Histoire de la révolution Française (1789)
Défaite de Duinoariez. — Sa trahison. — > Tribunal révolutionnaire, — Triomphe de TAmi du peuple.
L La condamnation de Louis XVI produisit dans les départements la même impression de joie qu'à Paris. On considéra que ce prince ayant été reconnu coupable presque à l'unanimité, la Convention se serait souillée d'une iniquité flagrante en ne lui appliquant pas la peine qui avait déjà frappé une partie de ses complices. On n'eut que du mépris pour ceux qui» après l'avoir trouvé criminel, cherchèrent à sauver sa tête.
Des adresses de félicitations, couvertes de six millions de signatures, furent envoyées à la Convention m. 1
par toutes les communes. Quant aux royalistes, ils ne manifestèrent ni pitié ni regrets; les émigrés euxmêmes reçurent la nouvelle de cette mort avec une honteuse indifférence. Ils proclamèrent le jeune fils de Louis XVI roi de France et de Navarre. Monsieur fut nommé régent» et le comte d'Artois lieutenantgénéral du royaume.
Les armées accueillirent, comme le reste de la France, la nouvelle du supplice de Louis XYI, et envoyèrent aussi à ses juges des adresses pour les complimenter. Nousvom remercions j disaient les soldats, de nous avoir rms dans la nécessité de vaincre. « En un mot, la nation tout entière, dit un contemporain, sentit que la responsabilité du coup s'étendait à elle, et qu'il fallait être la première des nations, sous peine d'être la dernière. »
Il était urgent que le gouvernement républicain déployât une grande activité ; tous les rois de l'Europe étaient conjurés contre lui. Le consul français Basseville et les élèves de TEcole de peinture furent massacrés à Rome. La Convention chargea le conseil exécutif de tirer de ces assassinats une éclatante vengeance, et adopta le fils de Basseville : digne moyen d'encourager le civisme des agents d'un grand peuple I
L'impératrice de Russie chassa de ses états tous les Français, et défendit à ses sujets de conserver avec eux aucune relation. Le comte d'Artois étant allé la visiter, reçut un brillant accueil. Elle reconnut
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Louii XYII toi de France, et le comte de Provence régent du royaume.
La cour d'Angleterre, affectant une profonde dou* leur, prit un deuil hypocrite, quoiqu'elle n'eût fait aucune démarche en faveur de Louis XYL Elle signifia à l'ambassadeur de France l'ordre de sortir du royaume, sous huit jours, pour tout délai . Pitt, premier ministre, rassembla eitraoriiinairement le parleniënt pour lui proposer des mesures hostiles contre la république. Deux hommes illustres par leur patriotisme et leur éloquence, Fox et Shéridan, s'y opposèrent, en remontrant <i que la nation française venait de s'élever au plus haut degré de splendeur, et qu'il y aurait un grand danger pour l'Angleterre à se mettre en état d'hostilité contre elle. Que, d'ailleurs, c'était toujours un attentat que de prétendre gêner la volonté d'un peuple, en ce qui concerne ses affaires intérieur res. Toutes les puissances de l'Europe n'ont^elles pas reconnu la république anglaise après retécution de Charles P'? »
Malgré une vive opposition, Pitt, à l'aide de ses moyens de corruption sur la majorité du parlement, obtint d'elle un bill qui lui permit d'exclure du royaume tous les Français* Il mit un embargo sur les navires chargés de blés étrangers qui partaient pour la France. La Tour de Londres fut armée par ses soins, et il ordonna la levée générale des milices* Le duc d'York débarqua en Hollande, avec quinze mille
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hommes, sous le prétexte de secourir le stathouder contre les patriotes hollandais, mais réellement pour entraver dans la Belgique les opérations de la France, et marcher sur Paris. Pitt envoya en même temps une flotte, guidée par deux émigrés français, et qui devait s'emparer, par trahison, de la Guadeloupe et de la Martinique.
