LIVRE SEPTIÈME
inU. 119*. j^ supplice de Robespierre étant consommé, la posuHndeii^ pulatioii dc Paris se livrait à des transports inouïs de "^^ joie et d'ivresse; les citoyens s'embrassaient dans les rues, ils se disputaient à prix d'or les journaux qui rendaient compte des éTënemenls de la veille; ils osaient enOn laisser éclater leurs sentiments, et maudire à haute voix la Terreur. Cependant on ne se rendait pas bien compte des motifs de la révolution thermidorienne : parmi ceux qui l'avaient opérée, on remarquait des septembriseurs et des bourreaux justement exécrés; on s'étonnait de ce que le salut vint de leurs mains : mais, sans beaucoup perdre de temps à comparer les effets et les causes, on pressentait, on se disait qu'après tout le gouvernement de la mort avait fait son temps, et qu'aucune puissance humaine ne pourait le réorganiser. Que voulait-on de plus? le reste serait l'affaire du temps. Or, c'était surtout dans les prisons que se manifestait l'allégresse la plus vive. ' La veille, on s'était cru menacé d'un nouveau 2 septembre, et, au bruit du tocsin de l'hôtel de ville, les détenus avaient répété en frémissant ce mot de l'un
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CONÏESTIOK NATIONALE. S41
d'eui : Aujourd'hui nous avons tous quatre-vingt-dix jj^nTïmT dm. Comme aucun papier public ne pénétrait dans les prisons, les rumeurs et les cris qiù retentissaient au dehors {Coûtaient d'heure en heure aux angoisses; bientôt, sur la figure des gardes, on entrevit le signe du découragement, et I'od espéra : l'espoir fut bientôt changé en certitude, et il n'y eut plus de doute sur la ruine de Robespierre et de son parti, lorsque le geôlier de la Conciergerie eut osé (aucune circonstance ne semblait puérile) chasser brutalement son chien, en lui donnant le nom de Robespierre.
Tandis que dans les cachots, dans les rues, sur les '^■^|^ routes, de ville en ville, éclatait un enthousiasme sans ^^"JoSHJ mesure, la convention ne savait que faire de sa victoire. Dès le il thermidor, deux tendances se manifestèrent dans le sein de l'assemblée, deux partis s'y trouvèrent en présence. Les vainqueurs de la veille, sans se diviser encore, commençaientà moins se comprendre; les deux comités, satisfaits d'avoir rejeté de leur sein les membres qui avaient conjuré leur perte, voulaient continuer le mouvement révolutionnaire dans toute sa rigueur, sauf à s'arrêter à la paix. Solidaires de tout le passé, ils n'en répudiaient que ce qui aurait pu les at< teindre et les punir. Ainsi pensaient Collot-d'Hcrbois, Billaud, Vadier et Barrère; mais les députés qui s'étaient associés à leur résistance et à leurs périls, Tallien. Bourdon |de l'Oise), Legendre, Préron, et tous les membres de la Plaine, se montraient impatients de briser le joug, d'en finir avec 1« comités, et de restituer à la convention la plénitude de son pouvoir et de son initiative. Les hommes de ce parti ne tardèrent pus
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313 RÉVOLUTION FDANÇAISE.
Juin. 1194. à être désignés sous le nom de thermidoriens; leurs rivaux continuèrent à regarder comme un honneur la qualification de terroriiiet : k entendre ceux-ci, rien n'était changé; il n'y avait qu'un tyran de moins. Durant les premiers jours, l'assemblée parut hésiter entre les deux politiques : affranchie de crainte, elle respirait, et il lui était doux de recevoir chaque jour à sa barre les corps constitués et les dépulations des communes et des sociétés populaires, qui venaient la remercier d'avoir frappé le nouveau Catilina, le tanguinaire hèrilier de Cromwell : ce sont là les oraiswis funèbres décernées aux partis vaincus. Ce n'était point d'ailleurs que le bourreau se fût en^èrcmenl reposé. Avec Robespierre avaient péri vingt-quatre de ses partisans les plus aveugles, et, dans ce nombre, Fleuriot- Lescot, le maire de Paris; Vivier, président des jacobins; et l'exécrable Simon, cordonnier et instituteur du fils de Louis XVI. Le 11 thermidor, quinze charrettes *"pp|5^ *• traînèrent à la guillotine les autres membres de la mu- Rob^cm. nicipalilé proscrite, au nombre de quatre-vingt-onze, j compris le général Boulanger et le jacobin Syas, deux séides de Robespierre. L'opinion s'étonna de ce qu'on sacriCait tant de misérables, pour la plupart fort obscurs; elle aurait voulu qu'on se contentât du supplice des chefs, et qu'on laissât vivre les membres de la commune, dont le seul crime était de s'être trouvés à l'hdtel de ville dans la nuit dn 9 thermidor. Le 12, l'alroce CofBnhal, vice-président du tribunal révolutionnaire, fut à son tour mis â mort. Cet homme avait réussi à se cacher, durant deux jours, dans les chantiers de l'ile des Cygnes; mais, poussé par la faim, il
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avait dâ sortir de celle retraile pour demander un asile Jum. iiM^ plus sAr à l'un de ses amis : celui-ci le livra aux bourreaux. L'ami de Coflînhal ne pouvait être qu'un lâche. Pendant que le complice de Fouquier-Tinville allait à la mort, le peuple, toujours féroce, insultait à son agonie.
Les comités proposèrent à la convention de réorga- ^£^^!?~ niser le tribunal révolutionnaire; Barrère lut un projet ^^ de décret qui maintenait la plupart des jurés et des ju- J'»'^'"»^'"ges, et conservait les fonctions d'accusateur public à Fouquier-Tinville : à ce nom, un murmure général d'indignation couvrit la voix du rapporteur, et Fréron s'écria : « Je demande qu'on purge enfin la terre de a. Fouquier-Tinville, et que ce monstre aille cuver dans « les enfers le sang qu'il a versé. » La convention nationale éclata en longs applaudissements, et décréta d'accusation le misérable auquel les comités osaient continuer leur confiance.
Ainsi les terroristes subissaient un premier échec. P'^v*' ^» >* La convention, dominée par une majorité imposante t>>^^'> formée des thermidoriens et de la Plaine, abolit l'infâme loi du 22 prairial, et la loi non moins odieuse rendue contre les suspects : elle ordonna que le nouveau tribunal révoluUonnaire procéderait suivant des formes moins rigoureuses; elle rendit aux accusés le droit de se défendre. Sans se laisser intimider par l'orgueil de Billaud-Varennes et par les sourdes menaces de Barrère, elle réorganisa les comilës dictatoriaux sur des bases plus compatibles avec ses propres droits, et elle reprit en main le gouvernement de la république. Les thermidoriens, emportés par la réaction, cher-
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JaiH. 11M. chaient h pousser l'assemblée au delA de ces limites : ils demandaient la suppression des comilés; mais Bourdon (de l'Oise) ût observer qu'en se laissant aller à c^innovations irréQcchies, on ne ferait qu'abolir un gouvernement vigoureux, à l'énergie duquel la république devait ses victoires : la convention se borna donc h desmesures de détail mieux en harmonie avec les bescûns delà révolution. Cependant elle remplaça par des hommes plus modérés les membres des comités dont le& places étaient demeurées vides; elle assura l'indépendance réciproque des deux comités, en leur assignant des attributions distinctes : la haute police fut confiée au comité de sûreté générale; le comité de salut public fut chargé des opérations diplomatiques et militaires; on décréta qu'ils seraient renouvelés par quart au commencement de chaque mois, et que nul des membres qui les composaient ne pourrait être réélu qu'un mois après le jour où il en serait sorti; Jagol et Lavicomterie, auxquels on pouvait imputer d'avoirété les agents dévoués de Robespierre, furent exclus des comités, ea attendant qu'on examinât de plus près leur conduite. Le misérable Joseph Lebon, qui s'était souillé de tant de crimes à Ârras, partagea le sort de Fouquier-Tinville, et fut décrété d'accusation : pareille mesure fut prise à l'égard d'Hermann, l'ancien président du tribunal révolutionnaire; de Rossignol, le grossier émule de Ronsin et de Westermann, et du nommé Héron, le chef des agents de la police instituée par Robespierre* Quant au peintre David, qui avait promis à Itobespierre de boire avec lui la ciguë, il désavoua Iftchement celte amitié, et promit, avec tous les signes delà peur»
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COKVBCTIOS KATIOKALE. S»
d'être tlésormais plus défiant à l'égard des faux pa- mu. i7m. triotes. La convention, assez peu rassurée par ces rétractations, ordonna que David cesserait de faire partie du comité de sûreté générale, et serait iraduit devant des juges. Âlin de calmer peu à peu la fièvre révolutionnaire qui exaltait la multitude, la convention décida que les citoyens ne pourraient s'assembler dans leurs sections qu'une seule fois par décade; et comme, sous la domination de Robespierre, on avait statué que chaque san^culotte pauvre qui se rendrait à ces assemblées recevrait une solde de quarante sous par jour, on considéra comme une mesure prudente de supprimer cette liste civile accordée à la paresse et à l'anarchie.
C'étaient là des réparations qui coûtaient des regrets à la Montagne, et qu'on ne lui arrachait que peu à ""Çj^, ^'' peu. Insensiblement donc, sur les bancs élevés où sié- ■nonwgniN. geaient les députés jacobins, on commençait à plaindre Robespierre, à vanter son patriotisme auâtère, et l'on se dit que les indulgentt, les aristocrates et les royalistes profitaient seuls de sa mort : or le tribunal révolutionnaire réorganisé prononçait encore des condamnations capitales, d'ailleurs assez rares.
Dans la nuit du 9 au 10 thermidor, le député Le- l« jkoUdi, gendre s'était rendu dans la salle des jacobins, le pis- Mii^im^iM tolet au poing et l'outrage à la bouche : sa présence, "fj^' rapprochée des événements qui s'accomplissaient au tnn>^ dehors, avait frappé le club d'épouvante ; et Legendre, agissant d'autorité, avait chassé les jacobins du lieu de leurs séances, puis, sorti le dernier, il avait mis la clef dans sa poche, et était venu en faire hommage à la convention. Huit jours après, les jacobins, relevant la tête,
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5il> RtVOI,UTIO.N KnA?JÇAISE.
juiii. 17M, se reconstituèrent, et reprirent leurs travaux; alorsl'opinion publique se demanda si la convention compléterait l'œuvre de thermidor, ou si elle la laisserait inachevée. TjC pays, saisi d'horreur au seul nom de Billaud-Varennesj commença à craindre de voir ce monstre, le complice des assassins de septembre, héritier du pouvoir de Robespierre , rétablir, d'accord avec Vadier, Collot-d'Herbois et Barrère, la sanglante dictature qu'on avait crue détruite. Bientôt les démonstrations courageuses de Tallien et de Dourdon (de l'Oise), l'altitude si nouvelle de Fréron et de Legendre, contribuèrent i rassurer les esprits.
siwiuon If- Sans doute le parti modéré avait encore des assauts k dapirti*. livrer pour asseoir sa puissance; mais il était sûr de vaincre, parce que la terreur ne pouvait être désormais qu'un monstrueui elTetsans causes possibles. Des comités de clémence s'étaienlformés sans caractère ofTiciei, mais avec dévouement. Legendre et Merlin de Thïonville avaient visité les prisons, et avaient fait mettre en liberté un grand nombre de victimes. Quoique peu disposé à l'indulgence, le comité de sûreté générale ne put résister au torrent ; il consentit à briser les fers de beaucoup de suspects, et des ennemis notoires de la révolution se virent rendus à leurs familles. Tallien, dans le comité de salut public, secondait avec ardeur ce mouvement. Parmi tes personnes qu'il avait tirées de leurs cachots, on avait vu figurer en premièreligne r'ilîr* ^^'^ femme dont les conseils avaient provoqué la résistance du 9 thermidor: une fois libre, elle avait épousé Tallien, et donné une vaste carrière à la politique de pardon et de pitié. Les parents des détenus ne
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COSVENTIOS SiTiOSAI^. 3t7
l'imploroienl jamais en vain, et la reconnaissance du Juin. not. parti royaliste se manirestait à son égard d'une manière bien expressive, en la désignant du surnom de Piotre- Dame de thermidor.
Sous l'empire de ces impressions contraires, la con- Attund» vention délibérait, et chaque jour elle passait, d'une conocniion. résolution empreinte de terrorisme, à des mesures plus calmes et moins implacables. Le 26 thermidor, Duhem, député de Lille, Baudol, Taillefer et Vadier, se plaignirent de la réaction flagrante de l'aristocratie et du modéranlisme; ils incriminèrent les ordres d'élargissement prodigués en faveur des suspects, et ils obtinrent qu'on ferait imprimer la liste des prisonniers mis en liberté, et de ceux qui avaient osé cautionner leur innocence ou leur patriotisme. C'était rentrer dans la loi des suspects par une porte nouvelle et large : Tallien le lit adroitement sentir, en provoquant à son tour une loi aux termes de laquelle on devrait publier la liste des personnes qui avaient fait incarcérer les détenus. Ces deux décrets une fois rendus, on se récria, et l'on fit remarquer que la convention venait de voter la guerre civile, en établissant deux grandes catégories de dénoncés et de dénonciateurs. « Oui, reprit Tallien, « oui , c'est la guerre civile; et je le pense comme vous. -« Oui, vos deux décrets mettront en présence deux a espèces d'hommes qui ne pourront pas se pardonner: « mais j'ai voulu, en vous proposant le second décret, « vous faire sentir les inconvénients du premier. Maintt tenant, je vous propose de les rapporter tous les « deux. » ]a convention décida par acclamations que CCS deux décrets seraient réputés comme non avenus.
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M8 RfiVOUrTIO^ FRANÇAISE.
Aooi 17IH. Le il fructidor, les ihermidoriens furent moins Tpobtm heureux : l'un d'entre eux, Lecoinlre, de Versailles,
jnLtermMD-monla à la iribunc, et, après avoir succinclement ex- -posé les crimes de BiHaud-Varennes, de Collol-d'Herbois, de Barrère, de Vadier, d'Amar et de Vouland, il demanda que ces six députés terroristes fussent mi» en accusation et traduits devant le tribunal révolutionnaire. C'était le parti de Danton prenant sa revanche contre ceux qui avaient frappé son chef. Slais la proposition de Lecointre n'avait été concertée ni avec la Montagne ni avec la Plaine. La convention ne se trouvait point assez audacieuse pour y donner suite ; et, d'ailleurs, faire le procès à six montagnards pour les punir de leurs excès, c'était entrer dans une voie dangereuse, et menacer la tète d'une foule d'hommes tels que Laignelot, André Dumont, Fouché, Carrier, Pinet, Léonard Bourdon, Barras, Garnier de Saintes, Dartigoyte, Maignet, Honestier, Javogues, Albite, Meaullé, Lejeune, et tant d'autres qui, sous prétexte de Tanatisme et de fédéralisme, avaient noyé dans le sang des contrées entières. Billaud-Varennes avait trop de complices pour ne pas les rendre solidaires de sa fortune : « Si les crimes que Lecointre nous reproche, dit-il, « étaient prouvés, s'ils étaient aussi réels qu'ils sont « absurdes et chimériques, sans doute il n'est aucun « de nous dont la tête ne dût tomber sur l'échafaud. » La convention le comprit, et elle se hâta de voter l'ordre du jour, en déclarant liCcointre calomniateur. Elle ne voulut pas, selon l'expression de Billaud , « faire mourir la liberté sur ta tombe du tyran Robes- « pierre. »
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CONVEKTION H&TIONALK 3»
L'époque du renouvellemeat partiel des comités Aoatiiot. «tant arrivée, le sort désigna Barrère, Carnot, Robert nwuTeiic- Lindet, coinme devant sortir du comité de salut public; it* coniu*. Vadier, Vouland, Moyse Bayie, comme devant cesser de faire partie du comité de sûreté générale : on les remplaça par des thermidoriens. CoUot-d'Herbois et Billaud-Varennes, froissés par le contact de ces nouveaux collègues, qui parlaient de clémence et de justice, se sentirent trop faibles pour surmonter le dégoût de leur position :>ils se démirent des fonctions qu'ils avaient si longtemps conservées. L'ancien comité de salut public, souverainement chargé, jusqu'alors, de ce qui intéressait la sûreté de la patrie, avait reçu de la loi le droit d'appeler à lui les autres comités, et de se faire rendre compte de leurs opérations. Pour empêcher qu'à l'avenir il ne continuât de concentrer ainsi dans ses mains la puissance executive, on créa sdze comités qui furent déclarés égaux entre eux, et qui, en vertu de celle indépendance, ne tardèrent pas à entraver réciproquement leur marche. Les quarantehuit comités révolutionnaires de Paris furent réduits à douze. Tous les comités révolutionnaires établis dans les communes furent épurés, et soumis à un renouvellement périodique. La convention confia aux représentants du peuple en mission dans les départements ' ie soin de réorganiser toutes les adminiàlraiions publiques; mesure habile qui permettait à la représentation nationale d'ajourner les choîi du peuple, et de couvrir la république d'agents à sa dévotion. Dans les ^r*>^ derniers jours de fructidor, le représentant du peuple '■'"•■ Dorand-Haillane, ancien membre de l'assemblée con-
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360 BÈVOLUTIOK FIlANÇAiSE.
