- « curer une ivresse plus forte que celle du vin, et de « lécher sans cesse le sang au pied de la guillotine? « Qu'est-ce donc que l'échafaud pour un patriote, sinon « le piédestal des Sidneyetdes JeandeWiltîQu'est-ce, v dans un moment de guerre, où j'ai eu mes deux « frères mutiles et hachés pour la liberté, qu'est-ce « que la guillotine, sinon un coup de sabre, et le plus « glorieux de tous pour un député victime de son cou- « rage? »
imiiu Ces attaques hardies, et qui l'étaient, encore bien Kj^ub que mêlées aux louanges décernées â Marat et à d'autres précautions de style, avaient, en exaltant jusqu'à l'enthousiasme le parti modéré et les ennemis dp sang,
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CONTENTION NATIOIULE. iST
profondément blessé au cœur Hébert, Chaumelte, Mo- iifc,iijé, moro, Billaud-Varennes, les cordelicrs, la commune et les jacobins. Hébert porta à la tribune du club ses ressentiments personnels, et sollicita, comme une juste vengeance, l'expulsion immédiate de Camille. Robespierre prit la défense de cet écrivain ; mais il blâma le Vieux Cordeiier, et demanda que, par respect pour les services de Desmoulins, on se contentât de brAlerson journal, sans rien faire contre sa personne : « Brûler « n'est pas répondru! » s'écria Camille; et il rappela i Robespierre que les premiers numéros du Vieux Cordelier avaient obtenu son approbation. Celte vaniteuse imprudence porta ses fruits. Robespierre, inquiet et irrité, abandonna Camille à son danger, et le laissa exclure du club des jacobins. Ce fut pour Hébert une pauvre revanche obtenue de la flétrissure immortelle que Camille lui avait infligée; et, d'ailleurs, sa victoire fut de courte durée : Robespierre fit revenir la société des jacobins sur sa décision, et Camille fut maiotenii dans son titre de membre du club. Un moment après, afin de calmer l'opinion, que ces discussions irritantes avaient vivement préoccupée, Robespierre Gt mettre à l'ordre du jour de la séance des jacobins l'étude historique des crimei Hbertiàdes du gouvernement anglais. Le club des cordeliers, dominé exclusivement par l'influence des hébertistes, prit une délibération en vertu de laquelle Phelippeaux, Bourdon de l'Oise, Fabre d'Églantioe et Camille Desmoulins étaient réputés déchus de toute confiance : toutefois il statua que Camille pourrait rentrer en grâce, s'il consentait à rétracter ses hérésies révolutionnaires et à nommer les traîtres
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m UÉÏOIUTIOS FBANÇAISE.
Vie. 17B3. dont il subissait les conseils. On espérait arriver ainsi jusqu'à Danton, et, de part et d'autre, on cherchait à 'user d'indulgence envers Camille, comme on fait pour un enfant mai élevé cl toujours aimé.
Chaque jour signalait quelque incident nouvf^au de la lutte engagée entre le papti de Danton et celui d'Hébert, à la grande satisfaction de Bohespierrc et du comité de salut public, qui cherchaient à neutraliser l'une par l'autre ces deux factions rivales. Fabrc d'£glantine ayant été mis en arrestation, par suite de l'affaire du décret falsifie, on s'occupa de Ronsin et de Vincent, depuis longtemps incarcérés pour leurs sanguinaires appels à l'extermination des suspects, La convention consentit à les rendre h la liberté, faute de preuves; et les cordelicrs virent, dans cette concession arrachée à la Montagne, l'indice dclcur propre for<:eet des crainlesqu'ils inspiraient. Mais le comité de salut public persistait toujours à vouloir frapper les hébcriistcs au nom de la vertu, et les dantonistcs au nom de la terreur, vuin Pendant ces luttes sourdes ou déclarées, le peunle.
