‹ Histoire de la Révolution et de l'empire (volume 2)Chapitre 5 sur 8 · LIVRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIÈME

■no. La Vendée avait longtemps continué sa résistance héroïque : Chnrette, dans le bas Poitou, Sldfflet, en Anjou, n'avaient cessé de se haïr entre eux, et de lutter, cbacan de son côté, contre les armées r^iubticaincs. sniiedçii Toulofois la iHierre civrle, souvent rédatte à des escari< f^ie. Diouchcs et à des affaires d'embuscades, n'avait point repris les proportions d'une insurrection générale. On se battait sur des points isolés; vainqueurs, les royalistes cherchaient à s'organiser, à fortifier leurs avantpostes, à se maintenir dans les villes prises; vaincus, ils se dispersaient pour se réorganiser sur d'autres points. I^es chefs, profoniiément séparés par l'ambition on la jalousie, s'imputaient réciproquement la responsabilité de leurs revers. Charetle, grand seigneur par ses habitudes, partageait son temps entre la guerre et les plaisirs, passant, avec une ardeur égale, de la Ta- Ligue des camps aux loisirs de la galanterie; Stofllet. irascible, fier de son origine populaire, qu'il aimait à rapprocher de sa fortune imprévue, se cantonnait dans la forêt de Haulévrier, et travaillait sans relâche à organiser l'adminislralion du pays qui lui servait de re-

CONVCtHON HATIOICAlf.

fuge, Cl des bandes qui combaltaient sous ses ordres, vtv. 1195.' L'abbé Bernier cherchait à étendre sa propre influence, en entretenant avec soin la déBance des chefs. GepcDdanl des nouvelles plus favorables rirculaient dans les conlrées insurgées : on racontait, sans les comprendre, les événements de thermidor; on disait que la convenlion manifestait des dispositions conciliatrices; on lai savait gré d'avoir destitué Turreau, dont les c(doniies infernales avaient commis tant d'horroura ; d'avoir livré au bourrean Carrier et les complices de sa tyrannie. De part et d'autre, les hostilités commencèrent à se ralentir, et l'on écouta des propositions de paix. Des négociateurs officieux ou avoués s'entrenireni entre les partis : Charetle demanda d'abord le rétablissement des Bourbons, mais ses prétentions furent écartées; il se borna alors h réclamer la réintégration complète et libre du culte catholique dans la Vendée, des indemnités pour les frais de la guerre, la franchise du territoire, le droit de rester en armes, le recouvpcmsnl des biens révoiutioonairement conGsqués sur les Vendéens. La république se montra favorable à ces ouvertures; on prolongea les pourparlers, et enfin, le 28 pluviése irMiiCra (16 février), une réunion des parlementaires eut lieu ^i^^^ àJaunais: ce jour-là, Charette fit solennellement ratifier tout ce qu'il avait exigé, et, à ce prix, il consentit i se soumettre à la république et à ne plus porter les armes contre elle. Les Vendéens avaient trop longtemps combattu et souffert, pour passer sans émotion de la guerre à la paix ; beaucoup d'entre eux ae voulurent point accepter la solidarité du traité signé par Charetleils s'indignèrent contre les auteurs d'une transaction

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«a RiTOLVnoK françatse.

ffy i79>i,-, qu^ils qHBli&inmt de félonie, et Stofdet fut in nombre des royalistes rebelle» à toute paix dont le rétablisse ■ment du trdne ne serait pas la garantie première. Cependant la raison et tes principes l'emportèrent : malgré les ellbrts des partisans de la monarchie, on se souvint encore que la Vendée ne s'était point armée pour le roi, mois pourles'sutets; qu'elle se serait rést- ^aée aux réfiinnes sociales et politiques, si on n'avarl point osé attenter à l'indépendance de sa ibi, A la sainteté dn sBHctuaire. Cette pensée prévalut bientdt contre 4es définDoes et les jalousies, et StofBet Ini^mêmo finh par se aonmetire k des conditions analogues i celles que Gharetto arait acceptées. En se résignant i reconnaître l'aulorilé de la république, il gémit profondément d'être' réduit à l'impuissance, et on l'entendit regretter le brave la Rochejaquelein : « Si M. Henri a existait encore, s'écriait^l, nous n'en serions pas 12i, » Dévoué et généreux sous une rude et grossière écorce, cet faontmene songea point à stipuler pour lui-même, mais il demanda qu'on rendit ses biens à H. de' Colberl, dont il avait été garde-chasse ; puis, après avoir abdiqué le commandement de son armée, il voulal scriensement r^irendre son humble et obscure condition d'autrefois.

Eotrtc ^^ 2^ ventôse (26 février), neuf jours après la signad!!'l£iMM ^ui^ ^P l'aote d'union, Charette Gt son entrée à Nantes, * """"■ au bruit de l'artillerie et sons les regards d'un peuple immense : il était à dieval, vêtu de bleu, ceint de l'écharpe vendéenne, et pwlant h son chapeau un panache blanc. Quatre chefs royalistes, parés des mêmes insignes, l'entouraiest; en même temps se présentaïetil

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COHTKKTIOH HATIOIULB. «H

aux yeox de la foule les représentants du peuple, Tua fét. itbs. et l'autre rëg^des, qui aTaient stipulé aa nom de la république la pacification de l'Ouest ; ils étaient ceints de l'écharpe tricolore, et leur voiture offrait pour tout oroement un bonnet rouge. Le général répuUicain Caudaux et Charette s'embrassèrent publiquement, et la guerre civile parut terminée. .

La chouannerie, celte guerre de partisans, durant '^p^^"" laquelle on campait derrière les buissons, on se fusil- i«>*'^^lait sur les grandes routes ou dans les bruyères, continuait à ensanglanter les cinq départements de la Bretagne : il était bien difficile de venir à bout de ces laboureurs royalistes qui, tantât à l'afiiQt, tantôt la faucille ea main, guettaient les biens A travers les clairières, massacraient les soldats isolés, arrêtaient les messagers du gouvernement, rançonnaient subitement les villes, pillaient les caisses, mettaient à contribution les curés constitutionnels, enlevaient ou maltraitaient les acquéreurs de biens nationaux, et n'offraient cependant aux troupes de la république aucune occasion de prendre leur revanche, de les frapper en masse, d'éteindre par une victoire ou une vaste tuerie ces résis-' tances partielles , subites , imprévues. Les chouans obéissaient d'ailleurs à des capitaines habiles et dé- Toués; leur principal chef était H. de Puisaye, qu'on avait vu un moment réuni aux fédéralistes du Calvados et de l'Eure, et qui recevait de l'Angleterre des armes, de l'aident, des instructions : les autres étaient H. de Scepeaux, beau-frère de Bonchamp ; le jeune de Bourmont, réservé à d'autres guerres; le marquis de FroUé, George Cadondal et Cormatin. Ce dernier, quoique

tant, tUBC- — CMT. njiT. II. 37

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KËVOIATION FBAHCAISS.

1193. assez obscur, exerçait sur les esprits une influence coaisidérable. Ce fut à lui qu'on s'adressa pour paciûer la Bretagne , en oH'ranl aux chouans et aux catholiques des conditions pareilles à celles que Gbarette et Stofflet avaient imposées ou subies : le traité fut signé de part et d'autre'; Gormatin stipula pour les chouans, le général Humbert pour la cooTention nationale, et Cormatin ût son entrée publique à Rennes. Cependant, nonobstant ces b^ves et ces capitulations, on ae disait que la guerre n'était pas finie ; qu'elle ne tarderait pas à recommencer des deux cdlés de la Loire : on ne se trompait pas. D'ailleurs, les princes de la famille rojale et Jes nobles émigrés ne pouvaient consentir, de loin, à des actes de pacification qui fortifiaient l'autorité de la république; et l'Angleterre, de son cdté, était trop intéressée à ne laisser à la convention auctfn instant de repos» pour ne pas offrir aux Bretons et aiix Vendéens un appui qui leur permit de reprendre les armes, mais trop imparfait et trop équivoque pour leur doimer la force de vaincre.

"■JiSÊÎrtiSr **■ ^* Tinteniac avait reparu dans les départements ^'^j^-i^ l'Ouest; il était venu apporter aux Vendéens et duu voSm. Bti^ Bretons de jiouvelles offres de secours de la part de l'Angleterre, et l'annonce d'un débarquement d'émigrés, ajant à leur tête un prince français : de son cdlé, le comte de Puisaye, qui entretenait des rapports directs et fréquents avec le cabinet de Londres, avait accepté la mission d'organiser une nouvdle insurreotton royaliste, favorisée, cette fois, par des renfoils envoyés par le gouvernement britanniqiie. Les dielà vendéens avaient besoin d'an motif ou d'un prétexte

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co^vEimoii luniwux.

ptiur rallanMr la guerre. La mort du jeune Louis XVII juin:»». leur parut une occasion lé^tîme de ee venger de la république. Le marquis de Rivière, aide de camp de Monsieur, comte d'Artois, vint secrètement en France, et détermina sans peine Charetle h, reprendre les armes. H. de Puisaje se rendit à Londres, et employa tous ses soins à préparer' une expédition des émigrés en Bretagne. Les émigrés qui se rassemblèrent è l'étran- Pr^panua ger, pour prendre part à ce mouvement, furent divisés ^^^^^ en deux corps : l'an, mis sous les ordres du comte d'Hervilly; l'autre, commandé par le jeune Charles de Sombreuil. La presqu'île de Quiberon, située sur les oMes du Morbihan, fut désignée comme le lieu de débarquement le plus favorable. Toutes les dispositions furent prises pendant les mois de floréal et de prairial. Les républicains se tenaient sur leurs gardes : le général Hoche, alM» commandant en chef de l'armée des cMea de l'Ouest, était chaîné de comprimer le soulèvement de la chouannerie et de faire échouer les entreprises de l'émigration : le long des côtes, l'amiral Villaret-Joyeuse avait ordre de croiser et de s'opposer au débarquement de l'escadre anglaise.

Le 16 prairial, les dent flottes se rencontrèrent près de Belle-lte. Villaret-Joyeuse voulait éviter d'engager le combat contre un ennemi supérieur en forces ; mais les habiles manœuvres de l'amiral Bridport ne lui permirent pas de se refuser i une bataille. Les Anglais forent vainqueurs, et l'amiral français se replia du cdlé de Lwient, après avoir perdu bvis vaisseaux de ligne : l'Al&candre, le Tigre et le Formidable. Ces échecs de la ■publique étaient grandement compensés par les im-

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«0 BfivcHjmon nuHcuai..

Juin I1K. prudences et les fautes de ses ennemis : eo effet, les émigrés, qui formaient un brillant état-migor de marins et de militaires, ne craignirent pas, pour grossir les cadres de leur petite année, d'y faire entrer, de gré ou de force, la plupart des républicains faits prisonniers. De tels auxiliaires étaient plus dangereux qu'utiles. Le 9 messidor (27 juin), toute la Hotte anglaise entra dans la baie de Quiberon, et le débarquei^A^Tff ment s'opéra sur le territoire du bourg de Camac :

Qaîba>M. sctze mille chouans accueillirent les émigrés au cri de Vive le roil et reçurent d'eux une solde, des munitions et des armes. En peu de jours, les royalistes s'emparèrent du fort Peutbièvre et de la presqu'île, et saccessivement ils enlevèrent aux républicains Âuray, Landevan et Hendon. Cependant, la division du comte de Sombreuil n'avait point encore paru, et un renfort de cinq mille Anglais, promis par le cabinet de Londres, n'était attendu que dans un mois. I.ies émigrés commençaient à se reprocher de n'avoir pas différé le débarquement jusqu'à l'arrivée de ces forces ; et le général Hoche, redoutable par ses talents autant que par son courage, se mettait en mesure de tirer parti des fausses combinaisons de ses ennemis. Au lieu d'attaquer de front l'armée royaliste, il observa sa marche, il surveilla ses opérations ; d'abord il reprit aux émigrés Auray et Landevan; il envoya ensuite un corps d'armée contre les chouans, qui, mal organisés pour la guerre découverte, ne pouvaient opposer, en dehors de leurs abris, aucune résistance sérieuse à des troupes disciplinées. Pendant qu'il les tenait ainsi en échec, et réussissait à les isoler du reste de l'armée royaliste, il

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' COSïEîinON SATIOBAIS. 431

élevait, en face de ta presqu'île, des retranchements juiii. itw. garnis d'artillerie, et attendait te moment où les royalistes oseraient menacer ses positions. La mésintelligence qui s'était mise entre M. de Puisaye et M. d'Hervilly lui venait en aide, et contribuait & favoriser ses plans. Le 28 messidor, M. d'Hervilly. avec trois mille émigrés et seize cents chouans, attaqua l'avant-garde républicaine; ses troupes furent écrasées par la mitraille, mais elles tinrent bon jusqu'au moment où leur intrépide chef tomba roide mort dans les rangs : alors elles prirent la fuite, abandonnant aux républicains plusieurs pièces d'artillerie. Le duc de Lévis et le comte de Boissieu, grièvement blessés, ne purent rallier leurs soldats; mais le commodore anglais, par le feu de ses vaisseaui et de ses chaloupes canonnières, contint l'année républicaine, et sauva les émigrés cantonnés dans ta presqu'île- Le comte de Sombreuil n'avait pu prendre part au combat ; il ne parvint à opérer son débarquement que le lendemain, 29 messidor. Sur d'autres points, les royalistes avaient subi des échecs partiels, et le chevalier de Tinteniac avait été tué dans une rencontre.

Le fort Penthièvre, dont les émigrés s'étaient em- musim parés, couvrait encore leurs positions : par malheur, ils en avaient confié la garde k un détachement composé, en partie, de républicains transfuges. Ceux-ci se mirent clandestinement en rapport avec le général Hoche, et promirent de livrer le poste aux bleus. Hoche ne compta pas en vain sur leur défection, et se rendit maître du fort Penthièvre. La division du comte de Sombreuil, au milieu de ces circonstances défavora-

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m RÉvoumoN française.

jaîiiûïm blés, n'avait désormais d'autre lâche à remplir qtie de recueillir les blessés et les fugitifs, et de les faire de nouvean embarquer à bord de la flotte anglaise. Le comte de Puisaje, perdant toute espérance, avait lâché pied, et s'était ^fni sur les vaisseaux du commodore Waren. H. de Sombreml, animé par un courageux dé»* espoir, entreprit de se dévouer pour protéger la retraite de ses malheureux compagnons d'armes. Aussi, pendant que les femmes, les enfants^ les vieillards, les blessés étaient entasséssur des chaloupes, huit à neuf cents gentilshommes, commandés par leur jeune chef, soutenaient l'attaque des républicains, et tâchaient de gagner du temps. Les Anglais étaient tantôt immobiles, et tant/it faisaient feu sur les colonnes de Hoche ; mais leurs boul^, venant de la haute mer, et mal dirigés, portaient parfois sur les royalistes eux-mêmes. On a dit, on a répété que les Anglais avaient à dessein lire sur les deux partis, heureux de détruire des Français, quetleqnefût leur cocarde: c'est là une de cesimpulalions grossières que rien ne jusliGe, et qu'il faut savoir repousser quand on veut demeurer juste. Les marins anglais, loyaux et courageux militaires, ne se seraient jamais associés à l'opprobre de ce crime ; la haine de Pitt, si implacable qu'on la suppose, ne serait jamais allée jusqu'à dicter ces ordres- honteux : qu'il sufGse h la France de savoir que, durant cette longue et funèbre lutte de Quiberon, ses fils, presque tons, du moins, se montrèrent dignes d'elle par un courage intrépide dans le combat. Soldats, généraux, émigrési royalistes, républicains, tous combattirent avec l'opiniâtreté dn dévouement ; et si une marque d'infamie et

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COKTBimOM M&TIOHiUE. 4»

de sang termina cette page glorieusement commencée, lumetiTSs. les soldats ne furent ni les provocaleurs, ni tes complices de ce dénoûment fatal : ils se bornèrent è combattre ou à mourir. Tandis que les émigrés, acculés i la mer, écrasés par l'artillerie, débordés de tontes paris sur leur front, honoraient leur désastre par une résistance sans espoir, on dit que les républicains, émus de pitié, leur crièrent : « Rendez-vous 1 il ne tous sera « pas fait de mal. » On ajoute que le général Humbert, qui combattait sous les ordres de Hocbe, ratifia cette promesse ; on assure que Sombreuil et les royalistes crurent de bonne foi à cette parole de leurs ennemis, et qu'ils consentirent i capituler, dans la certitude d'avoir la vie sauve. Le général Hoche a nié qu'il ait pu en être ainsi ; il a déclaré qu'autune promesse n'était venue de lui ; qu'il n'avait rien offert, rien stipulé, et qu'il s'était borné à faire espérer aux émigrés que la république consentirait peut-être à traiter avec eux comme tout récemment elle avait fait avec Gharette. Sur ces espérances, qu'aucune capitulation positive ne ratiGa, une partie des émigrés aurait mis bas les armes, l'autre aurait cherché i fuir ou à se défendre ; beaucoup de royalistes se seraient donné eux-mêmes la mort, pour ne pas la recevoir de la main du bourreau. Quoi qu'il en soit, il doit être certain que, dans la pensée de Hoche et de son année, il était impossible que la convention, dont l'esprit paraissait changé, refusât de s'associer à la pitié du soldat républicain. La loi n'avait point permis à Hoche de conclure une capitalaUon, mais les événements accomplis depuis le thermidor lui avaient fait croire qu'elle serait ttccor-

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RfeVOLDUOH FRilfÇiISB.

luiii. 1105. dée. Les émigrés qui se rendirent t'espérèrent comme lui : c'étaient de part et d'autre des militaires loyaux et gâtéreux, qui reculaient devant la pensée d'une extermination atroce, exécutée de sang-froid, et sans motif. On n'éciivit rien, on ne prit aucun parti définitif; mais on se conGa h la générosité nationale et à la probité politique du vainqueur. La justice et l'iiumanité enrers les vaincus sont des devoirs qui n'ont pas besoin d'être rappelés ou sanctionnés par des signatures.

Li La convention avait envoyé à l'armée des Cdtes-de-

dtoièu i' Bi'^tagne les représentants du peuple Blad et Tallien :

"*i!l.Sk<?*" *^ derniers, sur les instances de Hoche, partirent pour reriiitici. Paris, et vinrent rendre compte à l'assemblée des événements dont ta presqu'île de Quiberon avait été le théâtre. Taltien hésitait entre les souvenirs de thermidor et les anciennes doctrines de l'implacable comité de salut public. En arrivant à Paris, il eut la preuve que les jacobins le dénonçaient sans relâche comme s'étant vendu à l'Espagne et à l'émigration : les espérances que le parti royaliste faisait reposer sur lui l'épouvantèrent; il se crut compromis et perdu, s'il oese hâtait de donner un horrible gage de plus à la révolution ; et, au lieu de demander à la convention nationale de ratifier le VŒU de Hoche et de son armée, il eut la détestable faiblesse de conclure pour qu'on se bomfkl h appliquer aux prisonniers royalistes les lois de sangau- U«fois rendues contre les émigrés, et depuis lors toujours inscrites dans le code républicain . U avait écrit : « Hs ont osé reparaître sur la terre natale ; la terre « natale les dévorera » A la tribune, il ne craignit pas

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COHVEimOH NATIOHALB. 4»

de dire : « En vain ont-ils cherché & retarder les coups Juiii. i7i».

« qni devaient les frapper: en vain ont-ils envoyé plii-

« sieurs parlementaires pour obtenir des conditions.

« Quelles relations pouvait-il exister entre nous et ces

a rebelles? Qu'y avait-il de commun entre nous, si ce

« n'est la vengeance et la mort? La mort des héros eût

«été trop douce pour des traîtres... » La convention

accepta jusqa'au bout le déshonneur de cette politique;

elle ordonna que tous les émigrés Faits prisonniers à

Quiberon seraient immédiatement mis à mort : et afin

que cet horrible décret fût exécuté sans opposition de

la part de l'armée, elle éloigna de Quiberon les régi-

mralsqui avaient combattu les royalistes, elle confia à

des déserteurs belges et liégeois le rôle de meurtriers.