scpi. 1704. slituante, dumaada le rétablissement de la liberté de la presse ; il attribua à la suppression de celte précieuse garantie tous les excès de la Terreur. Cette motion ne tarda pas à être reproduite par Fréron ; mais les mootagaards, qui savaient bien à quel usage on allait faire servir la liberté de parler et d'écrire, demanJcrent qu'on voulût bien s'en tenir à la déclaration des droits de l'homne. Sans doute la liberté de la presse était reconnue en principe dans cette déclaration ; mais, en réalité, elle avait été paralysée sous le régime de la Terreur, et personne, depuis Camille Desmoulins, n'avait osé user d'un droit exposé à tant de périls. La convention ajourna la solution de ce problème difGcile, en renvoyant aux comités l'examen de la question : en agissant ainsi, elle se montra plus disposée à céder qu'à résister, et, insensiblement, les journalistes reprirent des allures bardies. On vît donc paraître des brochures et des feuilles dans lesquelles tes doctrines et les regrets du parti royaliste étaient assez mal dissimulés sous un voile transparent. De cette époque data la réputation et les elTorls courageux de MM. Berlin. Fiévée, Micbaud, Martainville, Charles Lacretelle et Geoffroy, écrivains encore au début de leur carrière, et que soutenaient, de près ou de loin, la Harpe et Harmontel, disciples de Voltaire, qui désavouaient leur maître; Fonlanes, Suard, Dupont de Ifemours, amis d'une liberté calme et civilisatrice; l'abbé Morellet, philosophe à demi repentant, et qui avait vu Ji l'œuvr* la révolte et l'athéisme. De son côté, Fréron, qui avait autrefois abusé de la liberté de la presse jusqu'au cynisme, fit reparaître, sur un autre plan, son Orateur
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CONVENTION HATIONALE. 351
av peuple; et cette feuille fut désormais consacrée à ta Sept. nQ*? réaction Uiermidorienne.
Durant celte époque de transition d'assez courte du- lu^<^ ^ rée, les émotions furent vices et passionnées. La latte ^^^^ entre- les thermidoriens et les terroristes devint chaque jour plus ardente, les uns provoquant, les autres s'obstinant à refuser les mesures de réparation et de clémence sollicitées par l'opinion puMiquc. Les partis étaient d'accord pour charger d'imprécations la mémoire de Robespierre; mais les uns et les autres se reprochaient d'hériter de ses plans et de sa pensée, et se renvoyaient lesdénominations injurieuses de buveurs de sang ou de conspirateurs aristocrates. Au fond, te nom de Robespierre n'était qu'un prétexte de guerre, bien que le temps ne fût point venu où l'on pourrait apprécier en connaissance de cause le râle politique de cet homme. Placée entre deux factions, la convention continuait à hésiter. Gomme pour donner un dernier gage à la Montagne, toujours redoutée, elle décrétait que, le jour de la cinquième sans>culoltide de l'an II ('20 septembre 1 794], tes restes de Harat, l'Ami uim m du peuple, seraient transférés au Panthéon. Ce ne fut piCTium*.* pas pour le parti réacteur et pour l'Europe un médiocre sujet d'étonnement que la cérémonie funèbre célébrée, en l'honneur de Marat, deux mois après le 9 thermidor. Ce jour-là, la convention, les sociétés populaires, les élèves de Mars (l'École militaire), et toutes les autorités constituées, formaient un cortège sinistre, dont le seul aspect semblait l'éclatant désaveu de toute politique d'indulgence et de pitié. On &l station dans la rue de Thionville (Dauphioe), où siégeait le club des
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5B8 - nEVOLUTIOH FRANÇAISE.
i^^TmT cordelière , et l'on prononça des oraisons funèbres dignes de la cérémonie. « A trois heures et demie, dit « te Moniteur, le cortège arriva au Panthéon; » puis le narrateur officiel se hâte d'ajouter: « Au moment « où l'on deseendail du char le cercueil qui contenait a les cendres de l'Ami du peuple, on 'rejetait du a temple des grands hommes tes restes impurs du « royaliste Mirabeau. » Ce jour fut une fête pour Billaud-Varennes, et Ton crut voir reparaître, comme une prochaine menace, les exécrables triomphes du 2 septembre.
.luituiie Xu dehors, l'agkalion était bien autrement signifi- ]£iu^c cative. Les jacobins avaient confié à quinze d'enUe eux le soin d'épurer leur société, et d'en retrancher quiconque s'était rendu à l'hôtel de ville dans la nuit du 9 thermidor, pour y soutenir Robespierre. Le comité d'épuralîon, composé d'hommes qui regrettaient Robespierre mort après l'avoir défendu vivant, se contenta de quelques assertions vagues, et rendit leur diplôme de jacobin à tous ceux qui prêtèrent serment de ' s'être trouvés, le 9 thermidor, au poste du detoir. La société des jacobins se trouva donc réorganisée avec les mêmes éléments, et Collotni'Herbois y reconquit assez promplement beaucoup de popularité. Le club des cordeliers, qui se faisait appeler Société det droita de l'homme, montrait peu d'audace, mais continuait néanmoins à recevoir dans ses rangs d'incorrigibles hébertistes, qui se rassuraient peu à peu. Dans ces deux centres d'opinions terroristes, on cherchait encore à exaller le peuple, à rallumer de vieux brandons d'émeute. Le sujet ordinaire des plaintes des orateurs
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COItVERTIOK NATIONALE.
était la trop grande facilité avec laquelle on élargissait sept. ii»i. les aristocrates, tandis qu'on sévissait avec rigueur contre les patriotes. On provoquait des manifestations «ontre les thermidoriens et les dantonistes; on envoyait des diîputations à la convention pour dénoncer les modérés et les traîtres qui, sons le masque d'une fausse justice, tendaient à rébabiUler le royalisme et h tusamner la liberté. On se plaignait du tribunal révolutionnaire, qui ne sévissait que bien rarement contre les aristocrates, et qni réservait ses sévérités aux amis de la révolution; puis on s'enhardissait jusqu'à la menace. Biilaud-Varennes parlait avec audace du réveil ■ du lion. Duhem, montagnard exalté, disait, à son tour: Le» crapauds du Marai» relèvent la tête! tant mieux; elle Mra plus facile à couper. Tandis que l'irrilaiion croissait de part et d'àutro, des événements imprévus contribuaient encoro à augmenter les défiances et les colères. Un jour, l'immense poudrière de Grenelle santa en l'air (14 fructidor), et l'alTreuse explosion, cnn» qui Gt trembler le sol et ébranla toutes les maisons, '**'"'•■ coAta la vie à plus de mille personnes. Des bandes nombreuses parcoururent alors les rues en brandissant des piques, et en criant : « Aux armes! vengeance! «c Frappons les royalistes avant qu'ils nous aient égor- « gés. » De leur côté, les royalistes imputaient aux jacobins le malheur de la journée ; et sans doute on se calomniait réciproquement. Quatre jours après, vers onze heures du soir, comme Tnltien rentrait chez lui, rue de la Perle, un homme embusqué sous une porte codtère de la rue du Grand-Chantier lui lira, à bout portant, un coup de pistolet, et s'évada. L^ blcssurtf
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351 RÉVOLUTION FBAKÇJIISE.
3^, i794 Tut peu dangereuse; et l'on a même lieu de (TDireqoe cette tentative d'assassinat n'eut rien de sérieux, n'ayaid été imaginée que pour compromettre les jacobins et les terroristes. Quoi qu'il en soit, on ne s'avisa guère, dans le parti dominant, de révoquer en doute les intentions du meurtrier; et Merlin de Thionville, l'un des thermidoriens les plus ardents, ne manqua pas d'exploiter à la tribune de la convention cet incident équivoque. Pendant plusieurs jours, l'assemblée demeura sous l'impression d'une colère qui fit perdre beaucoup de terrain aux exailés; tandis que, pour entretenir ces dispositions , les thermidoiiens provoquaient des adresses et des félicitations emphatiques, felle est la moralité des partis, qu'ils se combattent volontiers avec des armes mauvaises, comme ces bai^ barcsqui mâchent les balles et empoisonnent les poignards.
n«ia i» Les thermidoriens cherchèrent à se créer une sorte ^S^u ^'^^"^^^ °^ ^^ garde prétorienne, qui les soutiendrait iMUMA. **"*''^ '^s jacobins et les maralistes des faubourgs ; les circonstances étaient favorables, et ils les mirent h profit. Le journal de Fréron fit paraître un article véhément rédigé par Dussaulx, et qui débutait ainsi : a Aux « armes, jeunes orphelins ! La tyrannie vous a enlevé o un père ; une mère peut-être vous reste â défendre. « Aux armes I Vous à qui le 9 thermidor a rendu les « auteurs de vos jours, non, vous n'êtes pas dignes de « leurs embrassemcnts, si vous souffrez, dans une « lâche inaction, qu'on vienne les en arracher. N'ena tendez-Tous pas que le crime vous en menace 7 Des « hommes de sang redemandent la proie que nous leur
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« avons ravie. Accourez autour de la convention, qui sept 17U. R veille sur les orphelins et les pères, mais que des « brigands et des assassins veulent encoi'e opprimer. « Hontrez-Tous respectueux pour elle, terribles pour « ses ennemis I » C'était un appel à la guerre civile ; mais il devait convenir à des hommes qui ne se trouvaient point suflisammenl vengés et protégés par les lois et les pouvoirs réguliers. Le soir même, deux ou trois mille jeunes gens y répondirent, et formèrent comme nne avant-garde thermidorienne, destinée h prendre partout l'offensive contre les jacobins et leurs afBdés. Cette force, dénuée d'organisation précise, essentiellement mobile dans sa composition et compacte dans ses sentiments de vengeance, fut grossie de toute cette portion de ta jeunesse parisienne qui, loin d'avoir pris part aux attentats populaires, les avait délestés ou en avait été victime. Elle reçut à cette époque le nom de jeunette dorée de Fréron, parcequ'elle se composait de u^a»^ miKcadins, élégants du jour dont le costume, ridicule- (J'^hUi ment prétentieux, formait un étrange contraste avec la jU^m. carmagnole, le bonnet rouge, ella malpropreté affectée des hommesdu parti terroriste. Les muscadins étaient surtout remarquables par leurs habits k grands collets de velours, par l'ampleur démesurée de leurs cravates, et par le soin avec lequel ils retroussaient leurs cheveux, de chaque côté, en petites tresses qu'on appelait cadenettes. Cette singulière coiffure avait pour but de rappeler la dernière et lugubre toilette des condamnés à mort. Les muscadins étaient armés de cannes ou de Mtons plombés; ils se ralliaient au chant d'un hymne composé par les poètes de la réaction thermidorienne,
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556 ItÊTOUTTlON FftÂHÇAISE.
Sapt. 1191. qu'on appelait le Béceit du peuple : leurs assemblées bruyantes se tenaient dans les jardins et dans les galeries du ci-devant Palais-Royal, alors appelé Palais-Ëga- *lité. C'était près de là que.se réunissaient les jacobins et les citoyens habitués à suivre les séances du club, auditoire sombre et redouté,' dans le sein duquel fignraient encore les Furies de la guillotine et les tricoteiim de Bobetpierre. Le jour, pendant les séances du dub et des comités, au Palais-Egalité, et au Palais-National (les Tuileries) ; le soir, dans les salles de théâtre, h jeuncsic dorée saisissait ou faisait naître toutes les occasions de provoquer les jacobins, de les insulter, de les battre, et de mettre en fuite ceux qu'ils appelaient ta canaille récolulionnaire, à la grande satisfaction des oisifs et des marchands, que ce spectacle inattendu ne cessait de réjouir.
^^^, Les députés jacobins, et parmi eau Billaud, Duhem, Carrier, Levasseur (delà Sarihe), et Duroy, signalaient à la convention ces actes d'agression flagrante ; mais l'assemblée s'en montrait fort peu émue. Un autre club ' s'était d'ailleurs formé, qui achevait de compromettre aux yeux de l'opinion les sociétés populaires : c'était le club électoral, qui travaillait à soulever la multitude contre la convention, lui reprochant d'usurper la souveraineté du peuple et de se perpétuer au pouvoir, au lieu de convoquer les assemblées primaires et de rendre au pays la plénitude de ses droits. ' Les deux clubs s'entendaient pour braver de concert l'autorité des représentants du peuple. Plus ils avaient à se défendre contre les outrages et les avanies dont les poursuivait la jeunesse dorée, plus ils s'exaltaient à '
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CONVElmOK NAnOKALE. 357
1-esserrer le faisceau des sociétés populaires, plus ils sept. itm. s'enhardissaient à provoquer un nouYcau 3i mai. En face de pareils ennemis, la convention, quoique suspectant les arrière-pensées royalistes des muscadins de FréroD, profitait du concours que lui prêtaient ces auxiliaires, sauf à se retourner contre eux et à les frapfer aussi en temps opportun. Ces incertitudes ne fai< saient d'ailleurs que stimuler l'irritation des partis : elles enhardissaient les jacobins, qui y voyaient un signe de faiblesse ; elles autorisaient tacilement la jeunesse dorée à se faire justice de ses propres mains. Un pareil état de choses, signalé chaque jour par des collisions ou des violences, se prolongea jusque vers la fin de vendémiaire; et les jacobins, quoique désavoués par l'opinion publique, mirent ce temps à profil pour rendre plus étroits les liens qui les unissaient h toutes les sociétés populaires des déparlements et de Paris, et pour essayer de former, de concert avec ces affiliations, un vaste réseau de résistance ou de menace, dans le- quel ils espéraient envelopper la convention elle-même. Cette tactique, trop audacieusement suivie, tourna contre ses auteurs. Par un rapport des comités de salut public, de législation, et de sûreté générale, la „,JJ?J^ convention fut mise en demeure de déjouer les menées j;^,^^ de ses adversaires. Cependant la question fut vivement controversée. Les uns, au nom de la liberté, les autres au nom de l'ordre et de la hiérarchie des pouvoirs, combattirent ou appuyèrent les conclusions du rapport. Merlin de Tbionvitle se montra le plus ouvertement hostile aux jacobins ; mais Thibandeau et Lejeune appelèrent les services que les
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398 BÉTOLUTIOE) FKANÇAISE.
