‹ Histoire de la révolution et de l'empireChapitre 20 sur 26 · RÉVOL. FRANÇ. — CONSULAT. I. SS · texte numérisé non relu

RÉVOL. FRANÇ. — CONSULAT. I. SS

431 RÊVOUmON PRANCAtSS.

les villes dont la population exrédora dix mille habiUiats, outre le maire, deux adjoints ot nn ("(nnniissaire de police, il y aura un adjoint par viniil niillé habitants d'excédant, et un commissaire par dix mille d'excédant.

IJ. Les laaires et adjoints rempliront les fonctioiiï, administratives exercées maintenant par l'agent municipal et l'adjoint : relativement à la police et à l'élat civil , ils rempliront les fonctions exercées maintenant par les administrations municipales de canton, les agents aimucipaux et adjoints.

il. Dans- les villes de cent mille hal)itaiUs el au-dessus, il y aura un maire et un adjoint, à la place de chaque adiaimstration municipale; il y aura de plus un commissaire général de police, auquel les commissaires de police seront subordonnés, el qui sera subordonné au préfet. Néanmoins il exécutera les oidres qu'il recevra immédiatement du ministre chargé de la |iolice.

15. Il y aura un conseil municipal dans chaque ville, bourg ou autre lieu pour lequel il existe un agent municipal el un adjoint.

Le nombre de ses membres sera de dix dans les lieux dont la population n'excède pas deux mille cinq cents habitants; de vingt, dans ceux où elle n'excède pas cinq mille; de trente, dans ceux où la population est plus nombreuse.

Ce conseil s'assemblera chaque année le 15 pluviôse, et pourra rester assemblé quinze jours.

n pourra être convoqué extraordinairement par ordre du préfet.

n entendra et pourra débattre le compte des recettes et dépenses municipales, qui sera rendu par le maire au souspréfet, lequel rarrétert définWement.

n réglera le partage des affouages, pâtures, récoltes et .firuits communs.

Il réglera la répartition des travaux nécessaires à Tentrelien et aux réparations des propriétés qui sont à la chaire des habitants.

n délibérera sur tes besoins particuliers et. locaux de la

Oigitized

PIÈCES JUSTIFICATIVES

municipalité, sur les emprunts, sm* les octrois ou contributions en centimes additionnels qui pourront être nécessaires pour subvenir à ces besoins; sur les procès qu'il conviendra d'intenter ou de soutenir pour Texercice et la conservation des droits communs.

16. A Paris, dans chacun des arrondissements municipaux, un maire et deux adjoints seront chargés de la partie administrative et des fonctions relatives à l'état civil.

Un préfet de police éera chargé de ce qui concerne la police, et aura sous ses ordres des commissaires distribués dans les douze municipalités.

17. A Paris, le conseil de déparlement remplira les fonctions de conseÛ municipal.

§ IV. De6 fumimtùm*

18. Le premier consul nommera les iiréfels, les confîcillers tle préfecture, les membres des conseils généraux de département, le secrétaire général de préfeiture, les sous-préfets, les membres des conseils d'arrondissement, les maires et adjoinls^des villes de plus de cinq mille habitants, les cojiunissaires généraux de police et préret de police dans les villes où il en sera établi.

49. Les membres des conseils généraux de déparlement, et ceux des conseils d'arrondissement communaux, seront nommés pour trois ans : ils pourront être continués.

20. Les préfets nommeront et pourront suspendre de leurs fonctions les membres des conseils municipaux ; ils nommeront et pourront suspendre les maires et adjoints dans les villes dont la population est au-dessous de cinq mille habitants. Les membres des conseils municipaux seront nommés pour trois ans : Us pourront être continués.

^' V. [hs traitements,

^1. Dans les villes dont la population n'excède pas quinse mille habitants, le traitement du préfet sera de 8,000 fr.

m RËmtrnoN prançatsb.

Dans celles de quinze mille à trente mille habitants, il sera de 12,000 IVaiirs;

Dans fnllos do trente mille à quarante-cinq mille habitants, il sera de 10,01 >0 i'rancs;

Dans celles de quaraute-cinq mille à cent mille habitants, il sera de 20,000 francs ;

Dans celles lie cent mille habitants et au-dessus, de 24,000 fr.

A Paris, il sera de 3U,UU0 lianes.

25. Le traitement des conseillers de préfecture sera, dans chaque tlepartement, le dixième de celui du préfet : il sera de 1,200 francs dans le département où le traitement du préfet ne sera que de 8,000 francs.

23. Le trailenienl des sous-préfels, dans les villes dont la population excédera \\n^t mille habitants, sera de 4,000 fr. , et de 3,00«i liaiics dans les autres.

24. Le gouvernement fixera, pour chaque département, la somme des frais de bureau qui sera employée poi^' Tadmi^ nistration.

Soit la présente loi revêtue du sceau de l'Etal, insérée au Bulletin des lois, inscrite dans les registres des autorités judiciaires et administratives, et le ministre de la justice chargé d'en surveiller la publication.

A i^aris , le 8 ventôse , an VIII de la république.

Signé : Bonaparte , premier consul,

Contre-signé : Le Secrétaire d'État ^ Hugues-B. Maiiet.

PIÈCES JUSTIFlCATIveS.

RÉCIT DË LÂ BATAILLE DE MAIUËNGO, d'après les documents éthangbrs.

Extrait du Jimmal miUiaxre autrichien (1 ).

Le 14 juin 1800, à la pointe du jour, les Autrichions marchaient au combat dans l'ordre ai < outumé, et avec leur sangf'roiil ordinaire. Des deux ponts très-rapprorlîés lesquels ils devaient passer la Rarinida, l'un était destiné À la colonno principale, l'autre a celle du jïénéral Ott. La lôle du pont n'avait qu'une seule issue : cette circonstance retarda sinjrulièrcment leur marche. Les troupr^ ijnc conduisait le j;énéral Oit furent nnômc forcées d'alteinlre (jiic la colonne prinri|i;ik' eût débouché. Pendant que celle-ci se dirigeait sur la tête du pont, le i,'^énéral O'Reilly se porta vers Pietra-Buona avec l'avantii:arde , qui avait passé la nuit au dedans et au dehors de la tète du pont. Elle arriva bientôt au point qui lui était indiqué, et attaqua avec vigueur les avanl-pusles de la division Gardanne.

Bonaparte avait appris, par les rapports de la nuit, que l'armée autrichienne devait passer laBormida à la pointe du jour pour attaquer Tarniée française. De son côté, le général Desaix l'avait prévenu qu'il n'avait découvert aucun mouvement ennemi dans les reconnaissances qu'il avait poussées jusqu'à Acqui, et en avant de Novi; ainsi le dessein qu'avait le général en chef autrichien de livrer bataille lui était doublement signalé.

(I) Cette relation contient de nombreuses inoxaetitudes, sur tout ce qui concenie nos troupes t il sera flusile de les rectifier à l'aide du récit que nous avons donné nous-mème.

458 REVOLUTION FBANÇAISE.

Bonaparte ordonna donc au général Dcsaix de quitter Rivalta avant le jour, pour arriver par San-Giuliano ; mais ce général ne put marcher qu*avec la division Monnier, attendu que la division Boudet était éparpillée , et qu'il fallait avant tout faire rentrer les délachemeiits qu'elle avait jetés dans les villages. D*une autre part, en même temps que le colonel Frimont engageait le combat à la téte de Tavant-garde de la principale colonne autrichienne, le générai O'ReQIy s'étendait sur sa droite le long de la Bormida, afin de menacer le flanc gauche de la division Gardanne, de l'inquiéter, et de gagner ainsi le chemin de Frugarolo.

Gardanne jugea, au mouvement qui s'opérait devant lui, du dessein que l'ennemi méditait. Il sentit, en voyant la sépara* tion des divisions françaises, le danger qui menaçait l'armée, si les Autrichiens parvenaient, avant qu'elles fussent réunies, à se déployer, à se mettre en bataille, et qu'ils fossentà même d'utiliser la supériorité de leurs forces. Il fit son rapport au général en chef, et ne lui dissimula pas les craintes que lui donnaient les premiers mouvements des Autrichiens.

Au premier coup de canon, Bonaparte fit avancer les généraux Lannes et Murât pour appuyer Victor. Celui-ci était décidé à défendre sérieusement le village de Marengo, ainsi que le fossé de Fontanone, et à soutenir ensuite aussi longtemps que possible la division Gardanne au ddà du ruisseau. L'armée autrichienne ne pouvait se déployer pendant que Gardanne était posté en deçà : cependant elle ne devait pas perdre de temps pour gagner l'espace nécessaire. Le général O'Reilly, sur le flanc gauche , et le colonel Frimont, appuyé au centre par le génè^ Haddick , avaient ouvert une canonnade trèsvive sur la division Gardanne : ils parvinrent à l'ébranler. La tavalerie autrichienne chargea alors les Français , et les força de se retirer sur leurs réserves, qui occupaient Marengo.