On touchait à l'anniversaire du 9 thermidor ; et, à

ces sanglantes marques de vengeance. Carrier et

Fonquier-Tinville, s'ils eussent encore vécu, auraient

pu se croire revenus aux jours où le pouvoir reposait

en leurs mains.

Les victimes désignées étaient an nombre de huit sop^^ cenlfi : pendant les jours de captivité qui précédèrent leur mort, les émigrés avaient été entassés dans les ''*;S^*" prisons ou dans quelques chapelles ; ils y priaient en commun, s'exhorlant à mourir, récitant les psaumes de la pénitence, et recevant la bénédiction des prêtres qui partageaient leur triste sort. Le premier qui périt fut le comte de Sombreuit : conduit au supplice, il refusa' de se laisser bander les yeux, et ne cessa de protester qu'on violait, dans la personne de ses compagnons, une capitulation sérieuse et solennelle. L'histoire mettra ce fuDèbre témoignage en présence des

4M ntVOLtrtIOIt PRAKÇUSE.

juiii. 179S. dénëgarioDS de Hoche ; et peut-être e]le n'absoudra pas oe dernier d'avoir laissé périr ceux qui s'étaient Gés à lui. Pressé de se mettre à genoux devant les exécuteurs, le jeune de Sombreuil y conseniit, en disant : « Je « courbe ce genou' pour mon Dieu, et celui-ci pour « mon roi. » Les jours suivants, périrent d'autres prisonniers, l'espoir de la noblesse française. Les uns furent fusillés à Auray, d'antres près de Tannes, dans une plaine qui re^at le nom de Prairie det martyrt. Parmi les morts figurèrentle vénérable érêque de Dol ; le comte d'Avaray ; HH. de Coëtlosqnet, de Fénelon, de Foucault, de Chevreuse, de Gaux, de Frogé, de Coëtfodon, et Joseph de firoglie ; le lieutenant général deSoulanges; M. 'àe Senneville, ancien chef d'escadre; M. Charies de Lamoignon ; M. de Géry, qui avait foit preuve, pendant le combat, du plus généreux conrage. Quand le marquis de Kei^orion et H. de Locmaria furent attachés ensemble pour être menés au supplice, l'un d'eux, H. de Locmaria, dit à son compagnon: a Marchons pieds nus, pour imiter la Passion du Sau- « venr; » et ils arrivèrent ainsi au lieu du supplice. Quelques-uns pouvaient se soustraire à la mort par un mensonge, en afGrmant, au besoin, qu'ilsn'avaient pas seize ans ; la commission militaire ne demandait pas mieux que d'accueillir ces excuses, et d'épai^ner des victimes. « Pour vous, dit le président à l'un des accu- « ses, monsieur de Coëtudavel, vous n'avez pas l'âgeT — 0 Je comprends votre parole, répondit le jeune martyr; « je vous sais gré de vos intentions : mais je ne menn tirai pas pour racheter ma vie ; » et il fut fuàllé avec les autres. Telle fut l'issue de cette funeste tentative dd

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CONTEimOH H&nOIfiU. w

Quiberon. Les royalistes imputèrent la responsabilité juiiL 1795 de leur ruine à M. de Puisaye et i l'Angleterre : le mal' beur rend injuste. Jamais expédition ne fut dirigée avecmoins d'expérience et de connaissances pratiques du terrain et des hommes. Quant aux Anglais, au lieu d'éprouTer cette joie odieuse qu'on lenra reprochée, on les entendit crier, en envoyant leurs chaloupes vers la câte : « Sauvons les premiers marins de la France t » C'était un sentiment généreux, digne du caractère français et des hommes braves de tous les pays. Quand le ministre Pitt vint rendre compte aH parlement de ces événements déplorables, il lui échappa de dire : « Du a moins le sang anglais n'a pas coulé, o C'était la froide excuse d'un homme d'Ëtat et d'on calculateur ; Sheridan s'empressa de répondre : « Oui, mais l'hon- « neur anglais a coulé par tous les pores. » Celte exclamation, toujours admirée par les historiens français, était plus sévère que juste : mais Sheridan était nn homme de parti, qui ne regardait pas de si près il la renommée de s^ patrie lorsqu'il s'agissait d'abattre un rival.

Après le désastre de Quiberon, les chouans reçurent u» bm». de George Gadoudal l'ordre de se disperser, de se tenir i sur la défensive, et de recommtmcer la guerre de partisans : on vient de voir que, sur les ordres du comte d'Artois, transmis par M. le marquis de Rivière, Charette avait relevé dans le Poitou le dnipean de l'insurrection. L'envoyé des princes se rendit près de Stofflet, loi remit la croix de Sainl-Louis, le brevet de maréchal de camp, et lui prescrivit de recommencer la guerre. Les deux chefs royalistes se cfmcertèrent avec Sapi-

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4» RÉVOLimOH FRANÇAISE.

Juui. 1789. naud, el ils réussirent à faToriser le débarquement que le comte d'Artois eFTeclua devant l'Ile-Dieu, avec son état-major et douze cents émigrés. Le poste naturel de ce prince était en Vendée, et tes chefs royalistes ne cessaient de l'eihorter & s'y rendre ; mais l'Angleterre refusa les moyens de transport nécessaires : la politique de Pitt ne s'accordait pas avec l'impatience des 'émigrés ; et, d'ailleurs, ce qui s'était passé à Quiberoo n'était pas fait pour donner au cabinet de SainC-James de nouvelles illusions. Charetle comprit que le sort de la guerre tenait désormais à la présence d'un Bourbon dans les départements insurgés : trompé dans son attente, il prit son parti , et continua de lutter sans espoir contre les forces républicaines ; Sloftiel ne se montra ni moins hardi ni moins dévoué. Cependant, la convention avait prescrit à Hoche de terminer ta guerre de la Vendée. L'habile général, mûri par l'expérience du commandement et par la persécution, adopta un syssg*»» tème stratégique entièrement opposé à celui qu'avaient Hoche, suivi ses prédécesseurs. Alliant la modération à la fermeté, il s'attacha plutôt à pacifier qu'à détruire, à gagner la confiance des paysans, qu'à les exaspérer par des nuages. Dans toute l'étendue de son vaste commandement, qui comprenait tout le territoire sibié entre la Somme et la Loire, il rétablit l'ordre et la discipline; il interditàses armées te meurtre, l'incendie, le pillage. En même temps il substitua au système des cantonnements celui des camps retranchés, qui mettait ses troupes à l'abri des surprises et des coups de main; il oi^nisa ensuite des colonnes mobiles, qui se portaient avec promptitude partout où éclataient des

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COHTEimON RATIOItA(£. 4»

troubles ; il défendit également, sous des peines se- JmH. 17». vères, de troubler l'exercice du culte et de persécuter les prêtres : ses agents se répandirent dans tout le pays, promettant la paix, disposant les esprits à l'accepter, les hommes armés à se soumettre. Grâce à ce système de prévoyance eid'énergie, il parvint à paralyser les eflbrts des chefe vendéens, à isoler les corps royalistes, à tes détruire séparément; enfin, aidé de la trabisou, il réussit à s'emparer de Stolïlet, qui fut conduit prisonnier à Angers, et traduit devant une commission militaire. On impute à l'abbé Bemier, curé de Saiat- Laud, d'avoir livré SlolSel aux soldats de Hoche ; mais cette imputation odieuse ne repose que sur des témoignages douteux. Quoi qu'il en soit, StofOet fut coo- j^J^, damné à mort, et marcha d'un pas ferme au supplice. Prêts à le fusiller, les soldats voulurent lui bander les yeux: « Éloignez-vous I dit-il; je vais vous apprendre « uoe fois de plus qu'un général vendéen n'a pas peur « des balles. » Un moment après, il commanda le feu ; et, après avoir poussé le cri de Vive le roi! vive la religionl il tomba mort, laissant la Vendée veuve de l'un de ses chefs les plus intrépides*.

. La mort de Stofilet était le signal de la pacification de l'Anjou. Hoche fit proposer à Charette un sauf-conduit pour passer en Angleterre : Charette refusa, et, dès ce moment, ne cessa d'être poursuivi et traqué comme une bête fauve, sans que son courage fléchit, sans que la Vendée cessât d'espérer, parce qu'il vivait.

■ nous BTons cm pouToir anticiper sur les éTéDements, ii fia de donner ■u rédt pluideclarlé. U mort da Stofilet n'eal lieu que le4lëTner 1796.

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J^ârTwT An liehors, les émigrés et les princes n'avaient cessé u eoBtc d> de participer à la lutte entreprise contre la république ^!^^ française; la mauvaise fortune oe les avait point dé- LoBiixvni. courages. Le jour où l'aîné des frères de Louis XVI, alors réfugié à Vérone, apprit la mort de son royal ne* veu, il échangea son titre de régent contre celui de roi : mais la plupart des cours de l'Europe, déjà subjuguées par l'ascendant de la république, refusèrent de reconnaître la royauté de Louis XVIII. Ce prince n'en publia pas moins un manifeste adressé à la nation française : il lui offrait son pardon, il la rappelait à l'obéissance, il invoquait le souvenir des traditions monarcbiques; mais le moment c'était pas venu où cette voix devait être écoutée. Quand les compagnons de Louis XVIII saluaient, en sa personne, te représentant de la royauté capétienne, la république, plus formidable que jamais, faisait subir aux rois ses triomphes et son alliance.

Étteamnii Tandis que l'armée de Sambre-et-Heuse et l'armée du iMuMnda ^°^' i^l^rdées dans leurs mouvements par les ordres "ord. du comité de salut public, ne replaçaient que bien lentement la Belgique sous la puissance de la convention nationale, le prince de Cobourg continuait de battre en retraite, en arrière de Bruxelles et sur la route de Liège. A Tirlemonl, il avait été rqoint par l'année de Glairfayt; mais les Autrichiens ne songeaient qu'à se rapprocher de Cologne et de Coblentz, nirads de leurs communications avec l'Allemagne : de leur c6t^, le duc d'ïorit el le prince d'Orange cherchaient à couvrir le Brabant hollandais et les provinces n^rlandaises. Enfin, la Prusse laissait ouvertement percer

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CONTENTION HATIONiU.

ia dëlwmination de se séparer de la coalition, et de ne aoUITOS. point demeurer âdèle aux engagements contractés avec l'ÂDgleterra.

Quatre places françaises étaient demeurées au pouvoir de l'ennemi : c'étaient Undrecies, Condé, le Ques- QOf et Valenciennes. La convention (c'était vingt jours avant le 9 thermidor) rendit un décret par lequel il était enjoint aux garnisons de ces places de les restituer à la France dans le délai de «iogt-quatre heures, sous peine d'être passées au fil de l'épée. À cette menace violente, et contraire au dit>it des gens, le commandant ennemi qui occupait Con4é répondit qu'une nation n'avait pat le droit de. décréter U déshonneur d'une autre. Landrecies ouvrit ses portes, mais 1^ Quesnoy, Talenciennes et Condé réùstèrent, et Leurs garnisons ne consentirent à mettre bas les armes que vers le milieu de fructidor. On se garda bien de laire exécuter à leur égard la loi- atrotce dont nous venons de parler.

Dans la Flandre maritime, Horeau continua de soumettre le pays voisin de l'Océan; il s'empara d'Ostende, puis de Nieuport, défendu par une garnison d'émigrés et de Hanovriens. Les lois sanglantes votées par la convention ordonnaient de mettre jk mort ces deux classes d'ennemis: Horeau prit snr lui, d'épargner les Haoovriens, mais les émigrés furent fusilién ; et. encore le comité de salut public accusa-t-il le général de trahison ou de faiblesse. Le 10 thermidor, le jour même où périt Robespierre, .le corps d'armée de Horeau enleva à l'ennemi l'ile de Gassandria, ùtuée k l'embouchure de l'Elscaut occidental : c'était unç position bien dé*

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m RÉTOLUnOH FRAHQARK.

Liigs. fendae, et qai couvrait le fort l'Éclase. Le 13 thermidor, cette dernière place fut invesUe, et les travaux de siège, dirigés par le commandant Dejean, furent poussés avec vigueur ; le 7 fructidor, la garnison hollandaise, qui avait courageusement ré^sté aux républicains, se vit contrainte de capituler, et fut envoyée prisonnière en France.

Vers le même temps, l'armée du Nord, aux ordres de Pichegru, se mit en mouvement pour empêcher l'armée anglaise, commandée par te duc d'Yoïk, de rétablir ses communications et d'opérer sa jonction avec les Impériaux. Cette marche offensive, signalée par lé combat de Boxtel, fut heureuse pour les Français ; et le due d'York évacua la rive gauche de la Meuse, en laissaut Berg-op-Zoom, Bréda et Bois-le-Duc, trois importantes places, livrées désormais à leurs propres forces. L'armée française prît position sur l'Aa.

On touchait aux premières journées laru-culottidet de l'an II. Jourdan, à la iAla de l'armée de Sambre-el- Heuse, récemment renforcée par la division de Schérer, se disposa à attaquer les Impériaux : l'armée autrichienne était placée tout entière sous les ordres du général Clairfayl, auquel le prince de Gobourg venait de résigner son commandement. I«s Français occupaient Liège; en avant de cette ville, qui était comme le centre de leurs opérations, ils bordaient ta Meuse jusqu'à Maestricht, et l'Ourthe jusqu'à Comblaine. Gairfayt avait rangé sa gauche sur des hauteurs, en arrière de rOurlhe et de l'Ay vaille; cette dernière rivière coule dans un ravin profond, entre des bords escarpés. I<es Français, commandés par Hacquin et Marceau, fran-

cliireot l'^yvaille, et abordèreat vigoureusemeat l'en- sept. not. nemi. Les Impériaux, chassés de leurs positions, laissèrent sur te champ de bataille beaucoup d'hommes et de canons; et Clairfayt, abandonnant la ligne deTOurthe, fut obligé de se replier sur Aix-la-Chapelle. Quatre jours après, le 1" vendémiaire, il se vît encore contraint d'abandonner celte ville, et de se retirer, en toute hâte, derrière la Roër. Cette rivière, l'un des affluents de t'Ourthe, et dominée, sur la rive gauche, par des hauteurs garnies d'artillerie, opposait à l'armée de Sambre-et-Heuse une ligne formidable; une artillerie nombreuse en défendait le passage et les approches. Le centre de l'armée ennemie, établi à Aldenlioven, était en outre protégé par la place de Juliers; la droite se prolongeait vers Ruremonde; la gauche tenait depuis Dueren jusqu'à Niedeggen. Le 10 vende- ^^^^„,, miaire, Jourdan prit ses dispositions pour attaquer les Impériaux. Son armée, forte de cent mille hommes, fut partagée en quatre colonnes, destinées à agir sur quatre points principaux : la ligne française occupait huit lieues de développement. L'aile droite était commandée par Schérer, la gauche par Kléber, l'avantgarde \}aT Lefebvre, le centre par Jourdan lui-même. Le li, au point du jour, t'attaque commença, et toutes les colonnes s'ébranlèrent en même temps : la journée fut chaude et meurtrière; les Français, sous le feu d'une artillerie bien dirigée, cherchèrent à plusieurs reprises, et sur dilTérents points, à franchir la Roër et i\ emporter les positions de l'ennemi; les Impériaux, retranchés sur des hauteurs presque inabordables, défendirent jusqu'au soir le lit escarpé de la rivière, et

til-H.. mi^. — CMT. tut. u, Ï8

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4H RËTOLUTlOTf FRANÇAISE

ott. 1194. leurs redoutes garnies de canons : vers la nuit, les courageux efforts de l'armée républicaine furent couronnés de succès, et la ligne de la Roër fut emportée. Les républicains avaient perdu quinze cents hommes, les Impériaux laissaient sur le champ de bataille quatre mille des leurs, tués ou blessés. Le lendemain de la bataille d'AIdenhoven, l'armée française entra victorieuse dans Juliers. Le i5 vendémiaire, 'Jourdan, chassant devant lui tes troupes de Clairfayt, occupa l'imporlanle ville de Cologne; le 29, il s'empara de Bonn, tandis que Kléber, l'un de ses lieutenants, aidé de Marescot, commençait le siège de Maestricht. La ligne du Uhin était conquise, iec^^ati Marceau, digne émule de Kléber, eut ordre de Xi^ddit. marcher sur Coblentz, et de lier l'armée de Sambre* et'Meuse avec celles de la Moselle et du Rbin. Coblentz était défendu par une forte division de l'armée impériale et par des retranchements garnis d'artillerie. I^es républicains abordèrent l'ennemi à la baïonnette; et les Autricbiens, débordés de toutes parts, se réfugièrent sur la rive droite du Rhin, laissant le champ du combat couvert de morts. Le 2 brumaire, les Français se rendirent maîtres de la ville qui avait été si longtemps le quartier général de l'émigration-, te i4, la division de Kléber occupa Maestricht, l'un des principaux boulevards de la Hollande, l'une des places les plus fortes el les mieux approvisionnées de l'Europe : cette forteresse capitula après onze jours de tranchée ouverte. Les deux corps du génie et de l'artillerie eurent la plus grande part à ta gloire de cette campagne. Tandis que l'armée de Sambre-et-Meuse, reliant ses

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> Bo»4>-IMc.

COKVENTlOn NATIONALE. 455

opérations à celles des armées de la Moselle et du Rhin, no*. vm. soumettait à la république l'électoral de Trêves, la plus ciD»>gM grande partie du Palatinat et des électorals de Cologne hsUiLib. et de Mayence, toute la rive gauche du Rhin, enOn, depuis la Lau 1er jusqu'aux confins de la Hollande, l'armée du Nord, enflammée d'une noble rivalité, aspirait à d'autres conquêtes, et commentait, dans la saison d'hiver, une expédition devant laquelle la puissance de Louis XIV avait autrefois reculé. Afin d'asseoir la base de ses opérations contre la Hollande, Pichegru jugea nécessaire de se rendre maître de Bois-le^Duc. La ^^ prise du fort de Crèvecœur permit de presser le siège ' de cette place, en fournissant h l'armée du Nord un matériel considérable. L'attaque de Bois-le-Duc eut lieu à ta fois sur cinq points différents, mais sans succès. La garnison, encouragée par ce résultat, aurait pu prolonger sa résistance : il en fut autrement. Commandée par un officier pusillanime, elle se rendit aui Français le 19 vendémiaire. L'armée du Nord franchit ensuite la Meuse, et enleva au duc d'York tout le territoire qui s'étend entre ce fleuve et le Wahal : l'ennemi avait cherché à se couvrir par des inondations. Les Français, protégés par des tirailleurs, entrèrent dans l'eau jusqu'aux épaules, et repoussèrent les Anglais jusque dans leur camp de Nimègue. Un corps d'armée fut chargé d'investir la ville de Grave, sur la rive gauche de la Meuse; un autre corps d'observation, appuyé sur ce fleuve, eut ordre d'assiéger Vanloo. Cette place capitula le 5 brumaire : sa garnison, forte de dix-huit cents hommes, rentra en Hollande sur parole. Le 6, le général Horeau investit Nimègue, devant laquelle

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Noi. 1701. campait le doc d'York, à la tête de trente-huit mille priie, combattants. Les travaux de tranchée, dirigés par le " général Dejean, commencèrent dans la nuit du i j au

daNimègnc. 12; cl, qucIqucs jouFS flprès, l'armée anglaise ayant cru devoir se replier en arrière, la ville ouvrit ses portes aux armées de la république. Cette conquête livra à l'armée du Nord quatre-vingts canons, huit mille fusils, et des magasins garnis de munitions et de vivres : c'étaient là de faibles ressources en présence des

•^jwjBw besoins qui se manifeslaient. Les armées de la république, aussi bien que le peuple, enduraient les extrémités de la famine et de la misère. L'hiver, qui s'était annoncé rude et pénible, commençait à faire sentir au soldat des rigueurs prématurées. Campées au milieu de provinces ruinées et dévastées par trois ans de guerre, par les réquisitions et les pillages, nos armées manquaient de tout, même de vêtements et de tentes-, elles ne s'abritaient que sous des branches d'arbres; elles ne pouvaient se procurer aucune ressource sérieuse, même en payant; et d'ailleurs l'argent manquait : les assignats conservaient bien un cours forcé. ils gardaient une valeur mobile et décroissante, analogue au cours du papier-monnaie en France-, mais les marchands, les paysans, les propriétaires, cachaient leurs denrées, et ne voulaient point accepter des valeurs ûclives et trompeuses. Les soldats étaient à demi nus, sans capotes, sans bas, sans chaussures, obligés d'entourer leurs pieds de bandes de lisière ou de trêves de paille, tt de se couvrir à l'aide de nattes de jonc. Les ofQciers n'étaient pas plus heureux : leur solde ne dépassait guère huit francs par mois; le pain de muni-

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lion élait à peu près leur seule nourriture. L'armée du ttêc. 1794. Nord, en pleine campagne, se Tojait surtout exposée aux intempéries et à la faim. Le comité de salut public, trop faible pour assurer les subsistances du peuple, se voyait hors d'état de veiller h l'approvisionnement des troupes; il se bornait à leur prescrire de vaincre, abandonnant le reste au génie de la république : ajoutons que sa contiaRce ne devait point être vaine. Bien n'égalait les misères de nos armées, sinon la patience du soldai, sinon sa gaieté et son courage. On ne trouvait pas moins glorieux de lutter contre l'biver que contre l'ennemi.