Sept. i'9i sociélës populaires avaient autrefois rendus & la cause de la révolution, et ils demandèrent qu'on s'abstînt d'user à leur égard d'une défiance injuste et impotitique. Rewbell, député d'Alsace, prit la parole contre Tabus des corporations et des clubs ; il demanda qu'on t\l peser sur ces assemblées dangereuses le joug de la commune égalité, qu'elles tendaient à secouer. Bentabolle parla dans le même sens. Il insista pour que la république cessât d'avoir deux centres de gouvernement, et pour qu'on interdit aux sociétés populaires la faculté de correspondre entre elles, et de subordonner ainsi lenr action à l'impulsion d'une société mère ou d'un comité suprême. Bourdon (de l'Oise) fut encore plus énergique : «Que sont, dit-il, les sociétés populaires? a Une collection d'hommes qui, semblables aux moi- <t nés, se choisissent entre eux. Je ne connais pas dans « l'univers d'aristocratie plus constante et mieux con* « slituéeque celle-là. » L'orateur insista ensuite pour qu'on enlevât aux clubs patriotiques le droit de présenter des pétitions collectives à la barre des assemblées nationales. 11 déclara que l'Europe hésitait are- GOnnattre la république et à négocier avec la France, parce qu'elle ignorait encore à qui, de la convention ou des jacobins, appartenait le gouvernement du pays. La convention écoutait avec faveur cette argumentation adroite, qui s'adressait à son orgueil : elle couvrait de murmures la vois de Duhem, de Crassous, de Dubarl'ao et des autres terroristes, qui défendaient avec énergie, mais sans beaucoup d'espoir, la cause des sociétés populaires et le droit illimité d'association. Vainement Homme, l'un des diefs du parti montagnard, dananda-
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COHVEKTIOK NATIONALE. S59
t-îl l'ajournement de la loi; Moriin de Thionvilie lit Oci. 17H. rejeter ses protestations, et détermina la majorité à se prononcer contre les jacobins: m Citoyens, s'écria- « t-il avec emphase, à quoi bon ces retards ? il en est « temps I II ne faut pas craindre d'aborder cette ca- « verne, malgré le sang et les morceaux de cadavres a qu'on jette aux patriotes qui s'y présentent. . . Je de* « mande que, de même que tous avez décrété la répu- «blique séance tenante, vous décrétiez aujourd'hui le « projet qui vous a été présenté pour la sauver. » A ces mots, des applaudissements éclatèrent, et la convention vola, sans désemparer, une série de mesures qaî interdisaient aux sociétés populaires de présenter des pétitions ou adresses en nom coUcclif, et qui défendaient, comme subversives et attentatoires à l'unité républicaine, toutes affiliations, agrégations, fédéralions, ainsi que toutes correspondances entre clubs cl réunions politiques, quelles que fussent leurs dénominations ou leurs tendances. Quiconque contreviendrait k celle double défensi; serait réputé suspect, et emprisonné comme tel. Les noms des membres des sociétés populaires devaient être imprimés et affichés (25 vendémiaire an lit — 1 (3 octobre i 794).
Les jacobins ne se tinrent pas pour vaincus : on ne ^'^'^^ brisait pas facilement une arme révolutionnaire dont i""*^^ la puissance s'était si longtemps manifestée au dedans et au dehors, et sous laquelle tous les ennemis de la république avaient fléchi. Ils avaient bien pris leurs mesures : l'armée et ses chefs, sur toutes les frontières, reecraient encoro d'eux le mot d'ordre, dans les départements, quiconque avait participé moralement,
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3M ItÉVOLUTlO.X FRiliÇ.^)^.
KûY. 179*. par ses applaudissemenU ou par ses vœux, au meurtre de Louis XVI et de Harie-Antoinette; quiconque avait dressé un échafaud ou brisé un crucifix se trouvait rallié désormais sous le drapeau jacobin, et enrâlé contre les réacteurs de thermidor : aussi des émeutes, qui ressemblaient parfois à des insurrections, éclataient coup sur coup à Dijon, à Toulouse, à Marseille, dans |)lusieurs autres villes du Midi. A Paris, plus intimidés, parce qu'ils avaient contre eux la majorité de la convention et les classes bourgeoises, les jacobins n'en persistaient pas moins fi tonner contre les pouvoirs modérés ou traîtres, à dénoncer la trahison des thermidoriens, à accuser Tallien, Frcron, et surtout la femme belle et courageuse dont l'influence conduisait le gouvernement vers la pitié : dans le grossier tangage de la haine et du mépris, ils la nommaient la ■ Cabarrus. Le club électoral, dont nous avons déjà signalé l'existence, continuait à s'entendre avec les Jacobins, et les deux assemblées rivalisaient de provocations et d'outrages.
^!l^ ^^ thermidoriens prenaient facilement leur revan- '"'"'^ chcdans la rue, h l'aide de la jeunesse dorée; et les royalistes, qui se gardaient bien de montrer leurs intentions ou leurs cocardes, ne laissaient pas néanmoins échapper ces occasions favorables de satisfaire leui^ ressentiments. Paris continuait donc d'être le théâtre de luttes bruyantes et de combats à coups de canne; mais, quelque maltraités que fussent les jacobins dans ces escarmouches, on ne les plaignait pas, on les poursuivait de rires et de huées. Le 19 brumaire (9novemlHrc), la jeunesse dorée,deplusen plus excitée contre ledub
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COnVGiniON NATI0RU£. 3Qt
naguère si redouté, se porta en masse aux abords de «ov. 17m. la salle des séances, et en commença le siège. Les jacobios soutinreut l'assaut en s'armant de planches, en jetant par les fenêtres des bancs, des pavés et des pupitres; les assaillants ripostèrent à coups de bâton et de pierre : dans la salle, on chanlait la MarseiUaite, mais les jeunes gens, ameutés par Fréron et Tallien, répondaient par le Réveil da peuple. Les jacobins firent une sortie, et furent repoussés : on s'empara dû quelques femmes habituées à suivre leurs séances, et on les maltraita avec une indécente brutalité. Les cris ' des tncoteufet augmentèrent la confusion et le ridicule de cette scène de désordre : cependant Barras, Merlin de Thionville, et quelques députés thermidoriens, accoururent, suivis de la force armée; ils mirent On à la lutte en renvoyant chacun chez soi, et aussi en faisant évacuer la salle,.dont ils prirent les clefs. Le lendemain (20 brumaire), les députés jacobins portèrent plainte ^ la convention. Le moment était mal choisi. La veille, le comité de sûreté générale avait mis sous le séquestre les papiers et les registres du club électoral; et cette mesure, approuvée par la majorité, indiquait aux jacobins l'accueil que l'assemblée réservait à leurs proleslations les plus véhémentes. Cependant Duroy et Duhem, exaltés montagnards, ne se laissèrent point intimider, et firent entendre leurs griefs : ils se plaignirent, au milieu des murmures de l'assemblée, de l'oppression sous laquelle gémissaient maintenant les {tatriotes, pendant que l'aristocratie marchait léte haute et en liberté-, et, comme des dénégations partaient de {plusieurs bancs, Duroy s'écria : « Ce n'est point aux
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nËVOtunoN FRMtçAise.
Rov. 17U. o aristocrates que je parle; c'est aux députés purs qui « ont voté la mort du tyran, n A r-es mots, un tumulte épouvantable s'éleva, et l'on demanda que l'orateur fût rappelé à l'ordre. Pour la première fois, depuis le ai janvier, de sinistre mémoire, on osait contester aux députés régicides le privilège exclusif de patriotisme qu'ils s'étaient arrogé. Bientôt la parole appartint à Rewbell, et il s'en servit avec une grande énergie contre les jacobins : «c Où la tyrannie s'i-st-elJe organisée? « dit-il; où a-l-elle eu ses suppAtset ses satellites? C'est <i aux jacobins. Qui. a couvert la France de deuil, porté o le désespoir dans tes familles, peuplé la république « de bastilles, rendu le régime républicain si odieux, « qu'un esclave, courbé sous le poids de ses fers, eût « refusé d'y vivre? Les jacobins. {Vifs applaudiue- « mentt.) Qui regrette le régime affreux sous lequel a nous avons vécu? Les jacobins... Ahl souffrirons- « nous que de misérables factions se mettent toujoui's « au-dessus delà convention nationale?Quelle honte!... (( Et faudra-t-il les croire lorsqu'ils affirment que tout « est perdu parce que des jacobins ont reçu quelques a coups de bâton?... » Encouragé par lesapplaudissemeola de la majorité, et interrompu i cliaque instant parles cris et les récriminations de la Montagne, Bew> bell continua à faire le procès aux jacobins, et à tes dévouer à la vindicte républicaine. Les tribunes, composées en grande partie d'agents jacobins, accueillaient ce discours par des murmures et des menaces; mais le président fil sortir les agitateurs, et la discussion put £lrc continuée. La convention, fatiguée de la longueur et de la violence des débats, cruly mettre un terme en
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CONVBHTIO» «AH01ULE. SOS
renvoyant aux comités l'examen de l'afTaire. Le Icnde- (iotTÏtsT main, celle assemblée se délerniiDa enfin à prescrire une enquéle sur la conduite du sanguinaire Carrier, l'auteur des noyades de Nantes : le montagnard Romme, parlant au nom de la commission, fît à l'assasiblëe un rapport sur les crimes du prouonsuj, et la lecture des pièces fut à chaque instant interrompue par des frémissements d'indignalion et d'horreur. Carrier cirriar ni avait préparé sa défense, et fut admis à si! justifier : ii'im>utiaD. son discours, qui dura plusieurs heures, ne parvint pas .x»»" & affaiblir la voix du sang innocent, et Carrier fut im- '" i"»w»'médialement décrété d'arrestation, aux cris mille fois répétés de Vioela œnventioni vive la républvfxiel La séance du lendemain devait mettre le comble à l'échec des terroristes : ce jour-là (22 brumaire), la conven- Uon, sur le rapport de ses quatre comités, décréta que les séances de la société des jacobins seraient suspen> dues, el les clefs de la salle de leui's réunions immédialemeot déposées au comité de sûreté générale.
Depuis la séance du Je» de Paume, sous divers noms '^^|^^ et avec d'autres hommes, ce club fameux n'avait point '" >~'^"*cessé d'être le foyer le plus ardent du moiivement révolutionnaire : c'était là que, pendant cinq ans d'orages, tous les chefs de partis étaient venus, chacun à son tour, prendre le mot d'ordreet se retremper. Toujours en avant de quelques pas sur la roule des bouleversements et des sacriGces, les jacobins s'étaient fait suivre, bon gré mal gré, par les hommes et par la révolution; et aucun acte terrible d'agression, de résistance, (le destruction, ne s'était accompli en dehors d'eux. Ils tvtienl merveilleusement servi d'instrument à l'intri-
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3tf| RÉTOLUTIO!) FRAKÇilSE.
Haï. noA. gue OU au fanatisme politique. Perpétuellement tra- Taillés par des pensées d'exclusion el de déûance, comme toutes les écoles, ils n'avaient voulu recoonailre de patriotisme, de vérité et de Tertu que dans leurs rangs; et ce qui avait décuplé leur Force morale, c'est que le peuple les avait crus, c'est que la révolution avait eu foi en eux et s'était livrée à leur tutelle. La masse de leur assemblée se composait d'hommes médiocres et obscurs, d'esprits étroits et bornés; mais on croyait à la sincérité de leur républicanisme, mais ils avaient, au demeurant, les vices et les vertus du peuple, et c'était assez à une époque où quiconque en savait plus que le peuple, el voulait aller au delà, ne pouvait que se briser et se perdre. Robespierre, qui régna par eux, fut leur modèle et leur type : il les rallia à lui, en se rapetissant & leur taille; il les agrandit, en leur communiquant la part de science politique et d'intelligence qui pouvait être compatible avec la simplicité ignorante de leurs instincts. Us furent pour beaucoup dans sa fortune, bonne ou mauvaise : élevé par eux, il les entraîna dans sa cbute;'il3 disparurent pour ne subsister désormais qu'à l'état de minorité vaincue et rebelle, pour n'être que des tronçons convolsivement agités, mais impuissants à recomposer un corps. L'histoire sera sévère pour eux, à moins qu'elle ne veuille leur tenir compte de leur grossière bonne foi cl de l'exaltation sauvage de leur patriotisme : elle ne leur pardonnera pas leurs violences, alors même qu'elles auraient contribué an salut de la république. r<es résultats appartiennent à Dieu; les crimes sont & l'homme : ne mêlons pas la double action de l'humanilé
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tompItoM,
COSVENTEOX SATtOMAtE. StSS
et de la Providence êterneUe, et ne pardonnons pas" à D&TrnïT l'iniquité, parce qu'il a plu à Dieu de la confondre, en faisant surgir le bien du mal.
Une circonstance qui hâta la ruine des jacobins fut le procès de Carrier, que, dans leur exaltation insensée, ils avaient ose publiquement patronner, en confondant avec la cause de ce monstre celle de la révolution et de la liberté. Le nouveau tribunal révolutionnaire venait de juger quatre-vingt-quatorze Nantais, pour la plupart commerçants, et qui avaient été traduits devant lui par ordre de Carrier, sous l'accusation de fédéralisme. Si ce procès avait eu lieu avant le 9 thermidor, la voix des victimes eût été étouffée; mais les temps étaient changés, et les juges procédaient avec beaucoup de lenteur et de réserve. Les débats durèrent sept jours, et les accusés, en même [cmps que les témoins, révélèrent la longue série d'atrocités et d'horreurs que Carrier et la commission révolutionnaire de Nantes avaient impunément commises. Le peuple, les jurés et les juges frémissaient d'épouvante au récit de ces massacres et de ces noyades. Les accusés furent acquittés, au bruit d'acclamations universelles; mais le tribunal, cédantà la voix du peuple, ne tarda pasà faire comparaître sur les mêmes bancs les assassins et les incendînires que Carrier avait fait servir à ses fureurs. Pendant la durée de ce nouveau procès, l'anxiété redoubla. L'auditoire éclatait à chaque instant en cris d'indignation et en sanglots, en voyant produire au grand jour la preuve d'attentals inouïs et incroyables, en entendant dérouler la longue liste des prêtres, des Vendéens, des citoyens paisibles qu'on avait égorgés,
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MB It&TOLDTIOH PHUtÇUSE.
5îër~ïÏMÎ fusillés et noyés; des femmes et des jeunes filles que les tjraDS avaient fait p6nr dans ta Loire, trop souveot après les avoir déshonorées; des jeunes enfants sabrés et assommés', malgré leur Age,, et que les complices du tyran avaient triomphalement portés au bout de leurs baïonnettes. En assistant à ces funèbres drames, la multitude se répandait en imprécations : elle maudissait les bonteux exploits des colonnes infernales; la destruction des habitants de l'Ouest, opérée par masses, à l'aide du fer et du feu; la débauche des proconsals, devenue plus hideuse parce qu'elle avait ajouté aux horreurs du supplice et de la mort. Cependant Carrier manquait aux débalsj te tribunal avait respecté en lui le caractère de représentant du peuple : mais les accusés et les témoins s'accordant à lui renvoyer la responsabilité de tous les crimes, l'auditoire, saisi d'horreur, ne cessait de crier : Carrier! Carrier! On a pu voir que ce grand coupable avait été mis en arrestation : la convention, cédant à la réclamation du peuple, permît bienlât de lui faire son procès; et Carrier fut contraint de prendre place sur le banc des accusés, au milieu de ses émissaires et de ses complices. Il y fit preuve de ruse et d'audace, renvoyant au comité de salut public et à la convention elle-même, qui les avait approuvées, toutes les mesures de proscriptions qui lui étaient imputées. « 11 entrait, disait-il, dans les plans du gouver- « nemenl de ne laisser subsister ni brigands (Vendéens) a ni prêtres. Je ne consultais et ne connaissais que les « décrets. Les décrets m'ordonnaient d'incendier et « d'exterminer. J'ai inslniiljournellementdemesopé- « rations le comité de salut public et la convention.
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« Quand je suis revenu prendre place parmi tnes col- n^c. 1794. a lègues, ils m'ont fécilité; et aujourd'hui ils tne met- 8 tent en jugement. » Ce raisonnement n'était que trop juste. Sans doute Robespierre lui-même avait fait rappeler Carrier, et avait médité de le livrer à Fouquier- Tinville; sans doute aussi la convention n'avait connu que très- imparfaitement les détails du sinistre proconsulat de Nantes; mais trop 6e crimes avaient transpiré pour que l'on pût se borner h dévouer un instrument subalterne à la vindicte publique. Ce fut pourtant à cette justice incomplète que l'assemblée voulut s'en tenir; aussi Carrier disait-il avec vérité, en cherchant à se cacher dans ta foule de ses complices : « Tout le « monde est coupable ici, jusqu'à la sonnette du pré- « sident. o Le 26 frimaire (16 décembre), le procès fut terminé. Carrier et deux membres du comité révolutionnaire de Nantes, les nommés Pinard et Grand- Maison, furent condamnés à mort, et subirent leur peine eo place de Grève. Carrier, près de périr, osa prononcer ces mois : « J'envisage avec calme la ciguë « de Socrate, la mort de Cicéron, l'épéo de Caton. » Résignation hypocrite, qui ne sauva point sa mémoire de l'opprobre.
Maignct, qui avait livré Bédoin aus flammes etpro- oed^oo mené la terreur dans le département de Vaucluse, sié- viiencu geait eucore sur les bancs de la Montagne. Une députalion d'habitants du Midi vint supplier la convention nationale de mettre un terme à l'impunité de cet homme : cette déaonciatîon occupa l'assemblée à deux reprises, dans ses séances du 8 fructidor et du 15 frimaire. Au mois de nivdse, Maignet présenta ses moyens
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308 RliTOUrriOR PRAKÇAISE.