La puissance maritime de TÀngleterre était formidable. Elle possédait cent soixante-dix vaisseaux de ligne, cent vingt-cinq frégates et cent huit entiers ; le stathouder pouvait lui fournir en outre cent vaisseaux de ligne. La France n'avait à leur opposer que soixante-six vaisseaux de ligne, la plupart désarmés, et quatre-vingt-seize frégates ou corvettes.
IL Cependant, Pitt, n'osant pas déclarer franchement la guerre, parce que le peuple anglais avait manifesté ses sympathies pour la république française, fit écrire à Brissot, par de faux républicains de Londres, que l'Angleterre s'insurgerait si la France lui déclarait la guerre. De cette époque, date l'infernale politique qui s*immisça dans toutes lés affaires intérieures et extérieures de la France. La Convention avait institué depuis quelques semaines un comité de défense générak^ où dominaient les Girondins. Ce comité, influencé par Brissot, proposa, le 1" février, la guerre contre le roi d'Angleterre et le stathouder de Hollande. La Convention adopta cette proposition, sur-le-champ, à l'unanimité, motivant son décret sur
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Tinsulte faite à Tambassadeiir français ; sur Tembargo ; sur les secours d'argent donnés aux émigrés ; sur la coalition du cabinet anglais ayec la Prusse et FAutriche, confirmée par un traité récent; enfin, sur tous les armements, évidemment dirigés contre la nation française , ainsi que Pitt Fayait avoué dans le parlement.
La république était donc en guerre ayec toutes les puissances de TEurope, à Texception de l'Espagne. La Convention crut que plus le nombre des ennemis serait considérable, plus grandes seraient les ressources de la nation, qui ne pouvait yaincre que par un désespoir sublime. Le 7 mars, Barrère, au nom du ' comité de défense générale, proposa de déclarer la guerre à TEspagne. Un ennemi de plus pour la France, disait le rapporteur, n'e$t quun triomphe de plus pour la liberté. La guerre fut décrétée à l'unanimité, motivée sur ces motifs principaux : V Que le gouvernement espagnol avait fomenté la réyolte des noirs de Saint-Domingue, en échangeant avec eux des armes et des munitions contre For et les meubles qu'ils ayaient pillés dans les habitations; 2"" que le ministre espagnol ayait insulté la nation française par ces mots : n est étrange que les notes officielles parlent de la république française, comme si elle avait été reconnue par r Espagne I De plus, la Convention annula tout traité d'alliance ou de commerce ayec les puissances en guerre contre la république, et prohiba l'introduction
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dea objets manufacturés dans les pays soumis à leur domination.
En face de cette terrible campagne» les armées de la république étaient dans un état déplorable ; elles ne se composaient que de deux cent dix-neuf mille hommes à Teffectif , dont cent quatre^vingt-^fuatorze mille seulement sous les armes. Les rigueurs de la saison, la misère, le désir des volontaires de revoir leurs foyers, les malheurs de la guerre» avaient £Bdt disparaître presque tous les volontaires de juillet et de septembre 1793. Les soldats présents étaient, sinon découragés, du moins près d'être accablés par leurs sanglantes victoires, par leurs derniers revers et par le défaut d'approvisionnements. La cavalerie, peu nombreuse, était mal montée; rartillerie avait vu déserter presque tous ses officiers. Im généraux semblaient pour la plupart justement suspects aux soldats.
Les coalisés comptaient en campagne troiB cent soixante^quinxe mille hommes» parfaitement djseipUnés, et bien approvisionnés de vivres,, de munitions, de chevaux et d*artillerie.