Le comité de salut public défendit à l'armée du Nord i-^^ de prendre ses cantonnements; il lui enjoignit de con- .J^^^], quérir la Hollande, Comment obéir et manœuvrer dans eniwuB*». une contrée marécageuse, plus basse que l'Océan, coupée et sillonnée de canaux et de digues, presque entièrement couverte par le débordement des fleuves et par la double inondation des écluses rompues et des pluies de novembre? L'hiver vînt au secours de l'armée : en multipliant ses souffrances, il facilita, ponr elle, les moyens de vaincre; il changea les plaines couvertes d'eau en vastes champs de glace sur lesquels il fut enfin possible de manœuvrer et de faire avancer la cavalerie, les attelages et les canons. Par un froid de vingt et un degrés centigrade, la Meuse et le Wahal étant complètement gelés, l'Ile Bomel fut emportée, et les garnisons hollandiises refoulées, chassées ou prises (8 nivdse — 28 décembre). Le même jour, et sur un autre point, les lignes de firéda furent attaquées et enlevées. Le lendemain, capitula le fort de Grave. Sur

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438 RÉVOLDTIOH FRAKÇAISB.

D&TmT ces entrefaites, le duc d'York, découragé et vaiocu,,

était parti pour l'Angleterre, laissant au général Wal-

moden le commandement des forces anglo-baniv-

vriennes.

Le prince Le pHuce d'Oraiigc lui-méme était CD proie aux in-

^>>>W certitudes et aux alarmes. Bien qu'il lui restât encore

"PSirtaîr''' ''ïippui des Anglais, des troupes nombreuses, une Jigne de forteresses bien gardées, il cédait à l'ascendant de la France; il était vaincu par les idées de la révolution autant que par ses armées. La Hollande, longtemps comprimée, n'avait point perdu le souvenir de ses dernières révoltes. Le parti populaire s'indignait contre le gouvernement du stathouder, qui ne s'était soutenu, en i787, que par le double appui de la Prusse et de l'Angleterre. Abandonné maintenant par les Prussiens, faiblement soutenu par les débris de l'armée anglaise, isolé entre l'esprit révolutionnaire des Provinces-Unies et les armées conquérantes de la république française, le prince stathouder perdit tout espoir, et ne songea plus qu'à traiter avec la convention Dationale. Il offrit de reconnaître la république, et de payer, pour les frais de la guerre, la somme énorme de 80 millions de florins : il ne demanda rien en retour, sinon la paix, sinon qu'on voulût bien également reconnaître la république des Provinces-Unies. La convention reçut ces ouvertures avec orgueil i elle voyait enfin les cours de l'Europe s'bumilier devant la république et proposer, la paix : elle repoussa les offres du stathouder; elle ne voulut voir dans la Hollande qu'une province anglaise, qu'il fallait h tout prix airacker à Carthage. Les généraux français eurent ordre de marcher en avant; et,

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CONVENTION NATIONALE. tSH

pendant que les Anglais, les Autrichiens, tes Hessois, lun. 1795. renonçaient à disputer pied à pied le territoire de la Hollande, le peuple de cette contrée accourait en foule au-devant des républicains, et les saluait comme ses libérateurs. Le 20 nivdse, une partie de l'armée du Nord, sous les ordres de Pichegni, effectua sans opposition le passage du Wahal, serrant de près les trou- j^îvSîi pcs anglaises en pleine retraite. Le général Walmoden essaya de jirendre position entre Nimègue et Aricheim; il fut rejeté en arrière, et s'enfuit, après avoir perdu ses équipages de campagne. En se retirant, le général anglais se porta sur la ligne de l'Yssel, et manœuvra pour gagner le Hanovre : par ce plan de retraite, il abandonnait aux Français les provinces d'Utrecht et de la Gueldre. Le prince d'Orange avait établi son quartier général à Gorcuu, près du Wabal. Délaissé par ses allies et par une portion considérable de son peuple, il prit une résolution inattendue, et qui, à quelquesuns, parut généreuse. S' étant présenté aux états gêné- *ïi^|jj" raux assemblés à la Haye, il leur demanda d'abandon- ^^^ ucr sa cause; il déposa solennellement en leurs mains le pouvoir souverain dont il avait été investi, et qu'il n'espérait plus rendre utile à sa patrie. Trois jours après celte mémorable séance, le prince d'Orange s'embarqua avec sa famille pour aller chercher un refuge en Angleterre (I" pluviôse — 20 janvier}. En ce moment, fes états généraui ayant décidé qu'on ne résisterait plus aux Français, la conquête des Provinces- Unies était consommée; et Pichegru, accompagné des représentants du peuple Lacoste, Bellegarde et ionbert, faisait dans Amsterdam une entrée tnom|)haIe.

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*!:t RÉÏOLUTJOS FRAKÇAISE.

-. 1765. Les habitants de la ville, accourus en foule sur ses pas, faisaient retenir l'air de ces cris mille Fois répétés : n"h!ie ^*^^ Pichegru I vive la libertél vive la république fratt' n^^aS' Ç^i'^l ^ àtiiai nus, couTcrls de neige, fatigués par le '' froid et la faim, tes soldats français marchaient l'arme au bras, le regard Ger, la salisfaclion de ta victoire empreinte sur leurs visages noircis ou cicatrisés; et pas Bé'-oiiitiDii un d'eui n'osait manquer à la discipline. Quelques rnHoibij*. heures s'écoulèrent, et on put enlin pourvoir à leurs besoins. Cependant le premier soin de Fichegru fut de proclamer la liberté et l'indépendance des Provinces- Unies. Un gouvernement provisoire fut immédiatement organisé par les soins de M. Schimelpenninck, patriote néerlandais; et le slathoudérat fut solennellement aboli et remplacé par la souveraineté du peuple. Tandis que ces réformes s'opéraient sous l'influence du parti démocratique, les émigrés français et les orangistes fuyaient, à la suite du prince déchu. Beaucoup de citoyens se taisaient; ils voyaient avec douleur éclater la joie révolutionnaire; ils déploraient l'invasion, et regrettaient au fond de l'Ame celte famille des princes d'Orange qui, depuis plusieurs générations, n'avait cessé d'être associée à la fortune et à la gloire de leur patrie.

^ Le 1" pluviôse, la division Donnaud, qui, la veille, îSîiÏÏiïï! s'était emparée de Gertruydenberg, traversa le Biesbos sur la glace, et entra dans la ville de Dordrecht : elle s'y empara de six cents pièces de canon, de dix mille fusils, et dévastes approvisionnements qui auraient pu sufGre à une armée de trente mille hommes. Le 5, elle occupa Rotterdam ; le lendemain, elle s'empara de la

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CONVEHnOR HATIOXALE.

Haye. Les jours suivants furent signalés par l'ocvupa- Juv. 11». tion des autres points du territoire, et par la retraite de l'armée anglaise, dont les débris s'embarquèrent h Brème. Une partie de la flotte hollandaise stationnait près du Texellc ; elle y était prise par les glaces, et u naim n'attendait qu'un dégel pour mettre à la voile et se re- eununufa tirer dans les ports de l'Angielerre. Pichegru envoya ,j c^X,„„ contre ces vaisseaux de guerre quelques escadrons de '""!''» hussards, qui traversèrent au galop les glaces du Zuyderzée, et sommèrent les marins hollandais d'amener leur pavillon. Les navires, étroitement emjtrisonnés par la mer, se trouvaient hors d'état de manœuvrer et de se servir utilement dé leur artillerie. Ils se rendirent, et le monde apprit avec étonnement qu'une flotte venait d'être enlevée par une troupe de cavalerie. La conquête de la Zélande, de l'Over-Yssel et de la Frise compléta l'occupation des Provinces-Unies. Cette campagne, due aux habiles combinaisons de Camot, h l'audace de Pichegru et à l'admirable constance du soldat français, excita dans toute l'étendue de la république le plus vif enthousiasme, et dans l'Europe uneslupeur mêlée d'admiration. \

Du celé des Alpes, lesarméesdelarépubliqueélaïcnl ^^^SS^ longtemps demeurées dans l'inaction : la révolution du ^"^^ 9 thermidor, en faisant tomber en disgrâce le général du v^ttmta. ! Bonaparte, l'un des protégés d'Augustin Robespierre, i

ralentit encore les opérations, et les Fran4;ais se bornèrent à garder la chaîne des montagnes ; ils réussi- | rent néanmoinsà maintenirleurs communications avec | Gênes. Aux Pyrénées, la république française triom- I pbait de ses ennemis, et continuait de prendre une

iV2 BÉTOLt]TI0I4 FBAItÇAISE.

Jio*. )7tffi. éclalante rcvnnche des revers de lacampagne de 1795. La 6 vendémiaire, l'armée. des Pyrénées-Orieotales, commandée par Dugommicr, s'empara de Deltegarde ; le général espagnol, ayant voulu secourir cette place, fut vaincu et mis en fuite. Vers la même époque, l'armée des Pyrénées-Occidentales, sortant de son repos, s'empara de Saint-Sébastien et de Fontarabie : sous les ordres de Uoncey, qui avait remplacé Huiler, elle prit Tolosa, elle occupa le Guipuscoa, et parut en vue des remparts de Pampelune. L'armée des Pyrénées-Orientales ne resta pas en arrière : elle chassa de toutes ses positions le comte la Union. La bataille d'Escola, connue sous le nom de bataille de la itontagne noire, fut livrée en Catalogne, et se termina, après cinq jours de combats acbarnés, par la retraite des Espagnols. L'armée ennemie, forte de quarante-cinq mille hommes, eutdix-huit millecombattanls tués, blessés ou pris. Le troisième jour de cette série de combats, le 28 brumaire, le vieux Uugommier fut tué d'un boulet de canon; deux jours après, le général en chef ennemi, la Union, eut le même sort, et fut remplacé par LasÀmaT rillas. Les Français, après ta mort de Dugommier, furent commandés par Pérignon et Augereau ; ce dernier, ancien maître d'armes, et l'un des soldats de fortune de la république. Le 7 frimaire, l'importante foi^ Icresse de Figuières se rendità l'armée française, après un blocus de six jours. En Espagne comme dans les marais de la Hollande, l'épouvante faisait tomber les armes des mains de nos ennemis, et les républicains triomphaient en se montrant.

Ainsi les puissances étrangères voyaient échouer

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COSÏEKTIOH NATIOSALE. 4U

leurs projets d'invasion, leurs tentatives de démembre- jidt. 17bb. ment ou de restauration monarchique. La France, néniM convulsivement agitée, avait porté autour d'elle de si rudes coups, qu'après avoir inspiré la crainte elle faisait naître le respect. Oo était loin des bravades de Mantoae et de Coblentz, et le manifeste du duc de Brunswick était cruellement expié. C'était le moment où la république française commençait à pacifier l'Ouest, ""^J^f oà elle traitait, à Nantes, avec Cliarette ; en Anjou, avec Stofllet; à Rennes, avec les chouans. Bien que l'anarchie relevât encore parfois la tête dans les départements et à ï'aris, la convention réussissait à la comprimer. La France était donc soumise à un pouvoir contesté, mais régulier. Dans tous les cas, elle se présentait à ses ennemis redoutable et victorieuse ; elle décourageait les espérances de la coalition, et faisait entrevoir pour l'avenir, à ceui qui oseraient continuer la lutte, une désastreuse série d'efforts et de sacrifices, devant lesquels ils se seraient trouvés heureux de reculer. L'Angleterre seule avait peu souHert; si elle avait perdu une partie de ses trésors et de son armée, en revanche elle avait détruit en deux fois, dans la rade de Toulon et sur l'Océan, la formidable marine léguée par Louis XVI à la république; elle s'était emparée de la 'Corse, de la Martinique, etd'une partie importante de nos colonies d'outre-mer ; nos comptoirs du Levant et de l'Inde étaient ruinés, notre commerce anéanti dans les deux hémisphères. La politique de Pitt n'a- Tait donc point été trompée, et l'Angleterre n'avait guère été vaincue que dans la personne de ses alliés. Parmi ces derniers, l'Autriche, dépossédée de ses riches

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r. 179S. provinces des Pays-Bas, avait trop perdu pour renoncer à la guerre : elle sentait bien que, vaincue, elle ne pouvait capituler qu'au détriment de sa puissance et de ses principes, elle se trouvait encore assez furie pour espérerde vaincre. Mais, si elle se résignait à persévérer dans ses armements, cette situation ne lui semblait pas moins rude et pénible. Les puissances secondaires d'Allemagne, à l'exception des princes que la guerre avait dépouillés de leurs territoires, souhaitaient ardemment la paix ; elles n'entrevoyaient que des sacriGces sans résultat, et qui, à tout prendre, ne pou* vaient tourner heureusement que pour l'Autriche ou la Prusse. I/Espagne, gouvernée par la maison de Bourbon et entraînée par les excitations de l'Angleterre, aspirait en secret à Taire sa paix avec la France; elle se fût même hâlée de la .'•olliciter et de ta conclure, si le souvenir du régicide ne lui availfait unpointd'honneur de ne pas tendre une main amie aux mains encore rouges du sang de Louis XVI. Or, de toutes les puissances coalisées contre la république, celle qui laissait davantage percer le mystère de ses découragements et de ses regrets, c'était la Prusse. Durant la dernière campagne, à laquelle elle n'avait pris part que mollement et comme contrainte, la Prusse n'avait point accordé à ses alliés le concours efficace qui lui était imposé, que, pour mieux dire, l'Angleterre avait acheté à haut prix par le traité de la Haye ; elle ne s'était montrée ni sîncèi-e ni ferme : ajoutons qu'à cet égard elle avait reconnu la première que ses efforts et ses victoires contre la France ne pouvaient aboutir qu'à rendre à l'Autriche les Pays-Bas, peut-être même la Franche-

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CONVENTION NATIOKILB.

Comté, la Lorraine et l'Alsace, tandis .que pour elle- ju*. 1195. même elle n'en recueillerait qu'un stérile sujet d'orgueil. Tout son espoir (répétons-le sans cesse, afin de bien éclairer la ténébreuse politique de cette époque) se reportait sur la Vistule et vers la Pologne, c'était là qu'elle pouvait s'éleodre, s'agrandir, et consolider sa puissance. Si grande que l'avait laissée Frédéric, elle ne se croyait pas de (aille à tenir en échec la France du cété du Rhin, et à imposer à ses compétiteurs vers sa frontière slave. Ausâi ne cachait-elle pas sa volonttS d'en finir, et n'épargnait-elle aucune démarche pour déterminer tes électeurs de Saxe el de Bavière à faire leur paii avec la république française.

Déjà plusieurs de ses espérances s'étaient réalisées : aw, • le partage de la Pologne, ce grand attentat médité hFaioEne. depuis un quart de siècle entre la Prusse, l'Autriche et la Russie, venait de s'accomplir. I.a vaste insurrection polonaise, qui, pendant plusieurs mois, avait fait diversion aux projets des ennemis de la France, était maintenant comprimée, étoufTée même dans le sang des patriotes. Le i novembre 1 794, un de ces hommes de guerre qui participent de la nature des bêtes fauves, le maréchal russe Suwarow, avait porté le dernier coup à une cause déjà ébranlée par les victoires du général Fersen. Kosciusko vaincu, fait prisonnier el criblé de blessures, son ennemi était entré vainqueur dans Varsovie; il avait pris d'assaut le faubourg de Praga, et traité sa population héroïque comme naguère l'avaient éiéy par ses ordres, les infidèles Orientaux retranchés derrière les remparts d'ismaïlow. Quatorze mille personnes, sans distinction d'âge et de sexe, avaient péri

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4W RÉTOLUnOH FRiNÇlTSE.

F<t.i705. dans le massacre de Praga; et le Scythe qui s'ëlait baigné dans leur sang était récompeDsé de tant de meurtres par des honneurs et des grades enviés de toute la Russie. L'Autriche et la Russie, par une con- Tention conclue le 3 janvier 1795, avaient opéré le partage inégal de leur immense proie; mais la Prusse, admise à recevoir sa portion, se trouvait traitée avec injustice, et voulait garder le palatinat de Cracovie, dont on ne lui avait adjugé que la moitié : ses prétentions ayant été écartées ou mal accueillies, le roi Frédéric^uilJaume, mécontent de ses alliés, n'en persistait que mieux à vouloir faire sa paix séparée avec la France, l'^m Le cabinet de Berlin enraya, au quartier général de iitrniÊim pichegTQ, un Commissaire chargé de Stipuler Une tréve, et de demander que des négociations de paix fussent ouvertes. La république accueillit ces ouvertures, et, de part et d'autre, soit pour ménager l'amour-propre des deux nations, soit pour plus de sécurité, on choisit la ville de Bâie comme le lieu où les envoyés prussiens et français devraient s'aboucher et s'entendre. La France avait en Suisse un ambassadeur habile, M. Bar^ thélemy, formé autrefois à l'école diplomatique de H. de Ghoiseul; la Prusse se fit représenter à BâIe par le comte de Goltz, homme adroit, expérimenté, et sincère ami de l'alliance française; il était assisté, dans ses négociations, par le baron de Balberg, porteur des pouvoirs de la diète germanique. Bien qu'ils eussent cherché h dérober aux cabinets étrangers te but de leur présence eo Suisse, l'Angleterre ne s'y trompa nullement, non plus que l'Autrii^e ; et ces deux 'cours ne

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CORTEtmON NATIONIU.

négligèrent rien pour traverser les négociations, el re- îéTlm" tenir la Prusse dans les rangs de la coalition. L'Angleterre avait essayé de mettre dans ses inlÂrêts la belle comtesse de Lichtenau, dont on connaissait l'influence SOT l'esprit du roi de Prusse : ce fut à elle que s'adressa le comte Henri Spencer, principal agent de M. Pitt; mais leurs intrigues échouèrent. Sur ces entrefaites, le comte de Gollz mourut; el l'Autriche profita de cet érénement, qni ralentissait les négociations, pour demander qu'aucune paix, intéressant l'avenir de l'Allemagne, ne fût traitée par la Prusse séparément, et en dehors de François il, chef suprême de l'empire. 1^ cabinet de Berlin répondit qu'il ne s'agissait, dans cette affaire, qne d'une question exclusivement prussienne; et le baron de Hardenberg, homme froid, modéré, et partisan de la paix, fut chargé de reprendre l'œuvre commencée par te comte de Goitz. L'idée favorite de H. de Hardenberg, l'idée qu'il ât prévaloir & Berlin, était de séparer l'Allemagne en deux grandes zones : celle du Midi, qu'on abandonnait à l'influence de l'Autriche; celle du Nord, dont le protectorat naturel était réservé à la Prusse : aussi la Prusse négociail-elle nonseulement en son nom, mais encore au nom de la Saxe, du Hanovre, de l'électeur de Mayence, et de tous les Ëtats secondaires qui voulaient garder la neutralité. Quant à la république française, sa position était nettement dessinée par les événements; elle ne demandait ' que le maintien de ses conquêtes, savoir : 1° la reconnaissance diplomatique de la république hollandaise, affranchie du stathoudérat, et rattachée & la France par la communauté des principes; 3* la cession de tous

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44S RËVOLDTIOK FRANÇAISE.