Bée. 1794. de défense à la tribune : il s'appuya principalement sur ce que deux fois la convention avait approuvé sa conduite; il établit que le comité de salut public l'avait autorisé à incendier la malheureuse commune de Bédoin. La convention renvoya cette affaire à l'examen des comités; puis, le 5 germinal, elle rendit contre Maignet un décret d'arrestation, dont, plus lard, l'efTel fut neutralisé par un décret d'amnislie. Quant k LeboD et i Fouquier-Tinville, ils attendaient leur sort; et Marat, élevé au rang des dieux révolutionnaires, reposait encore tranquille sous les voûtes du PanUiéon. TnDiiMiaD Eu vertu d'un décret déjà anden, et qui portait l> ewrimdi date du 35 germinal an 11(14 avril 1794), on donna pu'béon ^ '^ martyr du terrorisme un compagnon de sépulcre dent la dépouille était depuis longtemps attendue par les ossements de Voltaire. Le 20 vendémiaire an IB eut lieu la translation de Jean-Jacques Rousseau sa Panthéon. Cette cérémonie ressembla aux obsèques de l'imi du peuple; on y déploya la môme pompe, I» même affectation de sensibilité; on y parla beaucoup delà vertu et de la nature. La marche du cortège clait ouverte par un groupe de musiciens qui jouaient le» airs connus du Detin du village; derrière eux venaient des mères; enGn, la convention nationale tout entière escortait l'urne cinéraire et la statue du philosophe. Celte fête passa fort inaperçue au milieu d'un peuplefatigué de parodies.
Ml «ft. ^ P*''' modéré réclamait une éclatante réparation «5^"' qae les thermidoriens n'osaient point relarder davan- ^ïï'SiiSÎ'* toge, et dont la seule pensée révoltait, jusqu'au tonè . de l'âme, les jacobins el les terroristes. La proscription
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poQTait-elle peser eocore sur les girondins, et ne fal- Dec. 1194.' )ait-il pas réhabiliter Brissot, après avoir vengé DaotonT Telle est la pente ordinaire des réactions politiques. Depuis quatorze mois, soixante-treize girondins, détenus comme suspects dans la prison du Luxembourg, avaient été condamnés à passer par toutes les angoisses du régime de la Terreur. Suspendus de leurs fonctions, menacés d'être mis en jugement, à peine protégés par Robespierre, qui disputait leur vie à Gollot-d'Herbois et à Billaud-Varennes, ils s'étaient résignés à la soumission et au silence, tant qu'avait duré le long orage : enfin, des jours plus doux se levèrent pour eux, et ils recommencèrent à espérer. Le 11 frimaire (1" décembre), l'un d'eux, le député Dulaure, écrivit à la convention pour demander à être jugé. Cette lettre, qui soulevait unequestion difficile, et toujours ajournée depuis le 10 Uiermidor, fut prise en considération, et renvoyée à l'examen des comités. Le 15, Lanjuinais, l'un des proscrits du 51 mai, et qui, mis hors la loi, avait réussi à dérober sa tête au bourreau, demanda à son tour qu'on voulût bien lui faire son procès. Le 18, la convention, faisant droit aux propositions de ses comités réunis, décréta que les soixante-treize députés incarcérés sous prévention de fédéralisme seraient mis en liberté, et rappelés dans le sein de l'assemblée pour y reprendre le droit de représentants du peuple. Par le même décret, elle déclara que le député Devérité, mis hors la loi sous la Terreur, serait réintégré dans ses fonctions; elle ajouta que I.1 démission donnée par le représentant du peuple Couppé, ancien girandin, serait réputée nulle et non
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. n». awnae; ente, die pemit k Tkonus Pajae, fr^tHtmtaent «du cranve étranger, et revenir preodre place sur MD banc Le 27, ICeHiii àe Doaai préseata à la ooBTeatiaa, aa hmk 4et «oniiés, un r^ipori aar La»jaiaaîs, Inard, Louvet, Del'eraMa, DiMioÊt et antaes, mis hors la lai, et accasés de s'Atre révoli^ 4 la suite du 5i mai, cm&ne l'uitorité de l'assemblée aationde. Les eotniliés ae bonsaîeot à demander ^u'od leur fil grftoe, mais ^u'«a leur interdU 4e reprendn Im tmntûms de représenlafila <!■ peuple. Celte opiMan fut vi- Koieii discutée. Les tfaermidoricat euE-mèmcs étùtal épouvantés à U seule pensée de voir reparaîire parmi eux les débris de oetle fiîroBde qu'ils avaient proscrite. Tallàen, qui avait fait mettreimort fiaduroax, et piv voq«é le suicide de Buaot et de PéthÙMi; Legeadre, ^ avait levé le poing sur LsajuiBais; André Dumoul et kt antres vieux moalagoardSf tnatst^«Dt avec énergie pour <[u'<ra adc^»tit la Iraneactioa proposée par les eanités : mats k cdté droit et la Plaine s'<écriaiemt qu'A ne fallait point s'arrêter à moitié diemin dans les wam de la justice etds Kp<aitir. Ge jour-U, let thermidariens l'cdBapartèfent; mats, deux mois a^^, le iS wb- Use {& mars), la canveatiou liitde nouveau cmamée de rouvrir ses pertes aux gîrwblius mis hors la JoL Uaiteio9^ Cbénier prit la parole pour œs prosoite, et aallicita ieor rappel : c ie ne ferai poi^ à ia ceuMntiou « aatianale, diinil, l'ii^ure de loi remettre devant tes a ]<eux le fantôme du iédëraliane, dont on a «se faire « le priAcijfial ebef d'aeevatian contre iwscDllègMes. « Ht «ot âii, dira-é-fiOj ils se sont cachési Voiiâ dane «leurcrmae?EhiplAt aux destinée» de iai^HtiàpiB
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OOHTCimOH MTIOHAIX. STl
à que ce eritne eât été celui de lousl Pdarquoi ne ~ « s'est-il pu trouvé des cavernes assez prorondes pour a eonserTer i la patrie tes méditatious de Condorcet et «l'éloquence de Vergnîaud? Pourquoi, le 10 thermi- « dor, une terre hospitalière nVt^le pas rendu à la a Inmièni cetle colonie d'énerg^iques patriotes et de ré- « publieains TutueaxT Hais on craint des projets de « Tcngeanoe de la part de ces hommes, aigris par Tin- <f fortune. Instruits à l'école da malheur, ils ont appris « à gémir sur les erreurs humaines. Non, non, Cona dorcet, Rabaud-Saint-Étienne, Vergniaud, Camille < Desmoulîm, ne Teuleot pas d'holocauste de sang; et a œ n'est point par des hécatombes qu'on apaisera a leurs mines. » Ces réclamations du parti de la démence effrayèrent de nouveau la Montagne, et, dn haut des bancs où siégeaient les députés jacobins, on accusa les amis de Lanjuioaia et des autres députés proscrits de Toaioir réveiller tes passions popalaires, et d'oser contredire l'insurrection nationale dn 31 mat. Or le temps était passé où. ces accusations et ces craintes ponraîent ^moavoir l'assemblée et le peuple. Sieyès, demeuré si longtemps silencieux, osa repnmdre la parole, et maudire, comme &tales, les journées du 31 mai et du S juin, qui avaient éclairé la victoire des jacobins et la chute de la Gironde. La voii de cet bomme retrouva quelque chose de son aaeieoBe puissance; ci la eonventioD, désormais entraînée et d<Hninée par l« «Aie droit, permit aui TÎngt-deui proscrits, héritiers et dâiris de la célèbre Gironde, de remonter «or les sièges d'où le pen pie tes avait fait descfflidre dÏKhait niMs anparannt.
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3T3 RÉTOLtTION FKANÇÀISB.
jmt. 1795. ^ contre-révolution était commencée; elle datait de Anninmiini l'échafaud de Robcspicrre, et ne devait s'arrêter, après « jtnner. bien dcs tempêtes en sens contraires, qu'au moment, encore fort éloigné, où le trône serait reconstruit. Jusque-là, lespartisoe devaient point cesser de lutter entre eux avec des fortunes diverses. Le 2 pluviôse, les montagnards el les thermidoriens s'entendirent pour célébrer ensemble l'horrible fête instituée en mémoire du supplice de Louis XVL La convention avait décrété que dans cette journée, qui correspondait au 21 janvier, anniversaire de la juste punition du dertiier roi des Français, toutes les communes de la république ordonneraient des réjouissances publiques; elle prescrivit en outre aux directeurs de théâtre de donner au peuple des représentations gratuites : elle fut obéie. Il y eut des processions civiques, des hymnes à la liberté, des illuminations et des danses nationales ; mais, peu de jours après, le 12 pluviôse, les royalistes prirent leur revanche, et débarrassèrent la révolution de l'une de ses idoles. Dans la soirée, la jeunesse parisienne se porta aux salles de théâtre : le buste de Maral y était partout installé. Sous le singulier prétexte que Harat X"»t "t n'avait pas renouvelé son abonnement, la jeunesse reniiiuibëon. versasonenigie,etla traîna dans leruisseau. Les mêmes scènes eurent Heu les jours suivants ; et les comités, après quelques semblants de résistance, âhirenl euxmêmes par se conformer à la réaction. Cependant, le 20 pluviôse, le mouvement devint encore plus significatif. Ce jour-là, la jeunesse dorée, écoutant peu les conseils de Fréron, qui avait voué à Harat un culte faypo* crite, se transporta au Panthéon, d'où elle chassa igno-
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COimiKTION NATIONALE. 573
minieusement le cercueil de VAmi du peuple. Les restes f4t. hk. de Harat, après avoir servi de jouet à la foule, furent ensuite précipités dans l'égout de la rue Montmartre. En apprenant ce qui venait de se passer, la convention ne chercha point à faire respecter l'idole des cordeliers ; elle eut la sagesse de décider qu'à l'avenir aucun homme ne serait inhumé au Panthéon que diiansaprès sa mort.
La convention institua une fête en l'honneurdu 9 ther- f^^^ midor. Les législateurs républicains ne pouvaient abdi- ucônie»quer de sitôt la manie de danser sur les tombeaux. Un '"'' ^"'^ député, reste de la faction d'Hébert, osa demander i (fu'on eiairpât toutet les radnes d'un arbre qut portai^ < ■des fruits empoisonnés. Cet homme se nommait Brival ; H insinuait qu'il fallait en finir avec les enfants de Louis XVI, dont Ja vie importunait la république. On lui imposa silence; mais la convention s'en tint là, et elle ne fit rien pour terminer la captivité des royaux orphelins. Le i3 pluviôse, un décret fut rendu, qui ordonnait la levée du séquestre mis sur les biens mobiliers des individus condamnés par l'ancien tribunal révolutionnaire. Un autre décret ordonna qu'on rendrait ces effets anxenfanlset aux veuves. Le 37 ventôse, LeGointre de Versailles demanda qu'on mît à l'ordre du jour la question dela'resUtuliondesbiensimmeublesdes condamnés. Sur la proposition de Bourdon (de l'Oise), l'examen de cette difficulté fut renvoyé aux comités. Trois jours après, le 50 ventôse, Boissy-d'Ânglas émit le ▼œu que tousiesjugements révolutionnaires rend us sous l'empire de la loi du 22 prairial fussent annulés; il insista Clément pour que l'on procédât à la révision
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su RtVMAIlOII nttHÇ&UL
, 17W. d^ jugemestsanlérieurs, potirqu'on suspeodll k TOBte des biens des coodamoés, et qu'on iiid«niiisâi les familles dont les biens auraient déjà été rendus. Les députés jacobios s'opposèrent TÏTcment k l'adoption de ces diverses mesures ; mais le câté droit avait pour loi U puissance du nombre et la conscience publique. Vainemeot tous les teiTorisles représentaient qu'on allait mettre aux voix la contre-réTolution, et qu'en restituant les biens confisqués on eulerait aux détenteurs d'assignats le gage national sur lequel rqwsait, an moins en partie, la valeur du papier^monnaie ; la majorité de l'assemblée se montrait accessible k la .pitié et à ta justice; elle se sentait entraînée par ces paroles éloquentes du député Legendre : « ^ je possédais des « biens qui eussent appartenu à l'une de œ» victimes « (et n'en était il pas que nous aurions voulu racheter « au prix de tout notre sangT), jamais je ne pourrais « trouver de repos. Le soir, en me promenant dans un tt jardin solitaire, je croirais voir, dans chaque goutte « de rosée, les pleurs de l'orphelin dont j'occuperais « l'héritage. » l« 14 floréal, la convention décréta le maintien de la confiscation à l'égard des conspirateurs, des émigrés, des fabricaleurs de faux assignats, des concussionnaires, et de la famille det Bmirbons; mais elle ordonna la restitution des biens des individus condamnés depuis le 10 mars 1 793, D'autres décrets prescrivirent d'accorder des secours aux pères et aux mères des émigrés. Ce fut là le seul adoucisauneut que la convention introduisit dans la législation sanglante rendue^depuistroisans, contre cette classe de Français: disons m£me que l'assemblée ajouta de noHTellM ri-
gmem& h céàea^u^àit: nak Aécarét£es aranà le 9 tbernù- nm nw^. éari ettecrdoiBiaquelanmfiscatiaDproKneécparsea louantérteureseoatve'Ieséitiî^as'étMdiaikjus^'aMX poftkas d'bérita^ que les enfants ée ces proscrits pownimleap^cr àtaa tai succcariia Ae leursaKesâutta TÎTast». Les Bacea^anto des éaùgrés ae Tirenl donc coa- q^^^od taniota ie fiîre avec la république on partage de les» '°\%tûn^* biens wppeié parure depràueceaswm, {wécantion spo- p^'lfZ^ Uatrice donl aocao l^mn se s'était encore anisé. Ûm "eûêi antre dasse de Français ih égalemcat mainteBir contre die les kn iniques rcndiies pendant ha plus naarais jovrs de la réroloUoB : par bb décret du 26 frimaire, la eonvinlim statua que les à-deetait prêtra ae. poorraicBt être aïs en liberté.
Les lois v»tées sons la Terreur autncisùenl les ré- AboiiLiond« ^aiticms, et déterminaie»! le wiaàmmm da prix des > denrées de première nécessité. Ces Miesores exceptioB- BcUes STsieDt fait peser bb régine rioient sur 1 agricnhare, le commeroe et les finances ^ elles araient, d'ailleurs, été mises à exécution avec fomcté et intelligenee par Cambon et Robert Lindet, les deox éco- M^ûstes les pLss edèbres de l'éec^ de Robespierre. Les tbeimidoriens attaqnaieDt sous toutes ses faces le ^stèoK rérolutionnaire organisé par l'ancicD comité de satirt publie : c'était posr ëoi on moyen bcile de se faire aimer des cbsses marchandes et agricoles et de ennenter leur popolarité naissante. L'aboîilion du num- MMf» et des réqHisilions était Tivement aoUieUée par les mt^^ brisés et con^iremis. La convcntioii, sar la deEBaadc de Tallioi et de son pM'li, modiâa ces in- StiUitM»B ia régime terroriste; elle emuieuça d'abord
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RÉTOLUnOIf FRANÇAISE.
t 17». par rendre le prix des grains variable selon les diflërenles localités, et par restreindre sagement dans son application l'usage du droit de réquisition. Deux mois plus tard, elle abolit toutes les lois qui déterminaient le maximum; et, comme un'pays ne supporte pas sans danger la brusque transition du commerce forcé au commerce libre, le décret de la convention eat pour conséquence immédiate la dépréciation presque absolue des assignats, et une hausse exorbitante dans le prix des denrées nécessaires à l'alimentation du peuple. On abrogea également une toi révolutionnaire qui plaçait sous le séquestre toutes les valeurs étrangères ; ces valeurs furent restituées, au risque de fournir à l'émigration un moyen facile d'appeler à elle une partie de la fortune de la France, et de faire renaître l'agiotage sur le papier étranger. EnGn, la libre circulation du numéraire fut rétablie. On se borna à prendre, pour empêcher l'exportation des espèces d'or et d'argent, des mesures de précaution mesquines qui n'atteignirent point leur but.