âufâaflê. ' r r '
qui se passionnait tantôt pour I un des acteurs et tantôt pour l'autre, était surtout disposé à prodiguer sa faveur à quiconque lui donnerait un peu de pain. La misère, augmentée par trois ans de désordres ou de guerres, était devenue affreuse, et les citoyens ne se procuraient qu'à grand'pcine et en assiégeant longtemps avant le lever du jour la boutique des boulangers quelques onces d'un pain mal cuit, et que tes m.irchands ne livraient que sur la présentation d'un certificat de civisme. I^a commune cherchait de son mieux à protéger les arrivages, à imposer les riches, à
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CONTENTION KATIOHALE. 150
nourrir les aans-culottes pauvres aux dépens des bour- Um. 17m. geois et des oisifs; mnis il lui était impossible de créer des ressources alimentaires, et la terreur ne noui'rissait personne. La convention, de son côté, pour enlever à la commune ce redoutable moyen de popularité, travaillait à accroître les rigueurs de sa loi sur le tnoa»mum: elle écoutait avec faveur le boucher Legendre, qui venait lui proposer d'ordonner un carême cioique, afin que la viande fût réservée aux malades et aux défenseurs de la patrie. La situation était donc bonne pour les liébertisles : plus le peuple souffrait, plus ils pouvaient le poussera tous les excès, et renouveler, au profit de leur ambition, les insurrections du 10 août et du 5i mai. Ronsin, Vincent, Momoro, leurs audacieux acolytes, parcouraient les rues et les faubourgs, et ne négligeaient rien pour exploiter l'ignorance et la faim, ces denx auxiliaires naturels des révolutions populaires.
Le 2 pluviôse (21 janvier), toutes lesfactions suspen- AnaivMuiiv dirent un moment leurs attaques réciproques, pour iimon fêler l'horrible souvenir du sang de Louis XVI qu'elles loubivu avaient ensemble versé, l'année précédente, à pareil f^» jour. Sur la place de la Révolution, au lieu même où avait péri l'infortuné monarque, la convention, les jacobins, les cordeliers et la commune, se donnèrent an affreux rendez-vous, et prononcèrent ensemble le serment d'exterminer (ous les tyrans, de poignarder quiconque aspirerait au pouvoir suprême. Une danse circulaire fut ensuite improvisée j les législateurs et les clubislesde tous étages, mêlés aux révolutionnaires de carrefours, y prirent part, et la musique militaire, durant GCtIe ignoble orgie, ne cessa déjouer le Ça ira et la
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1M RÉVOLUTION FnA.!tCAISE.
imy. 1704. MarmUam. Les sauvages de l'Amérique du Nord, dansant autour de leurs victimes, auraient paru moins barbares que ces hommes en bonnet rouge et en carmagnole, l'élite de la France républicaine, qui saluaient en chœur la guillotine oii quatre hommes, condamnés le matin, venaient de périr, et qui formaient des rondes sur une terre humide de boue cl de sang. Le même jour, et comme pour perpétuer cette joie de cannibales, la convention décréta que, tous les ans, la mort du dernier tyran serait célébrée par une fêle civique dans toute l'étendue de la république. Puis, aûn que rien ne manquât de ce qui pouvait accroître et perpétuer l'opprobre de ces souvenirs, il fut décrété que le procès-verbal rendant compte de la séance et des manifestations qui l'avaient suivie serait imprimé et envoyé à tous les départements. On Hvra aux flammes, dans l'enceinte oit siégeait l'assemblée, des tableaux qui représentaient des rois, et l'on foula aux pieds les débris calcinés de ces images. Enfin, sur la proposition de Gouthon, le principal provocateur de ces folies, la conventJon décréta qu'il serait nommé des commissaires chargés de rédiger l'acte d'accusation de tous les rois; elle ajouta « que ce' réquisitoire serait envoyé par les «jacobins au tribunal de l'opinion publique de tons « les pays, afin qu'il n'y eût plut pour aucun roi de citl « (\ui voulût l'éclairer, une terre qui voulût le porter^ » Les jours suivants, les danses recommeDcèrent, et les hébertistes, qui vivaient de saturnales, se crurent encore les plus forts : leur influence se mesurait à la honte qu'ils faisaient rejaillir sur la convention et sur le peuple.
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