Hirt 1195. les États situés sur la rive gauche du Rhin. Sar le premier point', la Prusse n'élevait aucune difficulté; mais, en cédant tout le territoire en deçà du Rhin, elle craignait de sanctionner le démembrement de l'Allemagne, et de livrer à la France la ville de Maycnce, qui deviendrait la léle de pont des républicains : en ce qtii

MHmiiuirei Concernait les Pays-Ras autrichiens, elle consentait à

dTni^iTO en approuver la conquête. On se tira de ces embarras en concluant deux traités, l'un public, l'autre secret, et en ajournant toutes les questions relatives à l'abandon des provinces voisines de la rive gauche du Rhin, jusqu'à la pacification générale de la France et de l'Em* pire : en attendant, les Français devaient garder leurs conquêtes, sinon de droit, au moins de fait. Par l'article 2 du traité , le roi de Prusse promettait de ne fournir aucun secours aux ennemis de la république; c'était se retirer de la coalition. Par l'article 5, il s'engageait à ne point autoriser, sur son territoire, le passage des armées envoyées contre la France; et, ainsi, il portait un sérieux obstacle à toutes les opérations de l'armée autrichienne sur le Rhin. Telles étaient les stipulations avouées. Le traité secret était plus favorable à la France : il autorisait éventuellement les Français à garder tout le territoire situé sur la rive gauche du Rhin, sauf à la république à payer des indemnités i la Prusse; d'autre part, cette dernière puissance s'engageait à ne former aucune entreprise hostile contre la Hollande, et contre les pays occupés par les troupes fi'ançaises.

f'J' Tandis qu'on posait les bases de cette paix, un des

iiTotaw. Etals que l'Autriche traînait à sa suite comme un sa-

COHfBRnON NATIOHALB. «W

tellite, la Toscane, véritable fief de l'Empire, eut elle- â^kTïïk^ même la pensée de traiter avec la France et de faire i-econnaitre sa neutralité. Le 21 pluviôse (9 février), le comte Carletti, ravoyé du grand-duc de Toscane, conclut à Paris, avec le gouvernement républicain, la première convention pacifique que la France eût signée depuis 17S9 avec les gouvernements réguliers de l'Europe : il y est dit que le grand-duc de Toscane révoquait tout acte d'adhésion, tout consentement ou accession à la coalition armée contre la^ république française; qu'en conséquence il y aurait paix, intelligence et bonne amitié entre cette république et le grand-duc; qu'enfin la neutralité de la Toscane serait rétablie sur le/pied où elle était avant le 8 octobre 1793. Ainsi la révolution se faisait accepter par ses ennemis, et entrait de force dans la famille des puissances continentales. La Toscane s'était hâtée de prendre l'initiative. Les traités qui intervinrent à Bâie, entre la république française et la Prusse, ne furent signés que le 26 germinal (15 avril).

Par cette paix de Bâle, qui scandalisa les monar- p*ii chies et parut une honte à l'émigration, la Prusse urmiu. s'éloigna la première de la politique constamment suivie par les cours de l'Europe à l'égard de la France, et qui consistait à ne jamais abandonner la Hollande h l'influence et au pouvoir de cette nation : un siècle s'était à peine écoulé depuis que toutes les puissances s'étaient armées contre Louis XIV et avaient mis à couvert l'indépendance des Provinces-Unies, menacée par le grand roi. Par ce seul événement, il était permis de mesurer l'amoindrissement de la Prusse et l'as-

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Mê RËVMJniON FRAKÇAISB.

Avril i-m. ceiidatit impriyu de la répuWiqae française. Cetle Aiii.li» situation porta ses fruits; et les ProvincefrUnies, soo»-

iiHXnd«. traites, par l'armëe de PirJiegru et la science de Car- Bot, à la tutelle de la Prusse et de l'Angietaire, enlrk^Qt dans le mouvement français et furent politiquement absorbées par la CMiTention nationale. La Hollande, en stipulant avec la France, ne se borna pas, eomme la Toscane et la Prusse, à obtenir la garantie de sa neutralité et de son indépendance : elle agit en peuple va»al, elle reconnut la suzeraineté de la république franvaiae, en concluant arec cette dernière une alliance offensive et défensive contre l'Angleterre. Transformées en république batave, les Provinces- {Inira mirent à la disposition de la France leur marine, ;forte de douse vaisseaux de ligne et de dix-huit fré- Vates; elles lui cédèrent Maeslricht, Yenloo, et toute la Flandre hollandaise : elles consentirent à être occupées militai rement jusqu'à la paix, à recevoir une garnison française dans Flessingue, et à payer à la France une somme de cent millions de florins. Cette paix, si favorable aux intérêts continentaux de la république française, fut fatale à la nouvelle république batave : les Anglais, désormais en guerre contre elle, ne lui épargnèrent point les hostilités; ils prolilërent de la po»tion qui leur était faite pour enlever à la Hollande ses plus belles colonies de l'océan Indien, et particulièrement l'île de Ceylan et le cap de Bonne-Espérance. Ainsi, elle prit à tâche de démentir cette prophétie aventurée parle représentant du peuple Sieyès, alors que, venant annoncera la convention le traité de paix signé par la Hollande le 27 floréal (16 mai), il o'ëcrw :

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OONTENTIOn NAIlOIfAtE. 491

a La réumm des deux républiques française et balàve j^r. t-m.

« annonce déjà au monde que la tyrannie britannique

« va bientôt faire place à la liberté des mers que vous

« aurez conquise, et que, grands el magnanimes dans

« vos prospérités, vous offrirez à la reconnaissance de

« tous les peuples de la terre. »

L'Angleterre et l'Autriche s'indignèrent à la nou' *"^ Telle du traité de Bâle. U Prusse, pour se disculper, •■^"ejj;'^' fit remettre à la diète une note justificative de sa con- ''*m af* duite et de ses intentions. L'empereur, par une autre " ^'*''' note qui fut transmise à la diète, blâma la conduite de la Prusse : en outre, il déclara solennellement que, pour sa propre part, il était disposé à conclure la paix avec la France; mais que, loin d'entrer dans une négociation séparée, il ne ferait rien sans le concours de ses alliés de l'Empire el de la Grande-Bretagne. Ainsi continuait à s'envenimer et à croître la rivalité qui existait, de temps immémorial, entre l'Autriche et la Prusse : cependant l'Autriche, abandonnée par son ancienne alliée, espérait dans la Russie.

La Russie, en effet, n'avait plus d'intérêt à se tenir à l'écart : ses vues sur la Pologne étant remplies, elle se trouvait disposée à lier étroitement sa politique h celle des cours de Vienne et de Londres; elle blâmait la conduite de la Prusse, el sommait cette puissance de faire connaître si, aux termes du traité de Bâle, elle entendait s'opposer i ce qu'une armée dirigée contre la France traversât le territoire prussien. Ces dispositions de la Russie plurent aux partisans de la .guerre; elles fortifièrent l'Autriche dans la résolution de demcarer fidèle à la coalition; et les espérances, trop UM

rmn-n-.;GoOg\c

RÉVOLUTION FhAItÇAISR.

17». conçues, d'une pacification générale, ne lardèrent pas à s'évanouir.

La guerre pouvait seule donner raison à l'Angleterre, ou, pour mieux dire, h la haine héréditaire de Pitt. Il importait i ce ministre que sa patrie déployât une puissance et consentît à des sacrifices en harmonie avec les besoins de la situation : dans ce hut, il voulait contribuer, par des secours considérables en liommes et en argent, à soutenir l'émigration et la Vendée; il lui fallait en outre fournir à l'Autriche les ressources nécessaires pour entrer en ligne, accroître la marine anglaise, envoyer des renforts dans l'Inde et en Amérique, garantir tes emprunts que le cabinet de Vienne chercherait à contracter, ouvrir enfin, pour le compte du gouvernement anglais lui-même, un emprunt de dix-huit millions sterling, à quatre pour cent. M. Pitt vint à bout de ses combinaisons : les capitalistes se présMitèrent; le parlement, malgré l'opposition éloquente de Sheridan et de Fox, consentit à sanctionner les projets du ministre; la marine anglaise fut portée de quatre-vingt mille marins à cent mille, et les nouveaux marins furent recrutés, pour la plupart, dans les matelots du commerce. Emprunts, conscription maritime, suspension de Vhabeas corptu, M. Pitt obtint tout ce qu'il réclamait de la confiance du parlement; et la majorité, sourde aux protestations passionnées du parti français, se montra, aussi bien que son gouvernement, fidèle aux intérêts, à la gloire et à la prospérité de la vieille Angleterre. Il a été de mode en France d'exalter cette minorité, qui, dans ses discours magnifiques, élevait si haut les principes de la

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CONTBNTION NÀT10NAt£. 195

liberlé, et maudissait avec tant de pompe les actes et Jtm. met. la conduite de son gotivernement : l'histoire fera justice de cet engouement excité par des phrases généreuses, de cette politique sentimentale qui manquait de patriotisme, et sous laquelle se cachaient trop souvent des vues étroites, des jalousies saQS'dîgnitë.

Ainsi, après quelques mois employés à négocier, la France était en paix avec la Saisse, ta Suède, le Danemark, la Prusse, la Hollande, la Toscane, et TAmérique du Nord ; la république de Venise venait à son tour de renouer avec elle ses anciennes relations diplomatiques ; les ambassadeurs de ces puissances résidaient à Paris ; ils suivaient les séances de la convention ; ils recevaient du président de celte assemblée l'accolade fraternelle, et c'était là le cérémonial qui avait remplacé l'étiquetle des anciennes cours.

Hais, par un singulier retour des choses d'ici-bas, tandis que la France traitait avec les rois et exploitait au profitde son orgueil ses récentes victoires, son gouvernement perdait peu à peu le prestige et l'unité que lui avait légués l'ancien comité de salut public. I^a convention, chaque jour obligée de disputer au peuple quelques toises de terrain, menacée le 12 germinal, avilie, quoique victorieuse, par l'insurrection du i" prairial, hors d'état de nourrir Paris, de rétablir l'ordre, de restaurer les finances et de pourvoir aux nécessitésdu commerce, ne pouvait guère prêter aux comités de gouvernement élus dans son sein une autorité et une force qu'elle n'avait pas. Elle vivait sur ses souvenirs; elle n'avait de puissance que dans ses récentes

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ut RËYOLiniOH PHAHÇAISE.

Ji»..lis5. traditions, et, par bonheur pour elle, quoique divisée, morcelée, livréea'ux remords oq aux incertitudes, elle i-éussiseait encore à cacher à l'Europe le secret de sa l'^ikuo faiblesse et de son amoindrissement. La domination de '"%" Hobespierre avait laissé dans toutes les âmes un si terwM annéa. ^^^q souvenif, qu'ou ne demandait pas mieux que de trouver régulier, stable, et peut-être légitime, le gouveraemenl des thermidoriens et de la Gironde. En atleadant, les armées commençaient à perdre de leur patience et de leur énergie. Quelques mois après la conquête de la Hollande et des limites du Bhin, elles s'étaient enfin lassées de souffrir ; elles s'étaient indignées de eu que, victorieuses, elles se trouvaient encore sans pain, sans chaussures, sans abri, sans ce bien-être nécessaire au soldat, et par elles si durement acheté. Les assignats, leur seule paye, avaient à peine cours dans les pays conquis ; la convention, qui ne pouvait procurer des vivres aux citoyens du faubourg Saint-Antoine, ne savait pas davantage en envoyer aux années. De là une situation mauvaise, qui se prolongea pendant la première période de la campagne de l'an III. Ouverte an retour du printemps, celte campagne ne fut signalée par aucun événement considérable. L'armée du Nord, campée en Hollande, avait été placée sous le commandement de Moreau ; l'armée de Sambre-ct- Meuse, toujours aux ordres de Jourdan, s'étendait vers le Rhin jusqu'à Cologne; l'armée du Ithtn, cantonnée depuis Strasbourg jusqu'à Mayence, obéissait à l^chogru; Kléber, avec des forces chaque jour diminuées par la désertion ou l'indiscipline, faisait le siège de Mayence ; un autre corps d'armée bloquait Luxem-

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GOHVBKTIOH HAnoNALE. 45S

boQrg. Sur presque tous les points les arsenaux étaient tmy. iios. dégarois, l'artillerie manquait de chevaux, les remontes de la cavalerie laissaient beaucoup à désirer, et toutes les armées, officiers, souaK)ffîcierB, soldats, souffraient de la négligence du gouveniement et de l'incurie des administrations. Certes, il fallait bien que l'ascendant de la république eût été prodigieusement affermi par deux ans de guerres glorieuses, pour que le spectade de tant de maux échappât à l'Europe; pour que certaines cours, fatiguées et découragées, continuassent d'ambitionner la paix.

Le 6 messidor, Luxembourg, bloqué pendant l'hiver •^p'Jj**" et le printemps, se rendit par famine; la résistance de '^'"*™'^la garnison impériale qui tenait dans Hayence se prolongea davantage, et avec d'autant moins de difQcultis que l'armée de Kléber, dépourvue d'équipages de pont, ife pouvait franchir le Rhin et investir la place sur les deux rives de ce fleuve. Sur la frontière des Alpes la JJ^^ situation avait peu changé; l'armée de Kellermann et <'«^>p* l'armée d'Italie, toutes deux sur la défensive, avaient '''''^'*'~' été affaiblies par le départ de quelques divisions détachées pour aller à Toulon et à Lyon comprimer des tentatives d'anarchie ou de guerre intestine. En Espagne, l'armée des Pyrénées-Orientales occupait la Catalogne jusqu'aux bords de la Fluvia, tandis qu'à l'autre extrémité de la chaîne l'armée de Moncey se préparait k rentrer dans le Guipuscoa et à envabir la Navarre.

Le prince de Condé, qui commandait les émigrés sur Tnii>wi>

1 ■ . 1 m ■ /. dcPkb'gni.

18 rive droite du Ithin, fit une tentative pour gagner Fichcgru à la cause de la royauté : ancien ami de Saint- JhsI, par I» protection duquel il s'était rapidement

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m »£VOLUTION FRAHÇAKE.

~ élevé aux premiers f^desde l'armée, Piubcgru n'avait ni convictions fortes, ni austérité de mœurs ; il était du nombre de ces liommes qui se jettent dans les révolulions politiques pour en faire leur chose privée, qui jouent sans loyauté avec les partis, et ne retirent de ces mots gloire, patrie, liberté , que ce qu'ils peuvent reafermer de profitable à l'ambilion d'un aventurier habile. Sons le règne de la Terreur, il avait encensé la Montagne; après le 9 thermidor et durant la crise de germinal, il avait soutenu la convenUon et la faction modérée; retiré dans son camp de l'armée du Rhin, investi d'une autorité hiérardiique sur les généraux de l'année du Nord et de Sambre-et-Ueuse, comblé d'honneurs et de renommée pour l'expédition de Hollande, il regardait en arrière, et ne voyait qu'un gouvernement faible, chancelant, déconsidéré; il reportait sa pensée vers l'avenir, et il calculait tout le profit qu'il pourrait tirer du rdle de Dumouriez ou de Honk. I« secret de ses découragements avait transpiré ; on savait que Pichegru, ami du plaisir, ne serait point insensible à des récompenses pécuniaires en harmonie avec les convoitises de ses passions : il tenait l'épée de la république, et l'on croyait connaître un moyen sûr de le désarmer. Le prince de Condé confia à M. de Montgaillard la mission de rattacher Pichegru à la monarchie, etM. deMontgaillard chargea un libraire de Neuchfttel, H. Fauche-Borel, de faire au général républicain les premières ouvertures. Pichegru, craignant de se confier à cet agent, demanda que le prince de Condé consentit à lui écrire et à lui faire part de ses propositions : muni de la miiisive du prince, H. Fauche-

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COttVIitITfOH KUtOKALB. 45Ï

borel 36 rendit de nouveau auprès du général, el des ~ pourparlers eurent lieu. Pichegru déclara qu'il était prêt à seconder la cause du roi de France, pourvu toutefois qu'il fût assuré de la coopération des Autrichiens. De son cdlë, le prince Gt au général de magnifiques promesses : il lui assurait, au nom du roi, le gouvernement de l'Alsace, la propriété du château et du parc de Chambord, un million, douze pièces de canon, une pension de deux cent mille francs réversible sur la femme et les enfants de Pichegru, la terre d'Arbois, le grand cordon de l'ordre de Saint-lx)uis, et d'autres avantages non moins brillants et fructueux. Ces stiputalions ayant été acceptées de part et d'autre, on se mit à débattre le mode d'exécution du. plan à suivre. Ici on perdit beaucoup de temps, sans parvenir à s'entendre. Pichegru disait que, ne voulant pas être le tome troilièmede la conspiration, de la Fayette et de Dnmouriez, il ne ferait rien d'incomplet ni de hasardé. Il offrait au prince de passer le Rhin avec un corps d'élite, etd'aller le rejoindre de l'autre côté du Rhin. Le prince demandait qu'au préalable on fit prendre la cocarde blanche à l'armée française, et que l'on proclamât Louis XVUI dans le camp de Pichegru. Les Autrichiens et les émigrés insistaient pour qu'on livrât Strasbourg ou quelque autre place forte de la frontière. Les Autrichiens traversaient d'ailleurs ta négociation, en élevant des prétentions intolérables ; il leur importait que les émigrés et les princes ne relevassent pas à eux seuls le trdnc de l>ouis Wlll. On fit tant, que le secret de ta correspondance et des démarches des négociations clandcslines finit par s'ébruiter, sinon entièrement, du

us RtTOUmOH PRARÇAISE.

juii'i. 111». moiss assez pour laisser percer des soupçons. Pendant le cours de ces longues négociations, le général avait reçu du comité de salut public l'ordre de franchir le Rhin, et il n'avait point osé désobéir; mais, pour se faire pardonner son obéissance par le prince deCondé et le comte d'Ârlois, il avait manœuvré de manière i se laisser battre, enlevant à ses troupes les occasions de vaincre, et multipliant des combinaisons fausses qui compromettaient le son de l'année et l'avenir de la campagne. Il n'en fallut pas tant pour fortifier les soupçons du gouvernement républicain ; ^t Picbegru fut destitué avant d'avoir pu poursuivre jusqu'au bout le succès de sa trahison.