Cette année était répartie de la manière suivante :
Àutrichtens, en Belgique 50,000
-^ cordon du Rhin, de Coblentx
à Bâle 40,000
— entrelaMeuseetLuxembourg 33,000
A reporter. . . 123,000
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Report. . . . 123,000
Prussiens, en Belgique 12,000
Prussiens, Hessois et Saxons, sur le Rhin. 65,000
Hollandais, en Belgique 20,000
Anglais, Hanovriens et Hessois, en Belgique 30,000
Troupes de Tempire et de Condé, sur le
Rhin 20,000
Austro-Sardes, en Italie 45,000
Napolitains et Portugais, en Italie. . . . 10,000
Espagnols, sur la frontière du midi. . . 60,000
Total 375,000
Ainsi, ce réseau étreignait la France. Le comité de la guerre, qui travaillait avec un zèle admirable, depuis le 21 janvier, présenta. son rapport, le 7 février, par Torgane de Dubois*Crancé. Le décret qui suivît porta Tarmée à cinq cent deux mille huit cents hommes, et ordonna la levée immédiate de trois cent mille soldats. Tous les Français âgés de dix-huit à quarante ans, non mariés ou veufs sans enfants, furent mis en état de réquisition peimanente, jusqu'après l'époque du recrutement effectif de ces trois cent mille hommes.
La nomination des offieiers fut ainsi réglée : un tiers à l'ancienneté, et les deux tiers au choix, sur la présentation de trois candidats par les soldats; Les généraux en chef n'eurent plus qu'utie mission tem-
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poraire, et furent choisis par le conseil exécutif, sous la ratification du corps législatif.
Ces forces furent disposées en huit armées : trois dans le nord, trois dans le midi, une d'observation ou d'attaque sur les côtes de la Manche, une de réserve vers Châlons.
Les trois armées du nord comptaient chacune cinquante mille hommes d'infanterie, dix mille de ca* Valérie et deux mille d'artillerie.
L'une d'elles devait agir en Belgique et attaquer la Hollande ; la seconde purger le Luxembourg et enlever aux armées autrichiennes tout moyen de communication, en s'emparant de Goblentz; la troisième avait pour mission d'opérer sur le Haut-Rhin et dans les Etats de l'Autriche en Souabe.
Une quatrième armée devait se porter sur les Alpes. Elle était de seize mille hommes d'infanterie, quatre mille de cavalerie et huit cents d'artillerie.
La cinquième armée, de même force, stationnait dans le Var.
La sixième armée, dite des Pyrénées, comptait quarante mille hommes, dont huit mille cavaliers et mille artilleurs.
La septième armée, dite d'observation sur les côtes de la Manche, se composait de quarante mille hommes, dont quatre mille de cavalerie et mille d'artillerie.
Enfin, la réserve de Châlons s élevait à vingt et un
mille hommes d'infanterie, trois mille de cavalerie et douze cents d'artillerie.
n y avait dans les garnisons, dépôts et camps volants, cent soixante-quatre mille hommes.
Le rapport dé Dubois-Grancé, qui modifiait considérablement le système militaire, en ce qu'il massait davantage les forces, avait été suggéré aux comités de défense générale et de la guerre par un mémoire du général Grimoard, qui indiqua la tactique nouvelle. <( Le moyen le plus simple de suppléer^ autant que possible, à Tart par le nombre, disait ce général, c'est de faire une guerre de masses, c'est-à-dire de diriger toujours sur les points d'attaque le plus de troupes et d'artillerie qu'on pourra ; d'exiger que les généraux soient constamment à la tête des soldats, pour leur donner l'exemple du dévouement et du courage ; et d'habituer les uns et les autres à ne jamais calculer le nombre des ennemis, mais à se jeter brusquement dessus à coups de baïonnette, sans songer ni à tirailler ni à faire des manœuvres, auxquelles les troupes françaises actuelles ne sont nullement exercées, ni même préparées. Cette manière de combattre, si analogue à l'adresse, à l'impétuosité et au caractère naturels de la nation, ne peut que lui donner la victoire en déroutant les armées étrangères. »
Ce fut l'adoption de ce système qui amena toutes les victoires de la république et de l'empire. ^