1^™ Il existait dans les caisses du trésor et dans la cir- ^^^ cnlation une masse énorme d'assignats, dont la valeur fictive s'élevait h huit milliards; mais la fabrication de cette monnaie, après avoir fourni à la république sa plus précieuse ressource, avait été exagérée i ce point, que le papier républicain était frappé d'un complet discrédit. Dans les échanges ordinaires de la vie, l'assignat perdait au moins les neuf dixièmes, souvent les dix-neuf vingtièmes de sa valeur nominale. Cette situation profitait aux spéculateurs, et donnait lieu & de honteuses opérations. On se libérait envers le tréscv
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CONTEimON N&nONAI£.
public à l'aide des assignats que les agents du fisc vm ii». étaient tenus de recevoir selon leur titre; les fermiers, les débiteurs, les locataires, payaient en assignats, et on n'avait pas le droit de refuser ce papier, devenu presque inutile : de là des fortunes el des déprédations réprouvées par l'honnéleté, mais très-conformes au texte de la loi. Pour remédier à ces abus, il fallait démontrer que l'assignat n'était point un vain titre, et l'on faisait vendre le gage représentatif de cette mon- Agiouge. naie, c'est-à-dire les biens nationaux, dépouilles des émigrés et de l'Ëglise. La difSculté ne faisait que se déplacer. Si l'on n'avait aucune confiance dans le ppiermonnaie, c'est qu'on ne croyait pas à la valeur sérieuse du gage; et dès lors fallait-il se hasarder à acquérir des terres, des maisons, des immeubles de toute nature, dont la contre-révolution, toujours prévue et considérée comme certaine, devait inévitablement dépouiller les acquéreurs ou les détenteurs? Ces obstacles inhérents à la situation devenaient chaque jour plus grands; ils favorisaient l'agiotage le plus efîréné : les biens nationaux étaient vendus et revendus, sans qu'on se souciât de les garder, pourvu qu'on gagnât sur la vente ; tel immeuble changeait plusieurs fois par jour d'acquéreur et de propriétaire; et tout cela n'aboutissait qu'à accroUre la dépréciation du papier-monnaie et la ruine du trésor public, sans qu'il fût possible d'y obvier par les expédients et les palliatifs inventés par Cambon.
La misère du peuple devenait chaque jour plus ioto- ïmc* lérable, et la ville de Paris était désolée par la disette. La récolte de l'année aurait pu suffire aux besoins des consommateurs; mais, tandis que le blé abondait dans
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H8 RtTÛUrnOi FUnÇhBI,
Tvm. les greoien du cultivateur, l'balMtKat des TÎlles Manquait de piiu. Paria ollrail donc ie Uiate q>cclade d'une place bloquée el réduite à se coutenler de râlions mesurées en vue d'une famine prochaine. Les fennian qui payaient leurs propriétaires ea assignats ne vmh laient recevoir, ea échange de leurs grains, ^ue des espèces sonnantes, et l'argent se cachait. On avait beau rendre des lois pour neutraliser cet avare égoisme, le paysan gardait son blér et attendait. L» caDvention, pour rcanédi» aux dangers de cette situation, avait er^ un comité de subsistances, chargé d'asnrer L'ai^^roviùonoement de Paris. Ce comité, malgré ses eiïorts, ne pouvait veùr à bout de sa mission, et il ne parvenait qu'avec beaucoup de peine et à grands frais à faire enlrer chaque jour, dans Paris, quinse cmt» sacs de fiuioe, quantité insuffisante pour l'alimenlatien d'une capitale immense. L'biver avait été fort rigoureux^ les travaui de terrassemeol et de maçonnerie s'étaient trouvés forcément suspendus. La navigation de la Seine, longtemps interrompoe par les glaces, n'avait point permis les arrivages. Les rues se remplissaient Ji toute heure de bordes d'hommes désœuvrés el faméliques, de femmes et d'ouvriers demandant du pain, et tenaal par la main leurs pauvres en£ints. Dès le milieu de la nuit, (m faisait queue aux pwtes des boulangers, en attendant la distribution de quelques once» d'un pain mal cuit et malsain, qu'on se disputait avec tous les emporteinenU de la brutablé et de la violence. Au milieu de cette foule de malheureux, on entendait s'élever des vociférations omtre le gouvernement; et le peuple, lottjoHT» âpre d«BS ses coUres et dans ses souffrances,
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CMnBNTIOl UTKMUJL 3W
avait changé le nom de BiHs»y-d'AngI«s, président du tun iisk. comité de» subsistance»; il l'appeUit Boissy-Famme, Od sent tout le parti que les jacobins et les terroristea pooTaient tirer de cette misère. A toutes les époqaes de la crise, en 178S, au 6 octobre, au 51 mai, od avait lancé le peuple sur la }rface,puUique, en lui faisant espérer le terme de ses maui et l'abaisseraent du prix du pain. Ce moyen était sur, et le peuple ne se lassait jamais de croire à l'exeeUence des Uiéories poliliquesqui promettaient d'abolir le fléau de la faim : aussi parvenait-on sans peine k riiriter contre la fconvenlion et tes vainqueurs du 10 thermidor. On lui rappelait que sous Robespierre il avait eu le pain h bas prix j que sous Robespierre la toi du maximum avait forcé les marcbaiids de livrer à bon marché le sucre^ le savon, l'huile, le vin, les denrées nécessaires; que sous Robespierre les assignats étaient reçus au pair, au lieu d'être des chiffons de papier sans valeur. Le bon sens do peuple n'allait pas an ddà de ces termes de comparaison; et, si les ouvriers regrettaient encore nne chose précieuse du dernier régime, c'était l'usage désonnais aboli d'allouer quarante sous par jour aux citoyens qui auraient assisté à la séance de leur section.
Pendant l'hiver, ces causes d'exdtation, fréquem- AgiuUM». ment renouvelées, avaient amené des agitations partieUes, facilement contenues. La convention, qui surveillaii se» ennemis, veillait à sa propre défense, et se négligeait rien pour comprimer les agitateurs. De jour en jour, il faut le dire, sa tâche était devenue plus difficile, et le» jaci^iiis recommençaient i espérer qu'use
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sn nËToumon prançakk.
Hm 1705. émeute heureuse leur rendrait le pouvoir; ils cherchaient un prétexte, qui ne devait pas tarder à leur être ofTert.
>u*cii» Depuis plusieurs mois, les thermidoriens voulaient
* en finir avec Billaud-Varennes, Collot-d'Herbois, Barrère, Vadier, et les autres chefs terroristes dont la présence, au sein de la convention, leur était à la fois importune et odieuse. A plusieurs reprises, ils avaient demandé qu'on mît un terme à l'impunité des eÔntlnvateun de Robespierre, et ces tentatives, d'abord écartées par la minorité , étaient devenues plus sérieuses depuis que le retour des girondins avait fait pencher la balance du côté de la réaclion modérée. Le 6 nivôse, le député Glauzcl obtint que la dénonciation portée par Lecointre contre Billaud-Varennes et ses trois collègues serait de nouveau examinée et discutée; le lendemain, Hériin de Douai ùl, au nom des comités, un rapport sur cette affaire : l'avis des comi tés était qu'il y avait lieu h rechercher la conduite des représentants du peuple Billaud-Varennes, Collet-
, d'Herbois, Barrère et Vadier, et à mettre hors de cause Amar, David et Voulland. Le décret fut mis aux Toix et adopté, et une commission de vingt et un membres, tirés au sort, fut chargée d'instruire contre les anciens dictateurs, et d'écouter leurs moyens de défense.
Cette détermination de l'assemblée excita une vive irritation parmi les jacobins; et l'on put entrevoir le moment où la convention, toujours chancelante entre les partis contraires, se laisserait encore intimider par les menaces des terroristes et du peuple des fauboui^.
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COHVEîmOK KATrOBAlE. 581
Les thermidoriens ne négligèrent aucune précaution ihn itm. pour exalter leurs amis, pour rallier à eux la jeunesse dorée ; Frérou, entre autres, rcmplil des appels les plus TÎnilentâ les pages de son journal : « Jusques à quand, « écriTait-il, n'oflrira-l-on à la liberté et à la sécurité « publiques qu'un tribut de vains soupirs et de faibles « larmes? N'étes-vous bons qu'à jouir des plaisirs de la « vie, qu'à méditer des voluptés, qu'à juger du mérite « des comédiens ou des cuisiniers?... Les armes sont- « elles trop lourdes pour vos brasT... Laisserez-vous « égorger vos vieux pères, vos femmes, vos enfants? « Mais non... vous ne souffrirez pas qu'une odieuse <c faction triomphe; vous avez déjà fermé les Jacobins; « vous ferez plus, vous les anéantirez ! » Ces provocations ne tombaient pas sans écho. On y répondait par des tentatives qui ressemblaient à la guerre civile. Les jacobins avaient h leur service des journaux plus virulents encore que ceux des réacteurs de thermidor; un écrivain fanatique, Gracchus Babeuf, dont le nom ne tarda pas à devenir populaire dans les basses régions do jacobinisme, faisait à Tatlien, àFréronetà leurs amis, une guerre passionnée et opiniâtre.
Le 12 venldse, le député Saladin, organe de la com- J^'", mission des vingt et un, fit un .rapport sur fiillaud- f"^- Varcnnes, Collol-d'Herbois, Barrère et Vadier. A la suite de cet exposé de la conduite des quatre représentants du peuple, la convention décréta leur arrestation provisoire. Quelle que fût l'importance politique des accusés, la mesure qui les frappait serait sans doute demeurée inaperçue, si elle n'eût coïncidé avec les menées i l'aide desquelles on cherdiait à aigrir les
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3S9 RfiWLDTK)!! nUMÇUBB.
vath». âoulFranees du peuple. Les quatre dépotés, poursuivis par les hommes de thermidor, fureot aigiulés à la {(Mlle i^iorïflte comme autant de saos-euloUes memeëfl et bieutdt proscrits par la faciioa qui voulait aflaoier la république. Leur cause fut associée k celle de quiconque avait faim, et, 1 dater du décret rendu contre eus, les émeutes prirent uq earaelère plus dangereux. Le l"germinal (21 mars), des cilofens du feubourg Saint-Antoine parurent à la barre de la convention, et vinrent présenter une adraue hardie, dans laquelle ils intimaient à. l'assemblée de rendre immédiatement exécutoire la «onstitution de 1 795, accolée par le peuple, et jusqu'alors demeurée suspendue. Leur dWnaode fut appuyée par Ghlle«, député d'£ureetJioir, et combattue avec uae courageuse éner^ par Tallien. Sur la proposition de Legendre, on décida qu'il serait nommé une commission spéciale de onxe m«&hres pour la confection des lots organiques. Hais, pesdanl que l'afisemblée délibérait, les sans-euloUes et la jeunesse dorée se livraient, dans le Jardin^Malional et dans le jardin du Palais-Ëgalité, à des scènes de puginim. lat qui d'abord tournèrent au désavantage des jeunes recrues de Frénm. Pluueurs muic<u/wu furent saisis par le peuple et jetés dans les bassins, au bruit des fanées et des outrages. Quelques heures après, la troupe dorée, appuyée par cinq mille hommes des sections, prit sa revanche, et dispersa les jacobins partout oft elle put les rencontrer. Ce jour-là, la jeunesse parisienne ât entendre des cris royalistes, que les pmdenls et habiles s'empressèrent d'interdire on de désavouer. Ces acèoes de désordre réagissaient sur les dâibémions
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cMnEimoN Hinouu. sa
de VtÊeemhlée^ et, dans l'eaceiste d« la eooTeiitioo, x» i79s. la hitte des partis était encore plus ongeuae et pius achaimée «[s'att defams. Les «omîtes léaBÎs prqxMè' rent, par l'organe de Siejèa, une loi de gnmde poliee, lot ii« p.ii» dertioée à amater la tirebà da peuple, dUi gouverne- iwaMi'^mi BMDt n^publicaia et de la otaiveiilioa natioaale : cette ''•^^'^'j;;^" loi puwssfiitde la peiae de mort, de la déportation ou <t"i«>°*">des fers, selon la gravité des crimes, les actes séditieux, les promcatioas à la rébelliott en au meurtre, les indindns saisis dans tes allroupemeBls populaires qui ne se 'dissiperaient point à la voîi des magistrats; œuK qui iasHlleraient la oonveoticn ou les repréeealaslsdu peuple en fonctions; ceux qui atleoleraient i la liberté des délibératiMs de l'assemblée ; ceux qui ponsseraient des tris menaçants dans l'oiceiiite des séances légishtires. La mâme kà décidait que, dans le cas «è la eoaveniion serait oppna»6e, entamée ou dissoute par le peuple, les mesabres suppléaBls se réaninieBt4e plein droit k CbâlouB-sar-Marne, pour y fi>rner la représentation nationale. Tous les arûcles du projeta Sieyès funent BucoessiTemfol mis aux voix et adoptés, nulgré les rédanutious ardeotes de la Moota«M.
Le lendemain, les partis étaient en présence, et des AgHtt»». hommes de toutes sortes encombraient les tribunes de op mwta la convention. La jeuneme dorée chantait le Béca^ ^u ""'°I^J' ^|»/e;les jacobins répondaient k ce chant jureelui b;,j^^'^ de Ia Jdaneiilaiu, et, comme la veille, ils se ralliaient "^l^^ h ee nsot d'ordre : Dupain, et la-ctmtUtuUon de i 795 1 l,es discussions de l'asscinUée lurent ardentes et passionnées; nuis, au debors, l'émotion Aitjooiaa vive
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RËTOLvnOn FRANÇAISE.
iian 1T95. que la veille, et ne se manifesta guère qae par des refrains politiques. Le 3 germinal, la convention traduisit devant elle les quatre députés terroristes dont la querelle servait de prétexte à l'agitation populaire : Billaud-Varennes, Collot-d'Herbois et Barrère comparurent ; Vadier était contumace. La conduite de ces représentants fut solennellement examinée; on leur imputa d'avoir tyrannisé le peuple et l'assemblée, et d'avoir commis, dans l'exercice de leurs fonctions, une longue série de crimes. Les prévenus rejetèrent tout l'opprobre de leurs actes sur Robespierre ; ils n'imputèrent qu'à lui seul le sang versé par torrents sur la guillotine. Garnot, qui avait apposé sa signature à toutes les listes de proscription dressées par le comité de salut public, sentait bien que, moralement du moins, il était, lui aussi, mis en cause. 11 prit donc ouvertement la défense de Billaud et de ses trois complices : après lui, Maignet, Cambon, Duhem, Goujon, et les au> très députés jacobins, demandèrent qu'au nom de I» révolution on renvoyât absous les accusés, dont, disaient-ils, le seul crime était de l'avoir trop bien servie. A les entendre, les accusés n'avaient fait que subir la tyrannie de Robespierre : ce système de défense était plus spécieux que vrai, et on le réfutait par des chiffres.
Pendant le cours de ces délibérations, qui se prolongèrent durant neuf jours, les sections de Paris luurrKUon étaient continuellement agitées, et le peuple venait
irnninai. g chaque séaucc demander du pain à la convention. Boissy-d'Angtas et le comité des subsistances rendaient compte de la stérilité de leurs efforts pour mettre lin
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CORTERTIOtt NinOHALE.
à la disette -, en même temps ils donnaient des espë- Ami nos.' rances qui ne se réalisaient pas. Le 11 genninal, une députation de la section des Quioze-Vingls fit entendre à l'assemblée le langage de la menace : Pelet (de la Lozère), qui, ce jour-là, présidait la convention, répondît avec dignité aux pétitionnaires; un moment après , Tallien exhotla l'assemblée à résister jusqu'au bout aux réclamations du parti qui regrettait le règne des échafauds et de la municipalité conspiratrice. I.a voix de l'orateur Tut plusieurs fois couverte par les huées des tribunes. Le lendemain, 12 germinal (1" avril), de nombreux rassemblements se formèrent dans te faubourg Saint-Antoine, au Marais, dans ta Cité ; disciplinés par les jacobins, ils se dirigèrent vers le palais des Tuileries, et forcèrent la porte qui s'ouvrait sur le Carrousel. En tête de cette multitude marchaient, en colonnes serrées, des femmes et des enfants, qui demandaient k grands cris : Iht pain ! du pain l Ces malheureuses étaient exténuées de misère, et leur aspect répandait autant de crainte que de pitié : si le parti terroriste exploitait leurs souffrances, ces soufl'rances n'en étaient pas moins réelles , et, ce jour-là, elles redoublaient d'autant plus qu'on n'avait pu, faute d'arrivages, distribuer aupeu* pie que la moitié de sa ration de pain, ration insufiisante, et si ardemment sollîritee parle désespoir. Sur une bannière portée en avant du peuple par un homme déguenillé et à sinistre] Ognre, on lisait ces mots : Ihi pain, et la conUitulion de 1795! La même inscription était tracée à la craie sur les chapeaux de quelques hommes-, d'autres n'avaient mis que les mots: Dupain!
