DÉPUTÉ DE LA CORRÈZE
A tous les habitants de son département, pour les instruire sur la nature et les motifs de l'insurrection qui a eu lieu le 3 1 mai et jours suivants.
L'Assemblée a été libre, lorsqu'elle a décrété l'emprunt
forcé d'un milliard sur les riches ; elle était libre lorsqu'elle a décrété l'impôt progressif; elle était libre lorsqu'elle a décrété la vente du bien des émigrés, et le prélèvement d'un arpent de ces mêmes biens en faveur des citoyens qui sont sans propriété ; elle était libre lorsqu'elle a décrété le partage des communaux par tète , sans aucun égard pour les grands propiié- III. 22
taires. Dire que l'Assemblée n'était pas libre lorsqu'elle s'est déterminée à détruire le tribunal inquisitorial de la commission des Douze; qu'elle n'était pas libre lorsqu'elle a décrété l'arrestation do. trente-deux de ses membres soupçonnés de répandre la contagion et d'être les assassins de la liberté, c'est dire que celui qui arrête un voyageur pour lui enlever la fortune ou la vie, n'est pas libre, parce que ce voyageur présente les armes pour se défendre. Est-ce qu'elle n'a pas été libre lorsqu'elle a décrété Marat d'accusation , fait enlever et traduire d'Orléans à Marseille ?
Reportez-vous, citoyens, à ces époques où l'Assemblée constituante, où l'Assemblée législative furent forcées de faire le bonheur de la France. Doit-on se laisser prévenir par la bête féroce qui s'élance pour vous dévorer? Au surplus , c'est la force de la raison et non la terreur des baïonnettes, qui dans cette circonstance dicta ce décret salutaire
Depuis la régénération de la France , Paris s'est montré grand et majestueux : c'est là que la sentinelle a veillé pour le salut de la patrie, la destruction de la Bastille et la révolution de 1789; les mouvements du 20 juin, le triomphe sanglant du 10 août, l'abolition de la royauté, sont son ouvrage, et seront les monuments de sa gloire; nous n'avons été grands qu'en adoptant ses maximes.
Dans les moments les plus orageux , dans ces instants où Paris faisait les plus généreux sacrifices à la nation, cette ville a trouvé quelques ingrats; la malignité jalouse lui a reproché d'affecter une suprématie injurieuse aux autres départements. Je conviens avec vous, citoyens, que Paris n'est qu'une section de la république, et que malgré-son immense population, elle ne peut rien décider sans le consentement des autres ; mais il est des circonstances critiques où il faut agir plutôt que de délibérer ; il est des circonstances où la lenteur trop circonspecte laisse une libre issue à l'explosion : c'est quand les vents et les
flots mugissent, que les navigateur? jettent à la mer leurs plus pre'cieuses richesses; il n'y a que les fous qui, pour se sauver du naufrage, attendent la permission de l'armateur. Quelle idée auriez-vous d'un poste qui, attaqué par l'ennemi , attendrait l'ordre du général pour se défendre? Que de reproches n'auriez-vous pas à faire à Paris, s'il n'avait pas fait ce qu'il a fait? Manquer l'occasion de sauver la république, c'est la perdre pour jamais. Paris l'a saisie , cette occasion , et il vous a sauvés : qu'on n'accuse donc plus cette ville d'aspirer à la suprématie. Elle a celle des talents et des lumières, et ne veut rien de plus.
Oui, je le répète, Paris a toujours reconnu qu'il n'était qu'un membre du corps politique, et que l'ensemble de ce corps résidait dans les départements réunis. Si quelquefois il a agi sans les consulter, la nécessité et le salut de la république lui en ont fait une loi; s'il n'eût pas saisi l'instant pour briser vos fers, s'il n'eût pas découvert et déconcerté les projets de vos ennemis , vous n'auriez pas vu luire l'aurore de la liberté, vous auriez été enchaînés de nouveau
Si, décrié par les factieux, Marat, dont le patriotisme fut quelquefois porté à l'excès, a été longtemps persécuté, lui qui, le premier, a été le dénonciateur de Lafayetle et de Dumouriez, dans un temps oùcesCatilinaet cesCromwelI modernes étaient les idoles d'un peuple aveugle et séduit ; c'est à cette époque qu'il voulut les précipiter du char de la victoire pour les livrer à la vengeance de la nation. Eh bien 1 cet homme, ce Marat, dont j'ai souvent improuvé le zèle trop outré, vient de confondre ses détracteurs en se suspendant provisoirement de ses fonctions.
On ne peut se dissimuler qu'il existe des conspirateurs; les éloges prodigués par Dumouriez à une portion de la Convention, les anciennes liaisons avec le tyran, dont on a trouvé des preuves; les brigandages de la Vendée, de la Lozère, de Lyon et de Marseille, sont autant de témoins qui déposent qu'il existe
3/iO PIÈCES JUSTIFICATIVES.
des complices. C'est inutilement que pour établir des conspirations on exigerait des preuves matérielles; les conspirateurs sont trop adroits pour en laisser : il n'en existe pas moins des preuves morales.
On disait, sous l'Assemblée constituante, que les membres du côté droit ne conspiraient pas: pour établir leurs conspirations, on demandait de ces preuves matérielles. Eh bien ! après la session de l'Assemblée constituante , ces conspirateurs ont émigré, et se sont mis à la tête des enfants dénaturés de la patrie ; ce sont eux qui commandent les armées des révoltés; celles de la Vendée, de la Lozère , de Lyon ; ce sont eux qui sèment partout le trouble et la division. Seraient-ils si hardis et si entreprenants, les ennemis de la patrie , s'ils n'avaient point d'intelligences secrètes jusqu'au sein de la Convention...