Le général Berthier (1), qui s'y était rendu de sa personne,

(1) Berthier n'arriva sur le cliamp de bataille qa*à trois heures de l'après-midi^ avec le premier consnl*

PlKGhlS JUSÏlFH^ATiVES.

avait ordonné au général Victor de défendre avec opiniâtreté ce village , ainsi que le fossé de Fontanone qui s'étend à gauche. Victor devait poster au delà et i hauteur du reste des troupes, entre la Bormida et ce ruisseau, quelques bataillons avec de la cavalerie, pour assurer le liane gauche. Le général Lannes reçut ordre do s'étendre sur la droite de Marengo jusqu'au delà de la Barbotta, avec la division Watrin et la brigade BTaiiioni, qui venaient d'arriver. Murât répartit les trois brades de civalcrie de la manière suivante : la brigade Kcllermann, derrière l'aile gauche du corps de Victor, qui était appuyé au fossé de Fontanone ; la brigade de Champeaux, derrière l'aile droite du corps de Lannes ; et la brigade Rivaud (qu'il ne faut point confoudrc avec la lirigade d'infanterie du même nom) fut envoyée à Salé , afin de surveiller les niouve- . ments des Autrichiens sur le ûanc droit des Français. La division Gardanne occupait Marengo ; et, sur sa gauche, la division Ghambarlhar était placée le long du fossé de Fontanone , où elle arrêta les Autrichiens qui assaillaient la division Gardanne par un feu de mitraille et de mousqueteric. Pendant colle manœuvre, la première ligne des Autrichiens s'était déployée sous les ordres du général Haddick. L'extrémité de l'aile droite, appuyée à la Bormida, était formée par les troui»es du général O'Reilly; à côté se trouvait le colonel Friraont, et, en face de Marengo, la division Haddick ; la division Kaim formait la deuxième ligne ; le corps de cavalerie du général ËIssnitz et les grenadiers élaienl derrière, en réserve et en colonne. Alin de gagner du temps pour la fnrmation de la ligne de lîaUiille. le général TTaddick entretint avec cinq bataillons la canonnade sur la ligue des Français, et fit jeter des grenades dans Marengo.

A peine les troupes autrichiennes étaient-elles en bataille, que le général Haddick, à la tête de la brigade Bellegarde, mit toute la première ligne en mouvement: lui-même se disposa à prendre Marengo d'assaut. Ce mouvement en avant se tit , au son de la musique et drapeaux déployés , sons un feu meurtrier de la mousqueterie française. On atteint le fossé,

410 RÉVOLUTION PAANÇAISB.

les soldats ne s orc upent pas à en sonder la profondeur;, animés par l'exemple de leurs cliefs, ils bravent tout daii!jor, cl se mettent en devoir de le franchir. Déjà les Français semblent hésiter et vouloir désrarjiu le boni oppose , lorsque le général Victor arrive avec ses réserves et se porte au-devaal des Autrichiens.

Dans fctte rencontre, le brave général Haddiclv reçoit une blessure moi u lie. î.e eénéral Kaini suivait les progrès de l'attaque avec une atlenlion jHopurtionnée à la gravité des circonstances. Il reçut et protégea la première ligne en désordre; lui-même marcha avec sa division sur Marengo; mais ses efforts pour franchir le fossé furent inutiles, car ce ruisseau de Fontanone, marécageux et profond, était défendu, du bord opposé, par le feu meurtrier de la liivision Victor. On sentit alors la faute qu*on avait commise en abandoinianlau^si ié^'èrement aux Français la possession de Marengo. En effet , que de sang ne se vit-on pas obligé de répandre pour reconquérir une ligne de bataille dont il eût été d'abord si facile de se remfre maître! Le général Mêlas ordonna alors au général 1-ilaùd appuyer sur la (lioite de Marengo avec sa brigade de cavalerie, ah II de cherclief uu passage sur le fossé et de charger l'ennemi.

Le général Lannes venait d'arriver au poste qui lui était assigné dans la ligne sur la droite de Marengo, et prenait part à la bataille. La division Haddick, ralliée sous les ordres du général Bellegarde , se porta au-devant des Français, sui- la gauche de la division Kaim. Pendant que le combat s'engagait sur toute la ligne, le général Pilati était parvenu à faire passer quelques escadrons des dragons de l'Empereur. Les cavaliers n'avaient pu gagner l'autre rive que lentement et avec beaucoup de peine, car ils n'avaient pu franchir le fossé qu'un à un : toutefois , le passage s'était efTeclué sans que l'ennemi s'en fût aperçu ; mais à peine les escadrons avaient-ils quitté la partie boisée de la plaine pour se porter dans la prairie , afin de charger Tinfanterie française par le flanc, qu'ils furent aperçus par Kellârmann. Ce général s'ébianla aii6sit6t avec

PIËCKS JUSTIFICATIVES.

tonte ttt brigade de cavalerie pour aller à leur rencontre ; il les joignit, les attaqua avec dès forées supérieures, les culbuta d'autant plus fiicilement qu'ils n'étaient pas soutenus, et les rejeta en deçà du fossé. Les dragons impériaux , ainsi dispersés, se précipitèrent en désordre et au grand galop dans le fossé, qui, comme on Ta dit, était très profond. Hommes et cbevanx y tombèrent pêle-mêle. Tout ce qui ne perdit pas la rie dans cet affreux désordre fut sabré et fait prisonnier^ Un très-petit nombre d^bommes furent assez heureux pour regagner le bord opposé. .

Pendant cet engagement, le général O'Reilly avait attaqué avec succH la fcrnit^ appelée la Stortigliana, située entre la Bormida et le fossé de Fonlanone, et occupée par les troupes Itères françaises, que soutenait une pièce de canon ; celles-ci furent obligées de céder, et se retirèrent à Gassina-Bianca. Le général Kaim venait également de rallier ses troupes, afin d'essayer une troisième attaque sur Marengo. Le général Lattermann le soutint en réserve avec cinq bataillons de grenadiers. Les troupes pénétrèrent, sous une grêle de balks, jusqu'au fossé, et essayèrent de forcer ce passage diflicile: quelques soldats du régiment d'inianterie archiduc- Joseph atteii;nirent le bord opposé , et panrinrent à s*y maintenir. Aussitôt le gqnéral autrichien la Marseille fit pointer ses pièces à proximité de remplacement dont Toccupation avait coûté tant de sang, afin d'entretenir un feu de mitraille qui pût faciliter le passage des autres bataillons et l'établissement de quelques ponts volants.

Le général Oit , avec la colonne de gauche., venait de pénétrer jusqu'à Castel-Ceriolo , et n'avait trouvé aucun ennemi dans cette direction. Le général Lannes y avait jeté quelques compagnies; mais, destinées à observer plutèt qu'à défendre, elles ne firent que peu de résistance.

Le général Ott, d'après les ordres de Mêlas, devait se diriger sur Salé; mais, n'apercevant pas les colonnes ennemies qu'on supposait être dans cette direction, il fit un changement de fhmt sur le flanc droit du général Lannes, afin de faciliter ,

m REVOLUTION FRANÇAISK.

cette manœuvre, l'attaque de frunt des divisions Kaim et Haddick. Ce mouvement fut décisif : le général Lannes fut obligé d'opposer sa réserve au général Ott sur son flanc droit et en première ligne; et chaque inr,tant vint augmenter les craintes que devait avoir le général français d'être entouré , et de voir Marengo tomber au pouvoir des Autrichiens. Déjà le corps de Victor, qui avait soutenu jusque-là le général Lannes, était cousidérablemeut aflaibli par les perles qu'il venait de faire ; il avait même engagé sa dernière réserve pour la défease de Marengo: c'était la brigade d'infanterie Rivaud.

Les pionniers autrichiens étaient occupés à construire des ponts volanls sur le fossé, à l'emplacement qu'on leur avait assigné : le général Rivaud avança avec quelques bataillons pour les troubler. Le général Kaim joignit sa balterio à celle du général la Marseille, pour les protéger. Le général Victor concentra également ses pièces sur ce point : la canonnade devint bientôt extrêmement vive: on réussit néanmoins, malgré la vivacité du feu, à jeter un pont. Le général Lattermann le franchit aussitôt avec ses gi'enailicrs, et donna tôte baissée sur Marrngo. Les Français plièrent : toutefois, le général Rivaud s'avança avec ses bataillons de rt'sen'o , et arraelia aiix gren.idier£ aulrii liiens la possession du villaire, saus pouvoir cependant les rejeter au delà du bouquet de bois. J/inlrépide général Lattermann se maintint au delà du passage, où il reçut une blessure i^rave.