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s» BËTOUITION FBAKÇUSE.
AiriJ 1795. Insensiblement les rangs de celte multitude se assirent ; des hordes d'hommes en haillons, armés de sabres, de piques et de bâtons noueux, la poitrine découverte, les bras nus jusqu'au coude, se précipi* tèrenl par les guichets, chassant devant eux les gardes et la troupe dorée. Cette scène rappelait les hideuses saturnales du 20 juin ; mais elle présentait un caractère plus horrible^ parce qu'à l'emportement des colères politiques se joignait le délire bien autrement dangerenx d'un peuple qui a faim, u pnpia La convenUon venait d'accorder la parole à Bùssy- Tnuviu. d'Anglas, chargé d'un rapport sur les subsistances: pendant que l'orateur occupait la tribune, le palais des Tuileries fut envahi par le peuple, et l'on entendit un affreux tumulte dans les appartements, dans les corridors, sous les fenêtres, et particulièrement dans le salon de la Liberté, qui précédait la salle des séances. La multitude força les portes, se rua dans l'cnceiate ' législative, et se répandit pêle-mêle sur les bancs oà siégeaient les représentants du peuple. Les femmes poussaient des hurlements sauvages, et les cris ordinaires : Da pain! la corutitution de i 795 ! dominaient la voix du président, celle des huissiers, celle des députés, que consternait l'apparition des bordes. Sar la partie la plus élevée de la Montagne, qu'on appelait ta Crêle, un certain nombre de membres delaconvmtion, voués à la cause du jacobinisme et de ta Terreur, manifestaient leur approbation et applaudissaient an peuple. Quelques-uns d'entre eux, comprenant que celte scène, si elle se prolongeait, ne pourrait qu'avilir l'assemblée, rassuraient la foule, lui prometiairat
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de faire droit & ses rédamaiJons, et la conjuraient en Avril 1795. même temps de s'éloigner et de laisser la convention délibérer librement. Legeodre voulut parler; sa voix Int étouftée par les clameurs populaires: Merlin de ThioQvilIe essaya de circuler dans les groupes et de Us rappeler à la modération ; ses tentatives demen* Tarent stériles. Le président se consumait en vains efforts pour faire respecter l'assemblée : les femmes et les sans-culottes, montrant le poing, agitant leurs bonnets et leurs bâtons, méprisaient se» conseils, ses ordres et le bruit continu de sa sonnette. Enfin, un homme du peuple nommé Vaneck, celui-là même qui commandait la section de la Cité à l'époque du 3i mai, monta à la barre et lut une adresse véhémente, qa'interrompirent, à cbaque phrase, les acclamation;) de l'extrême gauche et du peuple. « Montagne sainte, a s'^ria-t-il, loi qui as tant combattu pour la répu- « blique, les hommes du i4 juillet, du 10 août et du « 51 mai te réclament en ce moment de crise ! lu les « trouveras toujours prêts à te soutenir, prêls à verser a leur sang pour la république... » L'orateur populaire termina en demandant la mise en liberté des patriotes incarcérés depuis le 9 thermidor: personne n'osa protester contre l'insolente liberté de son langage. D'autres pétitionnaires vinrent ensuite à la barre, et ûrent entendre de pareilles réclamalions. André Dnmont, qui occupait le fauteuil, cherchait à gagner du temps, eti calmer la multitude; mais le cri : Duipmnl du ■point répondaitseul à ses exhortations. 11 n'y avait plus de délibération possible; mais, par intervalles, on entendait sonner le tocsin, qui, de la commune.
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9S8 HfiTOUmOH FBAHÇiDI-
Avril n». avait été transféré au pavillon de l'Unité (de THorloge) : cette cloche, longtemps demeurée au service de l'émeole, convoquait en ce moment les citoyens des sections, et les invitait à marcher au secours de la convention. Le peuple, averti par ce signal des dangers qui le menaçaient, s'obstina d'abord à rester dans l'enceinte des séances et à tenir la majorité styaa l'oppression : bientôt, cependant, il se mit à défiler lentement et en bon ordre : sa retraite fut hâtée par i*ar^ rivée de plusieurs détachements des bataillons des Piques, des Filles Saint-Thomas, de la Montagne, l'élite de la garde nationale, en tête de laquelle marchait l'intrépide commandant RafTet. Vers le soir, l'intérieur et les abords de la salle étant entièrement dégagés ; la convention, redevenue libre, rendit la parole à Boissyd'Anglas, et lui permit d'achever son rapport sur les subsistances. Après cette lecture, l'assemblée décréta qu'une force armée, prise dans les sections de Paris, serait chargée de protéger les arrivages. eoRTmiioD ^' importait à ta dignité de la convention de punir "^cTl^tT* 1^ attentats commis contre elle. Séance tenante, Isaw<r>i"*d^ beau fît, au nom des comités, un rapport sur les évé- ^°"^' nemenls de la journée, et il proposa de diriger des poursuites contre les auteurs du désordre. Alors de part et d'autre les factions se renvoyèrent la responsabilité de l'émeuLe; mais la majorité, enlrainée par les représentations de Thibaudeau, rendit un décret conforme aux conclusions de ses comités. André Dnmont prit ensuite la parole : il émit le vceu qu'au lieu de rechercher d'obscurs coupables on s'attachât surtout i fi-apper les chefs ; et il désigna fiillaud-Varennes, Gd-
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OIRTEIITION MJlOVkUL 3W
lot-d'Herbois et Barrère. a Je ne tous proposerai pas, àTrii 1705. « dit-il, de tes envoyer à la morl, car ils ne sont pas « jugés, et le temps des assassinats est passé ; mais « bannissoDS-les du lerritoîre, qu'ils infectent et agitent « par des séditions. Je vous propose, pour celte nuit « même, la déportation des quatre prévenus dont vous « agitez la cause depuis plusieurs jours. » La convention venait d'apprendre que deux de ses membres, les députés Âuguis et Pesnières, avaient été arrêtés par la multitude, et que l'un d'eux était blessé : emportée par les sentiments du péril qu'elle avait couru, convain> eue que cette seconde épreuve du 20 juin ne tarderait pas à être suivie d'un second 10 août et qu'il importait de se montrer forte et redoutable, elle vota, presque sans discussion, la déportation des chefs terroristes qui lui étaient signalés, puis elle décréta d'arrestation ^^"°* dix-sept montagnards qui avaient encouragé l'insurrec- dép°>é.*m'iitioD de la journée, et parmi lesquels figuraient Gara- ^>°*^' bon, Ruamps, Léonard Bourdon, Tburiot, Chasles, Amar, Lecointre de Versailles, Cboudieu, Dubcm, Moyse Bayle, Maignet, Crassous et Levasseur (de la Sarthe) '. Le lendemain, Billaud, Collet et Barrère (Vadier était toujours en fuite) furent transportés à Rochefort; leurs collègues, mis en arrestation, furent conduits au château de Ham. Le peuple essaya un moment de s'opposer au départ des voitures qui les emmenaient; mais le général Picbegru, investi, par un décret de la convention, du commandement en chef des forces
■ Plusieurs d'entre eui us Turent d&rétés d'arrestation que dans les timeei des IS et 16 germinal^ à cette diFKrence pès, leur sort fut le
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SM RÊVOLUTIOH FRANÇAISE.
Arrii 1T95. militaires de Paris, déploya la troupe et dispersa les rebelles sans coup férir.
iMiBiiiii Telle fut l'insurrection du i3 germinal. Geiour^Ià,
ilglajonrai*. , . , . ,. ■ .„ ■ ..
les jacobins perdirent une bataille; mais, comme il arrive aux partis à la suite d'un grand effort, quoique vaincus, ils redoublèrent d'audace, et ils crurent à la possibilité d'une revanche. D'ailleurs, la politique n'était que le prétexte de l'émeute; la cause sérieuse de ce mouvement était la faim, et la faim, tant qu'elle n'est pas assouvie, ne se résigne pas à endurer des souffrances silencieuses. De part et d'autre on ne se fit guère illusion. La convention continua de rendre des décrets assez ineflicaces pour assurer l'approvisionnement de Paris; elle vota une loi pour donner à la garde nationale une organisation nouvelle, moins favorable aux classes ouvrières et aux possesseurs de piques; elle ordonna le désarmement des terroristes : mais toutes ces mesures furent mollement conçues, et plus mollement encore exécutées. Mieux avisés, soutenus par le désir de la vengeance, encouragés par les ressources qu'ils tiraient de la misère publique, les jacobins et les chefs du peuple disposèrent tout en vue d'une insur^ rection prochaine et plus redoutable.
(« qui adiioi Barrère, retenu par une maladie grave, demeura k »uT^^""ii Rochefort, et ne fut point déporté avec ses deux comoajtnt. pjjggg (^gg derniers furent embarqués et conduits à Sinnamary, dans les déserts de la Guyane fi'ançaise, pays malsain, climat mortel. Objets d'horreur pour les colons, qui tant de fois avaient frémi au récit de leurs crimes, CoUol-d'Herbois et Billaud-Varennes n'eurent de consolations et de soins que ceux qui leur furent
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CONTERTiOH RATIONAIf. SOI
prodigués par les sœurs de la Charité établies en Ami lias. Guyane. Coltot-d'Herbois languit quelque temps dans cet eût, tantdl livré aux remords, tantôt méditant de nouveaux essais de révolution et de terrorisme. Il participa même à un complot qui avait pour but d'insurger les nègres contre la domination des blancs; mais ses tentatives furent d^ouées. Dénoncé par quelques ^daves, il fut emprisonné, et passa plusieurs jours à maudire l'espèce humaine el lui-même, le plus coupable des hommes. Dans l'un de ses transports de fureur, il avala une bouteille d'eau-de-vie qui lui brûla les entrailles, et ce fut ainsi qu'il termina sa misérable existence. Billaud-Varennes lui survécut de plusieurs années, toujours sombre, toujours dominé par l'infâme doctrine de l'athéisme, el cherchant à étouffer le souvenir de son passé en espérant le néant. On raconte que, dans sa retraite, il eut pour principale distraction d'élever des perroquets, el de leur enseigner quelques mois empruntés au vocabulaire des sans-culottes.
Tandis que la république chassait de son territoire pmiiat ces monstres à face humaine, Fouquier-Tinville était FaaqutarenGn appelé à rendre compte d'une longue série de forfaits trop longtemps demeurés impunis. Le 29 germinal, la convention avait décrété que le tribunal révolutionna ire serait en permanence jusqu'au jugement définitif de l'ancien accusateur public et de ses complices ; ces derniers étaient les juges, les jurés, el quelques dénonciateurs à gages, qui, avant le 9 thermidor, avaient envoyé à l'échafaud de si nombreuses victimes. Les accusés étaient au nombre de quinze, et
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ta RËTOUmON PRAIfÇAISK.
AnQ lies, parmi eux on remarquait l'ancien président Hermann, qui avait lu à Marie-Antoinette et aux girondins leur arrêt de mort. Le tribunal procéda lentement et avec toutes les formes de la justice, et l'on vit se renouveler, dans l'opinion publique, l'impression sinistre et salutaire produite naguère par le procès de Carrier : on s*étonnait que tant d'iniquités sanglantes eussent été commises tranquillement et au nom de la liberté, et on oubliait que les complices de Fouquier n'étaient point tous assis près de lui, qu'ils étaient partout^ qu'ils se composaient de tous les hommes qui auraient pu briser le joug des tyrans, et qui étaient demeurés inactifs en présence des supplices. Fouquier, autrefois procureur, se défendit avec toute l'astuce d'un homme vieilli dans la chicane : il osa parler de son innocence*, il rejeta tout sur Robespierre, sur les comités, sur la convention; il ne se donna que pour un instrument passif et aveugle. « Condamnerait-on une hache? » osa-t-il dire. Les autres accusés adoptèrent ce système, niant les faits mis à leur charge. Villate seul, l'un d'entre eux, qui espérait désarmer la loi à force de lâcheté, fît des révélations, et compromit ses complices. Le procès occupa dix-neuf séances ; on entendit deux cents témoins à charge et deux cents témoins à décharge. Les crimes qu'il s'agissait de punir étaient ceux que nous avons énumérés en racontant le règne de la Terreur. Durant les débats, Fouquier fît preuve de cynisme et d'insolence. Après la condamnation des accusés, lui seul montra un peu de fermeté ; tous les autres laissèrent éclater leur crainte et leur désespoir. Quand les trois charrettes qui les conduisaient à
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GonvENnos kationaii. «h
l'échafaud traTersèreDt les mes, le peuple poursuivit Anîi 17H. d'imprécatioDS et de clameurs féroces les coupables justement punis, mais à qui, dans ces inslauts solennels, on aurait dû épargner cette aggravation du supplice. Le peuple est toujours le même, et il réserve aux condamnés de toutes les classes la même joie et les mêmes insultes. Fouquier-Tinville, qui était longtemps demeuré impassible, finit par répondre à la multitude : « Va, criait-il, va, canaille qui n'as pas de pain; va <c chercher ta demi-once à la porte du boulanger : moi. « je m'en vais le ventre plein I » Et le peuple de crier encore : A la mort! h la guillotinel Après ce hideux dialogue, le bourreau fit sou devoir. Le supplice des coupables rappela involontairement aux spectateurs l'existence de ce Dieu qui, au jour marqué par sa providence, reparaît, et venge la justice'. Quelques sanUM jours après, la tête de Joseph Lebon tomba également i<uaFbLd>m. sar l'échafaud.
La convention adopta encore quelques mesures ré- UopUi» paratrices : elle rendit à Toulon et à Marseille le nom ""
Terreur ; elle ordonna que Gommune-Afîrancbie reprendrait le nom de Lyon ; elle rapporta le décret qui avait ordonné la destruction de cette grande cité; elle vota des. indemnités en faveur des familles des députés girondins autrefois proscrits et mis à mort. Un ancien décret, rendu à la même époque, avait statué que le département de la Gironde serait désormais appelé dé-
' Abstulit huiM tandem Rufini pœiu limniltuin,
Absolïitque deos.
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5U nÈfOLUTION F
Hai 17K. partem^l du Bec-d'Ambez ; la convention abolit cette loi, dictée par une haine stupide. Elle décida qu'une somme de cent cinquante millions de francs, en monnaie de cuivre, serait incessamment fabriquée. Un député ayant proposé de rendre les églises au culte catholique, eh vertu de la déclaration des Droits de l'homme, qui proclamait la liberté des cultes, la convention, toujours dominée par ses rancunes antireligieuses, écarta cette motion.
tMMtioD Vers la même époque éclatèrent, dans quelques dé- ""'d^'" partements, les premiers symptômes d'une réaction Dmmn». royaliste qui devait être signalée par les excès les plus odieux. £n l'absence de toute garantie sociale sérieuse, les hommes ne sont que trop portés à se constituer euxmêmes justiciers et vengeurs, k rendre à leurs ennemis dent pour dent, œil pnur oeil. On trouvait, en dehors de l'opinion des jacobins, que la convention s'était montrée indulgente jusqu'à la trahison en se contentant de condamner à la déportation les chefs terroristes. On s'indignait de ce que cette assemblée comptât encore dans ses rangs une foule d'hommes qui avaient répandu des flots de sang, durant le coni^ de leurs missions d'horrible souvenir. La convention se trouvait donc placée entre la double menace de ceux qui regrettaient Robespierre et de ceux qui maudissaient les retardements et tes lenteurs de la justice: delà, des excès et des crimes. 1^ liste en serait longoe et monotone, cartons les égorgements populaires se ressemblent ; mais ces excès, pour la plupart, demeurèrent inaperçus et furent à peine mentionnés, tant les violentes luttes dont Paris était le théâtre absorbaient les
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CONTEimON niTIDKALE. SOS
écrivains de cette époque, et occupèrent de place dans ni 1795. les documents légués à l'histoire. L'un de ces crimes les plus significatif fut le massacre de soisante^Iix personnes qui furent impitoyablement égorgées par Te peuple dans les prisons de Lyon. A Toulon et â ifarseillc, des scènes de carnage eurent lieu, et Turent également signalées par cet emportement sanguinaire qui caractérise la colère des populations du Midi : nous n'aurons que trop l'occasion de revenir sur ces actes de fureur.