^^ Mais déjà la république française venaitde conlrainl'bpifM. Jpg ^ Ij, pgjj ggiui de ses ennemis qui pouvait invoquer contre elle les griefs les plus légitimes. Lé roi d'Espagne Charles IV, arrière- petit-'fîls de Louis XIV et de Philippe d'Anjou, armé depuis deux ans pour venger la mort de Louis XVI, avait remis l'épée dans le fourreau et reconnu l'autorité de la convention. Cette paix, qui scandalisa l'Europe, fut hStée par les progrès de Moncey du cdté de Bilbao et de Pampelune; c4le fut conclue par l'influence de Manuel Godoï, l'insolent favori qui déshonorait la cour et gouvernait déjà l'Espagne. Les articles de cette paix, déplorable pour l'Espagne, furent signés à Bâie, entre l'ambassadeur Banhélemy et le chevalier Iriarte, au moment même où s'accomplissait le funèbre drame de Quiberon. En échange de la reslitulion de toutes les provinces conquises par la France au delà des Pyrénées, l'Espagne cédait à la république tonte ta partie espagnole de l'Ile de Sainl-

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IXinVENTlUN HiTIOHALE, 459

Doraingue, colonie d^à émancipée par la révolte, et jaui.'i'»»'

qui n'appartenait plus à la mère patrie. La France eut

la sagesse de se contenter de cette concessien illusoire:

le triomphe moral qu'elle remportait valait mieux pour

elle qu'un monde à coloniser à l'autre bord de l'océan

Atlantique.

La convention approchait ainsi du terme de sa mis- «aamiinu sion : épuisée après trois ans d'efforts et de déchire- À» tm» ments convulsifs, et bien qu'elle ne fût plus que l'om- ■• »!"*<>■■ bre d'elle-même, elle avait conquis une place parmi les gouvernements réguliers; elle était entrée, par la victoire, dans le foyer domestique de l'Europe. Elue dans ces jours de crise où l'étranger campait sur la Marne, elle avait ru plus d'une fois l'invasion et la guerre civile resserrer le territoire soumis à ses lois; le fédéralisme lui avait enlevé un moment les départements du Calvadoset de l'Eure; les girondins avaient agile tout le pays entre les Pyrénées et Bordeaux; la chouannerie avait insurgé la Bretagne; les provinces de l'ouest, eo- Irc l'Auvergne, la Loire el l'Océan, s'étaient armées en faveur de la monarchie; la guerre civile avait troublé le Vivarais et les Cévennes; Lyon, Toulon, Mar^ seille, avaient balancé pendant plusieurs mois l'ascendant et la puissance de la république; la France s'était vue entamée par l'ennemi du dehors en Alsace, en Lorraine, en Champagne, dans le Roussillon, sur la frontière du Nord; le peuple de Paris et les jacobins avaient plus d'une fois réduit la convention nationale à ne commander qu'à l'étroite enceinte que bordent des deux cétés le jardin des Tuileries et le Carrousel; et cependant, au milieu de tant d'événements contraires

iM,Googlc

i«0 RÉVOLUTION nttNCAbE.

AoM 1799. et malgré de si rudes chocs, l'assemblée avait prévalu; elle avait gouverné, elle avait écrasé ses ennemis du dedans, reconquis les villes rebelles, foudroyé les insurgés de toutes les causes, reculé les limites de la république jusqu'aux rives du Rhin, forcé l'Autriche k demander un armislice, imposé à la Prusse, h la Toscane, à Venise, à la Hollande, à l'Espagne, à une portion importante de l'empire germanique, la douloureuse nécessité de son alliance et de son pardon. Quand des événement<t de celte nature s'étaient accomplis, après de si grands changements, la dictature n'avait aucun prétexte d'exister : la formidable assemblée se préparait à. résigner ses pouvoirs.

Il faut le dire ici, parce que le récit des luttes gênéraies ne nous a pas permis de le consigner plus tôt, toute l'activité et toute la force de la convention n'avaient point été dépensées & combattre, à porter à ses ennemis coup pour coup. Dans l'ordre des idées scientifiques et morales, alors même qu'elle faisait tomber sur récbafaud des létes îltustreR, qu'elle prêtait la puissance de ses décrets aux progrès de l'athéisme et de la corruption, elle avait parfois doté la France d'institutions utiles et fécondes. Sur le rapport de ses comités d'instruction publique, elle avait donné une organisation nouvelle au Mtaéum; par une autre loi, elle avait adopté le télégraphe et généreusement récompense l'auteur de cette découverte; elle avait commencé la discussion d'un nouveau Gode civil, présenté par Gambacérès au nom du comité de législation. Un jour, elle avait consacré le droit de propriété littéraire; plus lard, elle avait élabli un institut national de musique;

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CONVSNnON HATIOHALB. 461

on lui devait la suppression des loteries; l'abolition de I l'esclavage décrétée, au moins en principe; la création du Conservatoire des arts et métiers; l'introduction du travail dans les maisons d'arrêt; la Fondation de l'Ëcole normale; une loi sur l'instruction primaire; l'organisation de trois grandes écoles de médecine, à Paiis, à Montpellier, h Strasbourg; la création des écoles centrales instituées dans chaque département; enGn, la formation de l'I^cole polytechnique, puissante institution que l'Europe nous envie. Qu' est-il besoin de rappeler la nouvelle organisation des poids et mesures? Nous nous bornerons à ajouter qu'avant de se séparer et de léguer à la France le souvenir de sa longue et terrible histoire, la convention créa l'Institut national, et reconstitua, avec des formes et sous des dénominations nouvelles, les académies illustres autrefois fondées par le génie de Richelieu et de Colbert, mais abolies et dissoutes par la tyrannie des jacobins.

I^a convention, avant d'abdiquer, se souvenait encore du mandat qu'elle avait reçu. Élue par le peuple moins pour gouverner la république que pour donner h la France une constitution destinée h remplacer le code défectueux de 1791, elle ne pouvait se séparer sans avoir posé les bases d'une nouvelle organisation politique. -Sans doute, dans les heures d'exaltation de la Terreur, elle avait voté , pour ainsi dire d'enthousiasme, la démagogique constitution de 1 793, tant de fois réclamée par les jacobins et les faubourgs, et toujours paralysée et suspendue. Placée dans des conditions plus calmes, la convention se détermina enfin à délibérer sur un projet de loi organise, très-étendu et

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U2 RÈIOUniOH FBUiÇAISB.

A««i 1795. longtemps médité, qui lui fut soumis par un comité de législation. Le moment paraissait favorable; la révolution, qui rétrogradait sans relâche depuis le 9 Uiermidor, avait assez perdu de terrain pour qu'il fût possible de discuter, dans le' silence do la réflexion et de l'étude, la nouvelle organisation proposée pour la république.

lUKiiau En attendant, de nouvelles réactions devaient encore i^j ensanglanter le sol : la société n'était point au bout de 968 misères et de ses scandales. Sans doute, les crimes que nous allons raconter frappèrent pour la plupart de grands coupables, des assassins longtemps impunis, mais rien ne légitime la vengeance et le meurtre.

Un grand nombre d'hommes soupçonnés de jacobinisme avaient été jetés dans les prisons, mais la justice semblait être désarmée à leur égard; du moins, les réacteurs thermidoriens et royalistes l'accusaient de suivre une marche trop lente. Les derniers assassinats qui avaient été commis dans les prisons de Lpn demeurèrent pour la plupart impunis; ils devinrent comme le point de départ d'attentits non moins déplorables. l..a jeunesse dorée de Lyon se souilla de meurtres lâches, accompagnés de spolialions et de vols; elle égorgea et précipita dans le Rbdne des femmes, des vieillards, des jeunes fillL>s, et beaucoup d'hommes signalés comme les anciens complices des excès de Fouché et de Collot-d'Hcrbois; elle renouvela, sur une moins vaste échelle, les crimes du 2 septembre, d'exécrable souvenir. Quinze jeunes gens, notoirement coupables de ces attentats, furent traduits devant le tribunal criminel de Roanne, et acquittés par des juges

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CONfEBTIOA HATION&LE. 40

réacteurs. Leur retour A Lyon ajoula encore au scandale ~ de cette impunité : des femmes se portèrent sur le passage de ces jeunes gens; elles semèrent de fleurs le chemin qu'ils duvaient parcourir ; elles leur décernèrent des couronnes. Â Marseille, à Toulon, dans le département de Vauctuse, les massacres eurent également un libre cours. Là, des bandes d'égorgeurs se formèrent, et reçurent la dénomination sacrilège de Cfmipagniei de Jéna et du Soleil. Les députés Isnard ei Cadroy se mirent à la léte de ces furieux; ils les exhorlèrenl euxmêmes àexerccr contre lesjacobins du Midi de honteuses et criminelles représailles : « Vous vous plaignez de « n'avoir point d'armes, leur criait Isnard ; prenez les « ossements de vos pères, et marchez contre leurs astt sassinsi » Les brigands qui se souillaient de ces meurtres chantaient le Réveil du peuple, et répétaient en chœur cette strophe lugubre :

Mânes pliintifs ilc l'innnceDce, Apiiaez-Tniu dam tos tombeaux ! Le jour tardif de la Tengeuncc Fait eniîn pâlir tos bourreaux!

Le prétexte de ces réactions avait été, de la part des jacobins de Toulon, plusieurs démonstrations menaçantes contre les thermidoriens et les aristocrates. Ces tenUtives d'une minorité vaincue et détestée soulevèreot contre leurs auteurs les passions violentes des réacteurs provençaux. Les jacobins de Toulon furent écrasés, dispersés, ou mis à mort. Ceux de Marseille, pour la plupart arrêtés comme suspects, el entassés pële-méle dans les cachots du fort Saint-Jean, ne tardèrent pas à être désignés pour 'Victimes. Du 1" nivdse au 17 prairial

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i Tanian

tlUneille.

4M nËVOLUTION FRUIÇ&IS.

(du 21 décembre au 5 juin], ud nombre assez considérable d'individus accusés de terrorisme furent assassinés, par la bande thermidorienne, sur plusieurs points du département des Boucbes-du-Rhdne, DOtamment à Marseille et à Aix. Le 22 floréal (11 mai), des rassemblements populaires se formèrent dans la dernière de ces deux villes, se portèrent aux prisons, et massacrèrent plusieurs détenus. Dans la nuit du 5 au 6 prairial (du 24 au 25 mai), d'autres bandes armées pénélrèrént de vive force dans la prison de Tarascon, égorgèrent et précipitèrent dans le Rhâne vingt-quatre individus in* carcérés pour cause de jacobinisme. A la nouvelle de cet attentat, les Ënfantt du Soleil, embrigadés h Mar^ seille, se ruèrent sur le fort Saint-Jean, à la suite d'un nommé Robin, qui paraissait leur donner des ordres. Dans quelques eachols, les prisonniers opposèrent une certaine résistance aux assassins ; mais ceux-ci entassèrent aux portes de ces retraites des amas de paille mêlée de soufre, et ils y mirent le feu. La mitraille et l'incendie leur firenljustice des malheureux qui cherchaient à se défendre, et le massacre des jacobins, commencé le 17 prairial à midi, dura jusqu'à dix heures du soir : plus de deux cents victimes périrent, les unes poignardées, d'autres tuées à coups de sabre et de massue, le reste fusillé ou brûlé. Le représentant du peuple Gadroy fut l'un des complices et des provocateurs de ce massacre : <i Enfants du Soleil, criait-il aux « assassins, je suis à votre tête ; je mourrai avec tous, « s'il le faut... » Le massacre des prisonniers détenus au fort Sainl-Jean avait été prémédité de longue maio ; on avait enlevé d'avance à ces malheureux leurs cou-

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teaux et leurs ciseaux, et rien n'avait élé épargné par ïm~ -les Enfants du Soleil pour les pousser à la révolte et fournir aux égorgeurs un prétexte de tuerie. Dans l'un des cachots languissaient, depuis bientôt deux ans, les jeunes ducs de Montpensier et de Beaujolais, tous deux nisdu duc d'Orléans, et qui, par leurs vertus, protestaient contre ta mémoire de leur père ; ils se barricadèrent, et refusèrent d'ouvrir aux assassins : on les épargna, et ils eurent la consolation de faciliter révasion d'un Anglais détenu comme eux.

Le 2 messidor (20 juin), les égorgeurs deTarascon |,„„^„ s'emparèrent de nouveau du fort de la ville, et mirent à'''KîîïÎM. è mort vingt-trois individus prévenus de jacobinisme, parmi lesquels figuraient deux femmes. Le 22 thermidor, ils essayèrent d'accomplir un troisième massacre; mais, ce jour-là, les prisonniers se défendirent, et les assassins se trouvèrent trop faibles pour achever leur entreprise. Plus lard, s'il faut en croire des documents de celle époque, soixante-quinze individus furent précipités du haut de la tour de Tarascon, élevée de deux cenlâ pieds sur un rocher. Leurs corps, brisés et meurtris, furent ensuite jetés dans le Rhône, et la foule battit des mains. D'autres massacres non moins hideux se renouvelèrent dans les prisons d'Aix ; mais les témoignages qui les attestèrent sont demeurés douteux, et, de nos jours, il est encore impossible de connaître exactement le nombre des victimes révolutionnaires qui périrent dans ces jours de réaction : tes évaluations les plus probables portent ce chiffre à six ou sept cents. La convention, encore placée sous le coup des dangers qu'elle avait courus dans la journée du 12 germinal et

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«W RÈTOLUTIOn FRANÇ&ISE.

ÏtÔs! àtt 1" prairial, ferma volontiers les yeux sur ta mort sanglante des jacobins de Lyon et du Midi : elle se dit que les Enfants du Soleil, quoique secrètement rattachés à la cause du royalisme, étaient, à tout prendre, moins à craindre que les anciens terroristes dont ils versaient le sang ; elle voyait d'ailleurs marclier, à ta tête des réacteurs, des hommes du 9 thermidor et des girondins, qu'elle n'osait ni désavouer ni punir : elle s'en lava les mains, et mit les attentats dont nous venons de parler au nombre de ces événements imprévus qui tiennent au cours naturel des passions politiques, et qu'en révolution il est prudent de ne pas trop approfondir. Les jacobins s'en indignèrent, parce qu'ils oublièrent l'histoire de leur propre domioation et de leurs vengeances, siiutih» Ainsi la guerre étrangère et la guerre civile, la cor^ te tt" ruption et l'assassinat, la famine et la révolte, la débauche ^ ""' impureet leluxeefrréné,ces terriblessymptdmesd'uQC «jk^»5'*i* société qui sedissout et d'une société qui se recompose, se produisaient à la fois en ces tristes jours, et concouraient à envenimer toutes les misères, toutes les souffrances de notre patrie. La France était loin des poignantes angoisses du régime de Robespierre ; elle se vengeait d'avoir eu peur, elle passait sans transition du sombre silence de la terreur aux joies délirantes et grossières du plaisir. Les victimes déshonoraient leui-s malheurs; la république ne savait point s'élever à la hauteur de ses dangers et de sa gloire. Hélas 1 cette dégradation accuse l'inGrmité de la nature humaine quand rien ne la soutient, quand rien ne l'épure : et comment s'étonner, si te besoin de sentir et de vivre était le seul

iM,Goi.>^lc

CONTENTION HATIONUE. «1

que voulût comprendre une société délivrée de l'échafaud, sinon de la mort?

Sous le régime de la Terreur, on n'avait plus dansé qu'aux fêles nationales, et par ordre de la police républicaine.: quelquesjours après le 9 thermidor, les bals s'étaient rouverts de toutes parts, et les survivants du dernier régime s'y pressaient en foule. Le magnifique jardin du fermier général Boutin, récemment décapité avec ses collègues, sous l'absurde accusation d'avoir mêlé de l'eau au tabac, venait d'être acquis par des entrepreneurs italiens, et de recevoir de ces nouveaux maîtres le nom de Tivoli : on y dansait avec fureur, tandis que non loin de là, à l'extrémité de l'avenue des Champs-Elysées, la foule formait aussi des contredanses et des rondes sur les gazons du jardin Marbeuf révolutiosnairement confisqués, autres épaves de l'ëchafaud. La spéculation ne s'arrêta pas à la fondation de ces établissements voués au plaisir ; beaucoup d'autres bats publics furent ouverts : on s'y rendait le quintidi et le décadi. On avait transformé en lieux de danse et l'ancien cimetière de Saint- Sulpice, dont les pierres tumulaires n'avaient point encore été enlevées, et le jardin des Carmes, naguère inondé du sang de tant de martyrs ' ; dans les faubourgs, on avait organisé un grand nombre de bah champêtres, fréquentés par les dernières classes de la population : les classes hautes, ce qui restait de la bourgeoisie et de la noblesse, avaient imaginé le bat des

' Le premier de ces deux él3l)liKemeiiU était appelé bal de» ZéjAin, l'autre, btU champêtre des TitleuU ; sous ces tilleuls, les usissins du 8 tqttembrc aTiienl mis 1 morl rarcheréque d'Arles et une centaiiM de prêtre*!

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«» nÉVOLDTION FRASÇAISB.

~Tm Victimes. On n'y était guère admis que vêtu de noîrj mi Bal ne pouvait y danser que si l'on avait perdu un proche '^' parent sur i'échafaud ; en y entrant, il était de bon ton de ne saluerqu'en imitant, avec tes épaules et la tète, le mouvement d'un homme décapité : cela s'appelait le salut à la victime. Les femmes, ne trouvant pas cetle mode assez digne des souvenirs qu'elle avait pour objet de rappeler, imaginèrent de se faire couper les cheveux à ras sur ta nuque; elles appelèrent cette innovation coiffure à la victime. Au sortir de ces bals, les danseurs rencontraient sur leurs pas le peuple pauvre, faisant queue à la porte des boulangers, et attendant, au milieu des Inquiétudes de la disette, la distribution de quelques onces de pain payées en assignats.

HaJa. Avec le règne des sans-culottes de faubourg on venait de voir disparaître les habitudes de malpropreté et de cynisme que les bourreaux et les victimes avaient naguère adoptées : les hommes reprenaient peu à peu les usages qui conviennent aux peuples policés ; les muscadins el h jeunesse dorée pomsaieDl même jusqu'au ridicule cette réaction en faveur des bonnes manières : la toilette d'un élégant de l'an III durait plusieurs heures, tant b coiffure, les cadenettcs, la large cravate, l'babit à collet noir et à grandes basques, les étroites chaussures, l'arrangement symétrique des chaînes d'or et des breloques, prenaient alors de place dans la vie. Les femmes se montraient, au théâtre, dans la rue, dans les jardins publics, vêtues en Grecques ou en Romaines; et leur enthousiasme pour le costume antique était poussé jusqu'à l'indécence : sur leurs épaules nues, elles jetaient une écbarpe dont la couleur de

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CONVBNnON NATIOKAIB. iW

pourpre rappelait la chemise des guillotinés ; elles portaient des bracelets aux jambes, des bagues aux doigls des pieds: elles chaussaient la sandale, retenue par des bandelettes.

Peu de salons s'étaient encore rouverts ; mais les girondins, les modérés, et les anciens débris du parti ' feuillant so réunissaient chez madame de Slaèl, récemmeol revenue del'exil, et chez l'béroîne de thermidor, madame Tallien : là, était à peine remarquée Joséphine Tascher de la Pagerie, jeune créole, veuve du général Beauharnais, et récemment rendue à la liberté par te 9 thermidor. A une époque de mœurs faciles et corrompues, on parlait de sa conduite légère et du patronage scandaleux de Barras : à vrai dire, la société, réorganisée péle-méle, n'y regardait pas de si près. De toutes parts éclataient les contrastes les plus imprévus: l'émigré, clandestinement rentré, et réduit à une pauvreté honorable, était coudoyé dans le même salon par ses valets d'autrefois, enrichis à la suite de Pagiotage, des confiscations ou 4^3 fournitures d'armes ; la femme noble, et jadis titrée, était protégée par la petite ouvrière devenue grande dame, parla fille du peuple que naguère elle laissait se morfondre dans ses antichambres. Ce mélange de luxe inouï et de langage grossier, d'indigence et d'atticisme ; cet orgueil de parvenus, mal dissimulé sous les formes de l'égalité républicaine ; cette immoralité qui s'alBcbait sans voile, cette jouissance aveugle du présent et celte insouciance aveugle de l'avenir, tels étaient les éléments imprévus et bizarrement assemblés de la société française, DU, pour mieux dire, de ces réunions confuses

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«10 RÈTOLimOH FRAKÇ&ISB.