Bonaparte était resté, jusqu'à ce moment, dans la ferme appelée la Torre di Garofolo: les rapports du général Berlhier, qui se su( cédaient rapidement, étaient d'une nature toujours plus alarmante. Aussi le premier consul attendit avec une vive anxiété des nouvelles du général Desaix, qui lui lit dire eniîn « qu'il espérait positivement réunir a lui, vers midi, la division Boudet; qu'il se proposait de se diriger avec elle , après lui avoir donné quelque repos, par le chemin le plus court , sur San-Giuliano -, et qu'il croyait y être rendu sur les quatre heures de raprès-ruidi. »

Il s'agissait doue de gagner du temps , et d'arriver à cet

PIÈCES JUSTIFICATIVES

inslani de la Journée : pour cela, il fallait un surcroît de bravoure et de persévérance de la part des troupes françaises. Il .était onze heures du matin (i) : Bonaparte se rendit sur le champ de bataille accompagné de sa garde à cheval. Déjà, depuis une heure, il avait fait prendre les devants à la division Meunier : celle-ci venait justement d'arriver sur le terrain. Bonaparte ordonna au général Monnier de se porter en avant, sur Taile droite de Lannes, avec la brigade Schilt, et la garde consulaire à pied. La brigade Carra Saint-Gyr reçut ordre de s'avancer plus à droite vers Gastel-Ceriolo, et d'enlever ce point, situé sur les derrières du général Ott.

D'après ces dispositions, l'aile gauche du général Ott fut simultanément attaquée, à son extrémité, par Carra Saint-Cyr , et sur son front par le général Lannes. Les troupes* autri* chiennes furent forcées de plier. Saint-Cyr se dirigea droit sur Gastel-Ceriolo, qu'il enleva, après une courte résistance, aux détachements autrichiens qui le défendaient. -Hais le général Ott, quelque occupé qu'il fût sur son centre, ordonna au général Vogelsang, qui était en seconde ligne, de se porter sur ce point. Carra Saint-Cyr avait i peine eu le temps de s'établir sur le terrain et de s'y disposer i la défense, que le feu du canon lui annonça l'approche des colonnes qui marchaient i lui. Le régiment d'infanterie de Stuart monta le premier à l'assaut, et força les Français à abandonner le poste dont ils s'étaient rendus maîtres.

Il est probable que , si Bonaparte avait dirigé la division Monnier tout entière sur Castel-Ceriolo, elle aurait conservé ce point, et aurait prévenu l'échec que subit le général Lannes. Mais, quand même cette disposition aurait eu lieu, Bonaparte ne pouvait plus songer à la conservation de sa ligne de bataille : le corps de Victor avait considérablement souflért, et les efforts réitérés des Autrichiens avaient ébranlé le courage des troupes françaises.

(1) Près de trois heures de l'après-midi. — Voir les rapports fran-

444 UÈVOLUTIÛN tKANÇAISË.

Le général Bellegarde venait de se frayer, avec la division Haddick, un passage vis à vis le corps de Lannes. En un mot, la formation latérale du général Ott, les attaques opiniâtres de la principale colonne autrichienne, et Teffet meurtrier du canon, forcèrent enfin les Français d'abandonner la défense du fossé de Fontanone, el de se retirer derrière Marengo.

Quatre cents Français, laissés dans la ferme voisine de Marengo pour couvrir la retraite, rendirent bientôt les armes, et furent faits prisonniers.

Le général O'Reilly avait continué, sur ces entrefaites, d'avancer dans la direction de Cassina-Bianca ; il y trouva un es^ cadron et un bataillon français.

A l'apparition des hussards autrichiens , l'escadron ennemi prit la fuite, le bataillon fut enveloppé et fait prisonnier. O'Reilly, après ce succès, reprit son mouvement, et se dirigea sur Frugarolo.

La division Gardanne avait battu en retraite sur la grande route, et la division Ghambarlhac, à sa gaui lie, sur Spinetta, lorsque la principale colonne autrichienne franchit sur plusieurs points le fossé de Fontanone, et se déploya, au delà de ce ruisseau, sous la protection d'une canonnade si vive, qu'il paraissait impossible que les Français ne fussent immédiatement dispersés.

C'est dans ce moment décisif que Bonaparte ordonna à sa garde consulaire à pied de se faire jour à travers le corps de Lannes, qui se retirait en désordre , et de se porter en avant. 11 espérait que ce corps d'élite ralentirait la retraite, et lui ferait gagner du temps.

La garde consulaire , formée de colonnes de déploiement , traversa la plaine et marcha à la rencontre du général Oit ; elle était précédée de ses tirailleurs, qui la devançaient d'environ soixante pas, et masquaient son mouvement. Le général Ou l'aperrut bientôt, et ordonna au régiment de dragons de Lobkowilz do la charger. Elle se serra, disposa ses fjualre pièces de canon, couvrit 1ns dragons de mitraille au moment où ils arrivaient au grand galop, et les força à faire demi-tour.

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PIÈCES JCJSTIPIGATIVES

Une partie de la brigade de cavalerie de Ghampeanx se mit aussitôt sur leurs traces, et la garde consulaire reprit son mouvement offensif. Le général Gottesheim s'avança en ligne déployée avec le riment autrichien de Spieny contre les troupes à cheval qui soutenaient la garde consulaire. Celles-ci n'attendirent pas et se retirèrent dès les premiers coups de canon. La garde restait seule. Le régiment Spieny , qu'appuyait un bataillon du corps de Frolich^ continua d'avancer, et l'action s'engagea. L'ennemi s'était aussi déployé sur son centre , le feu était roulant, mais rien ne présageait encore de quel cdté pencherait la victoire. Tout à coup le colonel Frimont arrive ; il se porte avec la rapidité de l'éclair sur les derrières de la garde consulaire, la charge à la téte de quatre escadrons de hussards restés jusque là en dehors de la colonne principale du côté de Harengo. La garde fut enfoncée, rompue ; les soldats dont elle se composait furent presque tous tués ou pris, et ses pièces enlevées.

Cette acti(m briHante parait décider de la journée. Il est une heure : les Français n'opposent plus qu'une faible résistance, et la retraite ne tarde pas à commencer. Toutes les divisions ont prononcé leur mouvement; celle de Victor touche i une dissolution complète. Le moment est arrivé où la cavalerie autrichienne devait, non-seulement profiter de la victoire qu'elle avait obtenue, mais achever, par une charge générale, l'anéantissement total de l'armée française.

Malheureusement la plus grande partie de cette cavalerie, sur laquelle le général en chef ainsi que Tarmée avaient fondé leurs espérances, et que Tennemi redoutait à si juste titre, était trop éloignée du champ de bataille dans ce moment important.

Déjà, à neuf heures du matin, lorsque Tarmée autrichienne était occupée à opérer son déploiement et à chasser la division Gardanne de la Pic tra-Buona et environs, le capitaine Ceiwrang, qui était détaché avec un escadron de dragons de TEmpereur auprès d*Âcqui pour observer le général Suchet, avait iait le rapport qn'il avait été attaqué par une forte co-

44fi RÉVOLUTION FRANÇAISE.

lonno de (av;il( rie française sontenne par de rinfanterio, et rejeté jusqu'il Alpxnndrie. Sur ce rapport, le général Mêlas crut que la réunion des généraux Masséna et Suchet, à laquelle on s'attendait, avait été ellectuée, et que la colonne qui avait paru devant Acqui était l'avant-i^arde de Masséna. Dans la crainte que ce corps ne parvînt à exécuter, sur les derrières de l'armée autri li ime, un mouvement qui aurait pu avoir une influencp fArlif u » sur Tissue de la bataille, il ordonna au général iNinipscii de se porter, avec sa brigade de cavalerie, jusqu'à Alexandrie, d'y recevoir l'escadron battu, et marcher au-devant de 1 ennemi jusqu'à Cantalupo. Le général Niinpsrh repDussa en elfet la cavalerie française ; mais l'armée fut privée, par ce moyen, de 2,3i1 cavaliers qui auraient été si utiles sur le cliamp de bataille, »l ms la grande plaine qui sépare Marengo et Giuliano. Par surcroît de malheur, le régiment de hussards Archiduc-Rodolphe avait été envoyé la veille à Casai, et les régiments de dragons de l'Empereur et Caraczay avaient déjà éprouvé des pertes considérables au passag(; du fossé de ! onlanone : ces contre-temps mirent 1« s Autrichiens hors d'état de tenter une charge générale, et de jtrofitei- de l'hésitation et du désordre des Français. Leurs troupes à cheval ne formaient que des pelotons isolés; les régiments de dragons Lichienstein et Archiduc- Jean étaient les seuls qui présentassent des masses un peu compactes, et fussent à même de porter un coup décisif.

