N° VI
lettre adressée de lyon a la commune de paris par l'un de ses délégués.
Citoyens, mes collègues, je vous prie de m'envoyer deux exemplaires du journal intitulé: Le Père Duchêne; aucun abonné ici ne le reçoit sous le cachet de la commune de Paris ; léserai peut-être plus heiireiilt ; notre projet serait de le faire imprimer et répandre avec profusion, à Commune Affranchir
et dans les environs, en punissant les coupables. En abattant toutes les maisons où habitaient les riches de cette orgueilleuse cité, nous voudrions aussi régénérer l'esprit des habitants, et ce n'est pas là l'ouvrage le plus facile. Tous les Lyonnais, accablés par la terreur, gardent le silence; mais les noms sacrés de patrie, de république , sont étrangers à leurs âmes : la presque totalité des négociants n'a considéré, dans la révolution, que son intérêt pécuniaire ; dans les grands mouvements où cette cité s'est trouvée, elle n'a vu que le jeu de l'argent et des assignats. Il existe cependant des patriotes, des sans-culottes, mais en petit nombre, et la majorité de ce petit nombre est d'une ignorance extrême. La masse du peuple n'a presque aucun rapport avec celle des autres départements : ce ne sont pas les sans-culottes de Paris, remplis* de courage et d'énergie, connaissant tout à la fois leurs droits et leurs devoirs. Il faudra disséminer tous ces Lyonnais dans divers points de la république et réduire cette cité, aujourd'hui de cent quarante mille âmes, à vingt-cinq mille âmes au plus.
Les représentants du peuple ont substitué, aux deux tribunaux révolutionnaires qu'ils avaient créés, un comité de cinq juges ; cette mesure était indispensable : les deux tribunaux, sans cesse embarrassés parles formes, ne remplissaient pas les vœux du peuple; les prisonniers entassés dans les prisons, les exécutions partielles, ne faisaient plus que peu d'effet sur ce peuple ; le comité des cinq juge sommairement, et sa justice est aussi éclairée qu'elle est prompte.
Le 14 frimaire, soixante de ces scélérats ont subi la peine due à leurs crimes par la fusillade.
Le 15 frimaire, deux cent huit ont subi le même sort.
Le 17 frimaire, on a acquitté soixante innocents avec autant d'éclat qu'on en donne à la punition des coupables.
Le 18, suixante-huit rebelles ont été fusillés, et huit guillotinés.
Le 19, treize ont été guillotinés.
Le 20, cinquante innocents ont été mis en liberté.
Le 21, la fusillade en a détruit en masse cinquante-trois.
Sous peu de temps, les coupables de Lyon ne souilleront plus le sol de la république.
Nous faisons chaque jour des découvertes d'or et d'argent. Le total des matières d'or et d'argent trouvées dans les caves, jardins, etc., vous étonnera lorsqu'il vous sera connu.