ïm qui en usurpaient le nom. La littérature avait subitement renoncé aux allures du régi me jacobin : on était revenu aux madrigaux, aus petits vers, aux couplets dont l'obscénité, mal dissimulée, eût fait honte à la régence ; des livres dont le nom seul est une infamie étaient publiquement mis en vente ; on les trouvait étalés sur la table des boudoirs à la mode : Voltaire avait partoutdes autels. L'idée de Dieu encore inscrite sur la porte de quelques temples, en vertu des audacieux décrets de Robespierre, était effacée du cœur de ces multitudes oublieuses ; et c'est à peine si quelques âmes d'élite, regardant en arriére, comprenaient la terrible leçon donnée au pays.

rei^l^' ^ convention avait interdit l'exenùce public du culte ; elle avait maintenu les lois précédemment rendues conti-e les prêtres fidèles ; mais, en consacrant ces décrets honteux, elle avait mis peu de zèle etde rigueur à les faire exécuter. Les catholiques commençaient donc h se rassembler, à faire célébrer, dans l'intérieur des maisons, mais désormais sans crainte, les saints mystères, trop longtemps interrompus par l'espionnage ou l'échafaud : le culte privé était toléré, il était libre; mais l'Ëtat ne voulait ni le reconnaître ni payer ses ministres; les églises étaient toujours changées en casernes, en arsenaux, en magasins d'habillements ou de vivres. Quant aux biens nationaux, confisqués sur l'Église, sur la noblesse émigrée, sur les victimes, la plus grande partie de ces domaines était demeurée au pouvoir du gouvernement et des nouveaux acquéreurs. «iNiÉga Pour la valeur de quelques centaines de francs, reprééitftà,tioiu. sentant des sommes énormes en papier-monnaie, on

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CONVERTIOH lUTIOHAU. ' 471

derenait propriétaire des châteaux, des parcs, des abbayes, des terres arables et des vastes forêts qui appartenaient h l'État: les hommes délicats et probes reculaient devant ce facile moyen de s'enrichir, mais la masse des gens cupides et des spéculateurs hardis s'établissait sur ces terres et prenait possession de ces tristes conquêtes. La révolation, en distribuant ainsi au hasard les dépouilles opimes de la monarchie et de la féodalité, savait bien qu'elle attachait, et pour toujours, à sa cause les nouveaux colons, les nouveaux propriétaires. Plus les immeubles confisqués et vendus changeaient de mains, plus il y avait d'hommes intéressés à ce que la royauté ne revint jamais en France pour abolir leurs contrats ou leurs litres : la révolution, comme les barbares, alors qu'ils dépossédèrent l'empire romain, réparlissait entre ses kudet et sas fiàèlei les domaines de la société vaincue. Quand un pouvoir a fait de semblables pas, il ne rétrograde jamais, et le gouvernement républicain savait à quoi s'en tenir.

Il avait beau s'entourer de précautions, accroître le nombre de ses partisans, étendre au dehors son ascendant par les victoires de ses armées, la réaction contre* ^ révolutionnaire n'en continuait pas moins de faire des progrès rapides dans l'esprit public. La Terreur n'avait eu sa raison d'exister que parce que l'opinion républicaine était en petite minorité dans la nation, et qu'une minorité qui a fait une surprise à un peuple ne se maintient et ne gouverne qu'à force de se faire craindre. Depuis que le bourreau se reposait, les partis reprenaimt leur place naturelle, et il était évident que

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m BÉVOLUnOK HIAHÇAISE.

ÏtÔs^ la république ne comptait pas pour elle les plus nombreux adhérents. Il n'était d'ailleurs nullement question de la monarchie absolue. Cette forme de gouvernement, désormais réputée impossible, était reléguée dans le passé ; mats la bourgeoisie, le commerce, les restes de ce qui avait été la noblesse, la magistrature, la GnaQce, regrettaient la constitution de 1791, et davantage encore la royauté anglaise, étayée et contrebalancée au moyen de deux grands pouvoirs. Tout le monde parlait de république: l'armée, la convention, les fonctionnaires, les corps constitués, les classes ouvrières, les débiis du parti jacobin, beaucoup d'artistes, une masse assez importante d'acquéreurs de biens nationaux, en un mot ceux qui attendaient tout de la révolution, ou qui en avaient tout reçu, étaient seuls à constituer la véritable opinion républicaine. Le lapi^riu reste de la population n'en voulait pas, soit instinct, ■MTCTM- soit antipathie, soit horreur. Dans les campagnes, on rfpibunta. ne pouvait s'accoutumer à un pouvoir qui tenait le« églises fermées et qui frappait l'agriculture de réquisitions devenues odieuses à la propriété ou à l'égoïsme: les paysans détestaient les assignais et le maximum, bien que beaucoup d'entre eux eussent, fort à propos pour leur bourse, exploité ces institutions révolutionnaires. Dans les villes, le commerce languissait, les fabriques étaient pour la plupart fermées ; il n'y avait de moyen de s'enrichir que de spéculer sur les fournitures.de la troupe ou sur les biens confisqués, ressources qui n'étaient point offertes à tout le monde.

Pressée par les passions réactionnaires, isolée entre le jacobinisme et le royalisme, la convention, sur le

CONVENTION RATIORALL «73

rapport d'une commission de onze membres depuis Août 1799. longtemps^ choisis pour élaborer ce travail, discuta et adopta la consLitutioo nouvelle promise à la France. La convention, a-t-oo dit, éprouvait à cette époque le besoin d'organiser le pouvoir et de rasseoir le peuple, ° h la différence de la première assemblée, qui, par sa situation, n'avait ressenti que le besoin d'afTaiblir la royauté et de remuer la nation. Si ce fut là le problème que se proposa la convention, on peut croire, àen juger par son œuvre, qu'elle n'était point encore arrivée à la maturité d'esprit nécessaire pour le résoudre. Le principal rédacteur de ce code politique fut Daunou, ancien prêtre de l'Oratoire, et l'un des soixante-treize députés du cdté droit dont les pouvoirs avaient été suspendus après le 51 mai. C'était un républicain modéré, mais un ennemi ardent de la foi, qu'il avait aposlasiée; ses autres collègues de la commission des Onze étaient Lesage, Boissj-d'Anglas , Creuzé-Latouche , Berlier, Louvet, Lareveillière-Lépeaux, Lanjuinais, Thibaudeau, Durand-Haillane, et Baudin (des Ârdennes); Sieyès n'avait pas voulu participera leur travail : trop vaniteux pour associer à ses théories des métaphysiciens médiocres ou obscurs, il avait rédigé, isolément, une constitution qui, d'un commun accord, fut écartée de la discussion. De louslescodes politiques successivement im- j/^'^^ posés à la France, la constitution de l'an III fut le plus complet, celui que ses auteurs élaborèrent avec une attention plus scrupuleuse : tout y était prévu, depuis l'éventualité d'une révolution nouvelle jusqu'au costume des fonctionnaires publics.

Sur le frontispice, la convention avait de nouveau

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politiqo*.

4Ti RÉVOLcnOIf FBAKÇAia.

ïiim^ ÏDsci'it une déclaration des droits de l'homme, imitée de celle qu'avait autrefois proclamée l'assemblée constituante; mais, cette fois, on ne s'était pas borné i parler au citoyen de ses droits, on avait osé lui rappeler ses devoirs. Il était dit, à l'article 2 de cette déclaration :

« Tous les devoirs de l'homme et du citoyen dérivent « de ces deux principes, gravés par la nature dans tous « les cœurs : Ne faitet pas à autrui ce que vout ne voua driezpas qu'on vout fît; faites comtamment aux autre» a tout le bien que vous voudriez en recevoir. » La loi ajoutait : « IjBS obligations de chacun envers la soàété «c consistent à la défendre, à la servir, à vivre soumis « aux lois, et à respecter ceux qui en sont les organes. « — Nul n'est bon citoyen, s'il n'est bon fils, bon père, « bon frère, bon ami, bon époux. — Nul n'est homme « de bien, s'il n'est franchement et religieusement a observateur des lois. » Suivaient quelques formules destinées à consacrer la propriété, à honorer le travail, à établir l'obligation du service militaire; de devoirs plus élevés, ayant en Dieu leur source et leur but, il n'en était pas question. La philosophie se parait des dépouilles de la morale chrétienne, et reniait leur origine.

La nouvelle constitution organisait le pouvoir exécutif, le pouvoir législatif, le pouvoir administratif, le pouvoir judiciaire. Au lien do reconnaître que l'œuvre de l'assemblée constituante avait péri par l'avilissement légal du chef de l'Étal, la convention n'épargna rien de ce qui pouvait amoindrir, neutraliser, rendre impuissants les magistrats qu'elle allait préposer h la

COKTEEmON NATIONALE. 475

tète du gouveroemeot de la république; elle confia le adai iivs. pouvoir exécutif à us directoire composé de cinq membres nommés par le corps législatif, et renouvelés chaque amiée par cinquième; elle interdit à ce direc~ toire le droit de proposer ou de repousser les lois; elle lui défendit, et à chacun de ses membres, de commander la force armée, soit pour rétahlir l'ordre, soit contre les ennemis du dehors; elle ne lui laissa que le droit de nommer les ministres, les généraux, les receveurs des finances, les principaux agents du trésor, et quelques fonctionnaires subalternes. Puis, après l'avoir destitué de toute initiative, de toute puissance matérielle et morale, elle le déclara responsable, et l'investit du droit de faire exécuter les lois et de pourvoir à la sûreté intérieure et extérieure de l'Étal : c'était donner au gouvernement un moteur sans dignité et sans énergie. Hais la crainte de la royauté et de la tyrannie préoccupait à ce point l'assemblée, qu'elle recula d'effroi devant toute autre combinaison, telle que la nomination d'un président ou de deux consuls, réminiscence des États-Unis et de la république romaine. Le pouvoir législatif fut confié à deux assemblées électives : l'une appelée le conseil des dnq cents, l'autre, le eomeil des anciens. Pour être élu au conseil des cinq cents, il fallait être âgé de trente ans, et domicilié depuis dix ans sur le territoire de la république; le conseil des anciens était composé de deux cent cinquante membres, mariés ou veufs, domiciliés en France depuis quinze ans. Le conseil des cinq cents proposait les lois; les projets de loi étaient ensuite présentés au conseil des anciens, qiii tes acceptait ou les rejetait, leur accordait

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410 HfiVOLimON FRANÇAISB.

Aodi iv.s. OU leur refusait le litre de lois. Le conseil des anciens ne pouvait ni proposer une loi, ni amender ou modiiicr les résolutions du conseil des cinq cents : son autorité, en cette matière, se bornait au droit de veto. Le conseil des anciens pouvait faire changer la résidence du corps législatif et soustraire ainsi la représentation nationale aux menaces et aux dangers d'un soulèvement populaire. La base des pouvoirs publics et de la puissance législative étant l'élection, rcxercice du droit électoral était combiné de telle sorte, que les citojens de cbaque canton, âgés de plus de vingt ans, et réunis en assemblées primaires, élisaient au scrutin secret des électeurs de second degré; ils les choisissaient, en nombre déterminé, parmi les citoyens âgés de vingtcinq ans révolus, propriétaires ou usufruitiers d'un bien dont la valeur, selon les localités, variait de cent cinquante à deux cents journées i& travail. Les électeurs désignés par les assemblées primaires se réunissaient ensuite en ai$embléei électoi'alet de second degré, et nommaient, à la majorité absolue, les membres du corps législatif, les membres du tribunal de cassation, les fonctionnaires administratifs et judiciaires de l'ordre supérieur; les juges de paix et les administrations municipales d'un ordre inférieur étaient élus par les assemblées primaires. La session des assemblées électorales commençait le 30 germinal de chaque année; elle ne pouvait durer plus de dix jours. Les assemblées électorales ne devaient s'occuper d'aucune affaire étrangère aux élections; il leur était interdit de recevoir des adresses, des pétitions, comme aussi de correspondre entre elles.

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COSÏESnON HATI0NAL8. *77

Dans chaque département il y avait une adminis- AÔûHmT tralion centrale, *^es administrations municipales, un tribunal criminel, et plusieurs tribunaux correctionnels, lia justice était rendue gratuitement; près de chaque tnbunal il y avait un jury d'accusation et un jury de jugement : une haute cour de justice était instituée pour juger les accusés qui lui étaient déférés par le corps législatif; cette haute cour était choisie, moitié par le sort, moitié par l'élection, parmi les membres du tribunal de cassation : on lui adjoignait un haut jury, dont les membres étaient élus parles assemblées électorales^ il y avait un haut juré par déparlement. Pour être réputé citoyen, il fallait savoir lire et écrire, exercer une profession utile, faire partie de la garde nationale active ou sédentaire, n'avoir subi aucune condamnation infamante. La garde nationale en actrvité constituait l'armée de terre et de mer. Les contributions publiques, réparties entre les citoyens selon leur fortune, ne devaient être levées et acquittées chaque année qu'en vertu d'une loi : la guerre ne pouvait être déclarée que par le corps législatif, mais sur la proposition du directoire. La république était proclamée une et indivisible; la distribution administrative du territoire en départements était maintenue. On avait prévu le cas ou le mode de la révision du pacte constitution- nel. La loi maintenait l'égalité civile et sociale entre les citoyens; elle ne reconnaissait point les vœux religieux; la liberté de la presse était garantie, sauf l'ac* lion répressive des lois; il n'y avait ni maîtrise, ni jurande, ni limitation k la liberté de l'industrie et des arts; la liberté individuelle était protégée par les lois;

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«78 BÈVOLUTION FB&KÇAISB.

ti795. le droit d'association était subordonné au contrôle des magistrats; les émigrés étaient déclarés à jamais bannis, leurs biens irrévocablement confisqués; il était inl^dit au pouvoir législatif d'adoucir par des lois nouvelles les dispositions autrefois décrétées contre cette classe de citoyens; nul ne pouvait être empêché d'exercer son culte, en se conformant mtx lois, mais la république ne salariait les ministres d'aucune religion; aucune religion, se qualifiant de société populaire, ne pouvait se former, tenir des séances publiques, et avoir un bureau.

Hifntion '^'^"^ '''* ^^ '"' organique qui, de sa date, prit le M^JiM "'''^ ^'^ constitution de Van îîi, et fut soumise à l'ac- ^léci ceptation des assemblées primaires. La France était '°''^* d'ailleurs assez lasse de théories et de constitutions : elle croyait peu à la durée de la loi nouvelle, et ne se souciait guère de l'entraver. Pour la réveiller de sa torpeur et pour raviver énergiquement toutes les passions politiques, il fallait que la convention osât davantage : la convention osa.

Cette assemblée, détestée par les terroristes et par les ennemis de la royauté, perpétuellement froissée entre son passé et son avenir, entre le dégoût des ëchafauds et la crainte d'une réaction monarchique, commençait à se rendre fort exactement compte de son impopularité et des dangers de la république. Elle connaissait la France; elle voyait, depuis deux ans, la liberté de la presse à l'œuvre; elle savait que si les assemblées primaires et les assemblées électorales venaient à être subitement investies du droit de choisir

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GONTEimOH NAnONALB. 470

de nouveaux députés, le parti royaliste allait déborder s«pi. it9». le pays, dicter les choix, et terminer, par une soudaine invasion, l'existence de cette république à laquelle de toutes parts on jurait une trompeuse fidélité. L'assemblée constituante avait pris autrefois la résolution impolitique, mais généreuse, d'interdire à ses membres le droit d'être réélus et de figurer dans la prochaine législature. La convention, au lieu de se laisser entraîner à cet enthousiasme irréfléchi, tomba dans l'excès contraire : elle se hasarda à une sorte de coup d'État contre ta liberté des électeurs; elle décréta que les deux

tiers de ses membres seraient nécessairement élus ncr^* membres du comeiV des cinq cenli et du comeil (teiom-*"*^;"'" dens. Ainsi elle trouvait indirectement le moyen de "'^^^ prolonger ses pouvoirs et de faire passer la France, %^^ sans révolution et sans secousse, du régime dictatorial onoaiat

, ,1.1 I -1 ■.■! ligltlitti».

exerce par elle à la domination des législateurs nouveaux. Ce fut pour l'opinion royaliste, qui n'attendait que le signal de combattre et de vaincre, une menace soudaine, une de ces blessures destinées à donner la mort. £n vertu du principe delà soiiTeraineté du peuple, les décrets des 5 et 13 fructidor, qui prescrivaient le choix dM deux tien, devaient être soumis à l'acceptation des assemblées primaires, aussi bien que la constitu- AgHiUou tien elle*méme : les royalistes s'agitèrent vivement ' pour que ces lois transitoires fussent rejetées, et de toutes parts les joumaui, les pamphlets, les agents de ce parti, s'eflbrcèrent de déterminer le peuple à partager leur colère. En quelques jours, une émotion inattendue, profonde, et qui rappelait l'exaltation de 1789, se produisit sur toute la surface de France : on ne

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RËVOLUTIO» FBANÇAISE.

ept. 1795. trouvait pas assez de plumes hardies, assez de bouches éloquentes pour maudire la convention et dénoncer sa tyrannie : par prudence, on taisait jusqu'au moindre espoir de royauté, on dissimulait avec soin le nom des Bourbons, on aflèclait de ne parler que des intérêts de la république; mais la contre-révolution était au fond de ce mouvement, et tes yeux les moins clairVoyants ne s'y trompaient plus.

ta convention, menacée par cet orage, ne fléchit pas devant le danger : elle renforça la garnison de Paris; elle fit venir des troupes, qui campèrent dans la plaine des Sablons; elle repoussa avec une dignité sévère les manifestations hostiles qui éclatèrent jusqu'à sa barre, et les pétitionnaires royalistes qui vinrent lui dire : ^^^^ « Méritez nos choix, et ne les commandez pas. » La ^p^rih"' sectionLepelletier,autrefoisSaint-Thomas, était comme le quartier général de l'oppesilion royaliste : elle proposa aux quarante-sept autres sections de Paris de s'unir à elle et de nommer chacune un commissaire chargé d'exprimer la réprobation dont les citoyens de Paris poursuivaient les décrets des 5 et 15fructidor. La convention cassa cette délibération inconstitutionnelle; elle déclara qu'essayer de la mettre à exécution, ce serait attenter à la sûreté publique. Les sections cédèrent; mais toutes, à l'exception de celle des Quinze-Vingts (le faubourgSaint-Ântoine), acceptèrent la constitution, et rejetèrent les décrets. Durant cette courte, mais bien remarquable période de la révolution, on vit se manifester les symptômes d'une conspiration royaliste, qui s'annonçait comme les anciens complots républicains du 10 août et du SI mai. Les quarante<huit sections de

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CONIENnON NAnOHALE. 4SI

Parisétaient transformées en clubs monarchiques; elles itm nos. avaient leurs tribunes, du haut desquelles on tonnait contre la convention, on soulevait contre elle l'irritation des classes bourgeoises et de la garde nationale : là, on ne cessait d'assimiler la convention à ce long parlement d'Angleterre qui avait laissé de si tristes souvenirs; et si l'on évitait de parler des Bourbons, on s'essayait à préparer leur triomphe à force de plaindre les Sluarts. Sur ces entrefaites, la convention interrogea les armées; elles étaient demeurées républicaines, on savait même qu'elles avaient regretté Robespierre : leur adbésion n'était point douteuse. La convention la fit sonner bien haut, comme une protection pour elle et une menace à l'adresse de ses ennemis. Ces conflits passionnés remplirent les derniers jours de fructidor et les jours sansculottides (complémentaires) de l'an Itl. Enfin le l"vcndémiaire de l'an lY (25 septembre 1795), le résultat général des votes fut proclamé : la France comptait alors près de cinq millions d'hommes jouissant des droits de citoyens; sur ce nombre, neuf cent cinquantehuit mille avaient accepté la constitution. Quant aux RétniiK décrets des 5 et 13 fructidor, deux cent soixante-trois mille citoyens ayant exprimé leur opinion, ces lois avaient été acceptées à la majorité de cent soixante-huit mille contre quatre-vingt-quinze mille'. Ainsi l'immense majorité des citoyens s'était abstenue de prendre part au scrutin national; elle avait laissé faire le petit nombre, sans s'inquiéter autrement de la chose publi-

< M. lUers dit : • Lrs décret* ctait^nt acceplés i une immense ma- * joritc; quelifue mitle voix ï'cbient «eult» proDoncées contre le« dé- ■ crets. » Nous crojoiu aiair été plus ends en rétablissant les diiflres.