Le général Mêlas, qui avait clé légèrement blessé, et qui avait eu deux chevaux tués sous lui, crut la victoire décidée en sa faveur; pensant qu il ao s'af^isbail plus que de faire un dernier etlort pour réaliser les espérances qu il avait conçues dès le connnenccment de ralluii f, il n'en attendit pas l'issue, et quitta le champ de bataille, il remit le comniandemenl au général Kaim, le chargea de la poursuite, de la destruction entière de l'ennemi, et retourna de sa personne à son quartier général d'Alexandrie. Ce subit éloignenoient du généfal en chef dttt nécessairement produire un mauvais eifel : le cbangement du commandemeut occasionna de l'hésitation dans les

PIÈCES JUSTIFICATIVES

dispositions primitives. Le quartier-mattre général Zach, qai se trouvait dans ce moment & l'avant-garde, n'était pas asses rapproché pour y romédier, et donner à Tensemble des opérations la direction qu'exigeaient les circonstances : il avait formé une nouvelle avanirgarde à la tête de la colonne principale, avec laquelle il s'était mis à la poursuite des Français; il l'avait composée de la brigade Sainl-Juli^ et de la brigade de grenadiers Lattermann; il essayait avec ses huit bataillons, auxquels se joignit le régiment de dragons lichtenstein, d'empêcher l'ennemi de se former de nouveau â San-Giuliano. Le général Briey, avec le régiment d*inianterie Françoia-Kinski, quitta Spinetta et se dirigea, & droite de la roule, vers Gassina-Grossa. A mille pas environ derrière Tavant-garde et sur la route, venait la colonne principale, dans l'ordro suivant : la brigade Bellegarde, ia brigade Knesewich, la brigade la Marseille. Cette colonne était suivie, à mille pas plus loin, par sa réserve, la brigade Weidenfeld; plus â gauche, et à hauteur de hi colonne principale, était, en promièro ligne, la brigade de cavalerie Pilati; en deuxième ligne se trouvait le régiment de dragons Archidu&Jean. Le colonel Frimont soutenait, d'une part la brigade Sticker, et de Tautro maintenait en partie la communication avec le général O'Reilly, qui avait pris position à Frugarolo* Ce dernier poussa des reconnaissances jusqu'à Novi, le long de l'Orba, oû l'on rencontro partout des troupes du corps de Sucbet. Le général Ott, au cmitrairo, n'aperçut pas Tennemi vers Salé; en conséquence, il prit le chemin de Villa-Nuova vers Gasa-Ghilna, avec toute sa colonne. Le régiment de dragons de Lobkowitz était sur les traces de Tennemi : l'avantage obtenu par Tarmée autrichienne Vavait exalté; il marchait avec la confiance que donne la victoire, et n'imaginait pas rencontrer de résistance sérieuse, attendu que la bataille paraissait perdue pntir les Français. Les chemins étaient rouvrris de fuyards, de blessés et de mourants, mais le général Desaix arrivait : les choses ne tardèrent pas à changer de face. Il pouvait être cinq heures environ lorsque ce général parat avec la division Boudet de-

yimt San-GiiiUaiio : rarmée française, presque dteorganisée et coupée en deux, se retirait, A droite et à gauche de ce points dans la direction de Terre di Garofolo. Bonaparte, plaçant tout son espoir sur cette division, jugea qu'elle était en état de rétablir la balance, et de donner une autre tournure à la bataille.

Le corps de Lannes et la division Monnier prirent position à la droite du général Desaix, au delà du corps du général Yic^ tor; vint ensuite la division Boudet, qui fut placée, sur deux lignes, devant San-Giuliano* La première ligne s'étendait sur nn terrain couvert de vignes et d'arbres : douze pièces de canon protégèrent sa droite, et la brigade de cavalerie du général Kellemiann appuya sa gauche.

Le général Zacfa n'eut pas plutôt débouché par les hauteurs de Cassina-Grossa , qu'il déploya son avant-garde sur deux lignes : la première (>tait composée de trois bataillons du régiment de Michel-Wallis, qui avaient sur leur gauche le régiment de dragons Lichtenstein; et la deuxième ligne, de la brigade de grenacliers Lattermann. Le mouvement oiïensif vers San-Giuliano continua au son de la musique. Déjà Tavant-garde avait atteint les vignes, lorsque le régiment ^^ allis fut accueilli par une forte canonnade et par un feu de mousquelerie des plus vifs. Il fut repoussé et se replia sur la (Ir m ième ligne, qui tint ferme et s'ouvrit pour laisser passer les fuyards : elle se referma aussitôt qu'ils furent écoulés, et répondit au feu de l'ennemi en avançant lentement. En même temps on dirigea le feu de deux batteries sur la position des Français à San-Giuliano. Le régiment de Waiiis se rallia pendant cette manœuvre, et se porta de nouveau au-devant de l'ennemi.

Bonaparte découvrit alors la cavalerie de l'aile gauche autrichienne, qui lui domia de l'inquiétude pour ses pièces. Il ordonna en conséquence au général Kellermann d'exécuter une charge par l'aile droite de la division Boudet. Ce mouvement se fit au trot, en poussant entre les deux lignes. Le général Desaix, à la léte de la d« demi-brigade, déboucha avec

PIÈCES JUSTIFICATIVES. ' iW

impétuosité des enclos de vigne, et se jcla tète baissée au milieu des bataillons aulrîrliiens. Le reste de la division Bnnulet suivit ce mouvement : les débris des divisions Lannes et Monnier prirent aussi jtart au combat.

L'audace et la vigueur de celle attaque éhrari lent les Autrichiens. Leurs batteries se portent rapidement en arrière, pour no pas touibcr dans les mains des assaillants; l'avanl-i^arde coiiîiiii m 0 à plier. C'est dans ce mouvement criùque que le général Desaix tombe de cheval, frapf>é à mort par une balle.

Les Français, transportés de rage, péuèlreul dans la première lignf de l'avant-garde autrichienne, et la font rétrograder. TuuLi Ini-. !e général Zach réussit, avec ses grenadiers, à arrêter leurs progrès; mais le général Kellermann débouche avec sa cavalerie. Le régiment de dragons Lichtenstein ne peut résister à la supériorité de ces l'orces; il n'attend pas même la charge, et se replie sur la cavalerie autncbienne, qui se trouve à la tête de la colonne principale. Kellerniami fait poursuivre ce régiment par une partie de sa brigade, enveloppe avec le reste les huit bataillon^ de l'avanl-garde, et les pénètre de toutes parts. Cette attaque inopinée, et exécutée avec une célérité surprenante, met en désordre riiildiitcrie autrichienne, la disperse, et lui coûte une foule de fantassins qui tombent sous le tranchant du sabre. Le général Zach, trente-sept ofhciers et seize cent vingt soldats sont faits prisonniers. Le général Saint-.lulien est également au pouvoir des Français; mais il est délivré presque aussitôt par quelques dragons impériaux.

La défaite de Tavaui-garde de la principale colonne autri- ' chienne ranima le courage des Franvais. Leurs divisions, battues aupaiavant, s'avancèrent dans le meilleur ordre : le général Kellermann fui appuyé très à propos |)ar la garde consulaire à cheval et par un réiiiment de la brigade Cham peaux; il rallia rapidement sa cavalerie, encore tout échauffée de la charge qu'elle venait d'exécuter si heureusement, et se mit à la poursuite des dragons de Lichtenstein : ceux-ci s'étaient jetés en droite ligne sur la brigade de cavalerie Pilati,

RÉVOL. FHANÇ. — CONSULAT. I. ^ 19

iSO RÉVOLUTION FRANÇAISE.

qui venait d'arriver, à la tête de la colonne prhiei|>ale, sur les hauteurs de Gassina-^jrossa. Le désordre, inséparable d*une Itaite, se communiqua i cette brigade; les cavalierSi saisis d*une terreur panique, se jettent, les uns sur la colonne du général Ott» les autres rebroussent, chemin, et tombent sur l'infonterie de la colonne principale, afin de regagner la grande route.

Cependant ceux quifSûsaient partie de la colonne principale ne pouvaient se rendre compte de la fuite de la cavalerie. On avait entendu, à la vérité, gronder le canon du côté de San- Gîuliano, mais on ignorait ce qui s'était passé : la plupart des cavaliers eux-mêmes ne savaient pas non plus pourquoi ils fuyaient si rapidement. La principale colonne autrichiéhne, percée par les cavaliers qui la traversaient en fuyant, commença également à plier.

Le général Kaim fit déployer les premiers bataillons, pour s'opposer à l'ennemi; mais, avant qu'ils se fiissent reformés, un nouveau-groupe de fuyards vint les culbuter, et, semblable à un torrent, les entraîna dans sa fuite. Au même instant arrive Kellermann avec sa cavalerie, qui, sans perdre de temps, se met à les sabrer: le désordre est bientAt au comble, les bataillons qui essayent de se reformer sont rompus; chacun fuit et va se réfugier sur les derrières. Les six bataillons de grenadiers que commande le général Weidenfeld, et qui sont placés en réserve sur les hauteurs de Spinetta, sont les seuls qui tiennent ferme. Ils prennent position à la gauche de la route, et leur chef se prépare à recevoir l'ennemi avec son sang-froid et son éneigie ordinaires. La nuit arrive, et les fuyards continuent à se porter en désordre sur Harengo. La confusion est extrême, les ofiiciers font de vains efforts pour rétablir Tordre et rallier les troupes derrière le fossé de Fontanone; le soldat est sourd à leur voix et se jette en tumulte à la tête du pont : cavaliers, fantassins, canons et chariots s'y précipitent à la fois; chacun se hâte, chacun veut échapper au danger. Arrêté par la multitude, désespérant de passer le pont, un soldat du train, avec sa pièce, se hasardé à traverser

PIÈCES JUSUFICAÎIVES.

la Bormida, et atteint heureusement la rive gauche : on suit aussitôt son exemple; mais le fond glissant et marécageux sur lequel elle coule ne tarde pas à céder, et vingt ou trente pièces avec leurs fourgons restent embourbées dans la rivière.