A Paris, le peuple, tourmenté parla faim, et guidé, dans l'aveuglement de sa misère, parles agentsdu terrorisme, se préparait à prendre contre la convention nationale une revanche de la défaite du 12 germinal. Le décadi 30 floréal, une grande agitation se fît remarquer dans plusieurs quartiers populeux ; la générale battit dans le faubourg Saint-Antoine et dans le faubourg Saint-Marceau, et des rassemblements tumultueux s'y formèrent. De leur côté, les jeunes gens de la troupe dorée se réunirent, et reçurent le mot d'ordre du parti thermidorien. Ce jour-lâ, on n'avait pa distribuer que deux onces de pain par personne, et des bandes de malheureux, privés de nourriture et Se répandant en plaintes lamentables, se mêlaient, dans les rues et dans les carrefours, aux agitateurs politiques disciplinés parles jacobins. Pendant une partie de la nuit, on entendit le bruit du tambour, appelant les citoyens aux armes. Le lendemain 1" prairial (20 mai), trente mille hommes, recrutés dans les faubourgs et dans les quartiers pauvres, marchaient sur la conrentioD. On disait hautement dans la foule qu'il MIait
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390 KËTOlCnOM IHÀRÇitS.
iii799. dissoudre l'assemblée ; que depuis iTop longtemps elle faisait mourir le peuple de faim; qu'elle n'avait fait guillotiner Robespierre que pour tyraouiser le peuple, le réduire aux extrémités de la misère ; qu'elle était complice des agioteurs et des marchands. Comme au 12 germinal, les masses d'hommes insurgés et armés de bâtons, de sabres et de piques, s'étaient fait précéder par des femmes : on espérait que la force armée n'os^ait point tirer sur elles. Dans les divers groupes, on se transmettait le plan d'insurrection qui avait été arrêté, la veille, par des comités révolutionnaires formés à la hâte. Il y était dit que le peuple devait reprendre ses droits, usurpés par un gouvernement injuste et tjrannique ; on ajoutait que la eonventioD, avide du sang des hommes libres et des patriotes, fondait ses e^érances criminelles sur la faiblesse, l'ignorance et la misère du peuple; qu'un pouvoir aussi atroce ne pouvait subsister qu'autant qu'on aurait la lâcheté de le craindre et de lui obéir ; que l'insurrection était pour le peuple opprimé le plm sacré des droits et le plus inÂisperuable des dwoirs ; qu'il fallait donc anéan> tir le gouvernement inique institué depuis le 9 thermidor, et réclamer, de par le peuple, du pain, la constitution de i795, l'arrestation des membres des nouveaux comités conventionnels, la liberté des citoyens détenus pour avoir demandé du pain le i2 germinal, et, à toute époque, la convocation des assemblées primaires, le renouvellement de toutes les autorités constituées, et de la convention nationale elle-même. En vertu de ce plan, le peuple était invité à s'emparer des barrières, des postes, de la rivière, du télégraphe, du
COMTENTIOR WAnOBALB. SOT
canon d'alarme et des cloches destinées au tocsin : luins. quiconque oserait proposer de marcher contre lui et de le repousser, soit en masse, soit dans la personne d'un seul homme, serait réputé ennemi de la liberté et traité comme tel. Tous les pouvoir^ qui n'émaneraient pas du peuple étaient déclarés suspendus, et les fonctionnaires qui persisteraient h garder leur autorité de- ▼aient être considérés comme ennemis du peuple et tyrans. En a?ant des insurgés, on remarquait avec eflroi un nègre d'une taille colossale, et revêtu de l'uniforme militaire : ce misérable parcourait les rangs du peuple, brandissant une épée, et exhortant les canonniersi^ braquer leurs pièces sur les Tuileries. 11 était l'heure de midi : déjà le peuple obstruait les avenues, les cours, les rues qui conduisent au château ; et la convention, de tontes parts assiégée, attendait avec anxiété l'attaque populaire qui devait décider de son sort.
Le député Isabeau monta & la tribune, et dénonça i^f*^jt3. le plan d'insurrection préparé par le comité révolutionnaire : quand il -eut Gni de parler, les tribunes firent entendre des applaudissements sur le sens desquels l'assemblée ne put se méprendre, et qui s'adressaient aux insurgés, et non aux représentants du peuple. La convention, enrironnée d'ennemis, jura de monrir à son poste : c'était là, depuis la séance du Jeu de Paume, une babitude politique qui commençait h n'être plus prise au sérieux. Cependant quelques orateurs obtinrent tour à tour ta parole, et conjurèrent le peuple de ne pas déshonorer sa gloire, de ne point rendre inutiles cinq ans deprivations et de souffrances.
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SOS ^TOUmOR FiiAitçun.
Hii 1195. Sur la proposition de ses comités, la eonTention décréta que la commuoe de Paris serait responsable de toute alteinle portée à la représentation nationale ; elle mit lescheEs des attroupements hors la loi, et prescrivit aux bons citoyens de leur courir m$ ; enfin , elle se déclara en permanence jusqu'au retour de la tranquillité publique, et elleenjoignità ses comités delui donner, d'heure en heure, un état de la situation de Paris. A peine rendu, ce décret fut accueilli par les rires des femmes qui occupaient les tribunes; peu d'însl«ntR après, une dépulation de la section de Bonoonseil parut à la barre : elle venait présenter à l'assemblée l'exposé douloureux, mais fidèle, des souffrances du peuple. L'orateur portait l'uniforme de général de brigade. Quand il eut fini de parler, la convention décréta le renvoi de la péUûon aux comités de salut public, de législation et de sûreté générale : elle adopta ensuite une proclamation adressée aux citoyens de Paris, et par laquelle, après avoir promis d'assurer à la France les bienfaits de l'ordre, de la paix, de l'égalité et de la liberté, elle déclara formellement que son intention était de résister aux partis de toutes couleurs, et de ne rouvrir ni le club des jacobins, ni la prison du
Jj^jPJj Temple. Mais ces promesses et ces protestations étaient ^'SmT ^^ stériles barrières. La multitude, de plus en plus impatiente, regorgeait dans les tribunes, se pressait aux portes, outrageait les députés, et faisait retentir comme le tonnerre, dans la salle et au dehors, ces mois: Du pain I dtt pain! En face d'un tumulte pareil, tonte délibération était impossible. Le président, un vieillard nommé Vemier, se couvrit, et tous les meiii-
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COItVESTION NATIONALE. 3W
bres de l'assemblée ôtèreot leur chapeau. Dans les uû 1705. usages de la république, ou agissait ainsi pour montrer que la représentation nationale était opprimée ou paralysée dans l'exercice de ses droits; les femmes accourues du fond des faubourgs pour réclamer du pain se montrèrent peu émues de ces formalités parlementaires. Elles redoublèrent de clameurs, firent entendre des rires, des huées, d'afïreux blasphèmes ; elles montrèrent le poing au président et appelèrent à leur aide le peuple qui encombrait les abords de la salle et des galeries. Cette scène de désordre se prolongea pendant une demi-heure, sans qu'il fût possible au président ou aux orateurs de faire entendre aoirc chose f]ue des phrases entrecoupées. Les ans demandaient qu'on fît évacuer les tribunes; d'autres encourageaient l'assemblée à résister aux menaces du peuple. Au milieu de ee tumulte, André Dumont occupa le fauteuil, et y remplaça Vemier, trop vieux et trop faible pour conjurer l'orage populaire. « Je déclare aux tribunes, dit- « il, que je mouin'ai plutôt que de ne pas faire respeca ter la convention. » Toute l'assemblée se leva, en signe d'adhésion ; mais les femmes se prirent de nouveau à crier et h rire. Le girondin Louvet, éprouvé par • la proscription, essaya alors de parier; mais la voix de l'orateur fut bientôt couverte par ce cri, sans cesse renouvelé : Du pain ! du pain / En ce moment, le président s'adressa au général de brigade qui se trouvait à la tète des pétitionnaires : a Citoyen, lui dit-il, je te « nomme commandant provisoire de la force armée, et «je l'ordonne de l'employer pour faire respecter la «convention. — Oui, répondit le général; je ferai
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4» RÉTOLUnon FRANÇAISE.
Mai 1799. « respecter la conTeoIion, ou je mourrai à mon poste ; » et il sortit au brait des acclamations de l'assemblée. Le président parla de nouveau : il annonça que la tribune d'où partaient tes clameurs les plus ofrensantes allait être évacuée ; mais les femmes ne répondirent que par des cris, des menaces, des huées. Cette scène eut un terme. Le général, provisoirement investi du comman^ dément de la force publique, monta dans la tribune, suivi de quatre fusiliers et de quelques jeunes gens armés de fouets de poste : ils chassèrent les femmes de ce lieu, et firent également vider plusieurs autres tribunes. Soudain le peuple fit voler en éclats la grande porte de la salle des séances, et il se précipita armé et furieux dans l'enceinte, malgré les eRorts de la gendarmerie et de la garde. IjCs députés se retirèrent sur les gradins supérieurs, et la force armée protégea leurs personnes. Sur ces entrefaites, la garde nationale entra à son tour par la porte de droite, et refoula la multitude. Le peuple revint à la charge, et reprit ses positions ; bientôt la section de Grenelle, ayant à sa tête le député Auguis, armé d'un sabre, accourut au secours de l'assemblée, et rejeta les insurgés hors de l'enceinte législative. Un des assaillants fut saisi, traîné à la barre, et fouillé : on vit que ses poches étaient pleines de pain. Évidemment cet homme était un agent secret, aposté par les comités, et qui s'était volontairement fait prendre. Les partis emploient souvent ces ruses misérables, parce que, dans le premier moment, l'effet en est s&r. Qaoi qu'il on soit, quelques individus arrêtés dans ta lutte furent conduits au comité de sûreté générale, et un peu de calme se rétablit dans
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CORTERTION KATIOXALE. m
ViOSeiaMét : o«tle-ci en profita pour vctter des remer- kii imi ctmetits à la section de la fontaine dé Grenelle et aux ïinibassadeiirs des puissances étrangères présents , à la séance, et dont on avait admiré l'attitude courageuse.
■ L'insurrection reprenait tonte sa fureur an dehors; ?«»(**» iM'rangs du peuple se grossissaient à chaque instant, i"«n«iii»tandis que la force publiqae, qu'un décï'et venait de placer sous les (>rdres du représentant (lu peuple Del- 'mas, était encore réduite à un petit nombre de détadiements armés. Vers trois deuils après-midi, la multitude tenta un nduvel elîort, et envahit le salon de la .:: fcibwlé : dfe part et d'atitre on disputa longtemps le ^^l^j^ teuti de la porte brisée;' l'émeote reçut des fenforts, la ^ bfMitention vit acconrir h son aide des cothpagnies, qui traversèrent le lieu de ses séances au bruit des applali- (Ussements. Pendant qu'on se battait dans le vestibule, lès députés de la CrêtCf jusqu'alors demeurée silerïcienx, dissimulaient à peine leur joie et leurs espérances ; jacobins au (bnd de l'ftme, ils faisaient secrètement cause commime avec les insurgés, ils bâtaient rie leurs vceux le triomphe du peuple. Le reste de l'as- ■ temblée paraissait frappé de stupeur. Boissy-d'A.ngla9, AMiâ au fauteuil du |nrésidént, conservait une attitude calme et digne. Vers la porte bri^e, un jenne député, npommé'Férand, récemment revenu des armées, où il avait'été envoyé en missittn, exhortait les défenseurs rie la convention, et cherchait à repousser le peuple. Après une demi-henre d'efforts, la garde de l'assemblée céda au torrent, et Féraud, renversé par la mnlti* twte, Alt' un moment fbulé aux pieds, et maltraité; il se
UTOL. nut. — M5T, MT. II. !0
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Hû 1705. releva, et retourna à son poste. L'enceinte des séances était pour la troieième fois au pouvoir de l'émeute, et la plupart des députés du cdté droit et de la Plaine cherchaient à fuir par les issues encore ouvertes. Sur leurs bancs, ou parmi eux. se pressaient péle-méle des femmes ivres, des hommes armés de piques et à manches retroussées, les chefs de l'émeute et leurs étranges soldats : de tous cdtés on entendait le cri ordinaire de la journée : Du pairif et la eorutUtUion (je 1795!
ittbimt Vingt fusils furent en »n moment dirigés contre le CMnia président; mais Boissy-d'Anglas, rappelant à cette "bI'^'t-''* heure terrible la magnanimité des sénateurs antiques, ^ '' considérait la foule d'un œil tranquille, et continuait de veiller au retourde l'ordre. I^ jeune Féraud, voulant épargner un crime aux insurgés, se jeta entre eux et le président. 11 y eut un moment de lutte, après lequel ce courageux député fut frappé d'un coup de pistolet, et tomba à terre. La multitude se jeta sur lui, l'entraîna hors de la salle, lui coupa la tête, et reparut presque au même instant, portant au bout d'une pique la léle sanglante de la victime. La plupart des députés, saisis d'effroi, avaient disparu; Boissy-d'Ànglas était toujours immobile sur son siège. Les meurtriers osèrent- lui présenter la tête de l'infortuné Féraud ; mais, sublime . devant cette menace, Boissy-d'Ànglas se découvrit, et salua son collègue décapita. Ce courage étonna les insurgés, et ils respectèrent en la personne de Boissyd'Ânglas l'honneur et l'orgueil de la république. Bientôt les roulements de tambour se succédèrent^ comme pour rétablir un peu d'ordre, et annoncer la reprise
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OTÎiVE:(n0S SATIONAli. «c
des âé)ibération&. de l'assemblée. Les députés de la lui i7»5. Crête saisirent ce signal, et demandèrent la parole, l. moDUgnc Ceui des girondins et dos membres du centre <|ui étaient o» ^^m. encore assis sur leurs bancs invitaient le penplc à se retirer; les nroatagnards demandaient qu'on se hâtât de rendre Ira décrets qu'éUiit venu réclamer le peuple : la multitude appuya cette proposition; elle contraignit stors les députés de se placer sur les bancs inférieurs -et dane l'hémicycle qui séparait l'assemblée de la tribune, et elle leur enjoignit de délibérer. Vernier remplaça an fauteuil Boissy-d'Anglas, el les députés, environnés d'un cercle de piques, parurent reprendre te cours de leurs travaux. 11 était convenu que le peuple resterait couvert, et que les députés, tête nue, agiteraient leurs chapeaux en signe d'approbation ou d'improbatîoa. L'horloge marquait sept heures du sotr. T^es jacobin» avaient repris la puissance souveraine. Les prapositiôDS se succédèrent. I.c montagnard Duroy demrada qu'on décrétât la mise en liberté des patriotes incaroérés le 13 germinal. Ce décret fut voté par un simulacre d'assemblée. Les hommes du peuple, à leur tour, réclamèrent la mise hors la loi des députés modérés; d'autres invitèrent la convention à mettre immédiatement à exécution le code de 1 793 ; d'autres exigèrent l'appel nominal, l'arrestation des membres du gouvernement, une prompte distribution de pain.Toules ces motions, et beaucoup d'autres, se croisèrent au mîtien du tumulte, sans qu'il fût possible de délibérer. La tribune fnt un nnoment occupée t>ar une femme du peuple, qui vocifêrait et agitait ses bras nus. Parmi les clameurs populaires, on distinguait les cris de Vive
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Mt RÏTOLtmOlf FKANÇAI».
Mai 1105, la Montagne ! tiv&it le$ jacobins I Cette scène iaouïe se prolongea jusqu'à oeuf heures. Vers ce moment, le député Romme fit décréter la suspension de- tontes les procédures dirigées contre les patriotes; ensuite il ajouta : « Après ce décret, il faut nous occuper de n fournir du pain au peuple... » (La foule se mit à orier : Ah! c'est bien heureux!) « Je propose, diten- « suite l'orateur, de décréter qu'il n'y aura plus qu'une « seule espèce de pain, et qu'il sera défendu <le con- « fecUonner des pâtés et de la brioche. Je demandé CI qu'il soit fait des visites domiciliaires pour rechér- « cher les farines. » La foule applaudit i outrance, et les députés agitèrent leurs chapeaux en signe d'assentiment. Romme demanda la convocation des sections et leur permanence. Cette proposition fut adoptée. Goujon émit le vœu que ces décrets fussent immédia~ tement portés à la connaissance des départements et des années, et que leur exécution fât ctmiîée à une commission extraordinaire. La loi fui rendue ; mais le peuple continuait à demander du pain. Sur la proputsition de Bourbotle, on dé(»^ta l'arrestation des journalistes qui, depuis plusieurs mois, attaquaient le peuple et les patriotes. Un autre membre fit voter l'abolition de la peine de mort, mesure dont on u'eicepta que les émigrés et les fabncateurs de iaux assignats. Duquesnoi demanda et obtint le renouvellement du comité de sûreté générale, et les choix furent ftiits séance tenante. En ce moment fioîasj^'Anglas remonta au fauteuil, et Legendre parut à la tcibuoe. fi invita les députés à tenir ferme, et il ordonna su peuple de se retirer. La foule fit entendre des cria injurieux,
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COItTBimON NATlONAtf. ¥»
et força Boissj-d'An^las el Legendre de sortir de la salle. Mai iisq.