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489 RËVOLimON FRANÇAISE.

s^Cïm. que : c'était là un lort grave; les nafioDs n'ont pas le droit d'abdiquer i elles ont encore moins celui de trahir leur propre cause.

cuvocMioD La convention statua que la constitution et les déuMmbtén crels des 5 et 13 fructidor seraient désormais réputés itiuûvM "'^'^ ^^ l'État; elle ordonna que les assemblées primaires se réuniraient et nommeraient leurs électeurs avant le iO vendémiaire; elle décréta en outre que les assemblées électorales de second degré se formeraient le 20; enfin, le nouveau corps législatif fut solennellementconvoqué pour le 1 5 brumaire (6 novembre] . Le parti républicain accueillit ces mesures avec le plus vif enthousiasme; mais les royalistes, disciplinés et enhardis par leurs chefs, réclamèrent avec énergie contre ce qu'ils appelaient la victoire d'une minorité, le triomphe de la mauvaise foi contre la sincérité des votes. Et de quel droit osaient-ils se dire majorité, lorsqu'ils avaient to- ' lontairement refusé d'exprimer leurs suffrages? Ils n'en résolurent pas moins d'user de la dernière ressource qui reste aux partis contre l'oppression exercée par le petit nombre, et d'en appeler à Finsurrection^ à la guerre civile, à ce que la révolution avait elle-mâme proclamé le plus saint det devoirs : ils avaient pour eux, à Paris, la troupe dorée et la garde nationale, l'éorganisée dans le sens des intérêts de la bourgeoisie; la convention ne disposait autour d'elle, que d'un petit nombre de soldats républicains. Une grande émeute royaliste paraissait possible : on n'épargna rien pour la provoquer. Pendant plusieurs jours, des troupes de jeunes gens se répandirent dans les rues en criant : A bas les deux fiers/ Des collisions furent engagées avec

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CONVEKTION NATIOBALE. «3

la troupe; il y eut une émeute au Palais-Royal. Des oci. 1795. mouvements analogues éclatèrent à Orléans, à Dreux, à Chartres, dans quelques villes voisines. On fit venir à Paris des chouans et des Vendéens, habitués à combattre les bleus. Le Toyer principal de l'agitation était toujours établi dans la section Lepelletier : c'était de là que partaient le mot d'ordre et l'impulsion centrale.

Les sections, formées en assemblées primaires, se ^'J'.'ïJ'j, réunirent à Paris, et nommèrent leurs électeurs; ceux- ,^„, ci. presque tous choisis dans les diverses nuances du Ïb'XSÏÏT parti royaliste, tinrent leur première assemblée électorale dans la salle du Théâtre-Français, alors situé sur la rive gauche de la Seine (à l'Odéon] : on était au 11 vendémiaire (5 octobre). La réunion des électeurs était évidemment inconstitutionnelle, puisqu'elle devançait de dix jours l'époque marquée par les décrets de la convention. Or, il importait aux conjurés de se hâter, et de ne point perdre un temps précieux. Pour plus de sûreté, et afin de braver davantage l'autorité de la convention, l'assemblée électorale fit entourer le lieu de ses séances d'un certain nombre de bataillons de la garde nationale de Paris. Pendant que les électeurs se constituaient sous la présidence du duc de Mvemois, la convention célébrait une fêle expiatoire, en mémoire des victimes du 5i mai. Les émotions du 1^ dehors, les nouvelles que la police transmettait de la 1 place de l'Odéon, ajoutaient encore à la tristesse de cette cérémonie funèbre. De leur cùté, les comités de " salut public et de sûreté générale cherchaient à maintenir l'ordre et à faire respecter la loi. La convention, avertie du danger, se déclara en permanence. Séance

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484 RËVOLOIIOH FRANÇAISE. •

Oci. nt)5. tenante, elle rendit un décret par lequel toute assemblée électorale, illégalemenl formée, était tenue de se dissoudre. Elle concentra, dans la personne de cinq membres, les pouvoirs nécessaires pour faire agir la force armée et protéger la représentation nationale. Des officiers de police, escortés de dragons, furent envoyés sur la place de TOdéon, avec ordre de donner lecture des décrets, et de disperser les attroupements populaires. Enfin, le général Menou, qui depuis le 4 prairial était investi du commandement de la division militaire, fut sommé, par le comité de salut public, de faire marcher contre les conjurés assemblés à l'Odéon une colonne détacbée du camp des Sablons et deux pièces d'artillerie. Quand la force armée, lentement réunie, arriva sous le péristyle du théâtre et dans les rues adjacentes, l'assemblée électorale venait de se retirer et de laisser la place libre. Celte scène d'agitation s'était prolongée jusqu'à une heure fort avancée de la nuit, et les royalistes, vivement excités par leurs orateurs, se préparaient enfin à combattre, et à prendre une éclatante revanche de leurs anciennes défaites. La question ainsi posée sur le terrain du 14 juillet et du 10 août, la convention n'hésita pas à réclamer le concours des jacobins et du faubourg Saint-Antoine. Sous la dénomination de cQrp$ des patriotes de 89, elle arma le peuple du 1" prairial, les sans-culottes, dont, tout récemment encore, elle avait brisé le joug et dispersé les forces. L'imminence du péril avait réuni, pour la défense commune, tout ce qui restait des girondins, des thermidoriens et de la Montagne. Les patriotes de 89 furent mis sous les ordres du général Berruyer;

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COHÏERTEON BATIOSàlE. 4S5

mais à peine les vil-on reparaHre, qu'au lieu de s'ef- Od. 1705. frayer, les bourgeois et les royalistes redoublèrent d'audace et d'énergie : ils s'écrièrent que la convention voulait recommencer la Terreur; ils s'encouragèrent mutuellement à ne jamais le permettre. Les sections de Lepellelier, de la Butte-des-Moulins, du Contrat-Social, du Théâtre-Français, du Luxembourg, de Brutus du Temple, et du quartier Poissonnière, se déclarèrent en insurrection, et firent battre la générale : ces événements remplirent une partie de la journée du 12 vendémiaire (4 octobre).

Le général Henou, quoique sincèrement républicain, u avaitété exposé aux menacesel aux vengeancesdu parti 'Wt^ de la Terreur: il professait par instinct des opinions , «birdit modérées, et se montrait fort peu disposé à user de rigueur : d'ailleurs, il s'agissait de combattre Paris, et le torrent de l'opinion publique rentraînait malgré lui. Irrésolu, faible, avide de conciliation et de paix, il servait mollement; il n'osait point sévir contre les sections, il répudiait le concours des jacobins. Ayant fait entourer le couvent des Filles^aint-Thomas, où s'étaient réunis les meneurs de la section Lepelletier, il les somma de se disperser, mais ii le tit avec des ménagements timides; et les royalistes, encouragés par l'at* titude ferme de leur chef, H. Dclalot, déclarèrent qu'ils n'obéiraient point aux ordres de la convention nationale. Le général Menou et le représentant du peuple Importe, au lieu d'agir militairement, consentirent à parlementer et à faire retirer leurs troupes. Ce premier succès accrut l'audace des seclionnaires, et intimida le parti républicain.

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t8(i RÉVOLUTION FRAKÇAISE.

oct. 1795. Le sort de la convention nationale dépendait d'an Birr» moment : cette assemblée, éprouvée par tant de périls, BoiuHrtc n'Iiésila point à le reconnaître. Par un décret rendu à ^âVu* '^ ii^ic, sur la proposiuon des comité, elle destitua

(bro traie. Menou, et conlîa au représentant du peuple Barras le commandement général de l'armée de l'intérieur. Barras, investi des mêmes pouvoirs, avait autrefois assiégé Robespierre dans l'hôtel de ville. Les souvenirs du 9 tbermidor parlaient en sa faveur : il accepta. Pour commander en second sous ses ordres, il désigna luimême un ofBcier dont il avait pu, sous les murs de Toulon, apprécier l'activité et l'intelligence : c'était le général Bonaparte, qui, disgracié après la révolution du 9 thermidor, traînait à Paris une vie pauvre et ignorée. Barras l'avait plusieurs fois rencontré chez madame Tallien; il avait pressenti tout le parti qu'on pouvait tirer des talents de ce jeune Corse : d'ailleurs, l'heure pressait; il importait de prendre-une résolution vigoureuse, et on n'avait pas beaucoup de temps à choisir, jonrnêo Les sectious ToyaHstes pouvaient disposer de qua-'

Kii,id7niiii». rante mille hommes. La convention en comptait à peine huit mille réunis pour sa défense, mais ceus-lù étaient disciplinés et aguerris. Dans la matinée du 13 vendémiaire, on disposa tout pour la procliaine bataille. En tête des royalistes marchaient les généraux Banican et Ouhoux, l'ex-garde du corps Lafond, et le comte de Maulevrier. Le général Bonaparte avait établi sa principale ligne de défense sur le côté gauche des Tuileries, le long de la rivière, depuis le pont Neuf jusqu'au pont de la Révolution (le pont Louis XTI). Sur le côté droit.

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CONTBNTIOIt NATIONALE.

il avait faitoccuper la nie SaÏDl-Honoré et toutes les rues oct. 170S. qui y aboutissent, depuis le Louvre jusqu'au pout Tour- Daot. Le Louvre, le jardin de l'Infante, le Carrousel, étaient garnis de canons. Dans la nuit, le chef d'escadron Murât, par ordre de Bonaparte, avait fait enlever et conduire à Paris toutes tes bouches à feu du camp des Sablons ; et les royalistes, prisaudépourru, manquaient d'artillerie. La gendarmerie, la légion de police, les patriote* de 89, étaient mêlés aux troupes de ligne ou chargés de garder les roules, les principales barrières, les postes importants qui reliaient le faubourg Saint> Antoine au Palais-National. Ces dispositions avaient pour but d'isoler la convention,- de la renfermer, de la protéger, comme dans une citadelle, et de tenir tête aux épaisses colonnes royalistes qui débouchaient à la fois parla rue de Thionville (la me Dauphine) et la rue Saint-Honoré. Remarquons-Ieen passant : de nosjours, la guerre civile ne se fait point ainsi dans les carrefours de Paris. En saine stratégie, un gouvernement n'oserait jamais cantonner toutes ses forces autour d'un point, et laisser à des détachements sans importance le soin de disputer aux insurgés l'immense capitale qui enveloppe de toutes parts les Tuileries. D'autre part, ces mêmes insurgés ne commettraient jamais la faute de s'avancer, par colonnes profondes, contre des retranchements garnis de canons : avant de se hasarder ainsi , ils couvriraient de barricades et de redoutes improvisées le vaste espace qu'on aurait imprudemment abandonné à leur libre arbitre. La guerre civile se faisait alors autrement. Au 20 juin, au 10 août, an 51 mai, au 1" prairial, le peuple n'avait jamais marché qu'en

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êU RÉVOLUTION FRANÇAISE.

,jgj forlfis bandes: on ne savait pas que l'hôtel de ville est un quartier général oà les révolutions s'établissent : on ne connaissait d'autre champ de bataille que la grande cour du château.

Entre deux et trois heures de l'après-midi , les insurgés enlevèrent le pont Neuf, et le général Carteaux, chargé de garder ce poste avec quatre cents hommes, se replia sur le Louvre sans combattre. Le général Danican, au nom des royalistes, somma la convention de désarmer les jacobins, et de rapporter les décrets des 5 et 1 5 fructidor. Le parlementaire, amené devant les comités, leur fit entendre un langage hardi. On s'occupait de désigner viogt-quatre parlementaires pour aller négocier avec les rebelles, lorsque Danican, ne recevant point de réponse, commença l'attaque. Barras fit alors porter dans la salle où siégeait la convention huit cents fusils, dont les représentants du peuple devaient s'armer, si le peuple envahissait le château. ï^s députés, en proie à des émotions diverses, mais affectant un visage calme, attendirent silencieusement qu'on décidât de leur sort. 11 était quatre heures; la fusillade était commencée; l'assemblée y répondait parle cri de Vive la Répidiliquef Cette scèqe rappelait la journée du 10 août. Cependant des orateurs se succédaient à la tribune : les uns, tels que Boissy-d'Anglas, Gamon et Lanjuinais, proposaient de parlementer, et d'examiner les propositions des rebelles ; les autres, entraînés par les discours de Chénier et deDefermon, insistaient pour qu'on passât h l'ordre du jour : la majorité se rangea à lavis de ces derniers. 'icuin ^ combat était engagé au dehors, et, depuis une heure, la victoire semblait indécise. Les royalistes avaient

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CONVENTION HATIOSALE. 181»

pénétré dans les rues Saint-Honoré et de Rohan : Barras oo. 1793. ordonna au général Brune et à l'adjudant Gardane de les repousser de vive force, et la fusillade s'engagea entre les républicains échelonnés sur la voie publique, et les sectioDnaires retranchés dans les maisons, sous les portes cochères, sous l'abri des murs. Un bataillon de garde aalionale, posté sur les degrés de l'église Saint- Roch, incommodait par un feu de tirailleurs les canonnicrs de la convention. Bonaparte se porta à cheval sur ce point, et fît tirer & mitraille sur les sectionnaircs : ceux-ci, écrasés par le canon, résistaient encore; mais le bataillon des pati-iotes de 89 s'élança sur eux à la baïonnette, et les culbuta. Bonaparte fit de nouveau pleuvoir la mitraille dans toute la longueur de la rue Saint-Honoré ; et les royalistes se replièrent précipitamment dans les rues adjacentes, sous les portes, partout oiJ ils pouvaient se croire à couvert. Une formidable colonne d'insurgés venait de déboucher par la me de Thionville, le quai Voltaire el le pont Royal : Bonaparte accourut, el fit tirer sur elle à mitraille. En peu d'instants, cette colonne fut foudroyée de face, écharpée sur ses flancs : la mitraille écrasa ensuite les assaillants du côté du Louvre, sur le Carrousel, dans la rue de la l^i (Richelieu). I^es insurgés firent de nouveaux efforls vers la place Vendôme et le Palais-légalité, ils furent partout vaincus; ils se retranchèrent dans le théâtre de la République (Théâtre-Français) et vers l'Oratoire; ils dépavèrent quelques rues, et commenci^rent à construire des barricades. Barras Gtenlever à la baïonnette une barricade élevée à la barrière des Sergents ; il donna ordre de tirer sur ceux qui remuaient les pavés.

IW RËVOLUnON FRANÇAISE.

o«t, lies, lastniitque des pièces de canon étaient envoyées aux insurgés par la commune de Saint-Germain, il prescrivit à un détachement de cavalerie de s'en emparer, et de désarmer ceux qui l'escortaient. A sept heures du soir, les troupes de la convention étalent victorieuses sur tous les points : la terreur régnait dans Paris. L* . L'assemblée, pour la première fois, usa modéré-

i^^^û^ ment de la victoire : elle sentait que Paris vaincu n'est H hrce. point un ennemi vulgaire. Trois commissions militaires furent nommées, mais elles "ne condamnèrent que des contumaces, qui se présentèrent plus tard devant le tribunal criminel du département, et furent acquittés. Tous ceuK qui s'étaient le plus gravement compromis purent sortir de Paria avec une facilité extrême; l'autorité ferma les yeux, et ne voulut ni les rechercher ni les découvrir. Les thermidoriens, qui s'étaient réconciliés avec les débris du parti montagnard, auraient voulu procéder avec rigueur-, les girondins, d'accord avec la Plaine, firent prévaloir une politique plus généreuse. La plupart des chefs de l'insurrection se cachaient donc sans être inquiétés : l'un d'entre eux, l'ancien garde du corps Lafont, atteint d'une' grave blessure au moment du combat, fut traduit devant des juges : ou voulait le sauver malgré lui, ou l'exhortait à nier les faits mis à sa charge ; mais il s'obstina à décliner cette pitié, et, soit francbise, soit dégoût de la vie, il lit des aveux si formels, qu'on ne put lui épargner l'application de la loi : il reçut la mort avec coarage. Vingt jours après, les personnes compromises cessèrent de se cacher ; elles se montrèrent publiquement dans Paris, au mépris des arrêts de mort rendus

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CONVENTION NATIONALE. m

coQire elles par contumace. Dès ce moment, le prin- oa. nos. cipe de la Terreur avait fait son temps, la révolution était désarmée.

Les événements du 1 5 vendémiaire n'en fortifièrent oenjcn pas moins l'existence de la république : la bourgeoisie, j,,^j^ qui avait voulu faire cause commune avec le trône, ren- 'JjJ'J^ tra dans le silence, et attendit des jours moins mauvais pour elle. Le peuple pauvre, encore plus effayé des souvenirs de l'ancien régime que des traditions récentes (Je la Terreur, se félicita d'une victoire qui consommait la défaite des classes riches et féodales : la convention et les jacobins se réconcilièrent sur le champ de bataille, et en face de leur ennemi commun. Vers le même temps, nos armées remportaient de nouveaux triomphes au delà des frontières du Rhin et des Alpes ; et les Vendéens deCharette, vaincus et dispersés, n'opposaient plus à la république et aux soldats de Hoche que des ennemis découragés et impuissants. Dans l'enceinte de la convention, les thermidoriens et les girondins continuaient des luttes obscures ; mais l'opinion, fatiguée du long gouvernement de l'assemblée régicide, s'inquiétait médiocrement des querelles parlementaires. L'une des dernières séances de la convention fut remplie parla dénonciation de Tallien contre Lanjuinais, Henri Larivière, Lesage (d'Eure-et-Loir), etPelet (delà Lozère), qu'il accusait d'être les agents de Charetle et les complices clandestins des insurgés de vendémiaire. Dubois-Crancé, Fréron et Legendre appuyèrent cette dénonciation. D'accord avec Tallien et la Montagne, ils demandèrent que les députés soupçonnés de royalisme fussent traduits devant des juges ;

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nÉVOLDTlOW FRANÇAISE.