Un temps considérable 8*élait écoulé depuis que les fuyards avaient dépassé les grenadiers de Weidenfeld, et cependant l'ennemi ne se présentait pas encore. Le général Kellermann avait ralenti sa poursuite, afin de laisser gagner du terrain à rin&nterie française ; mais à peine futr^lle à proximité, qu'il s*avança sur Harengo, oû se retirèrent les grenadiers autrichiens : il s'y arrêta asses longtemps pour permettre au général O'Keillyy venant de Frugarolo, de se placer à sa hauteur. Le général Weidenfeld reçut les Français par une canonnade et un feu de mousqueterie très-vifs, et arrêta ainsi leur poursuite.

Le général O'Reilly, qui avait observé de loin Tissue inopinée de la bataille, fit sa' retraite le long de la Bormida; il marcha d'abord sans être inquiété, mais, arrivé à la hauteur de Marengo, il fut assailli vivement. Aussitôt que le génial Weidenfeld l'aperçut, il se retira en bon ordre sur hi tête du pont, protégée par les troupes légères du général O'Reilly. La résistance des Croates empêcha Tennemi de pénétrer en même temps que les troupes autrichiennes dans la tête du pont.

Le général Ott n'avait point pris part à cette deuxième partie de la bataille. Pendant le 'combat meurtrier de San-Giuliano, ce général, dont la tête de colonne était à la même hauteur que l'avant-garde de la colonne principale, fit arrêter la sienne en ordre serré. Renforcé par la cavalerie dispersée de la brigade Pibti, il pouvait espérer quelque succès d'une attaque contre l'ennemi, qu'avait aflkibli le' combat soutenu contre le général Kaim. Il résolut donc de se former en ordre de bataille et de prendre en flanc les Français, qui continuaient d'avancer sur ki route de Ifarengo. Déjà quelques bataillons du centre commençaient à se déployer; mais la

4S8 RÉVOLtmON FRANÇAISE.

principale colonne ennemie avait cheminé avec une telle vitesse, que le moment opportun était passé avant que le général Ott eût fait les dispositions préparatoires.

Le feu indiquait que les efforts des Français se dirigeaient sur Narengo. La nuit était déjà noire; il était impossible de distinguer leur force : le général Oit ordonna donc à ses troupes de faire demi-tour et de battre en retraite sur Castel- Geriolo.

Bonaparte, qui hésitait à fiure avance le eorps du giénéral Lanaes, i cause des manœuvres exécutées par la cavalerie Ott» eut à peine aperçu le mouvement rétrograde de celle-ci, qu'il ordonna A Murât de prendre toute la cavalerie disponible et de la barceler. Hurat la pressa si vivement qu'il IV bligea de faire volte-face. A la fin, cependant, elle atteignit Gastel-Geriolo, qui était déjà occupé par Tennemi.

Le général Vogelsang se mit à la tète du régiment Stuart, pénétra dans le village au pas de cbarge et se fit jour, mais fut grièvement blessé. Il était minuit lorsque le général Oit arriva à la tète de pont, oû il rentra, d'après les ordres reçus, dans le vieui camp.

La division du général Gardanne reprit, à dix heures du soir, sa position de la matinée i Pietra-Buona; le général Rivaud, avec sa brigade de cavalerie, occupa Gastel-Geriolo ; le général Ghampeaux se porta à la Barbotta; les divisions ■ Honnier, Lannes, Boudet et Gbambarlhac s'établirent derrière Harengo, sur les hauteurs de Spinetta , et à cheval sur la grande route. Elles formèrent un front sur une seule ligne, ([u appuyait, & son aile gauche, la cavalerie du général Kellermanu.

La perte des Autrichiens était de 963 tués, dont i4 officiers.

De 5,51 8 blessés, dont foi-

- saient partie le général Haddick, qui moutnt le 1 8 juin à Alexandrie; les généraux Vogelsang, Lattermann, comte Frédéric Dellegarde,

PIÈCES JQSTIFIGATIVES.

la Marseille, GoUesheim, et 238 officiers supérieurs et antres.

De 2,921 prisonniers, par-

mi lesquels se trouvaient le général Zach, et 74 officiers supérieurs, et auti'es. Par conséqueut, la perte des Autrichiens s'élevait à 9,402 hommes.

On compte 1,493 chevaux tués ou blessés : iS canons, i obusier, 13 fourgons chargés de munitions, tombèrent an pouvoir de l'ennemi.

D'après l'évaluation dn général. Berthier, Tarmée française aurait perdu en tués (parmi l^uels se trouvait le général

Desaix) i,100 hommes.

En blessés, parmi lesquels on comptait les

généraux Bivaud, Honnier et Hainoni 3,600

En prisonniers 300

Total général 5,600

Par conséquent, une perte de 3,802 hommes en moins que l'armée autrichienne.

Nous avons acquis la certitude que les rapports dn général Bertbier étaient souventinexacts: son évalualîon de nos pertes à la bataille de Marengo peut en fournir la preuve. L'armée autrichienne aurait eu, suivant ce général, 12,000 hommes tués ou blessés, et 7,000 prisonniers, c'esi-â-dire une perte totale de 19,000 hommes.

Nous avons donné le récit fidèle de la bataille de Harengo, la plus sanglante de la campagne de 4800. D'abord gagnée, son issue déplorable anéantit en quelques heures les espérances des Autrichiens, et leur fit perdre le fruit de longs et glorieux travaux. Mêlas avait quitté à midi son armée victorieuse; il la retrouva le soit vaincue et touchant à une entière dissolution. Ce revers cruel, cette transition subite de la victoire à la dé&ite, consterna les troupes et les frappa d'un morne désespoir. Elles se voyaient arracher, par des circonstances imjffévues et indépendantes de leur courage , le prix

d'un succès si chèrement achelé. La terreur inexplicable d'un corps isolé s'clail propagée avec U rapidité de Téclair. Le général en chef s'était éloigné du champ de bataille; le quartier-mattre général avait été pris, i'armée était resiée sans guide et sans direction. Dans une position aussi grave, aucun général n'osa prendre le commandement en chef. Chacun se borna à exécuter partiellement les dispositions que lui dictait sa prudence et que réclamait la situation des affaires.

Cet état de choses suffisait à lui seul pour paralyser toutes les mesures qui auraient pu assurer encore le salut de Tarmée après le déplorable événement sunrenu à San-Giuiiano.

Bonaparte fit les préparatifs, dès la nuit même, pour pour^ suivre les avantages qu'il avait obtenus. Â peine le jour cornraençait-ii à poindre, qu'il fit avancer Tavanl-gardo (îu général Ganlanne contre la téte de pont; et en un clin d^oeil les avantpostes du général O'Reilly furent repoussés.

Dans un instant aussi critique, dans un événement qui devait, non-seulement décider de l'existence de l'armée, mais encore exercer une puissante influence sur la prospérité de la monarchie autrichienne, il était du devoir du général Mêlas de prévoir toutes les chances défavorables que pouv;vit amener un nouveau combat contre un ennemi supérieur.

Il assembla un conseil de guerre , composé des généraux Ott, Kaim, Schellenberg et du colonel Best, faisant fonction de quart icr-maitre général. Après avoir exposé la situation de l'armée sur toutes les faces, avoir fait observer que les vivres n'étaient assurés que jusqu'au 20 juin, il soumit au conseil de trucrrc les quatre questions suivantes :

i" Serait-il convenable de risquer encore une bataille avec une armée affaiblie de 10,000 hommes, afin de gagner la rive droite du Pô, et de rétablir ainsi, par Plaisance, la communication avec les États héréditaires?

2** Serait-il plus convenable de choisir un passage sur le Pô, à Casai ou à Valence, pour se porter de là sur le Tésinet sur l'Adda?

3» Faudrailpil, laissant au pouvoir de l'ennemi toute Tartil-

' PIÈCES JOSTIPICATIVES. m

lerie et tous les bagages, se faire jour u travers ramiée Française, gajj^ner Gênes, et se renfermer dans celte place?

4" Ou enfin, vu les circonstances critiques où se trouvent les États héréditaires, à cause des événements malheureux survenus aux deux armées d'Allemagne et d'Italie, ne serai i-il pas utile d'entamer avec le premier consul une négociation qui mtt le général en chef à même de ramener au secours des États héréditaires une armée respectable, bien pourvue, et encore en bon état?

