‹ Histoire de la Revolution francaise, 1789 (volume 2)Chapitre 17 sur 34 · DU PROCONSULA.T DE MERLIN (DE THIONVILLE · texte numérisé non relu

DU PROCONSULA.T DE MERLIN (DE THIONVILLE

Histoire impartiale des erreurs st des crimes, t. VI, p. 199 et

suivantes.

Merlin (de Thionville) est le fils d'un procureur de cette ville : dans tout le cours du régime révolutionnaire , il fut le bas valet des Jacobins et de la Montagne, et parvint à se faire nommer commissaire aux armées.

Pendant le cours de sa mission il étala un faste insolent; il traînait à sa suite une foule de courtisans et de femmes; les plus beaux chevaux et quatre voitures formaient une partie de son corlége. Les Autrichiens s'en emparèrent dans une affaire, et sa correspondance tomba entre leurs mains.

PIÈCES JUSTIFICATIVES. ZUi

Merlin, crapuleux dans ses goûts et ses actions, fit citer devant un juge de paix, une fille publique à qui il avait donné un assignat de dix mille livres, pour un de cinq cents livres. Cette femme , dans sa défense, exposa qu'un des premiers hommes de la république devait être plus généreux que les autres citoyens; d'ailleurs, qu'il lui avait promis de faire sa fortune, attendu que sa qualité de représentant le mettait dans le cas de faire des heureux, et qu'elle regardait ce léger don comme le premier effet de ses promesses. Le juge de paix alloua le billet de dix mille livres à la femme , motivé sur ce que le genre de plaisir que cette femme lui avait procuré n'était ni ne pouvait être soumis à une taxe , et il ne resta à Merlin que la honte d'avoir rendu publics ses honteux plaisirs, par cette démarche encore plus avilissante.

Merlin, de retour à Paris, entretint la Saint-Romain, petite danseuse de l'Opéra. Ce nouvel accroissement de dépense l'excita à faire l'indécente motion à la tribune de la Convention, qui, sous l'apparence de la crainte de la diminution du salaire des représentants, tendait plutôt à son augmentation. « On parle de diminuer les indemnités des représentants du peuple, dit-il ; je ne ferai pas ici le généreux, je dirai en franc républicain que je suis le mari d'une femme malade 1 depuis six mois, et père de plusieurs enfants; je ne rougis pas d'avouer mes besoins. »

Après cette scène, frappée au coin du charlatanisme le plus impudent, Merlin fut chez la Saint-Romain insulter àla crédulité du peuple, que lui et ses collègues achevaient de réduire aux

1 Cette femme, infiniment respectable, était aveugle, lorsque Merlin l'épousa, par l'appât d'une somme de vingt mille livres environ, qu'elle lui apporta pour dot. Ce petit avoir ne peut pas permettre à Merlin le luxe qu'il affiche. Il est des personnages qui doutent de la destination des voitures d'argenterie de l'électeur de Mayence, lors de la reddition de cette place.

abois, sous le masque de la franchise républicaine. Effectivement Merlin ne larda pas à se jouer de la misèie publique, en affichant le luxe le plus marqué. C'est au château du Rainci, cette magnifique propriété de la maison d'Orléans, qu'il l'étala avec une impudence qui n'a pas d'exemple. L'n nombre infini de voitures remplissait journellement les cours de ce château, et une table servie avec profusion y recevait un grand nombre de convives. Devenu propriétaire du Calvaire, il prodigue les trésors delà France, pour l'embellissement de celle maison. On cite à son sujet l'anecdote suivante : Avant la révolution, il s'était présenté au théâtre de la Montansier pour y jouer les troisièmes rôles dans la comédie ; se trouvant un jour chez cette directrice, il lui dit: « Vous souvenez-vous, madernoi- » selle, d'avoir refusé de me recevoir à votre théâtre pour jouer » dans la comédie? — Eh bien! lui répondit la Montansier, » je vous ai refusé parce que vous étiez trop laid ; je vous ai » rendu service, puisque vous avez depuis joué un des pre- » miers rôles dans la tragédie révolutionnaire : vous y avez » gagné davantage, n'est-ce pas ? »

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