CONCLUSION
labeur des Condorcet, desRomme,des Lakanal, des Daunou, des Merlin de Douai, des législateurs du futur Code civil.
Il y avait une merveilleuse émulation entre les hommes d’État et les orateurs, entre les députés et les généraux, entre le peuple et ses représentants, entre les soldats et leurs chefs, pour le salut de la République et la liberté du monde. Pendant que les armées renversaient à coups de canon le vieil édifice européen, des milliers de lois fondaient la société nouvelle, affranchissant à la fois l’industrie et l’agriculture, l’homme et la terre, organisant les tribunaux, les administrations, les écoles, les musées. Les soldats avaient le respect de la loi comme des légistes, et les avocats montraient sur le champ de bataille la bravoure des soldats. C’étaient des pouvoirs purement civils qui envoyaient à la victoire des armées de citoyens.
La vertu antique semblait revivre dans ces hommes si jeunes, que la guillotine ou la mitraille frappait à la fleur de l’âge. Ils mouraient comme des Romains. Les morts héroïques des Girondins, des Dantonistes, des derniers Montagnards sont comparables aux plus glorieuses de l’Antiquité. Toute cette génération, vouée à une mort prématurée, n’eut devant les yeux que l’avenir infini, la vie immortelle de l’humanité. C’est pour avoir regardé au delà du temps, qu’elle vivra éternellement dans la mémoire des hommes. Nulle gloire, ni celle d’Austerlitz ni celle d’Iéna, n’effacera la sienne. Dans nos prospérités, c’est à la Révolution que nous faisons remonter l’hommage de notre reconnaissance ; dans nos épreuves, c’est à elle que nous nous adressons pour lui demander l’inspiration et la foi. Nos pères de 1789 et de 1792, par leurs combats, par leurs souffrances, par leur vie et par leur mort, nous ont faits ce que nous sommes : ingrats serions-nous si nous ne défendions pas leur mémoire ; indignes, si nous laissions périr leur héritage.