Après une délibération loi^e et rèfléehid, le conseil de guerre adopta à l'unaiiîinité la quatrième et dernière proposition. L'opinion de ces généraux était qu'on pouvait, à la vérité, livrer successivement un nombre indéterminé de batailles; mais qu'elles offiraient des chances trop incertaines, et que môme une victoire complète n'amènerait pas nn résultat aussi décisif qu'une convention qui tirerait l'armée impériale de la triste et précaire situation où les circonstances venaient de la pbicer. Que la marche sur Gênes était hérissée de difficultés, aussi bien que le passage sur la rive gauche du Pô, aux environs de Casai; que le mouvement de l'armée, le long de la Bormida snr Acqui, en abandonnant son artillerie et ses bagages, serait également inexécutable, attendu que Bonaparte pouvait la devancer à Ovada, en longeant TOrba, de manière . qu'on se trouverait enfermé entre l'armée de réserve (française) et celle de Masséna, et que, dans la deuxième hypothèse, les divisions Chabran et Lapoype étaient en état de défendre le Tésin asses longtemps pour donner à l'armée de réserve la facilité de passer le P6, et qu'alors il devenait impossible de pénétrer jusqu'à Mantoue. Le conseil de guerre, assemblé, décida de proposer sur-le-champ un armistice de ■ quarante-huit heures, i l'eifet d'enterrer les morts et d'échanger les prisonniers : il pensait qu'il se présenterait, dans cet intervalle, quelque occasion de nouer des négociations.

Le major comte de Neuperg, de l'état-msyor du quartierroattre général, fut envoyé au quartier général du premier consul : dès qu'il parut hors de la téte de pont, le feu cessa,

4S6 RfiVOLirnQI« PRANÇAISE.

et on le conduisît à Torre di Garofolo, au quartier général de Bonaparte. Gelni-ci accepta la proposition des Autrichiens, à condition qu'ils évacueraient à Tinstant la me droite, et se porteraient sur la gauche de la Bormida.

Hélas ordonna ce mouvement : Tarmistice fut ratifié par Bonaparte, el le général Slcal se rendit au quartier général français pour y entamer avec le premier consul une négociation, au nom du général en chef autrichien.

Les conditions principales que le conseil de guerre autorisa le général Skal à stipuler étaient :

Que l'armée autrichienne quitterait l'État de Gènes ; qu'elle retirerait même ses garnisons de Gènes et de Savoie; qu'elle évacuerait en entier les États du Piémont et ses forteresses, mais qu'elle pourrait en revanche prendre position, avec tout son attirail de guerre, le long du Tésin, et y attendre les ordres de son gouvernement;

Qu'un officier d'ordonnance se rendrait à Vienne afin d'y exposer la situation de l'armée, et que les hostilités cesseraient jusqu'à son retour.

Le général Skal se rendit le 15 juin, à midi, à Torre di Garofolo; mais, quels que fussent ses efforts pour obtenir les conditions que proposait le conseil de guerre , ou tout au moins la possession de l'Âdda, ou enfin celle de POglio, il ne put y parvenir : Bonaparte ne voulut pas céder un pouce de terrain. On fut obligé de subir la loi de la nécessité, et d'abandonner aux Français tout le Piémont, avec les forteresses de Tortone, d'Alexandrie, de Toriu, de Goni^ de Ceva, d'Arona; tout l'État de Gènes, y compris la forteresse de ce nom; Savone, Santa-Haria, le duché de Parme, y compris ht forteresse de Plaisance (qui du reste se rendit le 16 juin); la plus grande partie de la Lombardie, avec la forteresse de Pizrighettbone et le château de Milan.

PIÈCES JUSnnCATIVBS.

DOCUMENTS IIELATIFS A L'AlTEiNTAT m 3 NiVOSE.

(affaire de la UAGHINS DfFEnJNALE).

Bapport du préfet de police, aux consuls de la république* Parist 10 nivàie m IX.

c Citoyens eonsuls , le 27 fructidor deraier, tm complot a été découvert.

« Des brigands oi^isés étaient dirigés par des chefs. Différents cabarets, et notamment un au coin des rues de la Loi et de Louvois, servsdent de points de ralliement. Les conjurés avaient leur signe de reconnaissance. Tous les moyens d'exécution concertés , le premier consul devait périr à la sortie d'un des spectacles où il se serait trouvé. Un tumulte aurait favorisé l'assassin : Chapelle eût donné le signal, et Humbert donné le coup de poignard. Ces deux hommes furent arrêtés et conduits au Temple;' on y conduisit également leurs complices, Guibert, Dufour, Perrault et Sallaberl.

c Le li vendémiaire, on arrêta Melge et Delame, imprimeurs. Les ouvrages les plus atroces ont été trouvés sur le premier. Tous semblent appeler la mort sur la tète du premier ' magistrat de la république. Il suf&t de jeter un coup d'œil sur h Turc et le MUUaire français, sur le MîUtaireet le Démocrate ^ sur le Jugement rendu par le tribunal de la ratsarif pour connattre les intentions qui dirigeaient l'auteur de ces odieux libelles : peut-être même doit-on croire qu'il ne se bornait

m RÉ?oLirriON prançaisb.

[juinl A éerire. Une note tracée de sa main contient les noms de quelques individus arrêtés en fructidor.

c Le 18 Tondémiaire , de nouveaux projets furent près d*éclater. Des sommes avaient été données > de plus fortes promises. Bonaparte devait être firappé dans la salle de 1*0péra.

€ Diana, Geracchi, furent arrêtés au moment même de l'exécution. Peu de temps après , on s^assura de la personne de Demerville, d'Âréna» de Lavigne, de Dartey, et de la fille Fumey ; on parvint enfin à découvrir ta retraite de Topino- Lebrun.

€ Les différents individus qui avaient figuré dans ces divers complots fufents tous traduits devant le tribunal; ceux impliqués dans raffaîre du 18 vendémiaire ont seuls passé au jury d'accusation.

c Hetgc, Humbert, Chapelle et les autres sont encore au Temple , et aucune instruction judiciaire n*a. été commencée contre eux.

c Quelques jours s'étaient à peine écoulés, que l'on reçut d'autres renseignements. Des hommes qui ne soupirent qu'après l'anarchie furent encore signalés. L'un d'eux s'occupait d'une machine inconnue : il était dilBcile de la saisir. Éloigné de son domicile, il fallait connaître l'endroit qu'il avait choisi pour exécuter ses coupables desseins- Enfin, on fut averti qu'il s'était retiré dans la maison des Blancs-Manteaux.

€ Le 1*7 brumaire, un commissaire de police , accompagné de la force armée , s'y transporte , monte au second étage, et frappe à la porte désignée. Personne ne répond. Un serrurier est appelé; la porte ne cède qu'en partie; elle reste embarrassée. Des précautions avaient été prises par les nommés Veycer et Chevalier, qui se trouvaient dans la chambre. Ces deux hommes sont arrêtés, et reconnus pour avoir déjà été traduits devant le tribunal criminel. Ils y avaient été déclarés atteints et convaincus d'avoir participé à une conspiration dont le but était de rétablir le régime de 1793. La question intentionnelle put seule les sauver.

PIÈCES JUSTinCATIVBS 459

« Une perquisition ( .\acte est laile. On Irouvo dps balles, des cartoiirlics, six paquels do marrons, et une inachiaeinieruale^ que Chevalier reconii;nf pour lui appartenir.

« On trouve aiisM des Invir^Hes en cuir garnies d'un anneau de fer, et dans la coui uiw. [leUte < Itarrelle à bras.

« Veycer dit l'avoir actietée la veille , pour vendre des falourdes.

€ Chevalier, Veycer, Guéraull, liousfjuot , Jumillard, Dccreps, Deslbrijes et Goubault-Lachausse lui'eut amenés à la prélLM tiii r , et conduits au Tem|de.

« Les interroi;atoires su! us par Chevalier ne laissent point de doute sur ses intentions. .Suivant lui, sa machine pouvait être utile aux armateurs, et il n'eu connaît aucun.

<i II devait la faire transporter à Bordeaux, et il ne [leut désigner la personne qui l'eût reçue; et il convient qu'il est dans le dénûment le plus absolu, dénùmenl tel, qu'il n'aurait pu même payei' les Irais de transport.

« La machine apportée à la préfecture, le citoyen Mong6, . membre de l'Inslilut national, consentit à l'examiner.

« Son rapport, effrayant sous un point de vue, rassurait au moins sous un autre.

« Elle pouvait blesser et .même tuer indisliin tcinent une quantité de per.somies réunies, co miuc, j ar exemple, dans un cas d'abordage ; mais, en supposant son auteur un homme sensé, elle ne | ar iissait point imaginée pour une vengeance particulière, pour une personne désignée.