Od. 1705. ils insistaient pourquela convention, bien avertie par la journée du 13 vendémiaire des périls qui menaçaient la liberté, prolongeât encore son pouvoir, et ajournât la mise en activité delà constitution de l'an lit. Lanjuinais se défendit avec courage, et ne nia pas ses secrètes sympathies, Cependant'la dénonciation de Tallien était un pas rétrograde vers le régime de la Terreur : la convention n'osa prendre sur elle de conserver la dictature. Sur la proposition de Louvel, qui, bien que rallié aux tliermidoriens et aux montagnards, continuait d'estimer Lanjuinais, Larivière, Lesage, et les autres proscrits du 31 mai, l'assemblée ne donna aucune suite à la demande de Tallien ; elle se borna à décréter d'arrestation les représentants du peuple Saladin el Rovère, tous deux signalés avec raison, par lx)uvet, comme d'anciens terroristes voués désormais aux idées monarchiques, et complices des sanglantes réactions du Midi. Parmi ceux qui élevèrent la voix pour combattre les propositions de Tallien et faire triompher la constitution, on remarqua le représentant Thibaudcau, sur lequel trente-deui départements venaient de réunir leurs sulTrages. Thibaudeau était du nombre de ceux qui avaient voté la mort de Louis XVI ; mais ce vote sanglant ne le mettait point h l'abri des espérances du parti royaliste et de la défiance des jacobins. Les royalistes, en reconnaissance de l'appui qu'il semblait leur prêter, l'avaient surnommé Barre de fer. Jjj^i™ Le parti thermidorien, toujours uni aux débris de la Montagne, continua énergiquement la guerre qu'il avait déciaréeau câté droit. Il fit décréter d'arrestation Aubry, Lomont, le général Uiranda, et avec eux Gau,

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cowvBrmoN hationalb. «3

député élu au conseil des cinq cents : ces quatre per- od. 1795. sonnages étaient gravement inculpés de conspiration royaliste, et compromis, à ce titre, dans des papiers saisis au domicile d'un nommé Lemaitre, l'un des chefs de l'insurrection de vendémiaire. Chénicr fit un rapport sur les massacres du Midi : à la suite de ce travail, la convention rappelaà Paris les représentants du peuple Guërin, Boursault, Ëspinassy, Durand-Maillane, Olivier Gércnte, ChazaI, Ferroux, Isnard, Chambon et Gadroy, les uns et les autres envoyés en mission pour pacifier le pays, et tous à peu près convaincus d'avoir souffert ou favorisé les réactions cruelles exercées contre te parti révolutionnaire. CependantTallien, Louvet, Barras et Chénier, exhortaient la convention à déclarer nulles et non avenues un grand nombre d'élections déjà accomplies dans les départements. Ils révélaient que le parti royaliste avait opprimé, par des manoeuvres ou des menaces, la liberté et l'indépendance du corps électoral. Dans la séance du 30 vendémiaire (23 octobre), la convention chargea une commission de cinq membres de lui présenter de$ mesures de sakd public, et l'on crut un moment que le parti jacobin allait l'emporter, et ramener le règne de la Terreur. Ces inquiétudes étaient prématurées : le côté droit, énergiquement stimulé par Thibaudeau, fit échouer les projets des thermidoriens et des montagnards réunis ; il empêcha la convention de prolonger sa dictature. Le lendemain, la faction de Talliea essaya de prendre sa revanche : au nom de la commission des Cinq, chargée d'examiner les mesures nécessaires au salut de la république, Tallien (it un rapport dam le-

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49( RÊVOLtmon FIIANÇAISE.

Oit. 1795. 9>iel la situation était dépeinte sous les plus sombres couleurs: le parti de la MoDtagiie, tout près d'abdiquer, se montrait tidèle à ses passions et à ses haines: il léguait à la France une loi de colère et de défiance, et, ce jour-là, la convention se montra elle-même fidèle à ses traditions et à son histoire. Elle décréta que les émigrés, les parents d'émigrés, les royalistes notoires, ne pourraient exercer aucune fonction législative, municipale, judiciaire ; qu'ils seraient exclus de celles de ces fonctions dont, pour le moment, ils se trouveraient investis ; qu'en cas de résistance ou de refus, ils subiraient la peine du bannissement perpétuel ; que quiconque ne voudrait pas vivre sous les lois de la république aurait la permission de sortir de France et d'emporter ses biens, dans le délai rigoureux d'un mois ; que les lois rendues en 1792 et 1795 contre les prêtres orthodoxes seraientexécutéesdans les vingt-quatre heures; que les femmes, les fîHes, et les parentes d'émigrés, seraient renvoyées dans leurs communes respectives, pour y résider sous la surveillance de la police 'municipale ; que tous les ofïiciers de terre et de mer qui n'auraient pas servi sous le régime révolutionnaire, c'est-à-dire depuis le iO août, et qui auraient été réintégrés dans un service quelconque, seraient destitués, et déclarés incapables d'occuper des fonctions publiques.

iccroiue- La convention élait à la veille d'abdiquer : par un ■In. décret longtemps et solennellement discuté, elle réunit

u tan». ^ ''^ république, et divisa en déparlements, le territoire belge, l'ancien Palatinat, la régence de Trêves, le pays de Liège, le Luxembourg, le pays de Juliers, l'électo-

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CONTENTION KATIONALE. 4»

rat de Cologne, les provinces de Clèves et de Gueldre, oci. itm. l'électorat de Mayence, le duché de Deux-Ponts, les évêckés de Worms et de Spire, le duché de Limbourg, le Hainaut, la Flandre autrichienne, et tous les pays situés sur la rive gauche du Rhin jusqu'aux frontières de la république batave : Bruxelles devint le chef-lieu du département de la Dyle; Luxembourg, le chcMieu du déparlement des Forêts; Anvers, le chef-lieu des Oeux-Nèthes; Aix-la-Chapelle, le chef-lieu de la Roër; Mayence, le chef-lieu du Hont-Tonnerre. Il en fut ainsi des autres villes et provinces conquises; et la France, retrouvant les limites de l'ancienne Gaule, vit avec orgueil son vaste territoire distribué en plus de cent départements : les armées avaient dignement payé à la patrie leur dette de sang et de gloire.

Le 4 brumaire an IV (26 octobre 1795), Barras se oemi^n démit des fonctions de général en chef de l'année de *■%' l'intérieur, mais te commandement de la division de Paris demeura confié au général Bonaparte. Ce jour-là, la convention nationale rendit un décret célèbre, aux termes duquel la peine de mort devait être abolie eh France, à dater de la paix générale : par la même loi, la place de la Révolution fut appelée place de la Concorde; une amnistie générale fut accordée à tous les individus poursuivis, détenus, mis en jugement pour crimes ou délits politiques : on se borna à excepter de cette grâce les personnes accusées' d'avoir pris part â I-insurrection du 13 vendémiaire, les prêtres déportés, les fabricateurs de faux assignats, les émigrés, qu'ils fussent ou non rentrés sur le territoire de la république, et avec eux Billaud-Varennes, GoUot-d'Herbois et Bar-

hëvolution française.

Dît. 1795. rère. Il était deux heures et demie; un membre de l'asserablée se prit à dire : Quelle heure eit-ii? Un de ses collègues lui répondit; L'heure delà justice. D'autres ajoutèrent : L'heurede la constitution. Alors Génissieux (de l'Isère), qui était assis au fauteuil de président, agita sa sonnelte, etprononça ces mots d'une voix grave: « La convention nationale déclare que sa mission est « remplie, et que sa session est terminée. » Au même instant, le cri de Vive la République! éclata de toutes parts, et la séance fut levée. Après trois ans de luttes, de sacrifices et de tempêtes, la convention cessait de gouverner la France.

Jn€e»™t Nous l'avous vue à l'œuvre ; les générations conw^'ils temporaines sont encore placées sous l'impression de hnwute. la stupeur que répandirent ses actes, sa puissance formidable, ses travaux gigantesques, ses crimes tristement fameux : et maintenant qui la jugera 7 Certes, si nous ne consultions que notre faiblesse personnelle, nous reculerions devant cette tâche difBàle, notre Sme ne saurait pas s'élever à des régions assez indépendantes des passions humaines-: mais nous cherchons la vérité et la justice, en essayant de remonter aux sources éternelles; pourquoi serions-nous arrêtés par la crainte de n'être pas compris, ou de déplaire? Ne savons-nous pas que l'intelligence et le patriotisme grandissent, au lieu de s'amoindrir, sous les inspirations de la charité et de ta foi?

Ëlue après la journée du 10 août, au milieu des massacres de septembre, alors que les drapeaux ennemis flottaient sur les remparts de Longvïy et de Verdun, en deçà des Ardennes et sur la Marne, la convention

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COHVESnOM HATIOS.U.B, «7

avait re^ du peuple le mandat de faire triompher la oei. no5. révolution française au dedans et au dehors : il lui fallait donc résister à la fois aux récentes traditions de la monarchie et à la noblesse, à l'émigration et aux puissances étrangères; et rien n'annonçait en elle une assemblée assez forte, aàsez dégagée d'égoïsme pour accomplir celte rude tâche. Si l'on veut bien en excepter un petit nombre de citoyens éprouvés par l'étude, ou formés aux luttes révolutionnaires, la convention se composait, en très-grande majorité, d'hommes vulgaires el passionnés, d'esprits étroits, de philosophes sans portée, aimant de bonne foi le nouvel ordre social, baissant la royauté et la religion sans les comprendre, mais préoccupés avant tout de leurs intérêts vaniteux, de leurs théories mal comprises, de l'ambilios de jouer un rdle. Dès l'origine de son pouvoir, ta masse de cette assemblée n'était étrangère ni à la philanthropie, ni à la modération : si elle se résignait à ta victoire populaire du 10 août, elle avait horreur de la tuerie de septembre. Sérieusement éprise des doctrines du Contrat toeial, elle professait, à sa manière, un fanatisme crédule pour la liberté, l'égalité ella fraternité, pourvu que ces bienfoits ne devinssent jamais le patrimoine de ses adversaires : façonnée aux blasphèmes du matérialisme, la convention avait horreur du clergé et des. prêtres; elle ne demandait qu'à leur porter un dernier coup. Elle rêvait une constitution établie d'après les systèmes de l'Encyclopédie el de l'école de Genève, une société sans roi et sans Dieu, où tout serait organisé et gouverné par la force matérielle, divinisée et masquée sousla dénomination de souveraineté du peuple. Divisée,

>f tn nuiq. — mxT. mt. ii. 53

«8 BÉTOLimOH FRANÇAISE.

(ku 1795. presque à l'infini, sur les questions d'application ou de principe, la convention, sur ie terrain des faits et des idées rérolutionnaires, était disposée à marcher, n'importe dans quelle vote on la pousserait, dût-on la pousser très-loin : en attendant, elle paraissait destinëe i perdre beaucoup de temps aux luttes de tribune, à la discussion de certaines ntopies : les partis nombreux qui s'agitaient dans ses rangs pour arriver au maniement des aflaires s'applaudissaient de cette inexpérience et de ces incertitudes, parce qu'ils espéraient les exploiter k leur proût, et habituer la majorité à porter le joug. Les uns voulaient le pouvoir, d'autres convoitaient l'argent; ceux-ci quelques lambeaux de velours arrachés au trdne, ceux-là les dépouilles opimes de la noblesse et de l'Ëglise : beaucoup, plus~ rapprochés que d'autres du gouvernement, demandaient qu'on s'arrêtât, et qu'on se confiât dans leur sagesse; ceux-li prétendaient avoir seuls l'habileté et l'expérience nécesuiresauxchefsdes empires; leurs rivaux, en revanche, revendiquaient pour enx-mâmes le monopote du patriotisme et de la vertu : de là des tiraillements, des conflits d'amonr-propre, des haines sourdes, des récri* minations ardentes, et de toutes parts le reproche d'impérilie, de corruption, de trahison. Le résultat de ces divisions sanglantes devait être d'éparpiller la puissance nationale, quand la révolution et le territoire ne pou* vaient être sauvés que par un grand mouvementde con* centration et d'unité.

Le peuple s'effraya du spectacle que lui offrait l'as' settihlée placée à sa tête. Un de ces instincts qui ne trompent pas avertit la révolution de la nécessita de

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COSVENTION NATIONALE. 49g

soumettre à son joug une cohue de Législateurs et de Oet. rgs, théoriciens que ne ralliait pas assez le sentiment des dangers publics. Le jacobinisme osa entreprendre de gouverner la convention par les faubourgs de la capitale, la France entière par la convention. Le jacobinisme n'était dans le pays qu'une opinion à l'état de minorité; mais une minorité qui a conscience de son énergie, de sa volonté, de son but, conduit sans peine le troupeau des peuples. Les jacobins et la Montagne sacrifiaient tout à la nécessité de préserver le territoire. Dominés par cette pensée Gxe, ib ne voyaient en dehors d'elle que des traîtres^ des corrompus, des agents de l'étranger; pour triompher des résistances, ils n'avaient d'autre argument qae la mort. Les multitudes qu'ils dévouèrent à l'échafaud périrent parce qu'elles furent réputées un obstacle. Dans cet épouvantable système, qui fauchait toutes les létes et toutes les résistances, il s'agissait de condenser toutes les forces actives du pays, et de les faire tendre vers un même but. Quiconque agissait dans ce sens était absous par le jacobinisme : on ne lui demandait point compte du sang innocent, de l'immoralité érigée en loi, de l'athéisme formulée en dogme, de tout ce qu'il y avait d'abominable et de tyranniqne dans les moyens; on se bornait h calculer ce qu'il avait apporté pour sa part d'énergie à l'idée de la Terreur; on regardait comme juste et légitime une fureur devant laquelle toute opposition tremblait et mourait. La convention fut emportée par ce monvement de la révolution; elle se vit forcée de s'y associer, sons peine d'être broyée. Le 21 janvier, elle sacrifia Louis XVI par peur; au 3i mai, assiégée et vaincuet

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MKt RËVOLCnOH FRATIÇAISE.

Oct. 1795. elle se vit contrainte de proscrire l'élite de ses chefs, les girondins, les derniers représentants de la résistance et de la pitié. Plus tard, ellelivra au bourreau te' parti de Danton etdeCamilIeDesmoulins, qui avait osé s'arrêter avant l'expiation ou la victoire. Au milieu de ses convulsioDs, elle fit disparaître la faction des cordeliers et le parti d'Hébert, parce qu'en exagérant la Terreur jusqu'au délire, ils tendaient à l'affaiblir et i la compromettre. Au 22 prairial, terrifiée par l'ascendant de Robespierre, elle se courba elle-même pour un moment, et tout entière, sous le couteau. C'est la première période de son existence; et alors, à travers les fureurs et les crimes de la révolution, s'accomplissaient à l'insu de tous, les jugements de la Providence étemelle.

Au 9 thermidor, les chefs ayant succombé l'un après l'autre, ceux qui leur survécurent reprirent l'exercice du pouvoir dictatorial; mais l'héritage de Danton et de Robespierre était trop lourd pour leurs mains. La Terreur, cette situation violente et inouïe d'une minorité réduite à tuer au hasard, pour se maintenir au gouvernement, cessa d'avoir un prétexte d'être. Le territoire était afianchi, la république n'avait plus en face d'elle que dès ennemis silencieux ou vaincus; elle pouvait ajouter des noms à la liste de ses victimes, inais elle n'avait plus rien à gagner à l'abominable satisfaction d'égorger. La Terreur disparut donc d'elle-même, et les bêtes fauves que la soif du sang poussait à la continuer furent enchaînées, et mises hors d'état de nuire. Aussi, un an se passa à déblayer quelques ruines, à replacer quelques pierres, à punir quelques scélérats. Durant

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CONVENTION NiTlOHAlE. SOI

cette époque de transition, la convention se traîna en- od. itm|. core à la remorque des partis du dehors : il ne s'agissait plus de vaincre, mais d'organiser; et ce rAle appartenait aux théoriciens, aux proscrits du 51 mai. Descendue jusqu'à ces proportions secondaires, livrée aux révolutionnaires subalternes, la convention s'éteignit lentement, sans éclat, à peine réveillée par le double bruit des fusillades de Quiberon et de la mitraille de vendémiaire.

Gomme ces fléaux de Dieu, â qui il a été donné de châtier le monde, de noyer les peuples dans le sang, et de concourir malgré eux k la régénération de l'ordre social, la convention servit d'instrument involontaire à cette Providence qu'elle osait blasphémer ou méconnaître.

La royauté avait à expier plusieurs siècles de fautes, elle avait à rendre compte à Dieu du long exercice de son pouvoir; et le châtiment tomba sur T/)uis XVI, roi honnête et ami du peuple, afin qu'il fût bien évident aux yeux de tous que Dieu humiliait la royauté, et non un coupable. L'infortunée Harie-Antoinette, madame Elisabeth, madame de Lamballe, tantd'aulres victimes généreuses et pures, versèrent leur sang, afin qu'il plût à Dieu de pardonner à la France les scandales des vieux adultères royaux, dont l'opprobre avait été pour beaucoup dans la corruption du peuple. La noblesse de France, purifiée par t'échafaud, paya pour ses ancêtres, pour les débauches de la régence, pour l'ignominie des complaisants de Louis XV. La persécution, l'exil et la hache, en frappant l'élite des prêtres, ravivèrent la foi par le martyre, et rendirent au clergé de France cette

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Ht BlTOLimON FRASÇAISB.

Qd. .lias, sainte autorité que le relâchement des mœurs et de la discipline n'avait que trop altérée : Dieu vanna son Église, il sépara la paille du boa grain; et les pieux confesseurs que l'orage révolutionnaire envoya au loin chercher un abri allèrent bien souvent, proscrits et pèlerins, à travers les nations séparées de Rome, faire revivre la religion catholique oubliée ou méconnue ; de l'émigration de nos prêtres, date la réaction catholique en Angleterre et sur d'autres points. Tout s'enchaîne et se lie dans ces secrets de Dieu, qu'il nous est à peine jiennis de pressentir et d'entrevoir.

Hais Dieu aime la France : au milieu des égarements de notre patrie, Dieu n'oublie pas ses desseins sur elle. D l'a placée à l' avant-garde des peuples, pour les conduire, pour frayer leur marche, pour être la fllle aînée de l'Ëglise, l'instrument merveilleux de la civilisation et de la foi. Dieu châtie la France et la conserve. Alors même qu'il verse sur elle le trésor -de sa colère, il plaigne consentir à ce qu'elle soit grande et vigoureuse, ■à ce qu'elle retienne assez de force pour accomplir sa tâche parmi les nations. La convention fut encore sons ce rapport, et à son insu , un rouage utile. La Montagne triompha des rois étrangers; elle sauva le territoire, que l'émigration ou la Gironde auraient compromis. Elle imprima à la France une impulsion universelle et formidable, qui la Gl peser tout entière dans les camps et sur l'ennemi : mettez à sa place un pouvoir scrupuleux, un gouvernement modéré, des chefs timidement soumis aux lois, des hommes qui auraient compté sur le lendemain, et ta France se serait trouvée faible, vaincue, démembrée. Chaque résistance tentée a«

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CONVEHnOH H&TIONALK. 5«

dedans aurait attiré à elle une part de la force centrale, qci. 1795. et diminué d'autant la possibilité de vaincre l'ennemi du dehors^ les années n'auraient point voulu concourir à un plan commun; les généraux auraient perdu nn temps précieux en manœuvres, eu combinaisons fausses; ils auraient été battus en détail. Le comité de salut public, émané de la Montagne, ne laissa point ces chances à l'étranger; la république prévalut, et l'intégrité de la France fut préservée. C'est le seul trophée de la convention, mais il est grand;

Hâtons-nous de dire qu'il ne l'absout pas : si le Dieu des armées lui permit de vaincre, s'il fit servir la fureur du méchant à l'accomplissement de ses desseins, l'opprobre ne doit pas moins retomber sur le coupable. Malheur à ceux qui répandirent te sang innocent, et portèrent une main sacrilège sur les pierres du sanctuaire ! Parce qu'il a plu It Dieu de tromper leurs espérances et de se jouer de leurs dTorls, ils n'ont pas le droit de se croire exempts de crime.

Hais, après les avoir condamnés, oublierons-nous, h notre tour, la faiblesse de l'homme, et serons-nous sans indulgence et sans pitié? Ne faudra-t-il pas, en jugeant ces hommes de 1793, ces montagnards, ces jacobins, ces girondins, ces dantonisles, c«s proconsuls d'effiroyable souvenir, leur lenir compte des circonstances au milieu des<iuelles chacun d'eux eut à se mouvoir, à parler, à combattre ? Ne ferons-nous point la part de ce qu'il y eut d'imprévu et de terrible dans leur situation? Les mesurerons-nous à la mesure des temps ordinaires, des époques normales? Oublierons-nous qu'ils luttèrent sur le penchant d'un abîme, se portant des

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W BÈTOLDTIOII FRAHÇAI».

Oet. 11S5. coups dans l'ombre, au milieu de l'exaltation d'àne bataille sans égale, à une heure où de part ei d'autre chaque blessure donnait la mort?... Ehl qu'eussionsnous fait nous-mêmes sous l'empire de ces désastreuses circonstances? Nous serions-nous trouvés jusqu'au haut exempts de passions et d'erreur, calmes et justes?...

Fin DD DEtniiME VOLDlie DE L*HISrOIRB DE U GOmSKTIOIl.

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PIÈCE JUSTIFICATIVE

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