Soodaiii la face des choses changea ; et le peuple, Lmirirmie qui se croyait en pleine jouissance de sa souveraineté, i)«> ttaa^s. fat de nouveau attaqué par la force militaire, en tète l> «^•g«de laquelle marchaient le commandant Raffet et les dé- i™p«'e. pûtes Legendre, Auguis, Kervelégan, Ghénier et Bergoin. « A moi, sans-culottes! à moi! » s'écria Prieur (de la Hame); et la lutte recommença. Elle fut longue ; le terrain fut disputé pied à pied, la salle des séances prise et reprise, et il arriva même que les jacobins fir^t retentir l'air du cri de Vktoirel mais enfin l'avantage demeura aux baïonnettes et au cdlé droit. Là multitude, énergiquement refoulée et repoussée, s'é* chappa par les portes et par les fenêtres, et bientôt on n'entendit plus d'autres cris que ceux-ci : A bas le$ j<axbintl à bat let as$a$nml vive la convention Hotiomiie! Il était minuit; la convention redevenait Kbre.
La première mesure proposée et adoptée fut un dé'eret qui cassait, comme nuls et entachés par la violence, tous les décrets rendus sous la menace des piques. La eoDvenUon ordonna ensuite l'arrestation des principaux chefs des rebelles, des députés Rhul, Romme, Duroy, Goujon, Duquesnoi, Soubrany, Prieur (de la Marne), Bourbotte, Borie, Pinet et Lecarpeniier (de la Mandie) : après ces premières mesures de conservation et de vengeance, elle suspendit la séance, et consentit à prendre quelque repos.
' Le 2 prairial, le peuple des faubourgs se rassembla i^"*" de nouveau, et marcha sur la convention, canons en *>!"!'■'»'• t£te : de soB cdié, la milice des sections prit les armes,
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lEoi 1703. et vint occuper les postes voisins du Palaia-Nalional. Déjà les rebelles tournaient leurs canuos vers le château, lorsque l'assemblée envoya auprès d'eux des com* missaires, qui entrèrent en pourparlers avec lea ch^ de rémeute. Un moment après, la convention consratit à recevoir à sa barre une députation des insiu'gés. L'orateur se nommait Saint-Ugier. Le président lui décerna l'accolade, et les envoyés des faubourgs retonrnèrent dans les rangs du peuple, porteurs de promettes équivoques et fallacieuses. La division se mit biealAl parmi les insurgés, les uns croyant aux assurances. de la convention, les autres manifestant leurs défiances. On vit, daus cette journée et dans celle du lendemain^ combien est impuissante une multitude sans diefà, sans discipline, et sans guide. Depuis que les jacobins et U commune avaient cessé d'exister en tant que corps constilués, les masses ne savaient de qui recevoir l'impolsion et le mot d'ordre, et les agents obscurs qui les poussaient donnaient en sens opposé des instructions mal coordonnées et encore plus mal obéies. Les faubourgs crurent de bonne foi, ou affectèrent de croire, que la convention allail sérieusement procurer des sub^ sistances au peuple et lui rendre la constitution de 1195, augmentée, il est vrai, de loit organique» dont la portée et le but leur échappaient. L'insurrection, n'étant m soutenue ni dirigée, tomba d'elle-même, ou du laoiiM cessa de garder l'offensive. Quelques jacobins tentèrent de se réunir à la commune; ils y tinrent séance, il» firent appel aux sections dévouées à leur cause;. mais ils demeurèrent isolés, et le faubourg Saint-Antoine parut seul disposé h marcher encore. L'iasurgé qui
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CONTENTEOn >ATIORALE. 407
avait promené au bout d'une pique la tâte du député itù 119s. Fëraud Fut arrêté, et condamné à mort : comme on le séditii» conduisait au supplice à travers les quartiers populeux ubuiiÎDrg qui avoisinent la Bastille, le peuple s'attroupa, délivra ^^'■ le patient, et le porta en triomphe dans le faubourg Saint- Antoine. Dès que cet acte audacieux fut connu de la convention, elle décréta que le faubourg Saint-Ân> toine serait sommé de remettre le condamné, de rendre ses armes et ses canons ; et qu'en cas de refus il serait immédiatement assiégé et bombardé. La jeunesse dorée, qui voulait servir d'avanl-garde à l'assemblée, eut l'imprudence d'entrer dans le faubourg Saint-Antoine enseignes déployées, pour procéder au désarmement des sans-culotles. Le peuple permit aux muscadins de s'engager dans les rues du faubourg; puis on les cerna, et on les enferma dans un cercle de piques et de barri' cades. La force armée vint les dégager ; mais ces jeunes gens ne parvinrent pour la plupart à s'échapper qu'après avoir subi de cruelles avanies. Cependant le général Menou, qui commandait la place de Paris, marcha contre le faubourg à la tête de vingt mille hommes et d'une formidable artillerie. Les fabricants et tes propriétaires, épouvantés des maltieurs qui pouvaient résulter d'un bombardement, usèrent de leur influence sur les ouvriers et les patriotes pour les déterminer à se rendre. Les sections de Popincourt, de Honlreuil et Laj«uii««8 des Quinze- Vingts se soumirent; elles consentirent à ti^^'*M rendre leurs armes, et à faire rechercher le complice"* **"'^des assassins de Féraud. Commencé le 3 prairial, le désarmement du faubourg Saint-Antoine fut continué, SUIS obstacle, dans ta journée du 4 ; et quelques bri-
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409 «tTOLDTIOn PRAJtÇMSR.
xii 1705. gands, livrés par le peuple lui-'iiiême, 'farent jugtep cûndaauBés et suppliciésv' LeDombiie de ces obecurat CQupa}:|le^ s'éleva à vÎDgtiquatre ; pat'Ofi eux:on.reiDaih> : qua,Ie nègi<e Itolorme ; .Lâgrand, Ueuteaaut de-geodàii'rt meiie; ^sephjGentit ; Urne, l'uades chiefs d^l'éaiâulei du 1" prairial; Uic Boujcber, Louis. Xhauvet, Bené- Ibnger, ces . trois denuers convaincus d'avoir coupé, lai t^te du député Fétaud, eti d'avoir porté dans les ni6« œ sanglant trophée. Quelqfies individus-moÏDs copupro-v mis encounireitt seulement la peine delà déportaVi^A ou celle desiers. JeanQuinet, l'assassin 'que le. peuple avait délivré, se précipita duhautd'un toit, au tniomeft^ QÙii allait être saisi par la gendarmerie. :■.-,
«riïlîrSïu» ^^ s'agissait de preudre un parti vigoureui à l'égar^j '^^ des disputés terroristes. L'un d'eus, le montagnard: '"'i^IUiul, se poignarda ^ dans sa prison; Alb^tte et Prieiv. (de la Marne) réussirent, à s'enfuir. La ctuifvenlipn or-) donna que Barrère^ GoUot-d'Herbois ; et Billaud^Varepnes. seraient mis. en jugement devanjt le lri|)un^ criminel de la Charente-Inférieure; mais, déjà, 1^ deux derniers étaient transportés sur le9 mecs p^ii^ arriver au lieu de leur, déportation. Barrèr« réu^t^ pivs tard, à s'échapper. Pache, l'anci^ m^rç id^ paris; Bouchoite, Hassenfratz,, Hén^, et ^qelques jg^ cobins, furent traduits devant le tribunal d'£ure-i^ Loir, Bobert Lindel, VouUand, Jean-Bon Saiat-An^re* Jagot, Ëlie Lacoste, Layicomterie, David, Prieur (de Jlt C6te-d'0r], Ditbarran et Bernard de Saintes, fiu'wtd^ crétés d'arrestation. La même mesure fut rédamée.ft l'égard de Garnot; mais un membre fit observer qiilU avait orgmiêé la victoire,.eA l'ancien coII^rh 4Brfior
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COHÏSmiON MTIONALE.
bespierre fut rajé de la liste. Quelques autres monta- k» 17w. gDïrdsfureateasuile signalés et iocapcérés; et dans ce nombre figurèreol Darty^ite, Lejeune, Javogues, Fantrizel, XhirioB, Laigoelot, Sergent, Panis, Charbonoîer, Escudier, Saltoetti et Ricard. EnfiQ, on décida que ceux des conveoUorniâls qui avaient pris la part la^ plus: directe à rinsurreclioa da 1" prairial seraient, sans relard, jugés par une ocwaniission militaire : oes doutés étaient Romrae, Duroy, Goujon, Forestier, Bonrbotte, Peyssard et Soubrani.
Leur procès fut ummeacé et terminé dans la journée p^eh du 29 prairial- Les faits semblaient évidents, bien (iue.>**2^>^ ^ pour la plupart les accusés les contestassent; mais la. "«•■"«■■*• justice révolutionnaire marchait rapidement, et se sou-: ciait plus de frapper des ennemis que des coupables. Forestier fut acquitté, Peyssard condamné à la déportation; la peine de mort fut prononcée contre les six autres. Un drame étrange signala ce jugement. Les six condamnés avaient résolu d'illustrer leur mort en épargnant au bourreau la peine de les frapper. Les exemptes de Gaton d'Utique et du dernier des Brutas étaient vivants à leur souvenir. Us avaient réussi à dérober aux investigations de leurs gardes une vieille paire de ciseaux : cette arme servit à leur sacrifice impie. Le premier qui se perça le cœur fut Goujon ; à son toar, Bomme arracha l'arme fatale, et se donna la mort; Du- ^«snoi suivit son exemple, et tomba baigné dans son sang; Duroy^ Soubrani ei Bourbotte se passèrent l'an i .l'autre le poignard, après s'être frappés; et leurs regards semblaient dire, avec l'héroïne romaine : La imrt ne fait point de mal. Cependant les tivis derniers,
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ilO RÉVOLUTION FRANÇAISE.
V«i iiôi. trop pressés d'eo unir avec la vie, ne parvinrent t[u*k se faire de profondes blessures. Ils respiraient encore, el la convention termina leur agonie en les faisant conduire à Téchafaud. Soubrani, à demi-mort, était couché dans la cbarrette ; la contenance de Uuroy était calme; Boari>otte promenait autour de lui des regards pleins d'audace. Ce fut lui qui périt le dernier. Pendant qu'on l'attachait à la planche de ta guillotine, il adressait une harangue au peuple : couché sur ce lit funèbre, et attendant le coup fatal, il parlait encore, à ceux qui l'entouraient, des destinées et de la gloire de la république. Les girondins et Danton n'avaient pas "montré un moindre stoïcisme devant la mort; et l'on peut dire que, dans ces tristes jours, les hommes de tous les partis jouèrent leur tête avec un courage égal, avec une pareille bonne foi. Dans la fosse où furent jetés les six cadavres des députés montagnards, la convention victorieuse ensevelit la force, l'influence et les débris du parti jacobin. .. ...
i^^' Durant le cours de ces événements, le monde avait i.^"ïvii. app"s avec stupeur la mort de l'enfant royal sur )a tête auquel avait reposé 1 héritage des droits et des misères de Louis XVL l.e pauvre orphelin, l'apprend cordonnier, l'élève de Simon, ceini que les royalistes, d'accord avec les cours de l'Europe, persévéraient généreusement à nommer Louis WII, venait de rendre h Dieu son ftme, si prématurément et si cruellement éprouvée par la persécution el le malheur. La conven* tion savait comment on frappe les rois, elle se vantait d'ignorer comment on élève leurs lils; et^ dans les ■légions subalternes de l'héberlisme, elle avait trouva de
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CONVENTION NUIONiLE. «Il
digues exécuteurs de ses (Buvres. Pendant plusieurs fm 1195. mois, Simon et sa femme, plus penr^se que lui peutélre. n'avaient lien négligé pour abrutir Itnir victime, pour substituer à ses instincts nobles et purs des habitudes grossières et mauvaises : à force de coups, ils l'avaient contraint de boire, de jurer, de cbaoterdes chansons ignobles, dont l'innocent captif ne comprenait pas le sens. Ce couple exécrable, instrument d'Hé* bert, avait un jour contraint, comme on l'a vu plus haut, le jeune Louis-Charles de faire et de signer, contre sa mère et sa tante, des dépositions mensongères, qui leur imputaienl des infamies sans nom. On assure que, depuis ce moment, l'entant royal avait pris la résolution, inconcevable pour son âge, de garderie silence, et de ne le rompre jamais. Ses bourreaux se faisaient un jeu effroyable de le torturer. Us le maltraitaient, le laissaient croupir dans une malpropreté horrible, et ne lui donnaient qu'une nourriture malsaine et vile. Parfois, durant la nuit, le misérable Simon appelait sa victime : CapetI Capeil — Me voici, citoyen, répondait l'enfant. Et alors le savetier le chassait à coups de pied, en lui criant : Va te coucher , /ou* viteau ! Un jour que cet homme [s'il est permis de lui donner ce nom], inlerrogeant avec curiosité Louis XYU, lui disait : « Capel, si lu redevenais roi, que ma ferais- « tu ? — Je vous pardonnerais ! » lui répliqua le captif ; et cette louchante parole ne désarma point le boarreau. Ce misérable ayant renoncé à ses fonctions d'imgtituteur pour se renfermer dans celles d'oflicier municipal, l'enfanl fut un peu moins torturé; mais on eut la barbarie de le laisser seul, de le détenir sans lu-
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4» RËVOLimOH FRAKÇUSB.
f mièrà, dévoré de termine, privé de toute e^érance et de topte consolation ; on n'osait pas le tuer ; ou le laissait périr lentement, à petit bruit, eqtosé à tous les ravages d'un régime hygiénique calculé pour la inort, d'une maladie scrofuleuse, résultat nécessaire du manque d'air, de soins et d'exercice. L'enfant tomba peu à peu dans un tel état de marasme, que ses facultés intellectnelles, autrefois si remarquables, furent conâdérablement altérées^ et que, s'il eût vécu, son moral eût toujours été affaibli. Après le 9 thermidor, ses gardiens commencèrent à le traiter avec humanité; mais le coup était porté. L'enfant s' obstinait h demeurer ffllencieux, promenant autour de lui des yeux hagards et craintif, se montrant sensible à la longue aux bons tTaitemenla> ne voulant ni marcher, ni prendre les distractions de son âge, n'éprouvant pas de douleurs vives, et succombant à un dépérissement continu. Son dos éUit voûté; des luméurs, qui s'étaient formées k ses poignets et à ses genoux, lui rendaient tout mouvement difUcilc. Pendant le mois de pluviàse an 111 (février 1795), il eut quelques accès de ftèvre. La convention le fit visiter par des commissaires ; mais celle mesure fut stérile, et on maintint la précaution barbare qui interdisait de laisser communiquer l'enfant avec sa sœur. Bientôt le mal fit des progrès rapides ; les comités se déterminèrent, dans le courant de floréal, à envoyer auprès du fils de Louis XVI U. Desault, chirurgien célèbre, qui se plaignit d'avoir été mandé trop tard : il n'en donna pas moins au jeune malade des soins inuLiies. H. Desault étant mort subitement le 13 prairial, d'autres médecins furent chargés de le
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OOHTBimOH NATIONALE. 413
remplacer près du grabat où se terminait la lamentable ]<ù) it^'^ vie de l'hëritier de saint Louis et de Louis le Grand. Enfin, le 20 prairial (8 juin], le pauvre enfant rendit le dernier soupir, léguant à la convention et à la république l'étemel opprobre de ses souffrances et de sa mort. On crut que sa fin avait été hâtée par le poison; mais vingt mois de lentes tortures avaient assez porté coup, pour que la convention eût besoin de ce crime inutile. De tous les attentats dont la révolution fut le . prétexte ou la cause, aucun, plus que le long supplice du fila de Louis XVI, lie présenta le caractère de la cruauté et de la lâcheté : la convention mtionale n'avait plus ricai à envier à Tibère ; la mort de l'orphelin du Temple rappelait trop bien celle de l'innocente victime âgée de onze ans, que les bourreaux étranglèrent dans un cachot, et qui demandait grâce, dit Tacite, en promettant qu'elle ne le ferait piiu... Et «ncore né s'agissait-il que de la fille de Séjao.
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