« Dans le courant de frimaire, l'on sut que des individus malintentionnés cherchaient à é^/arer celle classe estimable du peuple qui , occupée de son travail, n'est pas toujours assez instruite pour résister à des impressioil^ ctrani;ères; mais que, bien IdÏ!! de réussir, partout le pimple témoigna attachement et estime au i^ouverneaient, et au premier consul en particulier. Dans plusieurs cabarets même, et notamment dans les faubourgs, les bons ouvriei's consj)uent les brigands.

€ Le 1 le 2 nivôse, des rapports faisaient connaître que les enragés étaient eu mouvement j mais aucun fait positif

n'était encore connu, rien ne semblait devoir donner d'inquiétudes fondées.

« Le 3 nivôse, deux tonneaux, l'un erand, l*autre petit, remplis de pomlrc, furent omuienésrueSaml-Nicaise, surune charrette altelée d'une juinent. La voiture du premier consul était à peine passée, qu'une explosion terrible se lit entendre. Elle a jeté des familles dans le deuil, plongé Paris daus la consternalion, et exposé la France entière.

<i Le chef du gouvernement, échappé au danger, donna Tordre au préfet de police de se transporter sur les lieux.

« Les blessés furent transportés aux hospices ou conduits chez eux. Quatre cadavres furent déposés à la basse-geôle.

(Suit l'état des uns et des autres.)

<i Des pru( ès-verbaui constatent le:» tuuestes effets de cette infernale invention.

« Quarante-six maisons sont extrêmement endommagées.

« Le dégât des immeubles est eslimé à la somme de 40,805 fr.

« Celui des meubles à 123,645 fr.

« Les maisons nationales ne sont point comprises ilans cette estimation.

*L Une foule de citoyens gémissent sur la perte de leur fortune.

« Le cheval, les dchiis de la voiture, et quelques parties des tonne anK, ont été transporlés à la préfecture.

« Ces débris ont clé scrupuleusement recueillis; l'on a pris avec le plus grand soin le signalement du cheval .

« Dès les premiers moments de l'explosion, on a fait une enquête sur les lieux mêmes. Des déclarations furent reçues, et, au milieu des cris que la douleur arrachait aux malheureuses victimes du plus atroce attentat, le cœur put encore éprouver une sensation agréable. Ces infortunés s'oubliaient {)our ne penser qu'au premier consul: c'était pour lui qu'ils demandaient vengeance.

« Depuis, les citoyens se sont empressés de communiquer les moindres indices qu'ils ont recueillis. Tous paraissent ani-

PIECES JusnncATives. «et

més du même esprit; tous voudraient Ihîre connaitre les auteurs du plus horrible des crimes.

c La police continue les plus actives recherches.

€ Salut et respect.

« Le préfet de police,

( Sigaé ; Dubois. »

Rapport âu mmùirê de la poHce générale aux ecnsub de la r^^tihUgue, — Duii mvàse an IX.

c (Utoyens consuls, la France frémira longtemps de Tattentat du 3 nivôse. A la nature de ce forfait, aux nombreux homicides qu*il devait produire et qu'il a produits , même en manquant son but, on a pu voir qu'il n*a pu être commis que par des ennemis des hommes.

< Paris et la république donnent des larmes et des secours aux victimes qui ont été frappées; et le premier consul, échappé aux dangers, est plus environné, plus pressé en quelque sorte, mieux gardé que jamais par rameur et par les forces de tons les citoyens.

t Par ce forfiût inou! qu'ils donnent d'ajouter i tant d'autres forfaits, les homicides ont rendu plus inviolable encore runion intime et sacrée de la république et de son premier magistrat; ils ont donné plus de puissance à ce qu'ils ont voulu anéantir ; ils ont manifesté aux yeux de l'Europe entière combien est indestructible une autorité qui a pour fondement les lois, et pour appui l'amour de tous ceux qui leur obéissent.

« Des hommes exercés à tous les genres de forfaits renouvellent chaque jour, sous toutes les formes , le plan conçu d'anéantir en France Tordre et le bonheur publics.

€ Ce ne sont pas là de ces brigands contre lesquels la justice et ses formes sont instituées, et qui menacent seulement quelques ])ersonnes et quelques propriétés; ce sont des ennemis (lo la France entière, et qui menacent ù chaque instant tous les Français de les livrer aux fureurs de l'anarchie.

c Ces hommes affreux sont en petit nombre » maie leurs attentats sont innombrables.

f C'est par eux que la convention nationale a été attaquée à main armée jusque dans le sanctuaire des lois de la nation; ce sont eux qui ont youIq faire tant de fois, de tous les comités de gouvernement, les complices ou les ^ctimes de leur rage sanguinaire ; ce sont eux qui ont essayé de faire tourner contre le directoire exécutif et contre la ville de Parts les tronpes destinées i les garder. Ils ne sont pas les ennemis de tel gouvernement, mais de toute espèce de gouvernement; et celui qu'eux-mêmes auraient créé serait bientôt renversé de leurs propres mains.

c Us ont dû changer de tacliqne à Taspect d*un gouToriiemMit constamment environné de Topinion publique, et fort spécialement par l'affection du peuple. Sous ce gouvernement, ils ont senti qu'ils ne pouvaient pas multiplier les groupes, soulever le peuple, qui leur montre tous les jours le mépris et l'aversion qu'il a pour eux.

€ Aussi tout ce qu'ils ont tenté depuis un an n'avait pour but que des assassinats, soit sur le t hcmiu de la maison de campagne du premier consul, soit à l'Opéra, soit dans les rues, soit môme en s'introduisant par des souterrains dans l'intérieur des Tuileries. La stupeur, le désordre qu'aurait produits la mort du premier consul de la république, paraissaient propices à leurs al&eux desseins.

€ C'est une guerre atroce, qui ne peut être terminée que par un acte de haute police extraordinaire.

< Parmi ces hommes que la police vient de signaler, tous n'ont pas été pris le poignard h la main ; mais tous sont universellement connus pour être capables de l'aiguiser et de le prendre.

c II ne s'agit pas seulement aujourd'hui de punir le passé, mais de garantir l'ordre social.

Le ministre de la police,

c Signé : Fouché. •

PIÈCES JUSTIFICàTlVES 463

Extrait du registre des délibérations du conseil d'État, séance du H nivôse an IX de la république.

€ Le ministre de la poliee ikit un rapport, à la suite duquel il présente un projet d'arrêté pour mettre en surveillance hors du territoire de la république, un certain nombre d'individus.

f Le premier consul soumet ensuite à la délibération du conseil les denx questions suivantes :

c Première question, La mesure proposée par l'arrêté présenté par le ministré est-elle nécessaire à la conservation de la constitution et de la liberté publique?

< Seconde question. Cette mesure doit-elle être un acte de haute police du gouvernement, ou être convertie en projet de loi?

c Le conseil d'État, délibérant sur ces deux questions, et considérant :

c Sur la première, que, depuis le commencement de la révolution, il a existé une classe d'individus qui, profitant des divers interrègnes de la loi et de l'absence de toute force publique, s'est livrée à des crimes dont l'impunité a été une source de calomnies contre la liberté et la nation française; que, depuis l'organisation du gouvernement actuel, elle n'a pas été un seul jour sans tramer l'assassinat des principaux magistrats de la république; qu'ainsi cette classe, produit d'une révolution qui a déchaîné toutes les passions, ne peut être et n'est en effet envisagée par toute la nation que comme une ligue de brigands qui est en guerre permanente contre tout ordre public ; qu'une constitution et des lois faites pour le peuple le plus gén^ux et le plus doux de la terre ne peuvent offrir aucun moyen contre cette elasàe d'individus;

< Est d'avis que, pour assurer la constitution et la liberté publique, le gouvernement doit mettre en surveillance hors du territoire européen de la république les individus que le ministre de la police lui indiquera, et que le gouvernement reconnaîtra comme appartenant à cette classe d'hommes.

f Sur la seconde question, le conseil est d'avis que l'acte (le haute police dont il s'agit n'est pas de nature à être l'objet

d'une loi.

a Néanmoins, le conseil, considérant que cet acte, étant un acte exlraordinairc , et ayant pour objet le maintien de la constitution et de la liberté publique, est par cela même de la compétence spéciale d'un corps qui, par l'esprit de son institution , doit veiller à tout ce qui intéresse la conservation du pacte social ;

(( Que d'ailleurs, dans un cas comme celui-ci, le référé du gouvernement au sénat conservateur, pour provoquer sur ses propres actes l'examen et la décision de ce corps tutélaire, devient, par la force de l'exemple, une sauvegarde capable de rassurer pour la suite la nation, et de prémunir le gouvernement lui-même contre tout acte dangereux à la liberté

publique;

« KsT d'avis que cet acte du i;ouvernement doit être porté par trois membres du conseil d'État au sénat conservateur, pour devenir la matière d'un sénatus-cunsulie prononçant sur la question de savoir si cette mesure est conservatrice de la constitution.

