‹ Histoire de la révolution et de l'empireChapitre 2 sur 26 · VI AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

VI AVANT-PROPOS

^vénemf^nts dont nous avions écrit l'histoiic, et qui seinblaieui devoir ne se reproduire jamais. Ou croyait la France engourdie dans la contemplalion des intérêts matériels; on disait que la vie politique avait cessé d<' taire battre les artères de ce grand corps ; on riait du spectre que nous faisions appaiaitie servir aux trénérations présentes de leçon ou d'épouvantail ^ et soudain le fleuve révolutionnaire est sorti de son lit, emportant, de son premier eiïort, tout ce qui restiiil du vieux régiiiH^ monarchique, et de ce |j;ouvernement constitutionnel en qui nous avions foi, et qui nous semblait en possession de Tavenir. Il a suffi d'une nuit de colère pour rejeter sur la terre de Texil la dynastie de Juillet. La royauté a été, |M)UJ la seconJij luis, effacée du sol de la France. iNous avons vu reparaître, l'une après Tautre, rassemblée constituante et rassemblée législative; nous avons eu la parodie du comité de salut public et du directoire; on a. recommencé, sous nos yeux, le 31 mai, le 1" prairial et le 1 0 août ; la ^uen e civile a passé dans nos rues, laissant après elle une grande traînée de sang, et le fait inouï des transportations en masse subies par les vaincus. Nous avons eu des fêtes , dont le programme était emprunté aux ordonnateurs de la convention; le suffrage universel,

AVANT-I^HOPOS. VU

qu'on déclarail impossible, a rendu trois fois, dans

Tespace d un an, des oracles contradictoires, cl qui laissent Taveiiir incertain. Vienne et Berlin ont eu leurs barricades; on a imaginé de restaurer, coup sur coup, Tempire d'Allemagne, la r(>publique de Venise et la république romaine ; le pape a été chassé du Vatican, et l'Italie est devenue un champ de bataille; les héritiers de Babeuf et les hériliei*s de Robespierre ont pris place dans notre sénat , en face des soldats de la Vendée et des hommes de Juillet ; le socialisme a reçu droit de cité ; on a mis en question la propriété et la ' famille; la religion est demeurée libre, mais elle a eu ses martyrs; enfin, au milieu de tant de laits inattendus, on a vu reparaître, à son heure, ce nom de Bonaparte qu'on disait écrit pour la dernière lois, dans l'cgiise des franciscains de Vienne, sur la tombe d'un jeune homme de vingt-deux ans, et peut-être aussi dans une citadelle obscure de l'ancien Vermandois, dans les corridors du châteafe de llani.

Tout cela c'est l'histoire d'hier. Aujourd'hui, nous assistons à une expérience politique qui ra[)pelle plus ou moins ûdèlement le consulat. Demain... c'est encore le secret de Dieu, mais nous le connaîtrons vite.

On nous a dit : Attendez des heures plus cahnes

Vllt AVANT-PROPOS.

pour repreadi e votre récit ; il £aut à l' écrivain le recueillement des jours paciGques : aux heures

d'orage, sa voix se perd, et ses avertissements restent stériles. Nous avons obéi durant queii|iies mois, mais ce repos nous a paru long ; et il nous semble que e'esl un devoir pour nous de reprendre notre tâche commencée.

Aussi bien, si nous attendions une époque sereine et des temps exempts de danirers . notre patience se lasserait dans une espérance ciùmérique. L'homme est fait pour le travail et pour la lulle : c'est dans les épreuves sociales que la pensée mûrit ^ et que les œuvres d'intelligence éclosent. Les grands modèles se sont produits dans des conditions pareilles : Thucydide vécut dans les camps ou dans lexii -, Sailuste fut mêlé aux passions d'un siècle orageux; Cieéron prit une part active aux agitations de son pays, et périt victime d'une réaction ; Séneque écrivit et pensa lorsque régnaient Caligula^ Claude, Messaline et Néron , par les ordres duquel il mourut ; Tacite , avant de vivre sous Trajan , avait assisté comme témoin aux proscriptions de Domitien et aux querelles d'Othon, de Galba et de Vitellius; saint Augustin et saint Jérôme, ces deux flambeaux de la science, resplendirent au milieu d'une société en proie aux horreurs de l'invasion des barbares;

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