« Approuvé le 14 nivôse an IX.

« Le premier consul,

c Signé : Bonaparte. >

Bmaparie, premier ecuml, au nom du peuple français, proclame le témtm-eomdte dont la teneur suit :

< Sénatus-gonsulte. — Du 15 nivàse an IX.

« Le sénat conservateur, réuni au nombre de membres prescrit par l'article 08 de la constitution ;

€ Délibérant sur le message du ^gouvernement, du 14 de ce mois, qui lui a été transmis par trois conseillers d'Etal, ledit mcssap:c relatif à Tallentat du 3 nivôse, et aux mesures de précaution et de haute police qu'il nécessite;

PIÈCES JUSTIFICATIVES

{( Après une seconde lecture des diverses pièces de ce message, savoir :

t 1" Le ilisrours de l'orateur du i;ouvernement;

« 2" La délibération du conseil d'Étal, du il nivôse;

a 3" Le rapport du ministre de la police, du 1 1 ù^c ,

f A" L'arrûlc des consuls de la république, du même jour, (pii met en surveillance spéciale hors du territoire européen de la république les ciloyeiiâ dont les noms sont portés audit arrêté ;

« Après avoir entendu le rapport de sa commission spéciale nommée dans la séance d'hier, pour lui rendre un compte particulier desdites pièces ;

« Considérant qu'il est de notoriété que , depuis plusieurs années, il existe dans la république, et notamment dans la ville de Paris, un nombre d'individus qui , à diverses époques de la révolution, se sont souillés des plus grands crimes ;

«c Que ces individus, s'arrogeant le nom et les droits du peuple , ont été et continuent d'être en toute occasion le foyer de tout complot, les agents de tout attentat, Tinstrument vénal de tout ennemi étranger ou intérieur, les perturbateurs de tout gouvernement, et le fléau de l'ordre social ;

« Que les amnisties accordées à ces individus en diverses circonstances, loin de les rappeler à robéissance aux lois, n'ont fait que les enhardir par l'habitude et les encourager par l'impunité ;

€ Que leurs complots et attentats réitérés dans ces derniers temps, par cela même qu'ils ont écboué, 46ur deviennent un nouveau motif d'attaquer un gouvernement dont la justice les menace d'une punition finale ;

c Qu'il résulte des pièces soumises au sénat conservateur, que la présence de ces individus dans la république, et notamment dans cette grande capitale, est une cause continuelle d'alarmes et d'une secrète terreur pour les citoyens paisibles, qui redoutent, de la part de ces hommes de sang, le succès fortuit de quelque trame et le retour de leurs vengeances;

< Considérant que la constitution n'a point déterminé les

HÊVOL. FRAUÇ. — CONSULAT. 1* SO

466 RÉVOLUTION PRANÇAISB.

mesures de sûreté nécessaires à prendre en un ces de cette nature ; que, dans ce silence de la constitatto* ^ des le» sur les moyens de mettre un terme à des dangers qui menacent chaque jour la chose publique, le désir et la volonté du peuple ne peuvent être exprimés que par rautorilé qu'il a spécialement chargée de conserver le pacte social «t de maintenir ou d'annuler les actes favorables ou contraires à la charte constitutionnelle ;

c Que, d'après ce principe, le sénat, interprète et gardien de cette charte, est le juge naturel de la mesure proposée en cette circonstance par le gouvernement;

€ Que cette mesure a Tavantage de réunir le double caractère de la fermeté et de l'indulgence, en ce que d'une part elle éloigne de la société les perturbateurs qui la mettent en danger, tandis que d'autre part elle leur laisse un dernier moyen d'amendement ;

K Considérant enfin, selon les propres expressions du cou* seîl d'Étal, c que le référé du gouvernement au sénat conser- «[ valeur, pour provoquer sur ses propres actes l'examen et la € décision de ce corps tutélaire, décent, par la force de < l'exemple, une sauvegarde capable de rassurer pour la suite « la nation, et de prémunir le gouvernement lui-même contre « tout acte dangereux à la liberté publique ; »

c Par tous ces motifs, le sénat conservateur déclare :

<( {hœ racte. du gouvernement , en date du 14 nivôse, est une mesure conservatrice de la constitution.

M Signé Laplace, président;

€ Clément db Ris et Rousseau, secrétaires. »

Acte du gouvernement, du 44 ntVdfe on IX. Promut^ le \% (comme faisani partie du témtue^cùiutUte duAb),

t Les consuls de la république, sur le rapport du ministre de la police, le conseil d'État entendu, arrêtent ce qui suit : c Art. i**. Seront mis en surveillance spéciale, hors du

PIÈCES JUSTIFICATIVES

territoire européen de la république, Iob eitoyens dont les

noms suivent :

c André (Louis);

c Bailly (A.-A.-Côme) ; Barbier (J. -François); Bandry; Bescher; BoisjoUy, dit Chrétien; Boniface (Antoine); Bormans ( A . - A . ) ; Boin (Mathurin) ; Breban (Jacques); firisseiin (J.-H .) \ Brocliel; Barlois (Laurent);

€ Cardinaux (P.-M.) ; GareUé (Pierre) ; Geyrat, président aux massacres de septembre; Château (Joseph); Châteauneuf père; Châteauneuf fils ; Chalandon (Claude); Cheval (C.-A.); Chevalier (Cl.-Louis) ; Clioudieu ; Chrétien (P.-Nicolas) ; Colette (Claude); Goquerelle; Cordas (Jacques); Corcbant (André); Gossette (Pierre); Crepin (Jacques); Crosnier;

c David , marchand de vin ; Delabarre (R.-G.-A) ; Delrue (J.-B.-E.-J.); Dcrval (N.-Joscph); Destrem (Hugues); Derville (G.-L.) ; Ducatel(Pierre) ; Dufour (François) ; Dupont(G.-Jean); Dusottssy (Joseph) ;

« Eon (P.-M.-D.-B.);

« Friquet(C.-A.); Flamant (Claude); Fontaine; Fouryon(F.); Foumier l'Américain; Première (Barthél.); Fyou (J.-J.);

« Gabriel , ouvrier, septembriseur; Gaspard (G.), septembriseur; Georget(J.-B.); Gerbeaux(J.-L.); Giraud; Gosset(Jean); ,Gosset (Louis); Goulard (J.-B.); Guillemot (B.);

f Hesse (Charles); Humblet ;

€ Jacquot- Villeneuve ; JoUabert (Étienne) ; Jolly (René) , septembriseur ; Jourdeuil (Didier) ;

« Lageraldi(J-P.); Lamberthé(Théod.); Laporte(A.-J.-B,); Lacombe (Bertrand); Lefcbyre, colonel de genilarmerie; LefebfreÇPicrre); Lcfranc (J .-B.- A.); Legros aîné, septembriseur; Lemmery (L.-J.); Lepelletier (Félix) ; Lepine (L.-M.-D.-F.-Y.); Leroy (J.), dit Églator; Lesueur (J.-N.)> Lebois (R.-F.); Linage (Jean-Pierre) ; Linage (Christoplio) ; Louis, dit Brutus;

€ Mamin (J.-G.-A.-P.); Marlet (Micliel) , septembriseur; Heignan (Joseph); Marconnet (Ambroise) ; Marseau (R.-F.); Marquezy, de Toulon; Marcelin (J.-F.-J.); Marchand, orateur du Manège; Massad (G.-G.'A.); Ménessier (Claude); Mé>

tivier (Pierre) ; Michel (Éliennc) ; Mictiel (Sulpice) ; MilUères (François); Moneuse, marchand de vin; Moreau (Louis);

Mulot ; t Niquive (Jean) ;

« Pachon (Charles) ; Paris (Nicolas) ; Perrault (François) ; Pepin-Desgrouettes (P.-A.); Pradel (J.-B.); Prévost (G.-A.)» septembriseur ;

c Quinou (Joseph), septembriseur;

« Richardet (C.-M.); Richon (Pierre); Rivière; Rossignol, général de l'armée révolutionnaire ; Rousselle (Robert) ;

« Saint-Âmaud-Gallebois , septembriseur; Saulnier (Jean); Saulnois (Charles); SerpoUet, ditLjonnais; Simon (Jacq.- Marie) ; Souiller (Nicolas) ;

« Talol (Michel-Louis) ; Tailîofer (Jacques); Thiébault (Séb.- Ilub.); Thirion; Tirot (Claude); Toulotte, deSaînUOmer; Trehant (J. -N.-P.) ; Tacray (J.-M.) ;

« Vanneck (J.-Bapt.); Vatar (René); Vauversin (Pierre); Vilain-d'Âubigny ; Vitra (Agricole-Louis).

c Art. 2. Les ministres de la marine et de la police générale sont chargés de l'exécution du présent arrêté, qui sera inséré au BuUetm des Lm,

€ Le premier consul,

c Signé : Bonaparte. >

FIN DES PIÈCES JUSTIFICATIVES

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